2011 : Partager son chez-soi pour qu’ils se sentent chez eux

Auteur : Sophie Magadoux, L’infirmière Libérale Magazine N° 267 - Février 2011

La vie des autres

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L’infirmière Libérale Magazine N° 267 - Février 2011

Partager son chez-soi pour qu’ils se sentent chez eux

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L’anniversaire de Pascal
Le bouchon n’a-t-il pas troué le plafond ?

Étienne Frommelt, accueillant familial, a fondé il y a presque quinze ans l’association Famidac, dont il est désormais le président. D’abord un moyen de rompre l’isolement inhérent à l’exercice de cette profession, l’association est désormais un point de rencontre pour tous les acteurs de l’Hexagone. Une action récompensée cette année par la Fondation Médéric Alzheimer.

Au cœur d’un hameau du fin fond de l’Ardèche, se niche une grande et sympathique ferme du XVIIIe siècle. Un havre de paix, notamment pour les neuf personnes hébergées cette année par Étienne Frommelt dans sa famille, sur des durées variant de deux jours par mois à plusieurs mois consécutifs. « J’ai commencé par accueillir mes beaux-parents âgés et mon beau-frère malade mental. C’était il y a près de quinze ans », se souvient-il.

Si les formules d’hébergement du réseau se ressemblent, chaque famille possède sa propre personnalité. « Nous partageons les pièces à vivre, le jardin... et chacun des accueillis, deux adultes handicapés, dispose d’une chambre de 16 m² et de sa propre salle de bain, décrit Étienne Frommelt. Il s’agit d’abord d’une rencontre entre des individus. J’apprécie particulièrement d’accompagner les gens vers plus d’autonomie. »

Outre le logement, les accueillants partagent nombre d’activités - repas, courses, balades... Une formule d’accueil de proximité très humaine et professionnelle, présente dans de nombreux départements.

Ainsi, dans l’Hérault, chez Marie-France Joseph, accueillante du réseau, tout est clairement pensé, de la construction de la maison aux liens qu’elle tisse : « C’est un style de vie. J’accueille des personnes âgées, en général jusqu’à leur dernier souffle. Je leur propose une vraie vie de famille avec le potager, la lecture, les chats... et compose avec leur caractère et leur mode de vie antérieur. Pour Lili, qui souffre d’Alzheimer, la relation passe par des câlins. Rien n’est superficiel », s’enthousiasme-t-elle.

Indispensable ouverture

L’association Famidac a été créée en 1997 par Étienne Frommelt pour échanger sur le quotidien et l’administratif, et également rompre l’isolement des accueillants. Grâce à Internet*, l’association, aujourd’hui nommée Famidac, s’est construit une envergure nationale et compte plus de sept cents adhérents, dont une cinquantaine d’associations, la plupart départementales.

Famidac regroupe aussi les différents intervenants impliqués - médecins, travailleurs sociaux, aidants familiaux, et même 10 % d’organismes de tutelle - et favorise le dialogue avec les institutions. « Notre volonté est d’additionner nos énergies pour faciliter la recherche d’un accueil, la rédaction d’un contrat, faire évoluer notre statut... Dans l’intérêt de tous, à commencer par celui des personnes que nous accueillons », décrit Étienne Frommelt.

Le réseau que constitue Famidac permet l’échange, l’information et la collaboration. Ainsi, notamment avec le concours du-Grath (Groupe de réflexion et réseau pour l’accueil temporaire des personnes en situation de handicap), se sont développés des accueils temporaires,
ponctuels ou séquentiels séquentiel
séquentiels
Les accueils séquentiels sont des accueils intermittents, dont la périodicité est librement déterminée.
Contrairement à un accueil temporaire, à durée déterminée de date à date, l’accueil séquentiel est une formule très souple reposant sur un contrat d’accueil à durée indéterminée (sans date de fin), précisant la périodicité de cette prise en charge.
, ou encore à temps partiel (de jour ou de nuit). La Fondation Médéric Alzheimer, qui salue la formule, vient même de lui attribuer le Grand Prix donateurs 2010.

