2010 : Vieillir en "famille" : quelle qualité de prise en charge pour les personnes âgées ?

Auteur : Elsa Tartiveau, Mémoire d’initiation à la recherche -
Diplôme d’Etat d’Assistant de Service Social, juin 2010

Nous avons reçu ce message, fin octobre 2010 :

PDF - 394.3 ko
Mémoire : Vieillir en "famille"
L’accueil familial social : quelle qualité de prise en charge pour les personnes âgées ?

Bonjour,

Nous avions échangé l’année dernière par rapport à mon mémoire. D’ailleurs vous aviez également lu mon écrit. Je suis heureuse de vous annoncer que j’ai enfin validé mon Diplôme d’Etat d’Assistant de Service Social. Je suis ravie de mes notes (16 à l’écrit et 17 à l’oral) et je tenais à vous remercier de l’aide que vous m’avez apportée.
Ce sujet était passionnant et je remercie vraiment toutes les personnes qui m’ont soutenu et tous les professionnels qui m’ont ouvert leur porte pour me faire partager leur travail. Je voulais également vous dire que je serais ravie de vous envoyer mon travail (si vous le souhaitez) afin que vous puissiez l’ajouter aux autres écrits du site. En espérant, que mon mémoire puisse aider d’autres étudiants tout comme on l’a fait pour moi.
A bientôt,
Elsa TARTIVEAU

PS : pas de soucis pour laisser mon adresse électronique : e.tartiveau(arobase)orange.fr ... En espérant que je pourrai apporter mon aide à d’autres étudiant(e)s !!!

Au nom de tous ceux qui s’intéressent à l’accueil familial Accueil familial Mode d’accueil alternatif au maintien à domicile et au placement en établissement spécialisé : les personnes handicapées ou âgées sont prises en charge au domicile de particuliers agréés et contrôlés par les conseils départementaux (ou par des établissements de santé mentale). , nous remercions à notre tour Elsa pour son super boulot.

Nous invitons d’autres étudiant(e)s à prolonger ses réflexions en évitant les copier-coller ... et à nous les adresser. Quelques mémoires sur l’accueil de personnes handicapées ou sur les accueils thérapeutiques seront bienvenus !

Courtoisement :-)
Pour l’association Famidac
Étienne Frommelt, Président


Sommaire :

1ère PARTIE : L’ACCUEIL FAMILIAL SOCIAL DANS LA PRISE EN CHARGE DES PERSONNES ÂGÉES

2ème PARTIE : L’ACCUEIL FAMILIAL, UN MELANGE DU DOMICILE ET DES STRUCTURES D’HEBERGEMENT

  • L’accueil familial allie la logique du domicile...
  • C’est comme à la maison
  • Un contexte humain
  • Un accueil personnalisé
  • ... et la sécurité procurée par une institution
  • Une présence continue
  • Une prise en charge globale

3ème PARTIE : DES OBSTACLES AU BON FONCTIONNEMENT DE L’ACCUEIL FAMILIAL

  • Une organisation complexe des temps de repos
  • La question de la formation des accueillants familiaux
  • Une incompétence dans les prises en charge trop lourdes
  • (...)

CONCLUSION GENERALE (que nous reproduisons ici en guise d’introduction, car elle résume parfaitement l’ensemble de ce document)

Face à l’augmentation du nombre de personnes âgées, se pose la problématique de la dépendance. Mon expérience professionnelle m’a sensibilisée à la difficulté de trouver des solutions de prise en charge pour les ainés.

Très souvent, lorsqu’une personne âgée ne peut plus rester seule à son domicile, l’entrée en institution est envisagée. Or, l’accueil familial se présente comme une solution intéressante entre le maintien à domicile et les structures collectives pour les personnes âgées qui désirent rester à proximité de leur milieu habituel de vie et qui souhaitent continuer à vivre dans un contexte familial. Cette solution de proximité, qui participe pourtant au développement de l’emploi, est encore bien mal connue par le public auquel il pourrait correspondre et par les professionnels ce malgré les lois qui sont venues lui conférer un cadre législatif.

S’il est indéniable que ce dispositif offre de nombreux avantages aux personnes âgées, il peine à se développer dans beaucoup de régions. Au-delà des choix politiques faits, pour développer ou non ce type d’accueil, nous constatons que des obstacles persistent. La charge de travail des familles d’accueil est de plus en plus lourde et contraignante parce que les accueillis sont de plus en plus dépendants. Il semble donc opportun de réfléchir aux modalités qui permettraient d’améliorer les conditions de travail des accueillants familiaux et de fait, la qualité des prestations offertes aux personnes âgées.

Nous pouvons penser que la qualité de cette forme d’accueil dépendra des moyens que les départements voudront bien lui prêter. Des actions de formation des accueillants familiaux sont nécessaires et donneront lieu à de bonnes conditions de travail. C’est à cette condition que pourra se développer un accueil de qualité avec toutes les garanties nécessaires pour les personnes âgées. A ces moyens, tels que la formation, une organisation des remplacements, devra également s’ajouter un accompagnement des accueillants, bien distinct du contrôle prévu par les textes de lois, pour la présence et l’aide qu’ils apportent aux personnes âgées, à fortiori lorsque celles-ci sont dépendantes.

En effet, il est de la responsabilité des départements, que ces pratiques soient suffisamment accompagnées pour qu’elles ne dérivent pas vers des situations de rupture ou de maltraitance. Les accueillants familiaux sont seuls 24h/24 et 7jours/7 face à des situations parfois lourdes, il peut donc y avoir un risque d’épuisement. Il est nécessaire qu’ils soient soutenus.

