2015 : Isolement des personnes âgées : quelle place pour l’accueil familial ?

Auteur : Julie ALLAIGRE -
Mémoire d’initiation à la recherche dans le champ professionnel,
Diplôme d’Etat de conseiller en économie sociale familiale, session 2012 (extraits).

En juillet 2012, Julie nous écrivait :

Bonjour,

Je suis étudiante afin de devenir travailleur social. Dans le cadre de ma formation, j’ai l’occasion de présenter un mémoire. J’ai choisi de travailler sur le dispositif de l’accueil familial Accueil familial Mode d’accueil alternatif au maintien à domicile et au placement en établissement spécialisé : les personnes handicapées ou âgées sont prises en charge au domicile de particuliers agréés et contrôlés par les conseils départementaux (ou par des établissements de santé mentale). pour personnes âgées, que je trouve très intéressant et que je connais peu.

C’est pourquoi j’aimerais connaître votre opinion, vos choix, ce qui vous a poussé à choisir l’accueil familial. Quels sont les avantages et les inconvénients de ce mode de prise en charge ? Pourquoi n’est-il pas plus développé ? Que faudrait-il améliorer ?

J’aimerai comprendre et mettre en avant ce dispositif qui reste très peu connu. Je vous remercie par avance de m’aider dans ma démarche en prenant le temps de répondre à ces quelques questions.

Julie ALLAIGRE

Nous avions donc mis son questionnaire en ligne - voir ici.

En novembre 2013, Julie nous a écrit : "J’ai obtenu mon DECESF et eu des échanges particulièrement intéressantes lors de mon oral avec le jury sur cette question. Votre aide a été très précieuse et très intéressante.
Merci encore pour votre aide !"

Elle nous a confié son excellent mémoire- clair, de lecture agréable, original et constructif - en nous autorisant à en reproduire ci-dessous de larges extraits.


1ère partie : les différents concepts


I. La personne âgée

(...) Il n’existe pas de définition à proprement dite d’une personne âgée. Bien que cette notion fasse référence à un âge, les personnes âgées d’hier ne sont plus les mêmes qu’aujourd’hui. Il y a quelques années, une personne de 60 ans était considérée comme âgée. Désormais, si l’on considère que l’on devient âgé après 60 ans, qu’en est-il des personnes ayant 90 ans ?

Bien qu’elle soit revue et modifiée, la limite d’âge des 60-62 ans fait aujourd’hui référence à l’arrivée à l’âge de la retraite. Comme je le disais, cette période n’est cependant plus l’entrée dans le vieil âge. Une nouvelle catégorie de personnes se démarque alors : les retraités. Cette catégorie renvoie l’image d’une population dynamique, depuis les années 1970, où tout a été fait pour donner l’idée que la retraite était un temps de loisirs. Selon les sociologues, la retraite est vue comme une récompense au service rendu à la société à travers une vie de travail. Bien que n’étant plus dans le marché de l’emploi, ces personnes ont une vitalité, et représentent, pour la plupart, une catégorie de population active.

La qualification de personnes âgées renvoie donc à une autre tranche de la population. Si l’on attribue la qualification de 3ème âge aux personnes retraitées, on pourrait alors admettre que la notion de personnes âgées se rapporte au quatrième âge. C’est cet âge qui va m’intéresser dans ma démarche.

Dans le groupe même des personnes âgées, on trouve des personnes différentes. Il s’agit d’un groupe hétérogène dont les membres ne se comporteront pas de la même manière selon leurs histoires, leurs parcours de vie, leurs vies professionnelles,... Chacun vit sa retraite à sa manière. De plus, la capacité physique de chacun est différente selon l’emploi exercé, le parcours de vie,…

(,,,) La personne âgée et son entourage : des modifications et diminutions des relations

  • Relations avec la famille

La famille étant une instance de socialisation primordiale, il est intéressant de l’étudier. Elle est aussi un modèle de production. La personne âgée ne pouvant plus « procréer », elle serait alors exclue de la famille. Pourtant, la réalité est tout autre puisqu’elle garde toute sa place.

Cependant, on note une évolution de la relation personne âgée/famille. La famille se désengage, de plus en plus. Les familles étant confrontées à leurs propres difficultés de vie quotidienne, la prise en charge du parent est complexe. Ainsi, les relations intrafamiliales et les solidarités ont évolué. Peu à peu, les solidarités publiques ont remplacé les solidarités privées pour combler les failles. Il faut noter que l’entrée dans la catégorie personnes âgées de deux générations de la même famille peut parfois poser problème.

  • Relations avec les amis

La personne âgée n’est plus à un âge où l’on fait des rencontres, et où l’on fonde de nouvelles amitiés. Les personnes sont moins sociables et ont moins d’interlocuteurs et donc de conversations. Un sociologue expliquait que « la vieillesse était difficile dans le sens où il n’y avait plus personne de sa génération, comme si la personne que l’on était à cet âge faisait que l’on appartenait plus à ce monde ». « La compagnie de personnes âgées n’est peu ou pas recherchée. Elles sont vues comme taciturnes, misanthropes, avec un esprit de dénigrement péremptoire, violent. »
Lorsque l’on vieillit, on est confronté régulièrement à la disparition de ses pairs. Il n’y a alors plus personne avec qui partager ses souvenirs. Des personnes âgées témoignent : « j’ai le sentiment d’être étranger dans ce monde qui a beaucoup changé »
Bien qu’étant en contradiction avec ce que nous avons vu, les personnes âgées sont davantage tournées vers les relations de parenté et de voisinage.

