Chez Jeanne, des personnes âgées retrouvent la chaleur d’un foyer

À deux pas de la frontière franco-allemande, depuis quatorze ans, cette forte femme aidée de son mari fait vivre sous son toit trois pensionnaires très dépendants. Un travail rémunéré qui l’occupe à plein-temps.

Un chant d’oiseau accueille les visiteurs. Chez Jeanne Meyer, à Alsting (Moselle), à deux pas de la frontière franco-allemande, la porte d’entrée est maintes fois franchie dans la journée, alors chacun est autorisé à pénétrer sans sonner. Elle sait bien qu’en fonction de l’heure, il s’agit plutôt de l’infirmier, de la fille de Mme Pélican, du fils de M. Lemke, ou de son mari, qui vaque à ses occupations de retraité.

Elle, à 58 ans, ne se voit pas arrêter. Depuis quatorze ans, elle accueille chez elle des personnes âgées sans famille ou dont les enfants n’arrivent plus à faire face.

En ce moment, elle s’occupe de trois pensionnaires très dépendants : Marguerite, 79 ans, Jeanne, 84 ans, et Fritz, 85 ans. C’est un infirmier qui vient assurer les gestes les plus techniques, Jeanne se chargeant des repas, du linge, des courses, de l’administration des médicaments, et des moments de loisirs.

Cet après-midi-là, après le rituel feuilleton de la télévision allemande auquel les pensionnaires sont fidèles, c’est le moment des jeux pour les deux mamies (Fritz, en fin de vie, ne sort plus de son lit). « Un…. deux… trois…. continuez », dit Jeanne, en lançant une balle dans leurs mains, l’une après l’autre, qu’elles n’ont ensuite qu’à renvoyer.

Jeanne essaie de recréer un univers familier

Marguerite ayant perdu son mari il y a deux mois, Jeanne commence toujours par dix lancers de balles en l’air, comme si elle jouait avec lui, décrochant un large sourire sur le visage de sa protégée. Par le toucher, le choix des préférences alimentaires, les chansons qu’elle personnalise, les discussions sur leurs souvenirs, Jeanne essaie de recréer un univers familier. « Ils font plus attention à moi qu’à l’hôpital, confie Marguerite. Elle me met de la crème sur le visage le matin. Elle est derrière nous tout le temps, elle nous empêche de nous laisser aller. »

L’infirmier arrive, pour la troisième et dernière fois de la journée. C’est l’heure du coucher, et du repas pris dans le lit médicalisé, devant « Questions pour un champion ». Ici, chaque pensionnaire a sa chambre, au rez-de-chaussée, avec sa décoration personnelle et sa télévision. Les époux Meyer ont fait construire leur maison à l’époque où ils étaient famille d’accueil pour enfants. Dans la grande salle à manger, ce sont désormais les fauteuils roulants qui peuvent se déplacer sans difficulté, et la vaste véranda permet d’agréables bains de soleil.

À 20 heures Jeanne achève sa journée de travail, commencée à 6 heures, mais elle se lève souvent la nuit pour répondre aux pleurs et aux cris. « Il faut donner des médicaments, rassurer, c’est un travail vingt-quatre heures sur vingt-quatre », explique-t-elle. Un véritable choix de vie, qui ne pourrait cependant être bénévole, tant la tâche est prenante. Son mari, Ferdinand, depuis qu’il est retraité, l’aide en épluchant les légumes, en faisant la vaisselle, le jardin, et en parlant avec les pensionnaires qui apprécient sa bonne humeur et son sens de la boutade. Elle est aussi suppléée, pendant ses quatre à cinq jours de repos mensuels, et pendant ses rares vacances, par sa belle-sœur.

Jeanne ne s’occupe que des personnes en fin de vie

Jeanne n’a pas appris ce métier. Elle s’y est lancée comme une évidence, à la fin de la vie de son beau-père. Elle s’en est occupée pendant trois ans, à la maison, a enchaîné avec son propre père, puis avec un autre parent, jusqu’à leur mort. « J’avais arrêté de garder des enfants. Je faisais cela bénévolement. Après, j’ai voulu continuer, j’ai rempli un dossier d’agrément », explique celle qui, depuis cinq ans, demande au conseil général qu’on ne lui propose que des personnes en fin de vie, qui viennent souvent directement de l’hôpital.

« Elles sont malades, ne marchent plus, personne ne les veut. Moi, je les aime comme elles sont », explique Jeanne qui n’éprouve pas de gêne à effectuer les gestes d’une réalité parfois crue, même au moment de la mort.

Jeanne Meyer est-elle lasse, parfois ? « Jamais », assure-t-elle, satisfaite de la richesse de ces relations humaines, qu’elle entretient aussi avec les visites quotidiennes des enfants de ses pensionnaires. Ils trouvent toujours en arrivant une tasse de café et des petits gâteaux faits maison.

Elise DESCAMPS - article reproduit avec l’autorisation de www.la-croix.com

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Cordialement,
Pour l’association Famidac
Étienne Frommelt, Président

Dernière mise à jour : mercredi 12 janvier 2011

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