Dans ma future pratique, je pourrais avoir besoin de cet outil qu’est l’accueil familial social. A ce jour, il n’est pas suffisamment solide. Ce mémoire m’a donc permis de réfléchir à la place que pourrait avoir l’Assistant de service social dans son développement et son amélioration.
Ce dernier pourrait contribuer à la promotion de l’accueil familial en proposant une information précise aux personnes âgées et à leurs familles afin qu’elles fassent un choix éclairé. Il pourrait également participer à la création de partenariat entre les familles d’accueil et les structures d’hébergement. Enfin, face au quotidien des familles d’accueil, les Assistants sociaux pourraient être un soutien dans leur activité.

L’accompagnement des accueillants pourrait ne pas se réaliser uniquement sur un mode individuel. Des groupes d’échanges sur les pratiques, des groupes de paroles pourraient être proposés de façon complémentaire.

Avec l’élaboration de ce mémoire, je me suis non seulement questionnée sur mon projet professionnel mais j’ai également eu l’occasion de réviser quelques prénotions et de faire évoluer mes préjugés.

Avec ce travail, j’ai découvert un dispositif dont je n’avais pas connaissance. J’ai approfondi mes connaissances sur les politiques gérontologiques ainsi que sur les professionnels et structures de ce champ. Par cette démarche, j’ai découvert et compris plus particulièrement ce qui se joue au moment de la vieillesse et notamment lorsque la dépendance apparait. Être confrontée à ces questions m’a permis de m’interroger, de réfléchir sur ma propre vieillesse. Jusqu’à présent, c’est une chose à laquelle je ne pensais pas. Pour moi il n’était pas l’heure de m’y pencher, je me disais que j’avais le temps. Pourtant, demain ce seront nos aînés qui seront confrontés à la vieillesse et nous-mêmes par la suite.

Il y a bien évidemment des limites dans le travail effectué. Pour ce mémoire, je me suis centrée uniquement sur la parole et le vécu des familles d’accueil. J’ai bien conscience qu’il serait également opportun de recueillir la parole des personnes accueillies et des familles naturelles afin de compléter le regard porté sur ce type d’accueil. Aussi, je me suis axée sur quatre départements ce qui ne me permet pas de généraliser mes propos à l’ensemble du territoire.

Reste aujourd’hui à savoir comment vont évoluer les dispositions législatives concernant l’accueil familial salarié et si ce statut permettra aux accueillants familiaux d’exercer dans de meilleures conditions au profit des personnes âgées.


Extraits

1ère PARTIE : L’ACCUEIL FAMILIAL SOCIAL DANS LA PRISE EN CHARGE DES PERSONNES ÂGÉES

[...] Selon Florence Le Bras , les personnes âgées dépendantes ont des besoins physiques qui sont les besoins essentiels tels que : se nourrir, se laver, dormir... mais également des besoins psychologiques tels que :

  • Le besoin de sécurité : les personnes âgées dépendantes, conscientes de leur vulnérabilité, se sentent facilement menacées. Ce sentiment de vulnérabilité nécessite aussi bien une sécurité matérielle (aménagement du logement...), une sécurité financière (la peur de manquer d’argent est courante) ainsi qu’une sécurité physique (certaines personnes, qui sont tombées, peuvent appréhender de marcher, de sortir seules).
  • Le besoin d’autonomie : la dépendance peut entraîner un sentiment d’inutilité. La personne peut ne plus se sentir capable de faire les choses et aura donc besoin qu’on l’encourage à mettre en pratique l’autonomie qui lui reste pour ne pas perdre ses moyens, pour ne pas se sentir dévalorisée.
  • Le besoin de contact : les personnes âgées, parfois très isolées, ont un besoin accru de contacts que ce soit par la parole, par l’écoute et par le geste. Elles ont la nécessité d’être en relation avec d’autres afin de se sentir entourées. Si la personne âgée n’est plus en mesure de veiller à satisfaire, seule, ses besoins essentiels, la question de prise en charge se posera. La prise en charge doit être adaptée aux besoins de la personne et consiste à l’accompagner dans les actes de la vie quotidienne. De fait, une politique de la vieillesse s’est développée afin de répondre aux besoins des personnes âgées. La dépendance y constitue, désormais, l’un des principaux enjeux.

2) La politique de la vieillesse

Jusque dans les années soixante, il n’est pas question à proprement parler de politique d’action sociale spécifique aux personnes âgées. En effet, dans le passé, de nombreuses personnes âgées étaient prises en charge dans le cadre de la solidarité familiale. La seule politique publique était celle de « l’assistance aux pauvres » sous forme d’attribution ponctuelle d’aides en espèces ou en nature.

Cependant, l’évolution des modes de vie conduit les enfants à être moins disponibles à l’égard de leurs aînés : les femmes travaillent de plus en plus à l’extérieur de leur domicile... Rares sont donc les personnes âgées qui, comme auparavant, peuvent être hébergées chez des proches.

[...] Plus récemment, nous pouvons évoquer le plan solidarité « grand âge » prenant effet de 2007 à 2012.
La politique de la vieillesse a été instaurée afin d’adapter les dispositifs à la diversité des attentes et des besoins des personnes âgées. Elle fait du maintien à domicile un axe essentiel. Cette solution est une priorité affichée par les pouvoirs publics : d’une part elle est la moins coûteuse pour l’Etat, d’autre elle est la formule la plus souhaitée par la majorité des personnes âgées.

a) Le maintien à domicile

Le maintien de la personne âgée dans son lieu de vie est le mode de prise en charge le plus pratiqué dans notre société. Selon une étude du CREDOC (Centre de Recherche pour l’Etude et l’Observation des Conditions de vie), environ 95% des personnes âgées, de 65 ans et plus, vivent à domicile. [...] L’offre de soins et de services à domicile est de plus en plus importante afin de permettre aux personnes âgées de rester dans leur cadre familial habituel le plus longtemps possible.

Cependant, il y a des limites au maintien à domicile notamment lorsque la sécurité de la personne âgée est compromise. En effet, cette solution peut s’avérer être inenvisageable au regard des soins et de l’assistance à apporter, ce malgré les aides mises en place. Le maintien à domicile d’une personne âgée dépendante peut nécessiter une surveillance importante et une forte implication de l’entourage. L’environnement familial peut rencontrer des difficultés pour assurer ce rôle et faire face aux besoins de la personne âgée. Du fait de leur fort investissement, il y a un risque d’épuisement.