Conséquences du vieillissement  

  • Conséquences physiques

Comme nous l’avons vu, lorsque l’on parle de personnes âgées, on fait référence à l’âge. Le vieillissement est accompagné de troubles et de maladies de plus en plus présents. Il y a bien sûr la fatigue, l’usure du corps, des organes, des muscles. Le goût s’amoindrit entraînant une diminution de l’appétence. L’ouïe diminue compliquant la communication. La vue baisse rendant difficile la lecture mais également la conduite d’un véhicule. L’odorat diminue augmentant le risque d’accidents liés à une fuite de gaz par exemple. Les sens lâchent progressivement. On voit également l’apparition de risques de chute, de difficultés à se déplacer, à réaliser des tâches quotidiennes.

On observe également progressivement une altération de la mémoire. La peur de cette défaillance est d’ailleurs très présente : « j’ai peur de tout oublier. J’ai tellement de souvenirs et quand on me pose des questions, parfois, je ne comprends pas pourquoi mais je ne me souviens plus. Pourtant je cherche » a pu me confier Mme X.
Beaucoup de personnes expriment ainsi que leur force, leur santé, la plénitude quittent leur corps.

  • Conséquences psychiques et sociales : un repli

On note également des conséquences sur le psychisme. Il y a une forte diminution de la sociabilité, de l’envie de sortir. Les personnes se renferment chez elles, se sentant protégé des agressions extérieures et y trouvant leurs repères. C’est un repère spatial car il est familial et installé dans les habitudes. C’est également un repère temporel puisqu’il est chargé de souvenirs. Seulement, avec l’âge et les conséquences physiques du vieillissement, le domicile constitue moins un repère. Il ne change pas mais la personne, elle, a des besoins différents. La modification ou l’inadaptation du logement entraîne une perte de repères et un sentiment d’étrangeté.
La personne âgée doit s’adapter quotidiennement. Si elle rencontre des difficultés à lire car elle fatigue au niveau des yeux, la personne va privilégier la télévision ou la radio. Si elle a besoin d’un service, elle peut solliciter l’aide d’un voisin ou de l’entourage. S’il y a un problème pour le bain, il faudra installer une douche, un tabouret,… Il y a cependant peu d’anticipation du vieillissement et de ses conséquences. Ainsi, chacun s’adapte de manière différente selon le contexte, l’entourage, les besoins, les relations aux professionnels sollicités ou non... Cette nécessité de réorganisation permanente est souvent pesante pour les personnes qui disent manquer d’énergie pour cela.

La perte de repères, le repli, les difficultés physiques favorisent et contribuent à, ce qui a été la découverte des années 2000, l’isolement des personnes âgées.

II. L’isolement des personnes âgées

(,,,) Causes de l’isolement

  • Facteurs endogènes

Les problèmes physiques liés à l’âge, l’état de santé de la personne représentent un facteur de risque d’isolement, puisque cela affecte les relations avec les amis ou la famille. La personne ne se déplace plus, ne va plus aux rencontres, reste confinée chez elle. Il y a une diminution, voire une absence des rencontres. Associé à une baisse des activités sociales et sensorielles, cela entraîne la personne dans un cercle vicieux.
Le repli sur le domicile induit également un isolement. Il faut savoir que la plus forte consommation de télévision permet un sentiment d’appartenance à la société. La personne est au courant de l’actualité, elle se sent concernée.

  • Facteurs exogènes

Comme toute personne, la personne âgée est entourée par des amis, de la famille, des voisins, des professionnels, des bénévoles. Si la personne est isolée, c’est qu’il y a une défaillance ou un déséquilibre dans la place de chacun de ces groupes.

De plus, l’image négative que renvoie la personne âgée, avec la maladie et le vieillissement, nous renvoie à notre propre vieillissement. Il est difficile de côtoyer ce qui nous fait peur. On pourrait dire que l’isolement serait provoqué par ce symbole de mort que représentent les personnes âgées. Il est également compliqué de créer de nouvelles relations. L’avancée en âge provoque une destruction progressive du lien social engendrant un isolement, une solitude. En cela on peut considérer que l’âge est un facteur d’exclusion.

L’isolement est bien sûr à mettre en relation avec la façon de vivre actuelle. On assiste à un éclatement des familles et une diminution de la cohabitation intergénérationnelle. Les personnes migrent pour trouver un emploi et la distance géographique conduit à des séparations familiales. Les personnes vivent loin les unes des autres et avec les problèmes physiques, il est compliqué de se déplacer pour rester en contact fréquent avec ses proches. De plus, on connaît les problèmes rencontrés au quotidien au niveau budgétaire. De tels déplacements sont évidemment rendus impossible au vu des difficultés pécuniaires rencontrées par de nombreuses personnes âgées et leurs familles.

Au delà de ces phénomènes, on assiste à une véritable évolution sociale : on vit davantage en ville, la campagne étant désertée. Les petits commerces disparaissent peu à peu face à la concurrence des grandes enseignes. On observe ainsi une disparition des solidarités ou du moins une reconfiguration.

La cause la plus présente pour expliquer un isolement est bien sûr le deuil. La perte d’un conjoint pousse au confinement. Le décès réduit la sociabilité et induit un repli sur le domicile. Cela entraîne logiquement une réduction des rencontres et des visites aux amis.

On trouve une majorité de femmes isolées. Ceci s’explique simplement par le fait que l’espérance de vie est plus longue pour les femmes que pour les hommes.

Conséquences de l’isolement 

Des études démontrent que l’isolement a des effets néfastes sur la vie quotidienne. Sur du court terme, l’isolement induit logiquement une diminution de lien social. Celle-ci peut aller jusqu’à une absence totale de contact avec des personnes. Cela accroît, chez la personne, des sentiments négatifs. Désespoir, méditation, effroi,... sont autant de termes utilisés par les personnes isolées pour exprimer ce sentiment. J’ai trouvé beaucoup de paroles de personnes âgées qui qualifient leurs ressentis face à l’isolement. Mme G m’a confié : « J’étais seule tout le temps. Juste le bruit de la télé. J’étais bien mal. ». Les études montrent que, face à de telles émotions et lorsque rien n’est fait contre, les personnes âgées développent des dépressions.

