Une famille se constitue pour accueillir son enfant. Évènement ordinaire dans notre société, qui devient remarquable lorsqu’elle accueille un enfant d’une autre famille.

Accueillir un enfant qui n’a plus de parents, ou dont les parents ne peuvent assurer les soins ou l’éducation, est une pratique ancienne qui a marqué notre mythologie autant que notre culture. Les nourrices, gardiennes, éleveuses sont les ancêtres des assistantes maternelles actuelles. Celles-ci accueillent aujourd’hui dans le cadre de dispositifs d’accueil familial Accueil familial Mode d’accueil alternatif au maintien à domicile et au placement en établissement spécialisé : les personnes handicapées ou âgées sont prises en charge au domicile de particuliers agréés et contrôlés par les conseils départementaux (ou par des établissements de santé mentale). plus ou moins structurés. Cette appellation succède à celle de placement familial, marquée par l’histoire des placements nourriciers, et des déplacements sans retour, d’enfants qui perdaient alors tout lien avec leur parenté pour n’être plus désignés que comme des "enfants de la DDASS".

Cette transformation terminologique récente ne doit pas cacher les changements radicaux qui se sont opérés dans le cadre, l’organisation et les objectifs de la prise en charge des enfants. Les enfants accueillis ne sont plus des enfants abandonnés, la construction de leur identité suppose un aménagement des liens avec leur parenté, ce à quoi s’emploient en priorité les services d’accueil familial.

Assurer leur protection et les aider à grandir doit également prendre en compte leurs droits et leurs besoins, notamment celui d’avoir des parents et de les connaître comme le rappelle la « convention des droits de l’enfant », mais aussi celui de bénéficier, au-delà de la séparation, d’un accompagnement qui ne soit pas la cause de troubles psychiques supplémentaires.

Dans cette perspective, les droits et les devoirs des parents ont également été affirmés à plusieurs reprises.

Si le cadre légal de la protection de l’enfance a changé, entraînant l’évolution de l’accueil familial d’une pratique de substitution à une pratique de suppléance, les facteurs qui président au placement des enfants sont également radicalement différents.

En effet, les aides sociales, financières ou éducatives dont peuvent bénéficier les familles en difficulté ont pour objectif d’éviter de séparer un enfant de ses parents. Ceci suppose que, lorsqu’une décision de séparation est prise, elle vient signifier un dysfonctionnement relationnel parents-enfants qu’il convient de prendre en compte et de traiter.

Ces évolutions reposent sur un corpus de connaissances à propos du développement de l’enfant, des parentalités défaillantes, des processus de séparation et d’individuation, et des soins à apporter dans le cadre de l’accueil familial.

Pour les tout-petits, les familles d’accueil sont plus aptes à répondre, par leur permanence et leur fiabilité, aux besoins d’attachement avec comme effets indésirables, mais difficiles à combattre, d’une part des phénomènes d’appropriation des enfants par les assistantes maternelles, et d’autre part la mise à distance, parfois définitive, des parents. Dans un contexte de suppléance, les processus de l’accueil familial et les objectifs de chaque placement doivent être connus et toujours réactualisés, afin d’accompagner des enfants qui grandissent partagés entre une famille parentalisante et protectrice et des parents dévalorisés et écartés des soins quotidiens à leur enfant.

Pour les plus grands, les adolescents en quête de leur identité, idéalisant les images de leurs parents absents, l’accueil familial ne pourra pas toujours résister à leur recherche désordonnée de repères.

La complexité du traitement suppose donc l’organisation des prises en charge dans des dispositifs d’accueil familial de mieux en mieux structurés dans lesquels les accueillants sont sollicités pour participer à des missions spécialisées. La professionnalisation des assistantes maternelles va dans ce sens.

Accueil familial et séparation

L’origine de tout accueil familial, et donc de tout placement, révèle les traces d’un dysfonctionnement de la fonction parentale précoce responsable des troubles de l’attachement primaire et du déroulement chaotique du processus de séparation-individuation. Situation potentiellement dangereuse pour un enfant au plan de sa santé psychique.

Dans un premier temps, la séparation réactive les angoisses de perte chez l’enfant et chez les parents. L’enfant tend à reproduire dans sa famille d’accueil les modalités relationnelles qu’il connaît, lui faisant vivre des scènes auxquelles elle n’est pas préparée. Ces crises, effets de la répétition, nécessitent d’être accompagnées, aménagées, traitées afin d’éviter les risques de discontinuité, de rupture, de rejet et d’abandon qu’elles contiennent en germe. Un travail de "holding" de la relation de l’enfant à "ses deux familles" est indispensable afin de soutenir la mise en place d’une distanciation interne et la possibilité d’un double attachement.