Aussi, le maintien à domicile peut se révéler onéreux lorsqu’il nécessite une intervention régulière ou continue de différents professionnels. Si le développement du maintien à domicile est largement promu, il est tout de même constaté « qu’il n’est pas toujours possible en raison de l’isolement et de l’inadaptation du logement à la perte d’autonomie ou au handicap » . Lorsque la dépendance s’accentue, l’entrée au sein d’un hébergement collectif s’avère souvent inéluctable.

b) Les structures d’hébergement

[...] selon Valérie Balland, « si l’hébergement collectif peut, en partie, répondre aux besoins d’accompagnement des personnes âgées, néanmoins, plusieurs constats s’imposent : l’offre n’est pas suffisante, elle n’est pas toujours proche du domicile, de plus, certaines personnes peuvent éprouver des difficultés à vivre en collectivité » .

[...] Face à la montée démographique du grand âge et au manque de places dans les institutions, il est intéressant d’envisager des modes alternatifs d’accueil pour nos aînés parmi lesquels l’accueil familial.

Ce dispositif, véritable maillon intermédiaire entre le maintien à domicile et l’institution, est une solution pertinente et complémentaire à l’offre actuelle. Pourtant, alors que les besoins de prise en charge des personnes dépendantes se sont multipliés, l’ensemble du dispositif est peu utilisé. Selon l’enquête de la DGAS , en 2006, 6176 personnes âgées étaient hébergées en accueil familial ce qui représente « 1% des places offertes à cette population » .

L’accueil familial est donc un mode d’accueil qui reste encore marginal en comparaison aux autres structures d’hébergement. « Cette situation peut s’expliquer par le fait que la plupart des Conseils Généraux n’ont pas assuré véritablement la promotion de ce mode d’hébergement dans leur dispositif d’accueil des personnes âgées » . Les choix politiques sont plutôt de développer d’autres modes d’hébergement ou de prioriser le maintien à domicile.

A présent, il semble nécessaire de se pencher plus particulièrement sur ce qu’est le dispositif de l’accueil familial afin de savoir s’il répond ou non aux besoins des personnes âgées et ainsi tenter de comprendre les raisons qui incitent les départements à le développer plus ou moins.

2) La réglementation initiale de l’accueil familial social

[...] d) Le statut conféré par l’agrément

« L’accueil familial social est une activité réglementée, placée sous le contrôle du Conseil Général, pour laquelle un agrément est obligatoire » . Cet agrément confère la qualité d’accueillant familial qui, en l’état actuel du droit, ne peut pas s’apparenter à un statut de salarié.

L’accueillant familial est employé de la personne accueillie. Le contrat d’accueil liant les deux parties ne saurait être un contrat de travail. Il s’agit d’un contrat particulier comportant certains droits et obligations. La relation instaurée entre l’accueillant et l’accueilli ne réunit pas les critères propres pour permettre de conclure à l’existence d’un contrat de travail. L’accueil familial reste une pratique de gré à gré qui n’implique pas une relation de subordination.

En effet, « la mise à disposition, par l’accueillant, d’une partie de son domicile serait incompatible avec l’instauration d’un lien de subordination car elle place l’accueilli dans une situation de dépendance matérielle et morale à l’égard de l’accueillant » . Le métier des accueillants familiaux peut alors s’apparenter à une activité libérale. « L’aspect libéral découle de leur maîtrise de l’activité qu’ils choisissent en accueillant telle ou telle personne, ce sans lien de subordination à un employeur qui leur imposerait des normes de travail » .

Les familles d’accueil souhaitent bénéficier du statut juridique de salarié tout comme les familles agréées pour l’accueil familial thérapeutique AFT
Accueil Familial Thérapeutique
Des personnes souffrant de troubles mentaux peuvent être prises en charge au domicile de particuliers formés, agréés et employés par des établissements psychiatriques.
ou comme les assistants familiaux : « il y a des choses qui ont avancé mais il reste beaucoup à faire. Nous n’avons pas le statut de salarié » (Monique). Par exemple, concernant l’accueil familial thérapeutique, les accueillants sont salariés d’un établissement ou d’un service de soins.

Par contre, concernant l’accueil familial social, les professionnels ne font partie d’aucune convention collective et échappent encore au code du travail. C’est donc un statut ambigu pour les accueillants familiaux qui exercent une activité libérale mais sous le contrôle du Conseil Général qui a le pouvoir d’y mettre un terme. Les familles d’accueil se trouvent dans une position d’insécurité. En effet, ce sont notamment les garanties en cas de rupture ou de cessation de l’activité qui leur font défaut. Elles ne peuvent bénéficier d’indemnités de chômage en cas d’inactivité, ce que m’a confirmé Nicole : « si je n’accueille plus personne, je n’ai pas d’indemnisation car je n’ai pas le droit au chômage ». [...]

2ème PARTIE : L’ACCUEIL FAMILIAL, UN MELANGE DU DOMICILE ET DES STRUCTURES D HEBERGEMENT

Dans la partie précédente, je me suis attachée à définir l’accueil familial social. Nous allons, à présent, nous pencher sur les effets du dispositif sur la qualité de prise en charge des personnes âgées.

A. L’accueil familial allie la logique du domicile...

1) C’est comme à la maison

Le maintien à domicile est la solution majoritairement souhaitée par les personnes âgées parce qu’elle est celle répondant le plus à leurs attentes. Pour une personne âgée, le plus douloureux, lorsqu’elle ne peut plus assumer seule ses besoins, est de devoir quitter son « chez elle » et donc son cadre de vie, ses repères et ses habitudes. Le principe de l’accueil familial est « d’accueillir au domicile d’un particulier ». Ainsi, la personne âgée est maintenue dans un logement ce qui permet « de prolonger le domicile » en replaçant les personnes dans un contexte familial correspondant à leurs habitudes.