Sur le long terme, il serait même un facteur de diminution de l’espérance de vie.

Pour lutter contre l’isolement, différents dispositifs sont mis en place. Des animations sont régulièrement proposées pour offrir des activités aux personnes âgées et ainsi rompre leur confinement. D’autres organisent des repas entre vieux, des rencontres intergénérationnelles,...

Des réponses pour la prise en charge de la personne âgée

Pour accueillir les personnes âgées, différentes solutions existent. Chacune d’elles ont leurs avantages et leurs inconvénients.

L’accueil en institution

J’entends par accueil en institution tout ce qui concerne l’accueil en EHPA, EHPAD, foyer-logement, services de soins longue durée, accueil de jour… Je parlerai globalement de structures collectives même si certaines structures n’en sont pas vraiment.

Bien qu’elle ait évolué, l’image de ces structures est plutôt négative. Il y a plusieurs années, les personnes étaient privées de leurs objets, de leurs meubles, de leurs vêtements personnels. Plus tard, les personnes âgées ont reproché à ces structures l’absence de lieu à soi. « Je ne voulais pas aller là-bas. Quand j’y étais, je ne voyais personne même s’il y avait toujours du monde. J’avais des loisirs chez moi, je faisais des choses. Là-bas, je ne faisais rien, j’étais loin de chez moi donc j’ai perdu tout ce que j’aimais faire. Il y avait des activités mais ça ne me plaisait pas. ». Comme pour Mme Y, il a souvent été reproché, aux structures collectives, la rareté des relations sociales. La personne était prise en charge et coupée de ses occupations antérieures amenant une certaine déresponsabilisation. Les activités étaient rares ou inadaptées.

Aujourd’hui, des efforts contribuent à l’amélioration des conditions de vie même s’il reste du travail à fournir. On trouve davantage d’humanisation. On cherche à valoriser la personne et à la laisser ou la rendre le plus autonome possible. Les personnes ont des chambres individuelles favorisant ainsi le respect de l’intimité. Les activités proposées se développent. Bien que les personnes âgées soient réticentes à l’entrée dans de telles structures, elles le font généralement pour ne plus être dépendantes de la famille, pour ne plus être « une charge ».

Il reste cependant des problèmes à résoudre. Comment peut-on respecter le rythme de chaque personne dans une structure collective, qui exige une certaine rapidité dans les gestes ? Les activités restent peu variées, les horaires et choix des repas sont fixés. Pour la sécurité des résidents, les déplacements sont limités rendant les sorties rares. Les visites sont également rares et les interactions entre résidents restent globalement superficielles. Elles sont constituées d’échanges polis. Les personnes expriment l’importance de se protéger de l’image des personnes les plus dépendantes. Elles se protègent également de la création de nouvelles relations redoutant une séparation trop précoce.

Parallèlement, les places en maisons de retraite restent insuffisantes. On trouve des listes d’attente pour entrer en maison de retraite d’où la nécessité parfois de se délocaliser si l’on souhaite entrer rapidement en EHPAD. La personne ne choisit alors pas forcément la structure qu’elle intègre. Il faut noter également le coût que représentent les déplacements géographiques d’une part mais également les frais de certaines maisons de retraite.

Le maintien à domicile

Les personnes âgées, comme toute personne d’ailleurs, souhaitent globalement rester chez elles jusqu’au terme de leur vie. Depuis le rapport LAROQUE en 1962, le maintien à domicile apparaît comme la solution à privilégier : « L’accent doit être mis par priorité sur la nécessité d’intégrer les personnes âgées dans la société tout en leur fournissant les moyens de continuer le plus longtemps possible à mener une vie indépendante ». Ainsi, seulement 5 à 6% des plus de 75 ans vivent en établissement.

Afin de mettre en place un maintien à domicile, il faut bien souvent organiser la venue d’intervenants extérieurs (soins à domicile, aide ménagère,...). Il faut noter une certaine ambiguïté entre le volet professionnel (aide à faire le ménage, à faire certaines tâches dans la maison) et le volet relationnel (bavarder avec les personnes âgées, leur apporter une présence, un réconfort). Cela crée un décalage entre ce qu’attend la personne âgée et ce qui est proposé par l’aide à domicile.

Avec l’avancée en âge et le risque accru de dépendance, le maintien à domicile peut s’avérer compliqué et non adapté. Plusieurs éléments concourent à limiter le maintien à domicile de la personne âgée :

  • l’état de dépendance physique ou psychique de la personne
  • lorsque l’environnement ne propose pas les moyens d’aide (manque de services d’aide à domicile, manque de disponibilité du fait de liste d’attente)
  • un sentiment d’insécurité lié à un état de santé
  • l’absence d’aide, d’un conjoint ou de la famille au sens large, ou un épuisement des aidants familiaux
  • l’ambivalence de ces aidants familiaux entre respect du choix de leur parent et inquiétude permanente.

Dans les politiques actuelles, l’accent est mis sur le maintien à domicile. Seulement, les interventions au domicile ne peuvent remplacer une présence quotidienne et ne semblent pas pouvoir répondre au problème de l’isolement. De même, les hébergements collectifs ne constituent pas vraiment un élément de réponse. Malgré l’aspect collectif et le contact quotidien aux autres, j’ai rencontré plusieurs personnes qui ont souffert d’un isolement. J’ai ainsi souhaité me pencher sur un autre dispositif. Entre le maintien à domicile et l’hébergement collectif : l’accueil familial pourrait-il constituer une réponse ?

III. L’accueil familial : une réponse adaptée ?

Au cours de mes recherches, j’ai longuement étudié l’accueil familial. Pour cela, j’ai privilégié les articles car les ouvrages étaient anciens ou inaccessibles. Il n’existe en effet, que peu d’ouvrages sur le sujet sans doute car le dispositif est peu développé. J’ai cependant choisi de m’intéresser à des articles ou interviews de spécialistes tels que J-C Cébula qui est une référence dans ce domaine. Ces lectures étaient essentielles afin d’appréhender le dispositif dans sa globalité.

