2007 : Accueil familial / établissements : des réseaux et des partenariats à développer

Etude Thématique de Maud PINEAU,
Psychologue en gérontologie,
Formation supérieure de Directeur de l’Intervention sociale
IFS Meslay – La Guyonnière – 85600 MONTAIGU

Cette étude est axée sur l’accueil de personnes âgées ; cependant, la plupart de ses observations et propositions sont parfaitement transposables à l’accueil d’adultes handicapés.

A partir d’informations publiés sur le site Famidac.fr ou extraites de quelques ouvrages de référence, Maud PINEAU tire une analyse logique, limpide, globale, qui met parfaitement en évidence la complémentarité de l’accueil familial Accueil familial Mode d’accueil alternatif au maintien à domicile et au placement en établissement spécialisé : les personnes handicapées ou âgées sont prises en charge au domicile de particuliers agréés et contrôlés par les conseils départementaux (ou par des établissements de santé mentale). avec d’autres modes de prise en charge ... tout en ouvrant de nouvelles perspectives de coopération entre les établissements et les accueillants familiaux accueilant familial
accueillants familiaux
Agréés pour prendre en charge à leur domicile des personnes âgées ou handicapées adultes n’appartenant pas à leur propre famille, les accueillants familiaux proposent une alternative aux placements en établissements spécialisés.
.

Le premier chapitre de cette étude est descriptif, donc forcément des plus classiques et n’intéressera que les néophytes. Mais sa partie analytique et prospective (de la page 17 à la fin) est passionnante.

Bravo et merci Maud !


L’accueil familial des personnes âgées :
Quelle complémentarité entre le maintien à domicile et l’hébergement ?

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Accueil familial : étude thématique


Extraits :

Une expérience professionnelle en Centre de Soins Longue Durée m’a fréquemment confrontée à la question - au mieux, du choix contraint - au pire, du non consentement de la personne âgée, dans le choix de l’entrée en institution. Il est vrai qu’entre le maintien à domicile et l’institutionnalisation, l’alternative est mince pour toute personne âgée ou sa famille à la recherche d’une solution pour pallier l’installation d’une dépendance.

N’y a t-il pas autre chose à développer ou à inventer pour étoffer la palette des offres de services à nos aînés ? C’est avec ce questionnement que j’ai pris connaissance de l’accueil familial de ces personnes. J’ignorais cette modalité de prise en charge et j’ai constaté que cette ignorance était largement partagée par le grand public et par certains professionnels de l’action médico-sociale.

A la croisée du maintien à domicile et de l’orientation vers une structure d’hébergement, l’accueil familial paraît un compromis séduisant puisqu’il permet a priori, un accompagnement personnalisé, dans un cadre chaleureux car familial, au-delà de toutes les contraintes de la vie collective intrinsèques aux institutions. Mais qu’en est-il réellement ?

C’est pour tenter de répondre à cette interrogation que je vous présente, dans le cadre de la formation de Directeur de l’Intervention sociale, cette étude thématique sur l’accueil familial des personnes âgées.

(...)

« Monsieur X nous a rejoint il y a un an. Il a vécu dans une maison de retraite où il ne se plaisait pas du tout. Il est plutôt sauvage et il ne supportait pas la vie collective. »

« Après une paralysie, Mamy ne pouvait plus rester chez elle et son mari ne pouvait pas s’en occuper. Ils ont cherché une maison de retraite près de chez sa fille. Elle ne s’y est pas du tout plu, elle dépérissait à vue d’œil. Il recherchait quelque chose pour se rapprocher de son ancien domicile. Dans le même temps, on s’est fait connaître auprès du CLIC et c’est comme ça qu’elle est arrivée chez nous ».

(...)

2.1.2 - L’accueil familial : une solution plus « naturelle »

(...) Le cadre de vie proposé par l’accueil familial, est lui plus « naturel » que celui des institutions ; c’est aussi un élément important de la qualité de vie offerte par l’accueil familial.

Il propose une maison accueillante avec ses bruits, ses odeurs de cuisine, une maison ouverte où on peut aller et venir, profiter du jardin, de l’animation d’une rue, d’un quartier, bref, une maison dans laquelle la personne accueillie a sa place et qu’elle peut investir comme son domicile. Enfin, si l’accueil familial était plus développé sur l’ensemble des territoires, il pourrait être considéré comme un dispositif de proximité répondant en cela aux aspirations des aînés d’être proches de leur domicile, proche de leurs repères géographiques, d’être proches des éléments de leur identité.