Aussi, « toute personne âgée, en situation de handicap ou de dépendance, doit pouvoir choisir un lieu de vie-domicile personnel ou collectif- adapté à ses attentes et à ses besoins » ce que permet l’accueil familial. En effet, la qualité du dispositif repose, en premier lieu, sur le libre choix des accueillants et des accueillis.

Avant le début de l’accueil, les deux parties s’entretiennent afin d’exprimer leurs attentes respectives. Louis m’explique : « lorsqu’une personne souhaite que je l’accueille, je la rencontre afin de savoir ce qu’elle recherche pour savoir si ce que je peux lui offrir lui correspondra. Un jour, j’ai rencontré une dame qui adorait les animaux, ça tombait bien car j’en ai aussi. Mon mode de vie ressemblait au sien ».

Afin que la prise en charge soit de qualité, cette étape est essentielle aux dires des accueillants familiaux : « un jour, j’ai accueilli une personne sans l’avoir rencontrée auparavant et ça s’est très mal passé. Il n’y avait pas ‟d’atomes crochus”. Pour son bien tout comme le mien, il a fallu mettre un terme à l’accueil » (Antonia).

Afin de pallier à ces difficultés, les familles d’accueil et les accueillis disposent d’une période d’essai d’un mois (renouvelable une fois) pour choisir de pérenniser l’accueil ou d’y mettre un terme. Pour une responsable, cette période d’essai est nécessaire pour s’assurer du bon déroulement de l’accueil : « il faut laisser à l’un et à l’autre le temps de se découvrir, de s’apprivoiser. On s’assure ainsi que ce mode d’accueil correspond aux attentes de la personne âgée » (Madame B).

Placer une personne âgée au sein d’une famille ne doit pas se faire au hasard. Le facteur humain sur lequel repose l’accueil familial ne doit pas être négligé. Accueillants et accueillis ont leur mode de vie et, dans la mesure du possible, il faut que celui-ci soit suffisamment similaire pour pouvoir vivre dans une bonne entente. Selon son désir, la personne accueillie peut personnaliser sa chambre par l’apport de mobilier : « souvent les personnes amènent certains meubles ou des décorations de chez elles comme ça elles recréent leur univers » (Nicole). De plus, il est souhaitable que les maisons soient adaptées aux besoins spécifiques liés à la prise en charge de la dépendance (plain pied, accès aux fauteuils roulants etc.). Par contre, seul un tiers des logements mis à disposition correspond à cette définition.

« L’accueil familial peut être une solution pour des personnes qui ne veulent pas s’éloigner de leur cadre de vie, de leurs repères, de leur famille » . En lien avec cette volonté de vivre au sein d’un logement ordinaire, beaucoup des personnes âgées souhaitent également être hébergées dans un lieu proche de leur lieu de vie habituel : « parfois, lorsque les personnes âgées entrent en établissement, elles vont dans un autre département, loin de leur domicile. Avec l’accueil familial, elles peuvent rester proches de chez elles. Il n’y a pas de délocalisation » (Nadine).

Le dispositif répond ainsi aux aspirations des ainés d’être proches de leur domicile, de leurs repères géographiques. Leur quotidien est préservé, l’environnement est connu. Comme me l’ont précisé de nombreux accueillants familiaux, certaines personnes âgées vivent depuis plus de 30 ans dans un même village. L’accueil familial leur permet donc, dans la mesure du possible, de pouvoir continuer à y vivre : « j’ai accueilli un Monsieur qui ne se voyait pas finir sa vie ailleurs que là où il avait toujours vécu. L’accueil familial a permis de respecter son choix tout en lui assurant une sécurité » (Louis).

Aussi, l’article 4 de la charte des droits et libertés de la personne âgée stipule que le maintien des relations familiales, des réseaux amicaux et sociaux est indispensable pour la personne âgée : « les proches sont les bienvenus. Ils viennent quand ils veulent et font partie intégrante de l’accueil familial. Le maintien des liens familiaux est l’une des conditions pour que l’accueil soit de qualité » (Sophie). La personne âgée peut vouloir vivre à proximité de sa famille naturelle afin de maintenir les liens familiaux : « les personnes âgées que j’accueille ont de la famille à moins de 5 kms. Ils se voient très régulièrement » (Valérie). Quand une personne âgée est hébergée dans une structure, l’association des proches à son accompagnement et le maintien d’une vie relationnelle doivent être encouragés et facilités.

2) Un contexte humain

En accueil familial, les personnes âgées sont hébergées dans un contexte humain. Ce dispositif leur permet, dans un premier temps, de continuer à effectuer des actes de la vie quotidienne ce qui est essentiel afin de préserver leur autonomie et ainsi, se sentir plus utiles et moins dépendantes des autres : « les personnes accueillies continuent, dans la mesure du possible, à participer à la vie de tous les jours. Elles font comme si elles étaient chez elles et conservent les gestes qu’elles avaient » (Catherine). Conserver des activités évite la sensation de dévalorisation et d’inutilité comme me l’explique Antonia : « quand la personne le peut, je la fais participer que ce soit à la préparation du repas, aux activités ménagères. Elle se sent utile et donc toujours capable de faire ». Par contre, il est nécessaire que chaque activité proposée soit adaptée aux accueillis.

Comme nous avons pu le voir précédemment, certaines personnes âgées quittent leur domicile parce qu’elles sont isolées et qu’elles ressentent le besoin d’avoir de la compagnie. L’accueil familial permet un enrichissement relationnel en offrant un cadre familial afin que les personnes se sentent entourées : « j’accueille une mamie tout à fait valide mais qui était totalement isolée. Elle ne voyait plus personne. Aujourd’hui, elle ne se sent plus seule » (Sophie). De plus, « la personne accueillie partage avec l’accueillant et sa famille un logement, une table et des loisirs ».

