2007 : L’accueil familial des personnes âgées : la réalité au quotidien

Mémoire de Christelle BAUDSON - Diplôme d’Etat d’Assistant de Service Social, juin 2007, IRTS de Lorraine, Nancy.

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Christelle Baudson

De nombreux étudiants se servent de notre site pour rédiger leur mémoire ... puis "oublient" de nous donner de leurs nouvelles.

Christelle nous a autorisé à publier son mémoire ici. Bravo pour son excellente étude... et mille fois merci, au nom de toutes celles ceux qui auront l’idée, grâce à elle, de "rebondir" sur ce sujet !


Sommaire :

INTRODUCTION

DEMARCHE METHODOLOGIQUE

  • 1) Recherches bibliographiques
  • 2) Les entretiens

I) La personne âgée en accueil familial Accueil familial Mode d’accueil alternatif au maintien à domicile et au placement en établissement spécialisé : les personnes handicapées ou âgées sont prises en charge au domicile de particuliers agréés et contrôlés par les conseils départementaux (ou par des établissements de santé mentale).  : état des lieux

  • 1) Définitions et formes de la vieillesse
  • 2) Vieillesse et santé
  • 3) Représentation de la personne âgée au sein de la famille
  • 4) La personne âgée créatrice d’emplois

B) L’accueil familial des personnes âgées : d’hier à aujourd’hui

  • 1) Définition et développement de l’accueil familial
  • 2) Un paysage flou

C) la réglementation de l’accueil familial

  • 1) Une reconnaissance nécessaire à l’exercice de l’activité : l’agrément
  • 2) Une définition incohérente de l’accueil familial : le contrat
  • 3) La formation et le suivi des accueils familiaux : des notions discutables

D) Un timide cheminement de la professionnalisation : la loi du 17 janvier 2002 et les décrets du 31/12/2004

  • 1) La loi du 17 janvier 2002 rénovant l’action sociale et médico-sociale et les décrets du 31/12/2004
  • 2) Une loi sujette à la controverse

II) L’accueillant familial des personnes âgées : la réalité au quotidien

A) Profil et motivations des accueillants familiaux accueilant familial
accueillants familiaux
Agréés pour prendre en charge à leur domicile des personnes âgées ou handicapées adultes n’appartenant pas à leur propre famille, les accueillants familiaux proposent une alternative aux placements en établissements spécialisés.
et des personnes âgées

  • 1) profil des accueillants familiaux
  • 2) profil des accueillis

B) Motivations des accueillants familiaux et raisons de l’orientations en accueil familial des personnes âgées

  • 1) La motivations des accueillants
  • 2) Les raisons de l’orientation en accueil familial pour la personne âgée

C) L’accueil familial : vie professionnelle et vie privée

  • 1) les liens affectifs entre accueillant familial et personne âgée
  • 2) Des répercussions sur la vie familiale de l’accueillant
  • 3) organisation et adaptation

a) L’organisation de la journée

b) famille et personnes âgées : une adaptation réciproque

D) Etre accueillant familial : une mission difficile

  • 1) Un grand manque de liberté
  • 2) Des revendications concernant leur statut

PROBLEMATIQUE ET HYPOTHESE

OUTILS D’OBSERVATION

CONCLUSION

BIBLIOGRAPHIE

ANNEXES : GRILLES D’ENTRETIEN


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Mémoire
L’accueil familial des personnes âgées : la réalité au quotidien

Extraits


(...)

B) L’accueil familial des personnes âgées : d’hier à aujourd’hui

1) Définition et développement de l’accueil familial

Le terme accueil désignant, d’après le dictionnaire Larousse, l’action, la manière d’accueillir, de recevoir, peut revêtir deux aspects, médical et social.

L’accueil familial thérapeutique AFT
Accueil Familial Thérapeutique
Des personnes souffrant de troubles mentaux peuvent être prises en charge au domicile de particuliers formés, agréés et employés par des établissements psychiatriques.
a pour objectif la poursuite d’un programme de soins dans une famille assurant un cadre sécurisant dans un milieu stable et chaleureux. La famille d’accueil étant un partenaire de l’équipe, représente un élément de la réussite du traitement.

L’accueil familial social pour les personnes âgées est différent dans son projet et sa mission. Son but est de répondre aux problèmes de toutes ces personnes, qu’elles soient valides et autonomes, fragiles, handicapées ou malades, mais dont l’état ne nécessite pas une hospitalisation.

Accueillir c’est d’abord bien sûr assurer le gîte et le couvert dans des conditions satisfaisantes, c’est aussi offrir un cadre familial stable et chaleureux permettant la continuité d’une vie sociale et relationnelle, c’est aussi aider la personne à assumer tout les actes d’entretien de la vie courante (toilette, habillage,..), apporter de l’attention, ou encore soigner. Mais accueillir c’est aussi donner à la personne âgée l’assurance que toutes ces actions pourront être maintenues jusqu’à la fin de sa vie. Cette activité ne se résume donc pas uniquement au simple fait de recevoir quelqu’un.

L’accueil, par des particuliers, à leur domicile, à titre onéreux, de personnes âgées est le fruit d’une longue histoire. En effet, on trouve trace de cet accueil familial dès la Révolution : « le comité de mendicité préconise (…) si l’on ne peut faire appel à la famille, de les confier à une famille d’accueil à condition qu’ils aient plus de 60 ans et moyennant une pension » .

Ce dispositif était donc identifié à une structure d’hébergement où, en contrepartie d’un service, la famille était rémunérée.

Cette possibilité est régulièrement évoquée dans les différents textes de loi.