J’ai complété mes recherches théoriques par diverses rencontres. Ainsi, j’ai commencé par rencontrer la secrétaire du service accueil familial du Conseil Général pour découvrir et mieux comprendre celui-ci. Pour cibler la place des travailleurs sociaux dans ce dispositif, j’ai rencontré une CESF et un éducateur spécialisé qui travaillent tous les deux à 50% sur l’accueil familial et 50% sur le service APA. Rencontrer la CESF était, pour moi, indispensable afin de comprendre son rôle, ses missions et ses expériences.

Durant toute ma démarche de recherche, j’ai été en relation avec une autre CESF se trouvant dans un autre département. Celle-ci fait partie d’une association de familles d’accueil et a souhaité depuis peu devenir famille d’accueil. Il était intéressant de voir l’évolution de ses choix professionnels. L’intérêt était également d’évaluer les différences entre départements. Sur le territoire choisi, il n’existe pas d’association de familles d’accueil. Je souhaitais cependant m’y intéresser. J’ai donc pris contact avec l’association nationale Famidac. Au delà de la richesse d’informations qu’elle procure, elle met en relation accueillants et accueillis et offre un point de rencontre. Après plusieurs échanges avec le Président de l’association, il m’a proposé son aide pour diffuser des questionnaires, que j’avais créés, auprès d’accueillants mais également d’accueillis.

Les différents professionnels ont facilité le contact avec le, ou plutôt les publics de ma recherche. En effet, mon sujet de mémoire étant bien particulier, on peut considérer que j’ai deux publics. J’ai donc rencontré ces personnes au travers d’entretiens et de questionnaires. Pour évaluer l’impact de l’accueil familial sur l’isolement, j’ai choisi de rencontrer des personnes âgées qui étaient isolées ou non. J’ai donc rencontré 5 accueillantes et leurs familles, et 6 personnes accueillies. Au travers des questionnaires diffusés par l’association, j’ai comptabilisé 15 réponses de familles accueillantes et 9 de personnes accueillies ou leurs proches. Il faut souligner qu’il a été compliqué de rencontrer le public concerné par ma recherche. En effet, le territoire choisi présente un dispositif peu développé et ne compte que 12 personnes âgées accueillies. En raison de leur état de santé, je n’ai pu rencontrer ces 12 personnes. De plus, je proposais des rencontres sur la base du volontariat ; d’où le choix de faire passer des questionnaires au public au travers d’une association de familles d’accueil présente dans un autre département.

Malgré ce faible développement, ses caractéristiques correspondent au niveau national, c’est à dire qu’il y a plus de familles d’accueil pour personnes en situation de handicap que pour personnes âgées.

Je n’ai eu que des rencontres avec des accueillantEs, reflet de l’existant au niveau national.

1. L’accueil familial

(...) L’accueil familial est défini comme une action et une manière d’accueillir, de recevoir quelqu’un. L’accueil est réalisé par une famille. Le principe des familles d’accueil propose une solution alternative au maintien à domicile et à l’entrée dans une institution. L’accueil familial à titre onéreux permet à une personne handicapée ou âgée de bénéficier d’un accueil permanent ou temporaire au sein d’une famille agréée par le Conseil Général. La personne accueillie dispose ainsi d’une chambre, participe à la vie de famille et profite d’un accompagnement personnalisé assuré par l’accueillant et son entourage. Les accueils peuvent être permanents, temporaires ou séquentiels séquentiel
séquentiels
Les accueils séquentiels sont des accueils intermittents, dont la périodicité est librement déterminée.
Contrairement à un accueil temporaire, à durée déterminée de date à date, l’accueil séquentiel est une formule très souple reposant sur un contrat d’accueil à durée indéterminée (sans date de fin), précisant la périodicité de cette prise en charge.
, à temps plein ou à temps partiel (de jour ou de nuit), en chambre individuelle ou en logement indépendant.

(...) Profil de l’accueillant

Les travailleurs sociaux du service différencient deux types d’accueillants dans les familles d’accueil : les anciennes et les nouvelles familles. On les différencie dans leurs choix de devenir accueillant familial. En effet, les anciennes familles ont choisi, en général, d’obtenir l’agrément afin de continuer à accueillir une personne ; il s’agit souvent de l’accueil d’un enfant en situation de handicap qui se prolonge. Leur démarche est alors davantage sur le registre du sentiment et crée une ambiguïté entre le statut de professionnel et de famille. Certains prennent parfois l’initiative d’adopter. On note d’ailleurs le problème éthique que cela pose d’accueillir quelqu’un que l’on considère de sa famille et d’être payé par la personne pour cet accueil.

Au contraire, les nouvelles familles, de moyenne d’âge plus faible, considèrent davantage cet accueil comme une profession. Il y a bien sûr une relation qui se met en place entre l’accueilli et la famille accueillante mais tout en restant dans cette optique de professionnalisme. Ces familles sont d’ailleurs bien souvent en demande d’un cadre pour exercer leur profession, notamment sur la question des congés.

Il faut noter que j’ai donc restreint le public puisque j’ai choisi de m’intéresser uniquement aux nouvelles familles. Ceci a accentué les difficultés pour rencontrer le public.

Depuis quelques années, il apparaît des profils bien différents dans les demandes d’agrément. Les aides à domicile restent très présentes, mais des travailleurs sociaux, des infirmières, des aides-soignants, des instituteurs,… sont de plus en plus demandeurs d’agrément. La diversification des profils est très intéressante pour le service accueil familial car il apporte une richesse dans les accueils et les accompagnements. Cette richesse sera probablement un atout dans l’avenir pour le développement du dispositif et de ses outils.

Qu’apporte l’accueil familial ?