Certains accueillants familiaux ont toujours des enfants à charge. Au-delà de l’enrichissement relationnel, il y a également un enrichissement intergénérationnel. La personne âgée entretient des liens avec chaque membre de la famille d’accueil. Elle bénéficie ainsi de relations et d’activités entre générations : « l’une des personnes accueillies aide ma fille à faire ses devoirs. Elles échangent et c’est vraiment très intéressant » (Catherine). Il est nécessaire de prendre en compte la présence des enfants et de le signaler aux personnes âgées qui seront accueillies. Certaines personnes âgées, du fait de leur ancien mode de vie ou de leur état de santé, peuvent ne pas vouloir cohabiter avec des enfants.

Dans la première partie de ce mémoire, nous avons expliqué que les personnes âgées dépendantes souhaitent préserver leur autonomie et ont besoin de contacts. Nous pouvons dire, de ce point de vue, que l’accueil familial répond à leurs besoins d’être entourées et maintenues dans un contexte humain.

3) Un accueil personnalisé

L’article 2 de la Charte des droits et libertés de la personne accueillie précise que « la personne accueillie doit se voir proposer une prise en charge la plus adaptée possible à ses besoins » . L’une des spécificités de l’accueil familial réside dans le fait que le nombre de personnes accueillies est limité à trois. « Ce petit nombre permet une prise en charge personnalisée » , point essentiel qu’ont repris tous les responsables : « les personnes redoutant de vivre en collectivité vont apprécier ce petit mode d’accueil » (Monsieur C). Une prise en charge personnalisée correspond à l’accompagnement d’une personne en fonction de ses propres besoins et de ses attentes.

Même si les accueillants familiaux peuvent héberger jusqu’à trois personnes âgées, cela n’empêche pas la prise en charge personnalisée. Dans les départements étudiés, les agréments délivrés le sont, majoritairement, pour une personne (56% des cas) et très peu pour trois accueillis (12%). Le petit nombre de résidents aide l’accueillant à connaître les besoins de chaque personne âgée afin de pouvoir y répondre précisément : « les personnes accueillies sont peu nombreuses. Nous sommes en permanence avec elles donc à l’écoute de la moindre attente » (Sophie). L’accueillant a une connaissance affinée de chaque accueilli et observe attentivement ses comportements et son évolution : « dès qu’une personne âgée ne va pas bien, je m’en rends compte rapidement » (Valérie).

L’aspect personnalisé de l’accueil familial permet de respecter le rythme de vie et la vie antérieure des personnes âgées et de conserver leurs habitudes lorsque cela est possible : « j’accueille 2 personnes qui ne se lèvent pas à la même heure. Je respecte ça. Il est important qu’elles puissent continuer à vivre comme avant ce qui ne serait pas envisageable dans une maison de retraite » (Catherine). Il est vrai que le côté personnalisé, offert par le dispositif, peut être comparé avec la prise en charge dans un hébergement collectif au sein duquel le nombre de résidents y est plus conséquent. Il est plus difficile de personnaliser chaque prise en charge comme l’avoue Antonia qui a exercé dans une maison de retraite : « en maison de retraite, les personnes âgées sont nombreuses. Il y a donc un rythme de vie instauré (heure du lever, heure des repas). Chaque personne ne peut pas faire comme elle le souhaite sinon ça ne serait pas gérable ».

Le dispositif permet une prise en charge personnalisée en adaptant l’accueil en fonction des besoins des personnes âgées mais surtout en respectant leur mode de vie, leurs habitudes.

3ème PARTIE : DES OBSTACLES AU BON FONCTIONNEMENT DE L’ACCUEIL FAMILIAL

Même si toutes les familles d’accueil rencontrées admettent que les évolutions législatives ont été positives et ont contribué à l’amélioration des conditions d’exercice de leur activité, certains obstacles persistent et mettent en péril la qualité de prise en charge des personnes âgées dépendantes.

A. Une organisation complexe des temps de repos

Comme nous l’avons expliqué, la continuité de l’accueil est obligatoire, les personnes agréées se doivent de l’assurer : « l’accueil familial c’est contraignant. Il faut assurer un accueil 7j/7 24h/24. Souvent, il y a des difficultés pour trouver les bonnes solutions de répit ». (Madame B). Comme l’explique Madame B, l’une des difficultés pointées dans l’accueil familial est de trouver les bonnes solutions pendant les remplacements. Le statut des accueillants familiaux implique que les solutions choisies sont laissées à leur entière initiative, le Conseil Général n’intervient pas.

Cependant, les solutions doivent être stipulées dans le contrat d’accueil et chaque absence doit être signalée au président du Conseil Général : « le Conseil Général doit être tenu au courant des remplacements et de qui les effectue » (Madame A). Il est à noter que les solutions de remplacement doivent être « satisfaisantes » c’est-à-dire « que les conditions d’accueil maintiennent la continuité de celui-ci, la protection de la santé, la sécurité, le bien être physique et moral de la personne accueillie » . Les solutions envisagées par les accueillants familiaux sont-elles alors satisfaisantes ? Lors des entretiens exploratoires, toutes les familles d’accueil ont abordé la question du remplacement. Je constate, d’après leurs propos, que différentes solutions sont mises en place :

  • Lorsque les familles naturelles sont investies, elles peuvent héberger leur proche : « les remplacements pour moi se passent très bien. Quand je m’absente, la personne âgée est accueillie chez sa fille qui est très présente » (Nadine). Cette solution est prioritaire car elle est la plus souhaitée par les accueillis. Malheureusement, elle n’est que très rarement envisageable selon les dires des familles d’accueil.
  • Majoritairement, les accueillants familiaux s’appuient donc sur le réseau familial. Ils « recrutent » dans leur entourage familial ou relationnel une personne qui les remplacera en cas de besoin. Au regard des entretiens, la plupart du temps, il s’agit du mari ou des enfants de la personne agréée. Lorsque cette solution est envisagée, il ne s’agit, souvent, que d’un remplacement ponctuel : « je ne m’absente qu’une après-midi de temps en temps » (Catherine).