Au début du 20éme siècle, la loi du 14 juillet 1905 concernant l’assistance obligatoire aux vieillards, aux infirmes et aux incurables privés de ressources indique les modes d’assistance à domicile ou de placement. Dans les articles de ce texte sont successivement mentionnés « le placement familial ou le placement chez un particulier, voire le placement dans des familles étrangères, dont les conditions sont fixées par le conseil général »

Dans les années 50, l’article 157 du Code de la famille et de l’aide sociale revient sur ces différentes possibilités : « toute personne âgée de 65 ans, privée de ressources suffisantes peut bénéficier, soit d’une aide à domicile, soit d’un placement, chez des particuliers ou dans un établissement. »

En 1959, le décret du 7 janvier vient réglementer l’accueil familial : « Toute personne âgée qui ne peut être utilement aidée à domicile peut être placée, si elle y consent, dans des conditions précisées par décret, soit chez des particuliers, soit dans un établissement hospitalier ou une maison de retraite publique, ou à défaut dans un établissement privé. »

L’accueil familial devient alors une issue lorsque toute les possibilités de maintien à domicile ont été épuisées.

Le décret du 13 avril 1962 ayant trait au placement familial des personnes âgées, aveugles, infirmes et grands infirmes bénéficiaires de l’aide sociale, précise le montant de la pension octroyée au particulier ainsi que le pécule laissé à la personne âgée, rappelle l’existence d’une convention passée entre le préfet et le particulier et évoque la surveillance régulière du placement.

Dans ce contexte législatif, l’accueil familial des personnes âgées se présente comme un dispositif répondant plutôt à une logique commerciale qu’à une logique sociale. Ce cadre privilégie le salaire des familles d’accueil aux besoins des personnes accueillies et à la qualité des réponses humaines de ces familles.

En effet, ce dispositif se met en place dans le cadre d’accord effectué à l’amiable entre l’accueillant familial et la personne âgée et à aucun moment il n’est prévu d’intermédiaire permettant de réguler les rapports humains entre la personne accueillie et la famille d’accueil.

2) Un paysage flou

L’accueil familial des personnes âgées s’est donc développé dans le cadre de contrats de gré à gré passés entre ces dernières et les accueillants hors de tout contrôle par une institution sociale ou médico-sociale lorsque la personne accueillie ne bénéficiait pas de l’aide sociale. Les prestations offertes par les accueillants étaient donc très variables selon leur conception du métier et leurs motivations. Ces prestations pouvaient aller du partage de la vie familiale à la simple mise à disposition d’une chambre.

Si les placements familiaux se faisaient dans le cadre de l’aide sociale, les familles d’accueil pouvaient bénéficier d’un suivi et d’un contrôle. Il s’agissait notamment des placements pour malades mentaux et handicapés et les enfants orphelins ou délaissés mis en place de façon très institutionnalisée. Par exemple, le statut des assistantes maternelles (agrément, formation, rémunération) organisé en 1977 en a fait des salariés de plein droit.

En 1989, les pouvoirs publics font le constat suivant : les lois en vigueur ne permettent pas un contrôle suffisant et on assiste à de nombreux abus (captation d’héritage, négligences à l’égard des personnes accueillies). Ils vont être ainsi amenés à légiférer et à établir des normes requises pour l’exercice de cette activité.

C’est donc pour contrôler et réglementer l’accueil familial que la loi du 10 juillet 1989 relative à l’accueil par des particuliers, à leur domicile, à titre onéreux, des personnes âgées ou handicapées, est née.

C) la réglementation de l’accueil familial

Cette loi précise les droits et obligations des deux parties, c’est à dire la personne âgée (ou son représentant légal) et la famille d’accueil. Les modalités d’accueil sont énoncées aux accueillants familiaux lors de la procédure d’agrément et sont également précisées dans un contrat souscrit entre la personne accueillie et l’accueillant familial.

Dans le cadre de sa politique de décentralisation, le législateur a confié au Président du conseil général de chaque département l’essentiel des tâches d’organisation et de suivi de ce dispositif. Ainsi, il doit instruire les demandes d’agrément, organiser la formation et le contrôle des familles d’accueil et assurer le suivi médico-social des personnes accueillies. Mais il peut également déléguer tout ou une partie de ces missions à des organismes et institutions.

Ainsi, en Haute-Marne, le conseil général a confié ces missions à la maison de retraite de Doulaincourt, via le Service Coordonnateur de l’Accueil à Domicile (SCAD). (...)


3) La formation et le suivi des accueils familiaux : des notions discutables

a) la formation

« En matière d’offre de formation, les pratiques se révèlent diverses. Ainsi en est –il de la durée (de 12 à 60 heures), du public concerné, ensemble des familles d’accueil ou famille recevant seulement des personnes âgées. Certaines formations mettent l’accent sur les savoirs et les savoir-faire à travers, par exemple, la diététique et l’hygiène, la manutention ou la mobilisation des personnes. D’autres se centrent sur les « savoir-être » en abordant des questions comme l’accompagnement des mourants, la relation d’aide…Positionner la famille au sein d’un réseau de proximité médico-social apparaît comme le seul point commun à l’ensemble des formations. »

Si la loi oblige les accueillants à suivre une formation, aucune indication concernant cette dernière ne figure dans les textes. Chaque département est ainsi amené à inventer des thèmes et des programmes de formation.

Or, la construction d’un programme de formation ne peut se faire sans envisager une question préalable et incontournable : « quelle formation pour quels objectifs ? » . C’est en ce sens que la formation et plus particulièrement son contenu, est une notion discutable.

S’agit-il de former le savoir-faire ? et alors quels « faire » vont être privilégiés, celui de l’éducatrice familiale, de l’aide-soignante, de la garde-malade ou de la bonne ménagère ? » .

Il est nécessaire d’être prudent et de préciser les intentions de la formation afin que celle-ci réponde aux besoins des familles d’accueil. Il ne s’agit pas d’enfermer ces dernières dans des pratiques auxquelles elles ne pourront répondre ni dans la continuité, ni dans l’intimité.

En effet, les familles d’accueil ne sont ni des éducateurs, ni des aides-soignants, ni des gardes-malades. Ces familles doivent souvent improviser et se débrouiller lorsqu’elles sont confrontées à des difficultés. Etre accompagnées dans cette pratique par des formations et d’autres professionnels permet de les aider à résoudre ces difficultés.