Symboles du domicile

  • Logement adapté

L’accueil familial permet d’apporter à la personne âgée un logement qui sera adapté à ses besoins. En effet, l’agrément prévoit que : toutes les conditions d’un logement adapté doivent être remplies avant l’entrée dans le domicile de la personne âgée. On sait que la notion même du domicile est porteuse de beaucoup de symboles. Le domicile représente la sécurité, le bien être, son espace personnel où l’on vit et où l’on évolue. Il est donc indispensable de permettre à la personne âgée comme à toute personne de bénéficier d’un tel endroit où elle va pouvoir retrouver tous ces éléments. Au travers de l’investissement d’un nouvel espace, la personne âgée vit alors comme un déménagement qui peut entraîner une perte de repères. Le véritable atout de l’accueil familial est que la personne sera accompagnée dans ce changement. De plus, elle investit alors un véritable logement, un foyer.

  • Intimité

Comme on a pu le voir, une notion qui est associée au domicile est la notion d’espace personnel. J’associe à cela l’idée d’intimité. Cette notion est primordiale quand on parle de prise en charge d’une personne. Il est indispensable que la personne puisse à la fois participer à la vie de la maison, en parcourant toutes les pièces de la maison, mais tout aussi essentiel que la personne puisse avoir son propre espace, dans lequel elle peut se réfugier en cas de besoin d’intimité. Cette idée est bien illustrée par Mme X « si ils invitent des amis et que je veux rester seule je vais dans ma chambre lire ou faire du tricot, et quand j’ai envie de rester je sais que je suis la bienvenue ». Chaque personne ressent à un moment le besoin d’être seule, de s’isoler comme le souligne une accueillante, Mme A « quand il veut être seul, il va dans sa chambre, où il a toutes ses affaires ». C’est pourquoi l’espace dédié à la personne âgée au travers de sa chambre notamment, est essentiel. C’est pourquoi la chambre constitue un point essentiel de l’agrément. Cette chambre représente un repère, un point fixe et sécurisant. Ce lieu est propre à la personne âgée et l’accueillant et sa famille n’y entrent pas sans l’accord de la personne.

  • Repères spatio-temporels

Au-delà du respect de l’intimité et de disposer d’un logement adapté aux besoins, le domicile est un réel intérêt du dispositif. L’accueil familial permet de garder l’image d’un domicile, comme un lieu vivant, animé par la vie quotidienne. Alors que l’on constate à cet âge des difficultés à se repérer dans le temps et l’espace, l’accueil familial permet d’avoir des repères spatio-temporels. Le temps tout d’abord ; on sait que quand on quitte la vie active et davantage en vieillissant, on rencontre des difficultés pour se repérer dans les jours, les semaines et même les années. Les personnes n’ont plus de rythme comme la distinction entre semaine d’une part et le week-end d’autre part. Il est également délicat de suivre le rythme des vacances. La vie de famille de l’accueillant contribue à garder ce rythme et donc de se repérer plus facilement.

La notion d’espace est également rendue plus facile. L’accueil familial permet d’avoir des repères et de rester au même endroit et donc de conserver ses habitudes. Mme A. a pu me dire : « pour les congés, on fait venir la remplaçante dans notre maison, comme ça, ça ne le perturbe pas ». Et l’accueilli, M. R s’empresse de répondre : « oui, c’est vrai au moins je suis tranquille, on me change pas d’endroit tout le temps, je préfère rester ici où j’ai mes habitudes ».

L’accueil familial permet aussi de rester proche du domicile précédent ou encore proche de la famille. Parfois les entrées en maison de retraite emmènent à plusieurs km de chez soi ou de la famille. Cela rend alors le départ compliqué avec des changements pouvant entraîner une perte de repères. Ainsi, l’accueil familial évite un chamboulement en ne changeant pas les habitudes. Le voisinage reste à proximité, les commerces également. On note également que la personne peut donc conserver ses habitudes de lieux et ses souvenirs construits au fur et à mesure de sa vie.

La personne reste alors inscrite dans la ville qu’elle a toujours connue. Une personne accueillie, Mme T, a ainsi pu me dire : « pour moi, c’est la solution parfaite. Je vivais à quelques mètres d’ici avant. Comme ça dans la semaine je vais voir mes anciens voisins, je vais au club du 3ème âge comme je faisais avant. En plus, ma fille vit tout à côté ; elle travaille en semaine et le week-end je vais la voir ou elle vient ici ». En cela, on peut dire que l’accueil familial permet une forme de maintien à domicile ou du moins un maintien de la personne dans son environnement. La personne n’est pas chez elle mais conserve tous ses repères, toutes ses habitudes qu’elle pouvait avoir quand elle vivait à son domicile.

Une famille

  • Investissement d’une famille

La notion même d’accueil familial implique l’idée d’une famille. En effet, même si une seule personne du foyer possède l’agrément, c’est bien toute la famille qui va être impliquée dans cet accueil. Les accueillantes interrogées ont toutes précisé que ce choix était un choix de couple mais aussi un choix de la famille entière. « C’est une décision qu’on a pris tous ensemble. Si l’un de nous n’avait pas été d’accord, je n’aurai jamais entamé la démarche » me précise Mme D. Il est indispensable que chacun accepte et soit prêt à accueillir la personne âgée. En effet, cet accueil se fait 7j/7 et 24h/24, c’est pourquoi l’avis de chacun compte. Il est également essentiel que la place, le rôle de chacun dans la famille soient préservés pour conserver l’équilibre familial et éviter ainsi que « l’arrivée de l’accueilli se transforme en envahissement psychique ».

