12 - Aveyron : Personnes isolées : reconstruire une cellule familiale

Auteurs : Bertrand Courrège, ladepeche.fr, 24/08/2009, Olivier Courtil, Centre Presse, le journal de l’Aveyron, 27 mars 2010, Lola Cros, centrepresseaveyron.fr, 29 décembre 2015.

Accueillir des personnes âgées à domicile, cette autre solution

Auteur : Lola Cros, centrepresseaveyron.fr, 29 décembre 2015

En cinq ans de vie commune, Natacha Cerezo et Pierrette ont trouvé leur rythme de croisière. Natacha Cerezo a posé ses valises à Saint-Laurent-d’Olt en 2012. Venue du Tarn, où elle partageait déjà son quotidien avec Pierrette, 61 ans, la jeune femme a atterri "par hasard" en Aveyron. "Je cherchais un terrain suffisamment grand pour y construire une maison de plain-pied avec quatre chambres", explique-t-elle. Les annonces en ligne l’ont menée jusqu’ici.

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En 2012, Natacha Cerezo s’est installée à Saint-Laurent-d’Olt... avec Pierrette. (Lola Cros / CPA)

Quatre ans de travaux plus tard, elle reçoit dans son cocon. "Être accueillant pour personnes âgées et handicapées, comme Pierrette, c’est plus qu’un métier : c’est un projet de vie", continue-t-elle. Aide à domicile dans la Haute-Loire, Natacha Cerezo découvre l’accueil familial Accueil familial Mode d’accueil alternatif au maintien à domicile et au placement en établissement spécialisé : les personnes handicapées ou âgées sont prises en charge au domicile de particuliers agréés et contrôlés par les conseils départementaux (ou par des établissements de santé mentale). dans un reportage télévisé. Et de confier : "Moi-même, je ne me vois pas finir ma vie en maison de retraite. Dans ma précédente vie professionnelle, j’ai souvent été confrontée à des situations déchirantes : des personnes âgées forcées à quitter leur domicile, qui allaient à reculons dans des maisons de retraite, n’étant plus autonomes. Cette alternative, c’est la bonne solution. Elle est malheureusement encore trop peu connue".

24 heures sur 24, 7 jours sur 7

C’est avec cette idée dans la tête que Natacha tracera les plans de sa maison. Trois chambres de 9 m² minimum, comme l’exige le conseil départemental (lire par ailleurs), une salle de bains accessible, y compris aux fauteuils roulants. Aujourd’hui, elle vient de recevoir son deuxième agrément lui permettant d’accueillir deux personnes supplémentaires. "J’ai reçu une demande pour accueillir une dame, lassée de la vie en communauté dans sa maison de retraite, pour un week-end par mois. C’est possible !"

Ainsi, Natacha Cerezo travaille 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Si elle souhaite s’absenter, son père ou une amie, déclarés "remplaçants", doivent prendre le relais. Et les vacances, elle en a uniquement quand Pierrette s’en va voir sa famille : une semaine à Noël. Tous les matins, à 9 heures, elle réveille Pierrette, qui a un faible pour la "grasse mat’". Ensuite, les infirmières passent "faire la douche, car ça, ce n’est pas mon rôle !" Pierrette peut recevoir des proches et s’occuper comme elle l’entend. "Ça, c’est du cas par cas".

Au printemps, elles sont parties une semaine en vacances toutes les deux au Puy-en-Velay ("Tu te souviens ma Pierrette ?"). L’été, elles courent ensemble les marchés de pays pour vendre les bijoux confectionnés par Natacha. Très attachée à sa colocataire, la trentenaire n’en oublie pas de "s’imposer des distances" et de "garder son jardin secret". Ce rythme, elle se voit le tenir "encore une bonne dizaine d’années".

Un accueil chapeauté par le conseil départemental

L’accueillant familial doit être titulaire d’un agrément délivré par les services du département. Des contrôles et le suivi des personnes âgées sont assurés par ses services. Juridiquement, l’accueillant est considéré comme salarié de la personne accueillie, déclaré à l’Urssaf.