Loin de s’improviser, l’accueil familial Accueil familial Mode d’accueil alternatif au maintien à domicile et au placement en établissement spécialisé : les personnes handicapées ou âgées sont prises en charge au domicile de particuliers agréés et contrôlés par les conseils départementaux (ou par des établissements de santé mentale). est soumis à un agrément délivré par les conseils généraux. Famidac tente d’harmoniser son interprétation et sa procédure au niveau national. La complexité du contexte parle d’elle-même : « Nous logeons nos propres employeurs qui, dans un grand nombre de cas, sont des personnes vulnérables et placées sous tutelle. Nous sommes tenus de garantir la protection de la santé, la sécurité et le bien-être physique et moral des accueillis, ainsi que la continuité des accueils, 24 heures sur 24, 365 jours par an », synthétise Étienne Frommelt.

De plus, la formation obligatoire des accueillants familiaux accueilant familial
accueillants familiaux
Agréés pour prendre en charge à leur domicile des personnes âgées ou handicapées adultes n’appartenant pas à leur propre famille, les accueillants familiaux proposent une alternative aux placements en établissements spécialisés.
diffère énormément selon les départements : « II faudrait que la formation soit conçue par modules et par validation des acquis afin de tenir compte de nos qualifications d’origine car la profession attire des personnes aux cursus variés », commente Étienne Frommelt.

On note d’ailleurs une proportion importante d’accueillants issus du secteur social ou paramédical, à l’instar d’Étienne Frommelt, qui a dirigé pendant huit ans une association de développement local, ou de Marie-France Joseph, ancienne éducatrice.

Vers la reconnaissance d’une profession

Enfin, l’accueil familial souffre encore d’un manque de visibilité. « Le terme générique "accueil familial" évoque plutôt l’enfance. Certains Clic, des Maisons départementales des personnes handicapées et même la plupart des sites Internet d’information sur la retraite ne nous mentionnent pas alors que nous représentons, en France, 1 % des accueils de personnes âgées et 7 % des accueils de personnes handicapées », déplore-t-il.

SOPHIE MAGADOUX

*Pour en savoir plus, site Internet : www.famidac.fr.

Il dit de vous ...

« Les infirmières libérales sont indispensables à notre activité, surtout en zone rurale. Il y a quelques années, nous n’avons pas eu d’infirmière pendant deux à trois mois, ce qui a été très difficile à gérer.

Nous avons aussi besoin d’un regard extérieur, de même que nous leur apportons une vision différente de leurs patients car nous vivons avec eux 24 heures sur 24. Elles peuvent percevoir des changements qui se noient pour nous dans l’habitude.

Nous, nous ne pouvons qu’aider à la toilette et, dans certains cas, ce sont elles qui s’en chargent et qui peuvent découvrir des problèmes de santé car certaines personnes se confieront plus facilement à l’infirmière.

La pire des situations, c’est le huis clos accueillant/accueilli car le suivi médico-social que doit exercer le conseil général est souvent insuffisant ; si, en établissement, une équipe prend en charge le pensionnaire, ce fonctionnement est aussi nécessaire chez nous. »


Une alternative devenue métier

Alternative de proximité au maintien à domicile ou à l’entrée en institution pour les personnes adultes âgées (à partir de 60 ans) et/ou handicapées (de 18à60 ans), l’accueillant familial doit disposer d’un agrément octroyé par le conseil général et renouvelable tous les cinq ans.

Les formations, initiale et continue, sont obligatoires. La plupart des accueils sont permanents, 365 jours par an, jour et nuit. Chacun doit organiser son remplacement pour ses propres activités et ses départs en vacances. [1]

Les revenus correspondent à un salaire au minimum égal à 2,5 Smic horaire par jour et par personne accueillie, et 10 % de congés payés, auxquels s’ajoutent un loyer, le remboursement des frais... Ils peuvent être cumulés à une retraite.

Notes

[1Mais les accueillants qui proposent des accueils temporaires, ponctuels ou séquentiels, ou encore des accueils à temps partiel (de jour, de nuit) sont de plus en plus nombreux. Il s’agit d’une excellente solution de répit pour les aidants familiaux, ou de sortie d’hospitalisation lorsqu’un retour à domicile n’est pas directement envisageable, pour ceux qui ont besoin d’une période de consolidation.

Dernière mise à jour : mercredi 25 mars 2015

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