On peut s’interroger sur la place que va prendre la personne âgée dans la famille. Pour certains, la réponse est claire : « elle fait partie de la famille. D’ailleurs tout le monde l’appelle mamie », me confirme Mme C. Pour d’autres, comme Mme B : « je ne dirai pas qu’il fait partie de la famille, il a une place particulière. Nous n’avons pas de lien de sang mais pourtant, nous vivons avec lui chaque jour. Il a sa place, son rôle dans notre vie de tous les jours ». L’accueil familial marque l’entrée dans une nouvelle famille. On fait connaissance l’un avec l’autre. Il faut d’ailleurs noter que pour tester la compatibilité de chacun avec l’autre une période d’essai (d’un mois renouvelable une fois) est proposée. Cette période est importante pour évaluer si les personnes s’entendent suffisamment pour vivre ensemble au quotidien.

  • Participation à une vie de famille

L’accueil familial propose une maison accueillante avec ses bruits, ses odeurs de cuisine, une maison ouverte où on peut aller et venir, profiter du jardin, de l’animation d’une rue, d’un quartier, bref, une maison dans laquelle la personne accueillie a sa place et qu’elle peut investir comme son domicile. Les personnes participent à l’accomplissement des tâches quotidiennes : « on fait à manger toutes les deux ! J’aimais beaucoup cuisiner et je n’en avais plus envie depuis quelque temps. Ici, je ne suis pas seule, c’est plus agréable de cuisiner à deux ! », témoigne Mme S.

Notion de sécurité physique et psychique

Le dictionnaire de psychologie précise que la famille a pour fonction essentielle d’assurer la sécurité de ses membres. L’accueil familial permet, dans cette idée, d’apporter une certaine sécurité dans la vie quotidienne de la personne âgée. La personne étant alors entourée et dans une maison adaptée à ses besoins, elle ne ressentira plus un sentiment d’insécurité lié à des angoisses de chutes, de logement non-adapté, d’accident. La peur qu’elle pouvait peut-être ressentir seule dans son logement face à des actes de la vie quotidienne à effectuer, est grandement atténuée, dès lors qu’une présence constante est possible.

L’accompagnement se fait alors au quotidien, à toute heure du jour et de la nuit. Il diffère beaucoup du maintien à domicile où la personne voit des intervenants extérieurs quelques heures par jour. Même si une présence est alors possible sur la journée, qu’en est-il de la nuit ? La garantie de présence représente un élément rassurant pour la personne, comme le souligne Mme S : « je sais que je peux l’appeler à tout moment si j’ai un problème. Je sais qu’elle est là et ça me rassure. Je fais des choses que je ne faisais plus chez moi de peur qu’il arrive quelque chose ». En cela, l’accueil familial permet de maintenir ou du moins de mettre en place un bien-être physique et psychique. Le fils de Mme H, qui est accueillie, témoigne : « Ma mère va beaucoup mieux depuis qu’elle est en accueil familial. Elle a pris des habitudes. Elle ne mangeait pratiquement plus et là, elle a son gâteau chaque jour et si il manque à l’appel, elle le réclame. ». Dans une certaine mesure et sur différentes situations rencontrées, l’accueil familial peut aider à repousser les effets d’un vieillissement pathologique.

Du fait de l’aspect individualisé de la prise en charge, il n’a pas de rotation du personnel, de visages différents mais un rapport constant et privilégié avec une personne qui connaît ses habitudes et son mode de fonctionnement. C’est également la possibilité d’être accueillie et soignée dans la famille en suivant la possible dégradation de leur état, pour certains jusqu’à leur mort, évitant ainsi les transferts successifs et difficiles dans différentes structures.

Lien social

La base de l’accueil familial est bien sûr la relation à l’autre. La personne âgée va découvrir une nouvelle famille qui a ses propres habitudes, ses traditions et son mode de vie. Ainsi, un échange va se mettre en place. On peut également parler d’échanges de savoirs, de connaissances. « On s’échange souvent des recettes. Quand je ne sais pas faire quelque chose, elle m’explique comment faire. » me confie Mme H. Chacun apporte son vécu, son histoire à l’autre, comme me l’explique Mme B. : « il nous raconte son histoire, ses expériences. C’est enrichissant d’apprendre à connaître l’autre ». Lors de mes recherches, j’ai trouvé à de nombreuses reprises, la notion d’enrichissement personnel réciproque.

Au-delà de la relation accueillant-accueilli, c’est avec toute la famille qu’un échange se fait. Un lien se crée entre enfants et personnes âgées. Mme H me dit : « je l’aide à faire ses devoirs et il m’aide quand je fais la cuisine. On s’entend bien et on plaisante beaucoup ensemble ». Alors que globalement on assiste de plus en plus dans la société à une raréfaction des relations entre enfants et personnes âgées, l’accueil familial permet de recréer des relations intergénérationnelles. « Mon fils la considère comme sa grand-mère. Lorsque la personne que nous accueillions est décédée, il a été très marqué. » m’explique Mme F.

Alors que la personne était seule à son domicile, l’arrivée en accueil familial va déclencher la création de nouvelles relations. Bien sûr il faut noter l’importance que représentent les jours d’essai dans cet accueil. Il semble indispensable de permettre, à la fois à la personne âgée et à la famille accueillante, de tester cet accueil et de voir s’ils ont chacun des caractères pouvant cohabiter.

Un des avantages de l’accueil familial qui est ressorti est cet aspect individualisé. En effet, contrairement aux logements collectifs, type foyers, EHPAD, l’accueil met en place un accompagnement individualisé, qui plus est, dans un cadre familial et sans doute chaleureux. La personne n’aura pas les contraintes, notamment de la vie collective, que peuvent entraîner certaines prises en charge. La personne aura l’occasion de créer de nouvelles relations, d’entrer en contact avec de nouvelles personnes au travers des relations de la famille accueillante, mais également de continuer ses propres activités. L’intérêt de l’accueil est qu’il se fasse à proximité de l’ancien lieu de vie de la personne âgée, ou bien proche de sa famille. Cela préserve ainsi une autonomie dans les relations de la personne âgée. Elle garde les contacts qu’elle souhaite garder. En cela l’accueil familial favorise la création et l’entretien du lien social.