  • Un accueil social et thérapeutique

C’est sur la personnalisation de la prise en charge que l’accueil familial prend une longueur d’avance sur les structures d’hébergement ; les familles d’accueil se flattent en effet de proposer des prestations au plus près des habitudes antérieures de la personne, du quasi « sur-mesure » : respect du rythme de vie, des désirs, des envies et des souhaits que ce soit au niveau des repas, des heures de lever ou de coucher, des loisirs qui sont autant de repères sécurisants pour la personne âgée.

« Mes personnes âgées se lèvent quand elles veulent, je leur dépose le matin un plateau pour le petit déjeuner, elles ont de quoi se préparer un café chaud dans leur chambre. Pour moi, c’est important, on n’a pas toujours envie de se montrer le matin, pas très frais en pyjama etc. Elles ont comme ça la possibilité de se réveiller tranquillement et d’avoir une intimité pour le petit déjeuner ».
« L’après-midi, c’est à la carte. On peut avoir envie de sortir s’il fait beau, faire un tour au jardin, faire des courses. Parfois, Monsieur demande à m’accompagner chercher les enfants à l’école, je l’emmène en voiture et ça lui fait plaisir. »

La qualité de vie des personnes âgées accueillies en famille ne se limite pas à une simple prise en charge hôtelière. L’accueil familial c’est aussi la garantie d’une même présence, qui plus est quotidienne et à toute heure de la journée et de la nuit, élément rassurant pour la personne accueillie : plus de rotation du personnel, plus de visages différents mais un rapport constant et privilégié avec une personne qui connaît ses habitudes et son mode de fonctionnement. C’est également la garantie d’être accueillie et soignée dans la famille au gré de la dégradation de son état, pour certains jusqu’à sa mort, évitant ainsi les transferts successifs et traumatisants dans différentes structures.

(...)

3.2 – L’accompagnement des familles d’accueil par des professionnels du secteur médico-social

(...) le développement des EHPAD [1] comme support à une politique de proximité paraît concevable en déployant un ensemble de services : services à destination des personnes âgées bien sûr, mais aussi à destination de tous les acteurs de l’action sociale, y compris les familles d’accueil.

C’est dans cette optique que s’inscrit un Directeur d’EHPAD rencontré dans le cadre de cette étude. Il nous dit :

« Les Ehpad pourraient être des plateformes de services et de soutien aux accueillants familiaux. En mettant à disposition des familles d’accueil leurs infrastructures et leurs moyens humains, ils contribueraient à l’amélioration de la prise en charge des personnes âgées. »

Avec cette collaboration, il pourrait être envisageable d’organiser, au sein des EHPAD, certaines prestations à destination des accueillants familiaux. Ce même Directeur nous cite la possibilité de :

Cette liste est loin d’être exhaustive, mais les solutions évoquées là sont un moyen d’améliorer le dispositif existant d’accueil familial en répondant à l’isolement, la solitude des accueillants familiaux et au sentiment qu’on ne leur facilite pas toujours la tâche. Des conventions entre les gestionnaires des établissements médico-sociaux et les pouvoirs publics (Conseil général, DASS) pourraient permettre cette mise à disposition de moyens logistiques et humains.

(...)

  • L’accueil familial comme alternative au tout institutionnel

Contre ce tout institutionnel, l’accueil familial ne pourrait-il pas constituer une solution alternative ? Nous pensons qu’il y a là la possibilité de créer entre les EHPAD et le dispositif d’accueil familial des passerelles qui seraient autant de moyen de diversifier l’offre de prise en charge et de répondre aux besoins du public. C’est ce que nous confirme le Directeur d’EHPAD rencontré :

« Nous avons de plus en plus de demandes dans notre établissement de personnes qui ne veulent plus rester chez elles mais qui ne sont pas pour autant très dépendantes. Ces demandes ne correspondent pas toujours à ce qu’on peut proposer dans notre structure qui est de plus en plus médicalisée. L’accueil familial peut correspondre à ces besoins. »

(...)