Il est à noter que les remplaçants n’ont pas l’obligation d’être agréés. N’est-ce pas alors une lourde responsabilité pour eux ? L’accueil de personnes âgées, par une personne non agréée, ne peut-il pas venir nuire à la qualité de prise en charge ? Monique m’informe : « quand je m’absente, ma fille surveille que tout se passe bien et me contacte en cas de besoin ». Dans ce cas, certes, la continuité d’accueil est respectée mais on peut se questionner sur la capacité du remplaçant à répondre correctement aux besoins des personnes âgées et à assumer la prise en charge même sur une courte durée. Cette situation peut placer les accueillis dans une position d’insécurité : « un jour, ma voisine est venue garder mes mamies. L’une d’elles est tombée mais ma voisine n’a pas réussi à la relever. Cette situation n’est pas rassurante » (Sophie).

Beaucoup d’accueillants familiaux privilégient donc le remplacement par des professionnels agréés ou des structures : « s’occuper de personnes âgées ce n’est pas donné à tout le monde. Il faut avoir un minimum de compétences. Sinon ça ne se passe pas bien » (Nicole).

  • De manière occasionnelle, certaines familles d’accueil font appel à des organismes extérieurs (EHPAD…) lorsqu’il s’agit d’un remplacement plus long : « j’essaie de placer les personnes dans les maisons de retraite ou en convalescence » (Nicole). Cependant, comme l’explique Valérie Rosso Debord dans son rapport « ces solutions impliquent de déplacer les personnes accueillies vers d’autres établissements, solutions qui ne sont pas toujours conciliables avec la fragilité des personnes et qui bouleversent le modèle de stabilité et de confort d’accueil qu’offre le dispositif » . Pour certains accueillants, comme Louis, il paraît également difficile de faire changer de lieu de vie de manière temporaire des personnes âgées : « ça peut être néfaste pour une personne âgée de changer d’endroit alors qu’elle commençait à avoir ses repères. Elle peut être déstabilisée ».
  • Face à ces difficultés, les accueillants familiaux font majoritairement le choix de ne pas s’absenter, de ne pas prendre régulièrement de congés : « depuis 5 ans que je suis accueillante familiale, je n’ai pas pris de vacances » (Catherine). N’y-a-t-il pas un risque pour ces familles d’être épuisées aussi bien physiquement que moralement ?

Les professionnels, intervenant dans le dispositif, ont connaissance de ce risque : « certaines familles d’accueil s’essoufflent parce qu’elles manquent de repos. Il faut rester vigilant. En effet, quand elles sont épuisées, elles s’occupent moins bien des accueillis » (Madame R). Valérie m’avoue à ce propos : « je n’avais pas pris de vacances pendant 3 ans. Je commençais vraiment à être fatiguée. J’étais moins attentive aux besoins des personnes âgées. Je ne faisais plus mon travail correctement. Il est important de prendre des congés sinon ce sont les personnes accueillies qui en pâtissent ».

Nous observons une diversité des modes de remplacements. Les solutions mises en place posent question quant à la qualité de prise en charge des personnes âgées. Comme rien n’est envisagé, cela suppose des organisations bien différentes. J’ai remarqué que certains conseils généraux sont très peu investis dans le remplacement : « il y a encore certaines familles d’accueil qui ne prennent pas de congés. Il est vrai que nous ne sommes pas tellement vigilants là dessus » (Madame A).

En pratique, il semblerait que des solutions de remplacement sont trouvées plus aisément dès lors que les conseils généraux sont véritablement impliqués dans l’accueil familial. Qui plus est, s’il est envisageable de prévoir et d’organiser un remplacement en cas de congés programmés, cela devient difficile lorsqu’il s’agit de pallier une absence pour maladie ou accident. Certains accueillants familiaux déplorent que le Conseil Général ne soit pas davantage investi dans leur remplacement : « la loi dit que le Conseil Général a une mission de contrôle sur nos remplaçants. Or, nous devons les trouver nous-mêmes. Le Conseil Général devrait mettre des actions en place… comme des listes avec des remplaçants agréés pour une meilleure organisation » (Nadine).

Les familles d’accueil souhaitent la mise en place de solutions de remplacement plus simples et plus faciles à mettre en œuvre mais qui soient également en adéquation avec les besoins des accueillis. Pour les personnes âgées, la stabilité de l’environnement a une importance considérable.

Le statut des accueillants familiaux a donc des conséquences sur leurs conditions de travail. Ils doivent, eux-mêmes, trouver des solutions de remplacement. Certaines solutions de remplacement impliquent de déplacer les accueillis vers d’autres accueillants ou vers des établissements, solutions qui peuvent venir entraver la qualité de prise en charge. Aussi, l’un des risques majeurs, lié aux difficultés de remplacement, est l’essoufflement des familles d’accueil.

B. La question de la formation des accueillants familiaux

L’accueil familial suppose de subvenir aux besoins fondamentaux des personnes âgées. La formation vise à optimiser les conditions de travail des accueillants afin qu’ils puissent y répondre. Les actions de formation entreprises répondent-elles réellement aux besoins des familles d’accueil afin de faire face aux prises en charge des personnes âgées ? Sont-elles suffisantes pour que les accueillants familiaux interviennent dans les meilleures conditions ? Les problèmes rencontrés dans les pratiques des familles d’accueil, les échanges avec les différents acteurs de l’accueil familial, et la lecture de certaines publications, convainquent avec force du contraire.