Il est important de noter le travail réalisé par l’accueillant et par les professionnels du service d’accueil familial pour le maintien de lien avec la famille de l’accueilli. En effet, l’accueil familial n’offre pas une famille de remplacement. Il s’agit bien d’une prise en charge. La famille de l’accueilli a toute sa place dans celle-ci. Il reste important de conserver les liens voire de les renforcer. Le fait de placer son parent en famille d’accueil peut provoquer différentes réactions chez la famille. Ainsi, la famille peut être soulagée de savoir leur parent en sécurité et profiter pleinement de leurs retrouvailles. Il arrive cependant également, qu’un sentiment de culpabilité se manifeste. « Elle est heureuse, elle est bien et ce n’est pas grâce à moi », « la famille d’accueil a pu faire ce que je ne pouvais pas ». Il est donc primordial que ces familles aient et conservent leur place de famille auprès de la personne âgée.

Chaque situation et prise en charge est unique. Chaque personne a un accompagnement adapté à elle, à ses besoins, ses difficultés,… L’aspect individualisé permet ainsi une valorisation de la personne et de ce qu’elle est en mesure d’entreprendre. L’accompagnement se fait au quotidien et non quelques heures par jour. Ainsi, c’est chaque effort, chaque évolution, chaque participation peut valoriser la personne.

Il m’a rapidement semblé évident qu’une CESF avait sa place puisqu’elle pouvait à la fois, accompagner les accueillants dans leurs pratiques quotidiennes, et être attentive au besoins de la personne âgée. Elle propose un accompagnement aux familles ainsi qu’aux personnes accueillies. Elle est en capacité d’assurer un bon fonctionnement du dispositif. En tant que spécialiste de la vie quotidienne, elle peut conseiller au mieux les personnes sur le quotidien, sur les besoins des personnes âgées. Concernant la personne âgée accueillie, l’accompagnement porte en principe sur l’élaboration de son vécu de l’accueil familial. On sait combien le départ du domicile peut être traumatisant pour une personne âgée. Dans ce contexte, être accompagnée, c’est se voir proposer une aide, un soutien, en plus de celui de la famille, pour accepter cette séparation mais aussi pour investir le nouvel espace. C’est aussi être accompagné dans les différentes relations tissées avec les interlocuteurs côtoyés, sa propre parenté et la famille d’accueil, afin de vivre au mieux cette dernière étape de vie.

2ème partie : de la problématique à la question de recherche


Au cours de ma démarche de recherche, j’ai pu me rendre compte que pour que l’accueil familial puisse jouer un réel rôle dans la lutte contre l’isolement des personnes âgées, il existait des freins. Le principal est le développement restreint de ce dispositif puisqu’il n’y a que 12 personnes âgées accueillies en famille d’accueil sur le territoire choisi (le département du Loir et Cher). Si l’on se centre sur les chiffres nationaux, le nombre de familles d’accueil diffère beaucoup d’un département à un autre. On constate également une inadéquation entre demandes et offres sur le territoire national, c’est à dire qu’il existe des familles qui cherchent des accueillants sans trouver et des familles d’accueil ne trouvant pas de personnes à accueillir.

Pour répondre à mon questionnement, il m’a fallu m’interroger sur les causes de ce faible développement. J’ai relevé différentes problématiques dont la principale, me conduit à développer les conditions de travail des familles d’accueil notamment au travers de l’accompagnement proposé aux accueillants familiaux accueilant familial
accueillants familiaux
Agréés pour prendre en charge à leur domicile des personnes âgées ou handicapées adultes n’appartenant pas à leur propre famille, les accueillants familiaux proposent une alternative aux placements en établissements spécialisés.
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Une reconnaissance à améliorer

La prise de congés : un parcours du combattant ?

Les familles d’accueil expriment un besoin de reconnaissance pour leur activité. « Il est primordial de considérer le métier d’accueillant comme une réelle profession ». Il est essentiel d’apporter aux personnes accueillies un cadre de vie sécurisant. Or, afin de proposer une offre adaptée aux besoins des personnes âgées, il semble essentiel de favoriser l’accompagnement des accueillants familiaux. En améliorant les conditions de travail, on agit indirectement sur les personnes accueillies. On peut noter que l’une des plus grosses difficultés rencontrées par les accueillants, c’est la prise de congés. Il est compliqué d’organiser des congés car aucun relais n’est proposé aux accueillants.
(...) Ce temps de répit est pourtant nécessaire à l’accueillant et à sa famille afin d’apporter un cadre de vie sécurisant pour la personne âgée et pour éviter l’épuisement professionnel. On peut craindre qu’une personne ne se reposant pas, puisse mal faire les choses ou du moins accorder moins d’attention à certaines taches, certains aspects.

Isolement des accueillants

On note également un certain isolement des accueillants. En effet, dans le Loir-et-Cher, les accueillants ne se connaissent pas entre eux ou de façon officieuse. Il n’existe pas de contacts organisés par le service. Cela peut également poser problème. Dès lors que les accueillants se trouvent isolés dans leurs pratiques, ils se retrouvent seuls face à leurs difficultés entraînant ainsi un risque de maltraitance. Un isolement des accueillants présente le risque d’un manque de recul quant à la situation et quant aux pratiques quotidiennes d’où des risques de dérapage. De plus, la nature de cette activité, à domicile, ne favorise pas les rencontres et les échanges. On comprend donc la nécessité des familles d’accueil de « souffler », de se ressourcer, de se retrouver entre membres d’une même famille d’où l’importance des congés.

Ma question de recherche est donc : en quoi améliorer l’accompagnement des accueillants permettrait de proposer un accueil familial réussi ?

Avant de poursuivre vers mon hypothèse, il me semble judicieux de définir la notion d’accompagnement.