En fait, « la nécessité de la formation se pose essentiellement à partir de la spécificité de l’activité. Elle est donc un moyen de sortir de chez soi, de rencontrer d’autres familles d’accueil, d’échanger sur son travail, de partager ses difficultés, d’être informé des défaillances des personnes et d’être aidé dans l’élaboration des réponses que chacun doit inventer dans son cadre familial ou en faisant appel aux réseaux médico-sociaux existants » .

A titre indicatif, en Haute-Marne, la formation des accueillants familiaux est mise en place depuis mars 2007 et sa durée est fixée à 31h30. Son contenu comprend plusieurs modules tels que l’initiation aux gestes de premiers secours, la connaissance de la personne âgée et de la personne handicapée, ou encore la diététique et l’alimentation.

b) le suivi et le contrôle

Il s’agit de vérifier que la personne âgée accueillie bénéficie de toutes les attentions et de tous les soins que son âge et son état requièrent. Il permet aussi de contrôler la mise en application et le respect des conditions d’accueils précisées dans le contrat.

Le contrôle est davantage centré sur la vérification du respect des critères d’agrément et sur les bonnes conditions d’accueil, le suivi étant davantage axé sur le traitement des aspects relationnels de l’accueil et des aspects personnels affectant l’accueilli et la famille d’accueil.

A ce suivi et ce contrôle, peut s’ajouter un suivi d’ordre administratif aux personnes accueillies et aux familles d’accueil. Celui-ci a pour objectif d’informer, de conseiller et d’aider la personne âgée, notamment au moment de la négociation du contrat avec la personne accueillante. Par la suite, il permet de vérifier que les démarches administratives, prévues dans le contrat, ont bien été effectuées (assurances, fiches de paie, déclarations à l’URSSAF…).

De plus, ces visites se font la plupart du temps de manière irrégulière et inopinée, et donnent lieu à une synthèse précise sur le comportement de la famille et les conditions matérielles. Le poids, l’alimentation, l’hygiène, la mobilité, le sommeil et le bien-être moral de la personne accueillie, font l’objet d’un compte-rendu.

Ce principe peut être mal vécu par les accueillants familiaux. Certains peuvent ainsi assimiler ces visites à des inquisitions et se montrer méfiants face aux agents. Pourtant, ces visites n’ont pas pour objectif de surprendre mais plutôt de soutenir les accueillants et de permettre un accueil de meilleure qualité.

Madame T, infirmière au SCAD, dira à ce sujet : « le souci au départ a été d’établir clairement avec l’accueillant ce principe de visite inopinée. On est pas là avec l’œil du gendarme mais avec un regard de bienveillance. Il fallait leur faire comprendre que nous agissions ainsi afin que l’accueil puisse se dérouler le mieux possible ».

D’autre part, le suivi et le contrôle se confondent. Ces différents points sont en fait évalués autant lors des visites de contrôle que lors des visites de suivi. Les tentatives de différenciation se heurtent au fait que ces pratiques se réalisent toutes deux au domicile de l’accueillant et qu’elles sont réalisées par le même professionnel.

Il est alors compréhensible dans ces conditions que les personnes agréées assimilent le suivi à un contrôle et que chacun ait quelques difficultés à s’y retrouver.

En Haute-marne, les visites du suivi social et médico-social des agents du SCAD s’effectuent aussi souvent que nécessaire, et au minimum une fois par trimestre.

D) Un timide cheminement de la professionnalisation : la loi du 17 janvier 2002 et les décrets du 31/12/2004

1) La loi du 17 janvier 2002 rénovant l’action sociale et médico-sociale et les décrets du 31/12/2004

Cette loi va permettre d’apporter une harmonisation et d’améliorer le dispositif d’accueil

familial […] « qui, sans être remis en cause, ne donne une satisfaction totale ni aux personnes accueillies et à leurs familles, qui quelquefois ne connaissent pas bien les conditions d’agrément [..], ni aux familles accueillantes, qui ne sont pas suffisamment reconnues dans leur engagement social et professionnel ».

Les modifications apportées par cette loi concernent à la fois la forme et le fond.

Sur la forme, afin d’apporter un minimum de clarification, il est mis fin à la division entre deux titres distincts (accueil des personnes âgées/ accueil des personnes handicapées) ; l’agrément, le contrat et certaines dispositions sont communes aux deux types d’accueil.

Le particulier agréé plus fréquemment appelé « famille d’accueil » cède la place à « l’accueillant familial », terme qui permet de se décliner aussi bien au singulier qu’au pluriel et de désigner un métier « accueillant » et son caractère « familial »

Sur le fond, plusieurs modifications ont été apportées. L’agrément, dont le principe est posé de manière plus formelle, est accordé pour une durée de cinq ans et pour trois personnes au maximum, sans possibilité de dérogations.

Un contrat type est également établi par voie réglementaire, et non plus par chaque président du conseil général ; ceci permet d’éviter les disparités entre départements, d’unifier le contenu des contrats d’accueil, et donc d’uniformiser les modalités d’accueil.

La loi de 2002 renforce aussi les droits sociaux des familles accueillantes, notamment en leur reconnaissant un droit à congés payés, assorti d’une indemnité de congé, et en fixant leur rémunération minimale par référence au SMIC, et non plus au minimum garanti.

Il faut cependant patienter trois années pour qu’apparaissent les décrets d’application de cette réforme

2) Une loi sujette à la controverse

Si des améliorations ont été apportées, certains points demeurent flous ou semblent ne pas satisfaire les professionnels.

Ainsi, la Fédération Nationale de l’Accueil Familial (FNAF) et L’Union Nationale des Associations de Familles d’Accueil (UNAFA) regrettent d’abord que le statut de salarié ne leur ait pas été reconnu. Les accueillants « bénéficient d’un salaire indexé sur le SMIC, payent des cotisations sociales obligatoires, ont des droits à des congés payés, mais ne relèvent pas, on ne sait pourquoi, du code du travail » .