Dans tous les cas, un exemplaire signé du contrat doit être adressé au Département. Ce contrat doit contenir une ligne concernant les obligations matérielles de l’accueillant, les droits et obligations de l’accueillant et de la personne accueillie, l’obligation des deux parties de souscrire une assurance, le suivi social et médico-social de la personne accueillie, ainsi que les conditions de remplacement de l’accueillant familial (tout accueillant se doit d’être remplacé par, au moins, une personne déclarée en cas d’absence temporaire). Concernant les conditions financières de l’accueil, le Département plafonne à 7€ par jour et par personne le « loyer ».

Ainsi, l’accueil revient entre 1.500 € et 2.000 € par mois à la personne prise en charge. Natacha Cerezo, par ailleurs membre de l’association aveyronnaise « Accueil familial » en tire, après paiement des frais, un salaire de 1.000 € environ. Un travail parfois « précaire », admet-elle. Aussi, il est important de préciser qu’une période d’essai est obligatoire. « Pour vivre ensemble, il est nécessaire d’essayer pour savoir si nous sommes compatibles, explique-t-elle. Il faut être à l’aise avec cela. »

Sur demande (au 05.65.73.68.71), le Département fournit une liste non exhaustive de la vingtaine de familles d’accueil recensée.


Vieillesse, handicap : un accueil comme à la maison

Auteur : Olivier Courtil, Centre Presse, le journal de l’Aveyron, 27 mars 2010

Accueil familial en Aveyron, basée à Bozouls, est la seule association dans le département à proposer aux particuliers de devenir famille d’accueil pour personnes âgées et/ou handicapées.

Claribel Girbelle
Concept unique en Aveyron, l’association Accueil familial en Aveyron présidée par Claribel Girbelle, résidant à Bozouls, se veut une alternative entre le domicile et l’établissement spécialisé pour les personnes âgées et/ou handicapées. « Il n’y a pas que les maisons de retraite ! », lance-t-elle. Méconnue, l’association entend « booster le métier pour se faire connaître. Cela permet aussi de ne pas se sentir seul, d’être épaulé », poursuit Claribel Girbelle, qui accueille actuellement chez elle Marie-France, 54 ans, en provenance d’Albi.

Se battre pour faire reconnaître cette profession

Il est vrai qu’aujourd’hui, l’accueil familial est seulement connu pour sa vocation à destination des enfants. Or, avec le vieillissement de la population, de plus en plus de personnes ne peuvent plus rester à leur domicile et partent en maison de retraite ou en maison médicalisée. « Nous ne sommes pas là pour les concurrencer, mais au contraire pour permettre aux personnes et aux familles d’avoir le choix », explique la présidente.

La liberté de pouvoir rester vivre au sein d’une famille, d’être en contact avec le monde réel, et d’avoir des échanges intergénérationnels, comme c’est le cas chez Claribel Girbelle qui a trois enfants. Son association, unique en Aveyron, compte pour l’heure 12 adhérents. Chacun d’entre eux peut accueillir d’une à trois personnes à son domicile.

L’agrément est obtenu auprès du conseil général et doit être renouvelé tous les cinq ans. La présidente s’est rapprochée de l’association nationale Famidac pour obtenir des contacts et des informations sur le fonctionnement.

« Il faut se battre. Il faudrait que le Département offre des formations. Nous manquons de reconnaissance, nous n’avons pas droit par exemple aux Assedic. Si je m’absente, je dois trouver une remplaçante et ce n’est pas facile car on confie une personne et une maison », précise la présidente qui compte bien se battre pour la reconnaissance d’une profession vecteur de lien social. « Une unité Alzheimer comme une maison de retraite ne remplaceront jamais l’accueil familial », poursuit- elle en ce sens.

Et de conclure : « Il est important pour les personnes dépendantes d’avoir le choix de vivre encore au sein d’une famille si elles ne veulent pas intégrer une maison de retraite. Je ne m’oppose pas à la maison de retraite, il s’agit juste de leur offrir toutes les possibilités. Quant au profil pour être accueillant, il faut être disponible pour les autres ».

Un don de soi. Faire preuve d’humanité et de solidarité donc. Avec le vieillissement de la population, cette profession pourrait s’avérer une solution d’avenir.