On pourrait supposer que la procédure d’agrément vient, dans une certaine mesure, avec les formations, attester que les accueillants familiaux disposent des connaissances de base suffisantes pour répondre aux besoins des accueillis. Certes, les formations abordent des thèmes généraux concernant la personne âgée (alimentation, psychologie…), permettent d’apprendre de différents intervenants (médecins, psychologues …), mais également d’échanger sur les pratiques. Pourtant, si les formations ont été ressenties comme un réel besoin, beaucoup d’accueillants familiaux pensent, néanmoins, qu’elles ne sont pas suffisamment adaptées et qu’elles devraient être améliorées afin d’optimiser la qualité de prise en charge et par conséquent le bien être des personnes accueillies : « oui nous avons des formations. Nous permettent-elles d’offrir un accueil de qualité ? Malheureusement, pas toujours » (Louis).

Je me suis très vite rendue compte que les accueillants familiaux militent pour une « véritable formation » malgré son existence actuelle. D’après les dires des accueillants familiaux, la formation ne les aide pas toujours à assumer correctement certaines prises en charge. Les formations existent mais la loi reste floue sur ce domaine. Le législateur s’est, jusqu’à présent, contenté de reporter sur les accueillants un engagement de suivre une formation initiale et continue, sans autres précisions. Rien n’est dit sur son contenu ou le nombre d’heures. Les formations se déroulent alors de manière très inégale et sans compétences spécifiques clairement définies au niveau national. « Aussi, les départements ont-ils répondu comme ils le pouvaient en proposant des formations, certes plus ou moins adaptées » .

De fait, il y a une grande disparité dans la mise en place de la formation. Antonia me décrit la formation initiale, dont elle a bénéficié dans le département B : « pour la toute première formation, nous avions 4 séances sur la personne âgée et l’accueil familial en général ». Monique, du département A, me dit : « notre formation initiale consiste en 2 modules obligatoires (gestes de 1er secours …). » La formation initiale n’est pas la même d’un département à l’autre. Concernant la formation continue, il existe également des différences. Ce sont principalement des séances thématiques qui sont mises en place mais elles sont très variées aussi bien en termes de contenu que de durée. Pour les départements étudiés, la formation peut durer de 6h pour certains à 64h pour d’autres. Il existe donc de grandes disparités, au niveau des Conseils Généraux, en matière de durée et de contenu de formation.

Concernant la durée des formations, si pour une accueillante familiale, la formation est suffisante : « la formation est suffisamment conséquente pour pouvoir travailler correctement » (Sophie), pour de nombreux accueillants familiaux, leur formation est trop courte pour acquérir les compétences nécessaires pour prendre en charge des personnes âgées dépendantes : « ce n’est pas avec 6h de formation que j’ai appris à m’occuper des personnes âgées » (Catherine).

Les accueillants familiaux ne bénéficient pas de la même formation. Certains se sentent plus fragiles que d’autres ce que déplore Nadine : « dans des départements voisins, les familles d’accueil sont plus formées ». Beaucoup précisent qu’ils souhaiteraient que leur formation soit aussi conséquente que les auxiliaires de vie ou les assistantes familiales. Les auxiliaires de vie sociale, qui exercent au domicile des personnes âgées, ont 500 heures de formation théorique et 560 heures de stage (soit 4 mois) . Leur formation est plus importante alors que leur intervention reste ponctuelle. Les assistants familiaux qui accueillent, à leur domicile, des mineurs ou jeunes majeurs, bénéficient d’un stage préparatoire de 60 heures (avant l’accueil du premier enfant) ainsi que, par la suite, d’une formation de 240 heures . La formation des accueillants familiaux est donc relativement peu importante au regard d’autres professions.

Ce n’est pas seulement la durée de la formation qui pose problème aux accueillants familiaux mais également son contenu. En l’absence d’indications dans les textes, chaque département est amené à inventer des thèmes, des programmes et des méthodologies parfois peu adaptés ce qui a été confirmé par les accueillants familiaux. Ils considèrent que la formation n’est pas suffisamment adaptée à leurs besoins : « nous avons beaucoup de choses au niveau théorique mais peu au niveau de la pratique » (Nicole).

Pour Jean Claude Cébula, on pourrait penser nécessaire l’accomplissement d’un stage avant même l’obtention de l’agrément parce qu’on ne s’improvise pas accueillant comme le confirme Monique : « il faudrait faire des stages chez des accueillants familiaux expérimentés car tant qu’on ne le vit pas, on ne peut pas savoir si on est fait pour ce métier ». Ce stage semble indispensable pour les candidats qui n’ont aucune connaissance de l’accueil familial afin d’en présenter les contraintes et les limites. A ce propos, il existe là encore des différences entre les départements. Dans l’un des départements étudiés, avant l’agrément, le candidat effectue une journée de travail auprès d’un accueillant familial agréé. Dans les trois autres départements, aucune action n’est mise en place préalablement à l’agrément.

A ce jour, « au vue de la formation mise en place dans les départements, la DGAS la perçoit, aujourd’hui, davantage comme une information, une mise à niveau sur la définition et les besoins des personnes âgées que comme une véritable formation » . En tout état de cause, il ne s’agit d’acquérir ni une formation diplômante ni une certification. Ce type de formation a pour conséquence une certaine fragilité dans les compétences des accueillants familiaux qui doivent régulièrement improviser lorsqu’ils sont confrontés à des difficultés : « je n’étais pas formée pour faire la toilette des personnes âgées pourtant il faut très souvent les aider. Heureusement, une infirmière m’a montrée comment faire. J’ai donc appris en me renseignant à droite à gauche » (Nicole).

Pour certains professionnels et accueillants familiaux, la mise en place d’un programme de formation plus conséquent, harmonisé et identique dans chaque département est nécessaire afin d’optimiser les conditions de travail des familles d’accueil et ainsi la qualité de prise en charge des personnes âgées.

Par contre, nous avons évoqué, précédemment, que l’accueil familial se trouve être moins onéreux que d’autres structures d’hébergement. Pour Alain Villez, l’argument financier ne restera pas si convaincant à l’avenir « on va demander aux accueillants familiaux de se former de plus en plus. Les formations vont se répercuter sur le coût. Si on veut un accueil de qualité, il faut y mettre le prix » .