D’autre part, la clause qui stipule que l’accueillant ne peut s’absenter que si une solution permettant d’assurer la continuité de l’accueil est mise en place demeure toujours. L’accueillant percevra ainsi des congés payés mais ne pourra s’absenter que s’il trouve à être remplacé. Ainsi, d’après la présidente de la Fédération Nationale de l’Accueil Familial (FNAF) : « il faudrait pouvoir recruter au moins une auxiliaire de vie, mais il n’est pas possible, au tarif où sont payés les accueillants familiaux, qu’ils rémunèrent une aide-ménagère » .

Comme nous l’avons vu, la personne âgée a une importance dans la société. L’augmentation de l’espérance de vie génère un vieillissement de la population qu’il faut prendre en charge. L’accueil familial est une réponse à ce phénomène. Cependant, ce dispositif a une réalité « théorique » qu’il faut pouvoir appliquer au quotidien. (...)


II) L’accueillant familial des personnes âgées : la réalité au quotidien

(...) A noter, un nombre significatif de ces femmes à un moment donné de leur vie ont exercé une profession sanitaire ou sociale ( agent de service, aide-soignante, assistante maternelle). D’ailleurs, sur les 8 personnes interrogées, 5 ont une expérience dans le secteur sanitaire et social (...)


B) Motivations des accueillants familiaux et raisons de l’orientations en accueil familial des personnes âgées

1) La motivations des accueillants

D’après le docteur SANS, trois types de motivations peuvent être schématiquement repérés :

  • Les motivations « humanitaires », consistant en ce qu’un couple veuille aider, faire du bien, accueillir, « rendre service ». D’autre fois, moins fréquemment, il sera question réellement de la volonté d’aider un enfant ou un adulte en difficultés psychologiques et sociales.

« Je fais ça toute ma vie moi toute façon (….) parce que moi à 10 ans je partais en classe avec mon vélo et quand je sortais de l’école, j’allais chercher la gamelle à la croix rouge et j’allais donner la gamelle aux personnes âgées, j’ai eu l’habitude dés le départ de faire toujours ça » (Mme F)

« c’est des petites choses, à noël les cadeaux, le gâteau et les bougies pour leurs anniversaires, il y a beaucoup de choses qu’on voit peut-être qu’elles n’ont pas eu ailleurs, je sais pas des choses toutes simples qui vont leur faire plaisir ». (Mme D)

On peut ici remarquer un grand dévouement des accueillants familiaux auprès des personnes âgées et ce, depuis leur plus jeune âge pour certaines.

  • On pourra mettre en évidence une motivation financière, à savoir le besoin pour un couple de trouver un complément au salaire du mari, le plus souvent. Ceci se retrouve dans tous les milieux et est peut-être plus particulièrement fréquent dans la période actuelle de difficultés économiques accrues.

« avant je travaillais à l’usine, c’est ce qui me permettait d’avoir un deuxième salaire, et comme je pouvais plus travailler, il fallait que je trouve un autre métier, donc c’était ou les personnes âgées ou les enfants. » (Mme B)

  • Un troisième type est beaucoup plus délicat à cerner, et ce sont celles pour quoi il convient d’être plus vigilant : il s’agit des motivations que l’on peut considérer comme inconscientes. Qu’est-ce qui, très profondément, pousse une personne à vouloir en aider une autre ? Quelles sont les failles qu’elle sent en elle pour vouloir les combler par l’aide et l’amour à apporter au prochain ?

« ma maman est décédée mais bon elle aurait eu le même âge et puis je me disais que sans prendre la place de celle qui avait eu 4 enfants je me suis dit elle a le même âge que maman, elle a le droit à une fin de vie heureuse aussi parce nous maman on s’en est occupée jusqu’au bout. »

Mme C souhaite apporter une fin de vie heureuse à la personne qu’elle accueille. Il semblerait ici qu’elle identifie la personne accueillie à sa mère qu’elle a perdue. Elle souhaite ainsi lui faire vivre des moment heureux tout comme elle l’a fait avec sa mère.

On peut ainsi classifier les motivations selon trois critères. Toutefois, dans la réalité, celles-ci « se mêlent en des proportions variables à la curiosité, au besoin d’animer une vie un peu monotone ainsi que, parfois pour une épouse, au désir de se valoriser par rapport à son mari exerçant un métier » . Ceci peut créer un ensemble complexe qu’il n’est pas toujours simple à analyser lors des demandes d’agrément. Il y a rarement des couples (ou des personnes seules) venant faire leur demande d’agrément, ne mettant en avant qu’une seule motivation. L’une peut le plus souvent s’avérer prioritaire mais une ou deux autres apparaissent en filigrane.

Madame Sauvageon qui héberge deux personnes âgées explique ainsi : « La motivation est, au départ, souvent financière, alliée à un désir de s’occuper des autres. »

Cette politique concernant le recrutement des accueillants familiaux a des répercussions importantes dans la suite du travail. Il semble alors important de se demander jusqu’où aller dans l’histoire de la famille lorsque l’on interroge les accueillants sur leurs motivations

2) Les raisons de l’orientation en accueil familial pour la personne âgée

D’après l’enquête réalisée par l’UNIOPPS, aux dires des familles d’accueil, les personnes âgées viennent le plus souvent de leur domicile et ont dû quitter celui-ci en raison soit d’un veuvage, soit d’une impossibilité d’y mobiliser l’aide nécessaire (la référence étant à ce niveau exclusivement la famille naturelle). La référence à l’insuffisance des services d’aide et de soins à domicile n’est que rarement abordée, c’est davantage les limites ou l’absence des familles naturelles qui sont évoquées.

En ce qui concerne les personnes âgées concernées par mon enquête, aux dires des accueillants familiaux, 8 personnes âgées sur 17 ont été orientées en famille d’accueil par la famille (enfants ou frères et sœurs). Les accueillants expliquent cette orientation en famille d’accueil par un éloignement important de la famille ou par le manque de temps de ces dernières.

« Pour la personne âgée, c’était que les enfants étaient tous loin, un en Haute-Loire, l’autre dans la Côte d’Or et les filles ne pouvaient pas s’occuper de la maman (….) non, non elle ne pouvait plus rester chez elle, elle tombait. » (Mme E)

J’ai également noté que sur ces 8 personnes âgées, 5 ont été orientées en famille d’accueil suite à un accident ou à une pathologie empêchant un maintien à domicile.