Contact au 05 65 72 82 73 ou au 06 51 14 19 53 - accueilfamilialenaveyron.wifeo.com


Société.

Auteur : Bertrand Courrège, ladepeche.fr, 24/08/2009

Encore peu connu dans le département, l’accueil familial représente une alternative aux établissements d’accueil pour les personnes isolées.

Assise dans le fauteuil de sa chambre, elle s’occupe à son loisir favori : le tricot. C’est une femme coquette et élégante. Cheveux soigneusement brossés, elle porte un foulard noué autour du cou. Marie-France a 54 ans et depuis un an et demi désormais, elle partage le quotidien de la famille Girbelle dans un quartier paisible de Bozouls. « Marie-France nous a rejoints en décembre 2007, indique Claribel Girbelle, 40 ans et mère de trois jeunes filles. Dès le départ nous l’avons intégrée à notre vie. Elle participe à nos repas, vient avec nous au restaurant et fête les événements avec nous. »

Marie-France bénéficie d’un accueil familial. «  C’est l’opportunité pour les gens qui n’ont pas envie d’être dans un établissement spécialisé d’avoir une vie de famille », résume la mère de famille. « L’accueil familial, poursuit Claribel Girbelle qui a créé en mai dernier l’association Accueil Familial en Aveyron, permet à une personne dépendante qu’elle soit âgée ou handicapée d’être accompagnée quotidiennement au domicile d’un accueillant familial en contrepartie d’une rémunération. »

Cet accueillant doit être agréé. « Il peut alors s’agir d’un accueil thérapeutique dans le cas où nous travaillons avec un hôpital ou par accueil social si nous demandons l’agrément du conseil général », précise Claribel Girbelle.

Quotidien familial

Avant de rejoindre la famille Girbelle, Marie-France séjournait à l’institut Bon Sauveur d’Albi. « Elle a un handicap psychique, précise Laurent Girbelle, 36 ans et époux de Claribel. C’est son assistante sociale qui nous a contactés pour nous demander de l’accueillir. »

Avec les Girbelle, Marie-France a brisé son isolement, recréé une cellule familiale. Des dessins colorés sont punaisés sur la porte de sa chambre. « ça me donne du bonheur de voir les enfants jouer et s’amuser car je n’ai pas vu mes petits enfants depuis des années », confie la quinquagénaire. « Sa famille n’est pas en mesure de s’occuper d’elle », explique Laurent Girbelle. Marie-France retrouve aussi de l’intimité, de l’autonomie. « À Albi, on était 2 dans la chambre alors qu’ici je suis seule. J’ai ma télévision, ma salle de bain, dit-elle. Albi ressemblait à une prison comparée à cette maison. »

Toutefois, Marie-France reste discrète. « Elle sort peu, rapporte Claribel Girbelle. Elle aime rester dans sa chambre. » Marie-France a également des difficultés à se livrer, à se raconter. « Elle parle peu de sa vie d’avant. Elle a notamment du mal à évoquer les moments heureux de sa vie », témoigne Claribel Girbelle.

Peu connu

« L’accueil familial reste encore méconnu », se désole Claribel Girbelle dont l’association compte onze adhérents. Alors qu’en France, ce mode d’hébergement concerne plus de dix milles accueillants familiaux accueilant familial
accueillants familiaux
Agréés pour prendre en charge à leur domicile des personnes âgées ou handicapées adultes n’appartenant pas à leur propre famille, les accueillants familiaux proposent une alternative aux placements en établissements spécialisés.
pour près de quatorze milles personnes accueillies, dans le département, une quarantaine d’accueillants est agréée. « Ce qu’il faut savoir, insiste Claribel Girbelle, c’est qu’il s’agit d’un projet familial et d’un travail de tous les instants. »


Post Scriptum

Pour en savoir plus :

  • Interview de Claribel Girbelle, Radio Temps Rodez, 8 avril 2010 :
    MP3 - 3.7 Mo
    Radio Temps Rodez, 8 avril 2010 : Claribel Girbelle
    Radio Temps Rodez, 8 avril 2010
Dernière mise à jour : mercredi 30 décembre 2015

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