Reconnaître que le placement n’est pas, en tant que tel, la solution au problème qui a conduit à la séparation permet une approche dynamique de la problématique à l’œuvre. Les troubles de la fonction parentale précoce et de l’attachement primaire nécessitent des soins spécifiques car leurs effets créent une problématique complexe qui tend à entraîner parents et enfants, et à mettre l’accueil familial en échec par la manifestation intempestive d’attitudes inadaptées similaires à celles qui ont précédé le placement.

La recherche d’une compréhension de ce qui a conduit un enfant et ses parents à être séparés permet de trouver les bases sur lesquelles le travail éducatif et thérapeutique va pouvoir s’appuyer. D’autre part, le placement lui-même génère des troubles spécifiques, liés à la séparation, qu’il ne faut pas omettre de traiter.

A ce niveau, il est utile de rappeler que le séjour d’un enfant en famille d’accueil est un temps de vie, relié au passé et ouvert vers l’avenir, qui prend en compte son identité personnelle et familiale par un soutien de ses capacités de découverte et d’autonomie et par le respect de la place de ses parents.

Une telle conception trouve toute sa valeur en accueil familial, et nécessite de la part des professionnels qui s’occupent de l’enfant une connaissance de son fonctionnement psychique à chaque étape de son développement, et notamment des modalités d’expression des tout-petits qui n’ont pas le langage parlé alors que, durant la première année, l’enfant construit sa sécurité de base, sa sécurité interne, fondement de sa santé psychique. Connaissance qui doit prendre en compte les parents et les liens familiaux vulnérables, les "effets de trous" dans l’histoire générationnelle, les dangers de la répétition et de la rupture.

La capacité à élever de jeunes enfants en famille d’accueil ne relève pas de la seule spontanéité ou du seul bon sens. Autant il est nécessaire de définir un cadre institutionnel de l’accueil familial, autant les familles d’accueil doivent être formées et accompagnées.

Enfin, désigner une personne responsable du bien-être et du développement de l’enfant, garante de son histoire, dépositaire de sa double appartenance, va permettre, par l’installation d’une connaissance mutuelle, que se développe une communication avec l’enfant au sein de laquelle, se sentant reconnu, il pourra s’exprimer, se poser, maintenir et développer ses capacités relationnelles.

La désignation d’un garant, la prise en charge émotionnelle des parents qui confient leur enfant, le poids que représente le fait de s’occuper d’enfants dans une fonction soignante, éducative ou sociale, tout ceci nécessite d’être pensé, organisé et soutenu.

La compétence des intervenants

L’accueil familial suppose des moyens suffisants en temps et en personnels. De plus, une approche exclusivement sociale et éducative ne suffit pas. L’apport de spécialistes de la vie psychique est indispensable pour accueillir et élaborer le vécu affectif et les tensions relationnelles que connaîtront nécessairement les enfants, les familles d’accueil et les parents.

Les connaissances sur les potentiels des bébés, sur les interactions et sur les éléments nécessaires à la construction de l’identité de l’enfant, ont engendré des modifications fondamentales dans les pratiques d’accueil familial par une attention portée à l’enfant, ses besoins, sa souffrance, ses capacités, ainsi qu’une reconnaissance des affects des intervenants confrontés à ces situations difficiles, un souci de respecter la place des parents et la prise en compte de la dimension pédo-psychiatrique du projet en plus de ses dimensions éducative, sociale, sanitaire et juridique.

Toute personne qui s’occupe d’un enfant imagine pour lui une famille idéale qui ne peut jamais correspondre avec la réalité familiale. Distorsion qui crée des zones de conflits internes et externes. Prendre en compte la nécessité d’établir des liens entre professionnels, de prévoir des rencontres afin de surmonter l’appréhension de chacun, de passer du doute et de la méfiance au partage dans la prise en charge du placement et dans l’accompagnement de la situation d’accueil, a modifié les pratiques d’accueil familial. Cette évolution s’est notamment traduite dans le passage du suivi à l’accompagnement qui implique, pour les travailleurs sociaux, de reconnaître leur implication dans une relation transférentielle avec l’enfant et avec les parents en les engageant dans une sorte de "partenariat psychique".

Un énorme travail de réflexion, de concertation, en vue de l’élaboration d’un projet de travail, depuis la répartition des rôles et des tâches jusqu’à la définition des responsabilités est à mener pour chacune des situations. Ainsi, les tensions qui se vivent assez naturellement entre les services et les personnes risqueront moins d’être renforcées par la résonance que la problématique familiale entraîne inévitablement, conduisant à des conflits destructeurs.

Perspectives et enjeux qui supposent des personnels et des compétences dans le cadre d’équipes pluridisciplinaires et spécialisées, formées au repérage des processus spécifiques en accueil familial.

Et la compétence des familles d’accueil

C’est sur la capacité des familles d’accueil à participer à des modes de prise en charge de plus en plus difficiles du fait des troubles de la parentalité que repose en partie la mise en œuvre du traitement envisagé.