« la première venait de l’hôpital donc elle s’était cassé une jambe après ils ont vu qu’elle ne pouvait plus vivre seule donc ils m’ont demandé et moi j’ai accepté » (Mme A)

« Elle est tombée dans les escaliers (…), elle a été hospitalisée à Nancy, elle a eu un traumatisme crânien donc les enfants ne la laissaient plus du tout, elle ne peut plus vivre toute seule donc ils ont demandé à ce qu’elle soit gardée dans une famille d’accueil. » ( Mme B)

C) L’accueil familial : vie professionnelle et vie privée

1) Les liens affectifs entre accueillant familial et personne âgée

Comme je l’ai défini dans ma première partie, l’accueil familial ne se résume pas uniquement au simple fait d’héberger la personne âgée.

Il s’agit également d’offrir à celle-ci un cadre familial stable et chaleureux permettant la continuité d’une vie sociale et relationnelle.

Comment, dans ce contexte, l’accueillant familial et la personne âgée accueillie peuvent-ils ne pas créer de liens ?

« Les liens qui se tissent entre accueillants et accueillis sont indéniablement une traduction de leur capacité à vivre ensemble et des efforts que chacun a dû consentir pour s’habituer, composer, être avec » .

Les cliniciens ont d’ailleurs tendance à préférer au terme de liens le concept d’ « attachement » mieux repéré et surtout mieux défini. « L’attachement se caractérise par la nécessité impérieuse de se sentir protégé et en sécurité en présence d’une personne particulière, ou en réduisant par son comportement la distance avec elle et en maintenant le contact en son absence » .

Cet aspect a été abordé lors de mes entretiens avec les accueillants familiaux :

« Le point d’attache, il est là. » (Mme A)

« Non elle a personne elle a que nous enfin moi mes enfants mes petits enfants qu’elle voit toute la journée quoi quand elle les voit pas elle les réclame elle a personne mais c’est peut être ça aussi que je me suis attachée à elle et puis elle s’est attachée à moi je sais pas dans quel sens mais je pense qu’on a dû s’attacher toutes les deux l’une à l’autre » (Mme C)

Les paroles de Mme C confirme cette notion d’attachement réciproque entre accueillant et accueilli. D’autre part, ces paroles semblent laisser entrevoir des carences affectives chez la personne accueillie.

Il semblerait que ce manque d’affection ait favorisé cet attachement entre les deux personnes :

« Eh beinh c’est à dire que c’est une personne très attachante qui donne beaucoup d’amour pour le peu qu’elle a reçu donc elle cherche, elle donne beaucoup d’amour, et je ne peux pas repousser quelqu’un qui, qui demande de l’affection on va dire » (Mme C)

Lorsque l’on évoque ces carences, il est question de l’isolement des personnes âgées et de l’absence des familles naturelles.

Les accueillants familiaux peuvent, de ce fait, être considérée comme une famille de « substitution » :

« On est un peu comme sa deuxième famille, ses enfants sont loin, ils viennent pas souvent la voir » (Mme F)

Toutefois, ceci peut s’avérer problématique, notamment lorsqu’il est question du décès de la personne accueillie. La famille d’accueil peut se retrouver en souffrance lors du décès de la personne âgée du fait des liens qui avaient été tissés entre eux.

Cette souffrance peut avoir alors des conséquences, comme l’ont fait remarquer respectivement Mme A et Mme G :

« C’est un crève-cœur, au bout d’un nombre d’années, malgré tout elles prennent leurs places, on s’attache malgré tout même si on le voit pas tout les jours, et puis à chaque fois que j’ai eu un décès beinh moi le dernier décès, j’ai mal supporté (…), mal pris, je ne sais pas pourquoi, je m’en voulais, donc je voulais plus faire ce travail, je voulais plus travailler » .

« J’ai essuyé quand même deux décès, donc titi et puis Marcel, mais Marcel, ça faisait deux ans, c’est vrai qu’il faisait partie intégrante et c’est vrai que ça marque, ça a été très dur son décès »

J’ai pu également noter, aux dires des accueillants familiaux, qu’il pouvait s’instaurer des liens entre la personne âgée et les enfants et petits-enfants de l’accueillant.

En effet, lors de mes entretiens, l’accueillant parle d’une bonne intégration entre la personne âgée et les enfants ou petits-enfants. Il semble même que parfois la personne âgée soit identifiée à la grand-mère de la famille :

« ma fille jouait parfois avec elle au dada, elle lui lisait le journal, elle s’en est beaucoup occupée aussi, parfois, elle l’appelait même mémère Jeannine » (Mme G)

« Même mes petits-enfants, mamie Cécile ils l’appelaient » (Mme H),

Bien que l’agrément soit donné à titre individuel, les enfants se sentent souvent très concernés par la prise en charge de la personne ; ils s’impliquent alors, en aidant la personne agréée ou en s’occupant de la personne âgée :

« Ma dernière des filles, elle va lui donner à manger, elle va la voir, elle va lui donner un verre d’eau dans l’après-midi, elle va lui donner son repas, elle va voir si elle a besoin de quelque chose, il n’y a rien qui l’oblige mais c’est vrai que ma famille me soutient beaucoup » (Mme C)

« Ma famille participe à n’importe quoi si il faut faire quelque chose elles sont toujours partantes pour aider » (Mme E)

2) Des répercussions sur la vie familiale de l’accueillant

Dans l’accueil familial, vie privée et vie professionnelle sont mêlées, ce qui n’est pas sans avoir de répercussions sur la vie de couple et sur les enfants. D’après Pierre Sans, « Tout finit par en être envahi, réduisant à peu de choses l’intimité du couple et les retrouvailles avec les enfants » .

Présente en permanence au domicile de la famille d’accueil, la personne âgée est témoin de toutes les scènes du huis-clos conjugal. La famille d’accueil peut alors éprouver un sentiment d’intrusion à son égard ; ce qui s’avère paradoxal dans la mesure la prise en charge de la personne âgée repose sur la volonté de la famille.