La formation semble trop disparate en terme de contenu et de durée au regard du public accueilli. Quelles sont alors les répercussions sur prise en charge des personnes âgées ?

C. Une incompétence dans les prises en charge trop lourdes

Malgré les avantages du dispositif, j’ai remarqué que les difficultés de prise en charge sont récurrentes chez les accueillants familiaux. Dans la première partie, nous avons constaté qu’une part non négligeable des accueillis est réorientée vers d’autres établissements du fait de la dégradation de l’état de santé. Les familles d’accueil tentent de s’adapter, sans cesse, aux pathologies des accueillis. Pourtant, il arrive des moments où elles se trouvent dans l’incapacité d’assumer des prises en charge. A ce sujet, l’article 2 de la charte de qualité de la FNAF (Fédération Nationale des Accueillants Familiaux) indique que « la personne agréée doit connaitre ses limites quant à la dépendance des personnes qu’elle doit accueillir » .

En effet, parfois, l’accueil doit s’arrêter parce qu’au vue des soins à apporter à la personne âgée, la prise en charge devient trop lourde pour les accueillants familiaux qui ne sont pas suffisamment formés pour pouvoir y faire face : « on a tous nos limites en fonction de la pathologie de la personne, il ne faut pas s’aventurer dans des cas trop lourds » (Monique). Pour Jean Claude Cébula, « les personnes trop dégradées physiquement ou psychiquement, profondément isolées dans leur maladie ou leur démence, ne peuvent pas bénéficier d’un accueil familial, parce que leur état nécessite plus de soins et d’attention que ne peut en donner une famille d’accueil » .

Les familles d’accueil ont conscience que certaines personnes ne peuvent être prises en charge par le dispositif : « j’ai rencontré une personne qui était trop diminuée pour que je puisse l’accueillir » (Nadine). Si quelques accueillants familiaux, du fait de leur formation ou profession antérieure, acceptent des situations lourdes « j’accueillais une dame grabataire. Je l’ai gardée jusqu’au bout car avant j’étais infirmière donc formée à ce genre de situation » (Antonia), beaucoup ne se sentent pas suffisamment compétents pour pouvoir assumer : « il est important d’avoir des renseignements sur l’état de santé des personnes qu’on va accueillir. Je ne me vois pas héberger une personne qui demanderait plus d’accompagnement que je ne pourrais lui en apporter. Je ne suis pas formée pour ça » (Nicole).

De plus en plus d’accueillants familiaux sont issus du secteur médico-social (ex infirmiers, aides soignants, auxiliaires de vie …). Les lacunes des accueillants familiaux en matière de formation ne sont pas généralisables : certains d’entre eux assurent parfaitement et jusqu’au bout les accompagnements de fin de vie (sous le contrôle des médecins, avec l’aide d’infirmiers…), d’autres se restreignent à des accueils moins lourds.

J’en conclue tout de même que l’utilisation du dispositif reste majoritairement limitée à l’accueil de personnes modérément dépendantes. Le profil des accueillis révèle bien que peu de personnes, évaluées GIR 1 ou GIR 2, sont hébergées en accueil familial. Ce sont principalement des personnes relativement autonomes. Dans l’hypothèse de la grande dépendance et d’une charge en soins importante, une présence médicale et paramédicale continue est nécessaire. Dans ce cas, l’hébergement collectif en établissement médicalisé offre plus de sécurité aux personnes accueillies ce qu’admettent les familles d’accueil : « parfois il est préférable que les personnes soient prises en charge par des établissements et ce pour leur bien » (Monique).

Les conditions d’accueil doivent garantir la sécurité des personnes âgées. Or, le fait d’héberger une personne qui nécessiterait de nombreux soins pourrait venir complexifier l’accueil et nuire à la qualité de prise en charge en mettant en danger les accueillis. Valérie m’avoue : « j’ai tenté de garder à mon domicile une personne âgée qui ne marchait plus du tout. Un jour, cette dame est tombée, en voulant l’aider, je lui ai fait mal, j’ai compris que l’accueil devait s’arrêter. Elle n’était plus en sécurité ».

PDF - 394.3 ko
Mémoire : Vieillir en "famille"
L’accueil familial social : quelle qualité de prise en charge pour les personnes âgées ?

Il est donc essentiel de ne pas s’arrêter uniquement à comparer les EHPAD et l’accueil familial : ce sont deux solutions complémentaires. En effet, comme nous pouvons le constater, l’accueil familial peut, pendant un moment, convenir à une personne puis ne plus être adapté par la suite. Ce dispositif peut alors être considéré comme une solution transitionnelle pour des personnes âgées angoissées à l’idée d’aller en maison de retraite. Ce temps passé, en accueil familial, les aide à faire plus facilement le deuil de leur « chez elles » et les prépare à une future vie en collectivité. L’entrée en institution pourra être facilitée et mieux acceptée.

[...]


Consulter la version intégrale de ce document

Dernière mise à jour : mercredi 26 janvier 2011

En poursuivant votre navigation, vous acceptez l’utilisation de cookies qui mesurent la fréquentation de ce site et vous permettent de le partager sur les réseaux sociaux.

Association Famidac © 1998-2016. Reproductions partielles autorisées avec la mention "Source : famidac.fr"
Qui sommes-nous ? | Adhésion | Merci de nous signaler toute erreur ou anomalie | Site réalisé avec SPIP

11 visiteurs (dont 9 sur le forum)

En poursuivant votre navigation, vous acceptez l’utilisation de cookies qui mesurent la fréquentation de ce site et vous permettent de le partager sur les réseaux sociaux.

Association Famidac © 1998-2016. Reproductions partielles autorisées avec la mention "Source : famidac.fr"
Qui sommes-nous ? | Adhésion | Merci de nous signaler toute erreur ou anomalie | Site réalisé avec SPIP