Un double accompagnement : un accompagnement ambigu

Dans ce cadre particulier, on a deux accompagnements que proposent :

  • les accueillants aux accueillis
  • les travailleurs sociaux aux accueillants

Je vais m’intéresser à ce dernier. Le dictionnaire Larousse définit la notion d’accompagnement par être avec quelqu’un, lui tenir compagnie mais également par mener, conduire et être associé à un acte. Ces définitions restent très floues si l’on considère ce qu’implique un accompagnement.

Les familles d’accueil sont en principe accompagnées dans leurs pratiques. Elles doivent se soumettre au contrôle des services du Conseil général. Mais ce soutien est bien souvent flou et/ou imprécis et contribue au sentiment d’isolement des accueillants familiaux. Le suivi proposé est souvent vécu comme un contrôle puisqu’il s’agit de la même personne qui établit à la fois le contrôle de l’accueil et le suivi des personnes. Si le contrôle permet de juger du respect des conditions matérielles de l’accueil, il ne permet pas pour autant de bien apprécier la nature de la relation entre l’accueillant et l’accueilli. Comment sur une visite de contrôle apprécier la qualité des échanges ? leur intensité ? leur permanence ? Comment garantir que la famille apporte « des conditions d’accueil assurant la santé, la sécurité, le bien-être physique et moral des personnes accueillies » si ce n’est qu’en vivant au quotidien avec elles ? Or, un réel accompagnement des accueillants est essentiel. En effet, l’amélioration des conditions de travail passe notamment par des propositions concrètes.

Objectifs de l’accompagnement de l’accueillant

Il a pour objectif de les soutenir dans leurs démarches, d’être à leur écoute, de proposer des solutions à leurs difficultés et ainsi favoriser leurs conditions de travail,... Pour cela, il est nécessaire d’établir une relation de confiance entre les services assurant le suivi et la personne agréée en multipliant les visites. Or, que ce soit pour le suivi des personnes accueillies ou de leurs accueillants, faute de moyens, l’accompagnement est souvent jugé insuffisant, et cela, au détriment de la qualité de la réponse aux besoins des personnes âgées. Cependant, les travailleurs sociaux du service ont une réelle volonté de développer les entretiens et proposent la mise en place d’outils comme une formation, un groupe de parole, une mise en place de relais avec les EHPAD,…

(…) Conclusion


Durant ce travail de recherche, j’ai acquis de nouvelles connaissances, découvert un dispositif qui m’était inconnu,... Toutes ces découvertes ont été très enrichissantes professionnellement. Mais ce travail a également eu un impact personnel. J’ai rencontré des professionnels motivés et engagés dans leurs activités, des accueillants souhaitant faire au mieux et des accueillis ravis que ce dispositif existe. Toutes ces personnes m’ont reçu chaleureusement et ont tous été intéressés par ma démarche. Ils étaient animés par une réelle volonté de me faire découvrir toutes les facettes de leur travail et leur souhait de voir se développer cet outil.

Selon les pays, les solidarités sont bien différentes. Pour certains, les solidarités familiales sont très présentes et ne nécessitent pas une intervention de l’état. Le dispositif de l’accueil familial propose une alternative bien particulière. La mission de cet accueil est d’offrir aux personnes âgées, au-delà du seul hébergement, un cadre de vie familial et sécurisant qui permet de maintenir la continuité des liens sociaux tissés avec l’environnement. Il s’agit généralement d’un accueil familial qui propose un accompagnement pour répondre à une dépendance ou à un isolement. Ce dispositif se présente ainsi comme une alternative à un maintien à domicile, qui n’est pas toujours possible ou à une entrée en institution qui n’est pas toujours souhaitée. En effet, l’accueil familial propose un maintien à domicile dans un « nouveau chez soi » avec une prise en charge personnalisée au plus près des habitudes antérieures et des besoins de la personne. Il offre aussi la possibilité de développer de nouveaux liens sociaux autour de la convivialité, la chaleur et la disponibilité d’une famille.

Comme nous avons pu le voir, les familles d’accueil peuvent se sentir isolées. Pour y remédier, différents outils peuvent leur être proposés. Les réseaux d’accueillants familiaux au sein d’association peuvent constituer une réponse intéressante. Mais il existe d’autres solutions, notamment en organisant des liens réguliers, une collaboration avec des EHPAD. Avec cette collaboration, il pourrait être envisageable d’organiser, au sein des EHPAD, certaines prestations à destination des accueillants familiaux. En tant qu’acteur majeur dans la gériatrie, les échanges pourraient être bénéfiques pour tous. Il pourrait être envisagé :

  • d’organiser des groupes de parole et d’échanges sur les pratiques avec les accueillants familiaux du secteur afin de développer un enrichissement et une solidarité mutuelle
  • de prendre en charge dans le même temps, dans la maison de retraite, la personne accueillie et assurer la continuité de l’accueil
  • d’organiser des séances de formation dans une idée de co-formation avec les professionnels des EHPAD
  • de proposer un temps de psychologue à domicile pour les cas difficiles
  • de proposer aux familles d’accueil, avec les personnes âgées accueillies, une participation aux animations, à la vie sociale de l’établissement afin de rompre avec un huis clos familial parfois pesant
  • de proposer une aide médicale ou paramédicale (ergothérapeute, diététicien pour un diagnostic diététique...)
  • de faciliter les séjours séquentiels (séjour temporaire, accueil de jour...) pour permettre aux familles d’accueil de souffler...

Aussi, on comprend facilement que beaucoup d’actions sont possibles et restent à faire pour améliorer la prise en charge des personnes âgées et ainsi lutter contre ce fléau qu’est l’isolement.

Post Scriptum

Voir également le questionnaire Qu’est-ce qui vous a poussé à choisir l’accueil familial ? : tous ceux qui le souhaitent peuvent encore exprimer leur point de vue en répondant à ce questionnaire : leur réponses viendront s’ajouter à celles que Julie a déjà dépouillées, et seront utiles aux autres étudiant(e)s qui souhaiteraient compléter ou approfondir ce sujet

Dernière mise à jour : samedi 14 février 2015

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