« C’est gênant ça rentre dans votre vie, c’est gênant, je dis bien ça rentre dans votre vie. (…) C’était contraignant ah oui gênant, elle me gênait, elle me gênant par rapport à ma vie courante (…) dans mes sentiments dans voilà si j’avais quelqu’un au téléphone une conversation bon beinh j’allais pas la changer de place parce que mon contrat voilà euh voilà c’était gênant dans plein de petites choses comme ça voilà quand quelqu’un venait me rendre une visite ou n’importe si c’était des gens que je ne voulais qu’elle sache que ce qui se passait elle était quand même là elle le savait donc donc dans toutes ces petites choses de la vie courante » (Mme A)

Afin d’éviter cet empiètement sur la vie privée, certaines familles tentent d’établir des règles ou de fixer des limites.

« Vous savez pas le comportement qu’il peut qu’il peut avoir puis même vous même des fois vous faites des gestes vous ne vous rendez pas compte du geste que vous faites il y a des fois ça peut prêter à confusion donc faut faire quand même très attention je trouve que c’est très important il faut savoir s’arrêter par exemple, quand j’ai eu mon pensionnaire, les premiers jours, il me faisait la bise, alors tout il arrivait sur moi, il fonçait sur moi, il m’embrassait, bon, je me suis dis ça va pas. Quand il y a du monde ça fait drôle alors j’ai dit maintenant on serre la main George, maintenant on se serre la main, quand il vient à partir oui mais autrement tous les jours, je lui serre la main » (Mme F)

L’instauration de ces règles n’est pas toujours facile car elle amène alors les accueillants familiaux et leurs entourage à modifier leur façon de vivre.

« Beinh y a plein de choses qui font que tout change dans votre vie si mon mari vis-à- vis d’une dame à la maison, bon beinh si il voulait se trimbaler en slip on ne peut plus le faire voilà, donc obligation systématique de mettre des tenues appropriées. (Mme G)

En ce qui concerne la cohabitation entre les enfants et la personne âgée, celle-ci peut parfois être difficile à gérer, ceci du fait du comportement ou de l’état de santé de la personne âgée.

« J’ai un fils à l’époque qui avait encore 15 ans, j’ai rencontré de gros problèmes donc de jalousie, elle s’en prenait à mon fils quoi » (Mme F)

« Je l’ai gardé que 7 mois j’ai pas pu beaucoup trop de problèmes par rapport justement avec les enfants. Les enfants n’acceptent pas le système, sa maladie, ils ne l’acceptaient pas, je ne pouvais pas faire supporter à mes gosses des choses qu’ils n’avaient pas besoin de voir maintenant, ils étaient trop jeunes pour ça » (Mme A)

Certains diront même que cette activité s’avère inconcevable lorsque l’accueillant est jeune et qu’il a des enfants en bas-âge.

« Vous ne pouvez pas demander à une jeune femme de 30 ans de prendre chez elle une personne âgée, parce que c’est pas possible parce qu’avec des jeunes enfants, elle ne pourra pas accommoder la personne âgée et les jeunes enfants » (Mme C)

3) organisation et adaptation

a) L’organisation de la journée

L’accueillant familial doit concilier à son domicile activité professionnelle, tâches domestiques, et prise en charge des enfants quand ces derniers vivent encore au domicile des parents ; ceci nécessite donc d’être organisé. Ainsi, j’ai pu remarquer lors des entretiens menés avec les familles d’accueil que la plupart planifiaient leurs activités et que leur quotidien commençait très tôt.

« Il y allait deux fois dans la semaine donc je m’organisais deux fois dans la semaine pour sortir les choses que j’avais à faire voilà, c’est toute une organisation » (Mme G)

« Donc euh je me lève déjà vers 6h30, je m’occupe de ma fille déjà ensuite je l’emmène au bus (…) je lève Suzanne parce que Suzanne elle a de l’incontinence donc je la lève je l’emmène au WC je la fais déjeuner pendant ce temps là je lève Jaqueline, WC, pareil déjeuner euh après il y a la toilette, Jaqueline fait son lit toute seule Suzanne non maintenant elle ne fait plus (…) elle attend midi (…) Jaqueline, elle, elle écoute son poste et pendant ce temps moi je fais mon ménage, à manger pour le midi et ensuite repas » (Mme D)

Les accueillants organisent leurs journées en fonction de la personne accueillie. Madame D, par exemple, s’occupe d’abord de Suzanne, plus dépendante et nécessitant une prise en charge plus longue, puis se consacre à Jaqueline.

L’organisation des repas a été un sujet également abordé avec les familles. Selon le souhait des familles et la personnalité des personnes âgées, les repas se prennent ou séparément ou ensemble.

Mme A prône le partage de la vie familiale : « Je préparais le repas et j’attendais que mon fils rentre de l’école et on mangeait tous les 3 ensemble »

Mme D, quant à elle, s’est organisée pour que les personnes âgées mangent avant : « Elles sont trop sales quand elles mangent si vous voulez, elles bavent des fois ça revient dans l’assiette donc non elles mangent avant nous, et puis Jaqueline, elle, elle se bourre quand elle mange »

Concernant les activités des personnes accueillies, celles-ci dépendent de leur niveau de dépendance.

Les entretiens avec les accueillants familiaux font apparaître une grande implication des personnes âgées dans les tâches du quotidien lorsque l’état de santé le permet encore.

« il fallait qu’elle m’aide, elle mettait la table, elle débarrassait la table, mes plats qui étaient préparés elle allait les chercher dans le frigo, elle me pliait mon linge, elle faisait tout, il fallait voir » (Mme C)

« Quand elle était bien, elle faisait tout, elle balayait, elle faisait des tas de choses, ça lui plaisait » (Mme D)

Certaines, lorsque l’état de santé se dégrade, souhaitent continuer à participer aux tâches du quotidien. Elles effectuent alors des petits travaux ne nécessitant pas de gros efforts physiques.