Dans la lignée de cette proposition, on pourrait aller encore plus loin en offrant davantage de souplesse à ce dispositif. Pourquoi ne pas proposer, dans la palette d’offres des maisons de retraite, un service d’accueil familial qui pourrait être :

  • une passerelle entre la maison de retraite et l’accueil familial : proposer à des personnes âgées en maison de retraite de souffler, prendre du recul en allant passer un week-end, quelques jours dans une famille d’accueil et renouer avec une vie proche du « normal »
  • une passerelle entre le domicile et l’institution : la personne âgée accueillie en famille pourrait se voir proposer des animations ou des séjours temporaires en établissement d’hébergement, pour « apprivoiser » le cadre, pour préparer une éventuelle entrée. On est là dans une offre graduelle de services où l’accueil familial constituerait un sas entre le domicile et l’institution.
  • une passerelle entre le soins et le domicile : au même titre qu’un centre de convalescence, on pourrait imaginer des familles accueillant, dans le cadre d’une convalescence, des personnes âgées pas suffisamment sûres, dans l’attente d’une reprise d’autonomie pour un retour à domicile.

Ces différentes possibilités sont autant de perspectives pour un directeur d’EHPAD de diversifier son offre de services en couvrant plus largement les besoins de la population âgée sur son territoire, à un coût moindre compte tenu du contexte de rationalisation et d’optimisation des moyens financiers disponibles.

On peut imaginer, dans le cadre d’un GCSMS, la coopération de plusieurs EHPAD (souvent dispersés et cloisonnés sur un même département), dans la création d’un service d’accueil familial commun permettant une économie d’échelle dans la gestion et l’organisation de ce service.

Par ailleurs, l’ouverture aux pratiques des accueillants familiaux, les échanges peuvent être envisagés comme un moyen d’enrichir celles des professionnels des établissements médico-sociaux et d’instaurer une dynamique mais aussi une complémentarité, au service de la qualité de la prise en charge et du confort des bénéficiaires.

Reste à mobiliser les directeurs de l’intervention sociale sur ces pistes (certains le sont déjà) mais surtout les pouvoirs publics, ce genre d’innovation ne pouvant se concrétiser sans une véritable impulsion politique.



SOMMAIRE

1 – L’ACCUEIL FAMILIAL : CADRE GENERAL

  • Définitions
  • D’une tradition séculaire à un cadre rénové
  • Aspects historiques
  • La nécessité de légiférer
  • Un cadre rénové
  • Le cadre législatif : la loi de modernisation sociale du 17 janvier 2002
  • Les conditions d’agrément
  • La procédure d’agrément
  • L’organisation de l’accueil
  • Le contrôle et le suivi médico-social de l’accueil
  • Les aides financières allouées aux parties
  • L’accueil familial aujourd’hui : aspects quantitatifs et qualitatifs

2 - UN DISPOSITIF A RECONNAITRE ET PROMOUVOIR

  • L’accueil familial : une réponse aux besoins des personnes âgées
  • Les besoins des personnes âgées en perte d’autonomie
  • L’accueil familial : une solution plus « naturelle »
  • L’accueil familial : une réponse pour les familles
  • Des familles naturelles très sollicitées
  • L’accueil familial : une réponse
  • L’accueil familial : un cadre propice aux affects ambivalents
  • L’accueil familial : une réponse aux enjeux sociaux de la prise en charge des personnes âgées
  • Une réponse économiquement valable
  • Une réponse au développement local

3 – UN DISPOSITIF ENCLIN AUX PARADOXES

  • La question de la reconnaissance
  • Des représentations négatives
  • La question de la précarité du statut de l’accueillant familial
  • La question de la professionnalisation
  • Des familles d’accueil isolées
  • Les risques de l’accueil familial
  • Le contrôle au détriment du suivi ?
  • La difficulté à assumer la continuité l’accueil
  • Des réseaux et des partenariats à développer
  • Des associations de famille d’accueil
  • L’accompagnement des familles d’accueil par des professionnels du secteur médico-social
  • L’accueil familial comme passerelle : un enjeu pour les EHPAD ?

CONCLUSION - ANNEXES - BIBLIOGRAPHIE - GRILLES D’ENTRETIEN

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Accueil familial : étude thématique

Notes

[1Établissement d’Hébergement pour Personnes Âgées Dépendantes

Dernière mise à jour : lundi 10 janvier 2011

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