2005 : Elles font partie de notre vie

"Décideur en Gérontologie", n° 69, avril - mai 2005

A Torcé-en-Vallée (Sarthe), depuis dix ans, la famille Belland accueille dans sa fermette rénovée trois personnes âgées dépendantes.

Sylviane Belland a toujours vécu avec ses grands-parents. Comptable, elle quitte la région parisienne et son travail il y a une quinzaine d’années pour s’occuper de sa grand-mère. Elle découvre une nouvelle voie et décide de suivre une formation d’aide-soignante. " J’ai fait un stage en maison de retraite qui ne m’a pas plu. Comme j’avais des chambres libres dans ma maison, je me suis dit que je pouvais travailler à domicile. Etre accueillant familial doit être un choix de vie, pas une obligation. " En 1996, Gérard, son mari, met fin à son activité de cuisinier pour se consacrer à plein temps à cette occupation aux côtés de sa femme. Depuis 2002, les Belland sont reconnus en tant que couple d’accueillants mais, devant valider ses trimestres de retraite, Sylviane a dû reprendre, en 2004, une activité d’aide-soignante à mi-temps.

Elles sont trois aujourd’hui à être accueillies chez le couple : Odette, 89 ans, est entrée dans leur vie il y a 9 ans. Veuve, elle avait peur seule chez elle. Sa belle-sœur a vécu chez les Belland des années durant ; c’est sur ses conseils qu’elle a fait appel à cette alternative. Cela permet à Odette de rester dans sa région, à proximité de ses enfants qui lui rendent visite chaque semaine. Geneviève, 92 ans, habite chez les Belland depuis 6 ans. Elle craignait, elle aussi, la solitude. Ses enfants ont repéré un article sur les familles d’accueil dans le journal local, l’idée a tout de suite plu à leur mère. Récemment, elle s’est cassé le col du fémur et doit désormais rester en fauteuil. Pourtant elle insiste : " Même diminuée, je veux rester là, je ne veux pas m’en aller. " Solange, enfin, 92 ans également, est arrivée il y a quelques mois seulement. Elle vient de la région parisienne et ses enfants ont choisi cette solution pour des raisons financières.

Et comment ces dames cohabitent-elles ? Très bien, à les entendre ! Odette, la plus ancienne dans la maison, affirme : " Quand les nouvelles arrivent, je les accueille comme si c’étaient des amies. " Elles nous dévoilent le charmant vocabulaire local : " Ici, en Sarthe, on dit que nous sommes aboutées chez Sylviane et Gérard, c’est-à-dire que c’est eux qui nous accompagneront jusqu’au bout " !

En effet, Sylviane Belland affirme : " Ce n’est pas parce que la personne ne peut plus marcher qu’elle ne peut plus vivre avec nous ! J’ai suivi une formation d’accompagnement de fin de vie avec un psychologue pour pouvoir les accompagner jusqu’à la mort ; c’est mon choix. Ce ne sont pas des poteries mais des personnes qui vivent dans notre famille et qui y ont toute leur place ! Je ne les considère ni comme nos patients ni comme nos clients. Ce sont mes "mamies" même si je sais qu’il ne faut pas dire ça ! Je suis un peu leur maman aussi... Nous sommes quand même obligés d’apprendre à nous détacher pour ne pas trop souffrir. Notre fils avait douze ans quand Rachel, la première de nos pensionnaires, est décédée ; il était tellement triste qu’il s’est détaché vis-à-vis des suivantes. Il a su prendre à un jeune âge le recul que peut-être nous n’avons pas encore pris ! Moi, je les accompagne jusqu’à la toilette mortuaire, c’est ainsi que je commence à faire mon deuil. J’ai eu la chance que jusqu’ici elles soient mortes comme des bougies, dans mes bras. "

La vie quotidienne

Mais revenons à des choses plus gaies ! Les " aboutées " des Belland adorent s’occuper de l’intendance mais depuis que leur dépendance a progressé, elles ne le peuvent plus autant. " Elles lisent le Maine Libre, notre journal régional, nous donnent des conseils sur le jardinage, je leur parle beaucoup pour les maintenir intellectuellement, les fais marcher pour éviter la perte d’autonomie, et nous allons prochainement organiser un échange avec la maison de retraite locale pour qu’elles profitent des activités proposées dans cet établissement : chant, exercices de motricité, atelier mémoire... ! Elles vivent avec nous dans la maison et ne restent jamais dans leur chambre. En famille d’accueil, nous avons le temps de nous occuper de chacune : nous sommes deux pour prendre soin de trois personnes, c’est un avantage par rapport aux établissements. Malheureusement, plus le temps passe et plus notre charge de travail augmente. D’ailleurs, aujourd’hui, quand on demande à accueillir de nouvelles personnes âgées, on ne nous propose que des personnes très dépendantes, en GIR 2. Heureusement, pour nous aider face à cette situation, en Sarthe, l’association APPAMH, financée par la CPAM, nous prête sur ordonnance du médecin du matériel pour les maintenir au domicile : lits médicalisés, fauteuils, déambulateurs... "

La vie privée

Sylviane Belland : " Quand nous avons commencé cette activité - qui est loin d’être un business, croyez-moi, nous avons perdu 75 % de nos revenus par rapport à nos anciennes activités ! -, je n’envisageais pas les inconvénients. D’ailleurs, il y a dix ans, les familles d’accueillis s’occupaient davantage de leur personne âgée, la prenait durant les vacances, à Noël et certains dimanches... ça arrive de moins en moins. Et c’est plutôt le contraire, si les trois familles nombreuses viennent rendre visite à leur parente en même temps, on se retrouve vite débordé ici ! Elles sont libres de venir mais nous leur demandons de nous laisser nos dimanches pour que nous puissions recevoir nos propres amis. Et notre intimité, nous l’avons à partir de 20 heures lorsque nous reprenons possession de notre rez-de-chaussée et que nos accueillies montent dans leur chambre (grâce à un fauteuil élévateur) où elles ont chacune leur téléviseur. Je passe les voir vers 21 h et avant de me coucher. Puis, comme nous dormons au même étage, elles peuvent nous appeler en cas de problème. Mais c’est vrai que c’est éprouvant : en dix ans, nous ne sommes partis que deux fois en vacances. Si nous voulons employer quelqu’un pour nous remplacer pendant nos congés, ça nous revient à 200 € par jour ; c’est infaisable financièrement. L’échange avec d’autres familles d’accueil est également quasi impossible (voire illégal) car il nous faudrait trois chambres supplémentaires. Une fois, j’ai fait appel à l’hôpital local pour garder Odette mais cela l’a trop perturbée.

Pour les courses, nous y allons l’un après l’autre, mon mari et moi. Nous ne les laissons jamais seules. Je ne serais pas tranquille du tout !! "

Dernière mise à jour : mercredi 12 janvier 2011

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