« non parce que grabataire elle ne pouvait pas mais elle faisait d’autres choses, elle ne pouvait pas s’en empêcher, donc beaucoup devant elle, elle faisait des choses, c’était des soupes des choses comme ça, tout ce qu’elle pouvait éplucher » (Mme A)

« Elle y participait, elle ne participe plus beaucoup depuis qu’elle s’est cassé le col du fémur. Si, elle continue à plier du linge et c’est très bien plié d’ailleurs » (Mme D)

Ces paroles mettent en évidence le fait que les personnes accueillies se sentent redevables envers l’accueillant familial. Il semble alors que la participation aux tâches du quotidien soit un moyen de rembourser « leurs dettes ».

Mme A, par ses propos, confirme qu’il existe un réel échange entre les individus : « c’était une dame qui aimait bien être nickel alors comme je suis couturière j’y faisais de beaux tabliers, de belles blouses, mais voilà elle, elle m’a aidé aussi et puis comme j’étais pas trop riche dans les moments où je suis arrivée ici, et bien, elle m’apprenait des recettes de pommes de terre, des choses comme ça »

b) Famille et personnes âgées : une adaptation réciproque

Pour l’accueillant, l’adaptation se fait tant au niveau de la personnalité que de l’état de santé des personnes âgées.

L’adaptation est donc plus ou moins difficile selon les difficultés rencontrées. Certains s’habituent assez facilement à la personne âgée. Pour d’autres, l’accueil d’une personne âgée à leur domicile s’avère plus complexe.

L’accueillant familial peut éprouver des difficultés d’adaptation lorsqu’il s’agit de prendre en charge une personne âgée qui est ou devient dépendante.

« la manipulation j’en aurais eu besoin de l’avoir au départ, la technique apprendre la manipulation d’une personne grabataire des tas de chose comme ça que j’avais besoin parce que au bout d’un mois beinh j’étais presque morte en fin de compte, dans la mesure où beaucoup de fatigue, beaucoup de gestes pour rien, beaucoup de choses inutiles » (Mme A)

« la dame que j’ai eu pendant trois ans, elle a eu une atrophie, elle avait donc des ovules à mettre et quand le médecin a prescrit les ovules, moi j’ai dit au médecin, je lui ai dit non, je ne pourrais pas les mettre, je ne sais pas faire ça moi » (Mme C)

« Quand Suzanne a eu son incontinence au début, c’était difficile, oui, j’étais embêtée, parce que c’est vrai que au début on ne sait pas trop comme ça d’un seul coup, on se pose des tas de questions quoi et au fur et à mesure non ça a été mais c’est vrai qu’au début c’était dur parce que j’arrivais plus à suivre, je me posais même la question à savoir si j’allais la garder ou pas quoi parce que vraiment j’arrivais plus à suivre, au niveau du ménage, des enfants, tout ça » (Mme D)
Pour des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer ou de crises de démences régulières, la prise en charge s’avère beaucoup plus lourde que pour des personnes dépendantes physiquement. Parfois, ce comportement perturbe à tel point les conditions de la famille d’accueil, que l’adaptation est impossible. Celle-ci ne peut plus tolérer les attitudes de l’accueilli et est alors amenée à mettre fin à l’accueil.

« C’était une personne qu’on a essayé de remettre dans le système quoi qu’elle reprenne une vie familiale normale elle n’a pas été ça n’a pas été avec la parkinson et l’Alzheimer ça n’a pas fonctionné donc je l’ai redonnée au bout de 7 mois » (Mme A)

« L’infirmière qui était là où elle a piqué une crise elle s’est rendu compte dans l’état où elle était quoi mais c’est très très dur, elle a dû être placée dans une famille à nouveau dans une famille ils l’ont gardé 15 jours, au bout de 15 jours, ils pouvaient plus » (Mme F)

L’adaptation à la personne âgée doit se faire également en fonction du caractère de la personne âgée. Ceci peut parfois s’avérer difficile à gérer pour les accueillants familiaux.

Madame A affirme : « beinh faut s’adapter à elle déjà parce qu’elle a déjà son vécu faut la prendre avec son vécu »

Pour Madame C : « C’était invivable, à la limite c’est elle qui vivait chez moi, c’est elle qui gérait ma maison, donc très difficile parce que je pense qu’à la fin elle m’aurait fait faire de la dépression »

Certains accueillants familiaux expliquent le comportement agressif de la personne âgées par la souffrance de cette dernière. Celle-ci se sentant seule et délaissée par sa famille exprimerait cette souffrance par de la violence et de la colère.

« Elle aimait bien mon mari, elle aimait bien mon piot, mais moi, j’étais la personne contre qui elle pouvait se révolter. (…), beinh, c’est normal, personne ne venait la voir, donc elle était des heures devant la fenêtre dans son fauteuil roulant à attendre ses petits-enfants, personne ne venait, moi je voyais les gens une fois par mois dans le mois, dix minutes le temps de me donner mon chèque et c’était fini, et puis voilà, elle ne voyait personne, surtout qu’ils n’habitaient pas loin, voilà , donc elle était en colère, mais c’est normal, vous attendez quatre ou cinq heures devant une fenêtre, vous êtes agressif » (Mme A)

Certains doivent également faire preuve d’astuces face aux comportements de la personne âgée pour éviter tout désagrément :

« Si la nuit, elle se déshabillait, c’est mettre son pyjama à l’envers, mettre les fermetures dans le dos avec une petite épingle, c’est tout des technique comme ça, qu’on apprend sur le tas, que moi, j’ai appris sur le tas, voilà, c’est trouver des astuces pour que j’ai un minimum de dégâts et c’est venu en y réfléchissant parce qu’elle m’en inventait tout le temps » (Mme A)

Pour les personnes âgées, l’adaptation à un nouvel environnement peut être également plus ou moins difficile et demander un certain temps afin que celle-ci se fasse.