Il faudra un peu de temps à chacun pour distinguer substitution et suppléance, encore un peu plus pour mettre en place le soutien à la fonction particulière d’assistante maternelle et lui permettre de développer sa sensibilité aux enfants au lieu de s’en défendre, tout en éprouvant à leur égard des sentiments antagonistes d’attachement et de "détachement" - ceci à l’intérieur d’une relation qui doit cependant être chaleureusement investie.

La dimension relationnelle, affective et éducative qui traverse la vie quotidienne de l’enfant est devenue un axe de réflexion et de travail qui intègre aussi le rapport à son corps. Prendre soin du corps de l’enfant témoigne du respect que l’on a de sa vie, de l’importance qu’on accorde à cette forme de langage qui permet un plaisir partagé.

L’enfant importe ses modes interactifs dans la famille d’accueil, et ses demandes sont souvent distordues. La famille d’accueil se trouve alors entraînée dans des contre-attitudes liées à sa représentation de la "bonne mère", mais aussi parce que, si elle ne répond pas, elle s’expose à rencontrer une opposition violente de la part de l’enfant ou parfois sa dépression. Le risque est d’entrer dans un mode de relation sadomasochiste débouchant sur la répétition de l’histoire de l’enfant dans le registre de la maltraitance, du rejet ou de l’abandon.

La famille d’accueil est alors divisée intérieurement. Sur quoi peut-elle s’appuyer pour répondre à un enfant qui la met en difficulté ?

L’accueil familial et les parents

Comment être ou rester parents dans la dynamique de la séparation ?
L’accueil familial a pour finalité d’aider un enfant à grandir et à se construire dans une configuration familiale d’autant plus idéalisée que ses parents ne peuvent lui apporter ce dont il a besoin.

Aider ainsi un enfant, c’est également soulager ses parents du quotidien de son éducation, sans pour autant les exclure. L’objectif reste le retour en famille dans toute la mesure du possible ; objectif qui vient souvent buter sur la gravité des défaillances parentales.

Pourtant, le droit des parents et la reconnaissance de l’autorité parentale, ainsi que la connaissance des besoins des enfants et l’évolution de leur statut, amènent à des prises en charge radicalement différentes par un dispositif d’accueil familial. Celles-ci apportent à des enfants et à des parents une solution à leurs difficultés en œuvrant pour que les liens entre eux soient maintenus.
Mais tant les difficultés dans l’établissement du lien parents-enfants préexistantes à la séparation que la menace de dilution du lien, même minime, dans la séparation exigent que les relations entre parents et enfants soient accompagnées. Centré sur l’enfant, l’accompagnement devient une aide pour passer d’un milieu à l’autre, pour maintenir une représentation vivante des parents, pour faire face à l’anéantissement que représente la perte de ses parents, ou pour faire le deuil de parents disparus sans pour autant en effacer le souvenir.

L’accueil familial peut-il aider à restaurer les liens familiaux ? Peut-il contribuer à en instaurer d’autres pour l’enfant ?

Les rencontres parents-enfants ne sont pas destinées simplement à »faire plaisir « aux uns ou aux autres, mais constituent avant tout un instrument pour essayer de dénouer les relations pathogènes établies entre eux. Par la régulation de ces rencontres, un travail sur la séparation et le lien permet d’aborder la pathologie parentale et son incidence sur les relations familiales.

Des parents ont pu dire qu’ils auraient aimé bénéficier de la sollicitude témoignée à leur enfant par la famille d’accueil, découvrant par là un passé d’enfant carencé et un processus parental entravé. L’accueil familial peut-il être un lieu de restauration de leurs compétences transférées, de leurs capacités déléguées ? Un révélateur ?

Chacun des adultes concernés a sa part de responsabilité dans l’humanisation de l’enfant, le désir qu’il aura de grandir "malgré tout", parce qu’il aura éprouvé sa capacité d’aimer et d’être aimé.

bibliographie

Clément R. "Parents en souffrance", Stock, 1993

Clément R. "Un psychologue au risque de la psychanalyse", Cahiers de l’ANREP, 1996

David M. "Le placement familial, de la pratique à la théorie", ESF, 1989

Dolto F., This B., Rapoport D. "Enfants en souffrance", Stock, 1981

Winnicott D.W. "Conversations ordinaires", NRF Gallimard, 1988

L’accueil familial en revue, "le soin en accueil familial", n° 2, décembre 1996, édition IPI

L’accueil familial en revue, "la complexité de la fonction famille d’accueil", n° 3, juin 1997, édition IPI

Post Scriptum

Avertissement : ce qui précède n’est qu’un des nombreux chapitres du Guide de l’accueil familiall, publié en 2000 aux Éditions Dunod, Les textes réglementaires ayant évolué, certaines références aux contrats, rémunérations, lois... ne peuvent servir que de traces ou de repères « historiques ».

Dernière mise à jour : mardi 7 août 2012

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