Mr O, gériatre, dira à ce sujet : « le vieillissement c’est une diminution des capacités, la personne âgée est capable de faire la même chose qu’un jeune mais plus lentement et beaucoup plus difficilement surtout si c’est quelque chose de nouveau. »

« ah beinh quand elle est venu au début, elle prenait seulement le repas de midi avec nous, et puis ça s’est arrangé après, elle restait toute la journée avec nous » (Mme E)

C’est pourquoi l’accueil de la personne âgée se fait de manière progressive. Avant d’intégrer le domicile de l’accueillant de manière définitive, la personne âgée est d’abord accueillie durant un temps plus court.

« Moi je fais comme ça maintenant, je prends la personne âgée à la maison une journée, je la rencontre avant, je la prends une journée à manger au repas avec les enfants, on voit comment la personne âgée s’adapte, comment ça se passe avec les enfants » (Mme E)

D) Etre accueillant familial : une mission difficile

1) Un grand manque de liberté

Si cette activité permet aux accueillants de pouvoir rester à domicile tout en gardant une activité professionnelle, ces derniers doivent assurer une présence constante auprès de la personne accueillie. Cette activité demande alors une grande disponibilité, ce qui peut la rendre davantage contraignante. Cette contrainte est fréquemment abordée par les accueillants familiaux :

Michèle Defudes témoigne : « Il faut aimer faire la cuisine et c’est parfois assez contraignant. On ne peut se permettre de sauter un repas ou de se dire « aujourd’hui je n’ai pas envie de cuisiner ». Etre famille d’accueil demande une grande disponibilité et c’est ce manque de liberté qui est à mon sens le principal inconvénient »

« Il faut pas oublier qu’en famille d’accueil vous les avez 24 heures sur 24 donc la personne qui ne dort pas du tout la journée qui ne dort pas encore la nuit comment vous faites ? c’est très très dur, oui très fatiguant » (Mme F)

La nécessité d’être constamment présent peut alors à la longue générer une grande fatigue et une usure professionnelle chez les accueillants familiaux. C’est lorsqu’ils s’aperçoivent qu’ils commencent à être fatigués que cette activité peut devenir plus difficile à assumer :

« On est bien chez nous et l’on ne s’en va pas travailler à l’extérieur, mais lorsque, tout d’un coup, le pensionnaire, à 9 ou 10 heures du soir, a encore besoin de nous, (….), on s’aperçoit tout de même que notre liberté de vie est restreinte vingt quatre heures sur vingt quatre, et non pas simplement pendant un temps habituel de travail. Je crois que là on commence alors à se défendre, que le pensionnaire se rend compte qu’on lui laisse peut être moins de liberté qu’au début et qu’à partir de là lui aussi peut développer une certaine agressivité, (…). C’est alors la période des premières mises au point où on commence à dire : « Nous on existe comme famille, nous on est chez nous, (…) »

Cette contrainte est d’autant plus difficile à assumer que la loi ne prévoit aucune solution de remplacement.

En effet, bien que les accueillants familiaux perçoivent des congés payés, ces derniers ne peuvent s’absenter que si une solution permettant d’assurer la continuité de l’accueil est mise en place. Ce sont donc les accueillants qui doivent eux-mêmes trouver des relais afin de pouvoir faire une pause.

« Ce qui m’aurait plu moi c’est qu’entre familles d’accueil on puisse prendre les gens, ça nous permettrait de partir un peu en vacances, parce que vous n’avez pas de vacances du tout, vous les avez toute l’année, donc ça c’est dur (…..). Huit jours dans l’année c’est vrai que ça ferait du bien, alors j’avais demandé si à la maison de retraite de Doulaincourt il pouvait récupérer la personne là-bas mais non ça se fait pas quoi c’est pas conçu pour » (Mme F).

2) Des revendications concernant leur statut

Lors de mes entretiens avec les accueillantes familiales, je n’ai, à aucun moment, abordé la question du statut qui leur est conféré.

Pourtant, cet aspect a été évoqué par la plupart de celles-ci au fil des entretiens.

« C’est un travail, faut bien comprendre que c’est un travail c’est un métier ça mérite qu’il soit pris en considération, on est pas assez considéré (…) il y a certaines choses qui ne sont pas encore au point aujourd’hui. Moi, je dis on devrait être reconnu comme une nourrice pour enfant, la nourrice elle, elle a des choses que nous encore aujourd’hui on a pas ». (Mme A)

Pour certaines personnes âgées, comme pour certaines accueillantes, il est difficile de percevoir leur identité.

Ainsi, certains accueillants se plaignent du fait qu’ils n’ont plus l’impression d’être chez eux et expriment le sentiment d’être des employées dans leurs propres maisons.

« C’est elle qui vivait chez moi mais j’avais l’impression que c’était elle qui gérait tout » (Mme C)

Les personnes âgées, quant à elles, se sentent redevables et manifestent une grande volonté à vouloir donner pour compenser. Elles n’ont pas alors suffisamment assimilé leur statut et ne comprennent pas que les accueillants sont rémunérés pour exercer cette activité.

Ainsi, Mme H affirme : « Elle faisait à manger, la vaisselle, ou souvent c’était l’aspirateur, elle me disait que ce n’était rien par rapport à ce que je faisais pour elle, elle avait toujours le sentiment d’être redevable »

Lors de mes entretiens, la plupart des accueillants familiaux ont exprimé le fait que les personnes âgées étaient satisfaites de l’accueil dont elles bénéficiaient. Ils évoquent davantage de soucis avec la famille naturelle de ces dernières.

Les familles naturelles se montrent parfois très exigeantes envers la famille d’accueil et perturbent l’équilibre familial de l’accueillant.

« Je ne pouvais pas m’absenter cinq minutes. Il suffisait que je m’absente cinq minutes et que sa fille appelle, et beinh elle me rappelait et me reprochait de m’être absentée, je ne pouvais plus supporter à la longue, ça devenait invivable, c’est une activité suffisamment pénibles alors si c’est pour avoir sans arrêt des reproches en retour ». (Mme D).

L’accueillant familial a le sentiment d’être manipulé et de ne pas être reconnu à sa juste valeur.

(...)


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Mémoire
L’accueil familial des personnes âgées : la réalité au quotidien
Dernière mise à jour : mardi 29 mars 2011

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