La famille d’accueil est une voie de recours de plus en plus sollicitée pour ses fonctions supplétives contribuant à élever des enfants séparés de leurs parents, et pour ses fonctions d’aide, de protection et de soin de populations d’adultes en difficulté.

Faire ainsi appel à la famille, parfois idéalisée, semble d’autant plus paradoxal qu’aujourd’hui, comme pôle de sécurité, de stabilité et de transmission, elle est rudement remise en question jusqu’à devenir incertaine dans ses contours comme dans ses fonctions sociales.

Si, dans le champ de l’accueil familial Accueil familial Mode d’accueil alternatif au maintien à domicile et au placement en établissement spécialisé : les personnes handicapées ou âgées sont prises en charge au domicile de particuliers agréés et contrôlés par les conseils départementaux (ou par des établissements de santé mentale). , la famille est sollicitée, ce que traduit la terminologie "famille d’accueil" généralement usitée, la dimension et les fonctions familiales visées restent toujours à penser, à définir ou à préciser. Au point que celles-ci sont peu reconnues, ou parfois pas interpellées en tant que telles. Mais, dans tous les cas, la famille et ce qu’elle représente ne sont pas sans aviver des registres émotionnels forts. Elle reste un signifiant évocateur pour chacun pour en être issu, y appartenir, s’en être séparé et l’avoir plus ou moins reproduite.

La famille et ses différents registres ne sont pas toujours expressément visés par les dispositifs d’accueil familial. Cependant, quelles que soient la terminologie retenue et la définition donnée des accueillants, elles ne pourront jamais occulter la réalité, à savoir que l’on fait appel, pour s’occuper d’un enfant ou d’un adulte en difficulté, à un groupe humain dont les figures, les rôles, les fonctions et les modes de vie s’apparentent à un groupe familial.

Les familles d’accueil ne sont en fait connues qu’à partir de l’agrément délivré à l’un de leurs membres, et parfois seulement après que celui-ci ait été recruté par un service d’accueil familial. La famille constitue donc l’environnement de l’assistante maternelle ou du particulier agréé, sorte d’outil de travail aux nombreuses variables tenant à la configuration et aux motivations familiales, à l’implication de chacun dans l’accueil, et aux raisons pour lesquelles il a été sollicité.

Pour l’accueil des enfants, la famille d’accueil est ancrée à la profession d’assistant(e) maternel(le) exercée par une femme ou un homme, profession qui permet d’en décrire la réalité statutaire et l’inscription institutionnelle, et d’en définir les axes de travail par la formation et les attentes relatives aux soins et à l’éducation à prodiguer aux enfants.

Pour l’accueil familial des adultes, aucune terminologie, ni définition légale ne viennent inscrire l’activité ou le statut des accueillants dans les champs du social ou du médical, au point que leur activité recouvre un vaste éventail de compétences, de l’hôtellerie aux soins à domicile.

Famille et famille d’accueil

Entre "familles je vous hais" d’André Gide et "famille je vous aime mais vous n’êtes pas de la tarte" de Woody Allen, la famille éveille des sentiments ambivalents et demeure le creuset de drames et de "pathos, milieu tragique par excellence" prétendait Aristote dans Poétique.

Certes, ici, la famille est agrémentée d’un complément lui conférant une vague fonction "d’accueil" qui la distinguerait du tout-venant des familles. Mais on sent bien le peu de poids de cette précision face au choc émotionnel suscité par la mise en avant de la famille. Émotion toujours présente pour des parents qui peuvent difficilement entendre ou concevoir que la famille qui entoure leur enfant est une professionnelle participant, avec d’autres professionnels, à une action sociale.

L’émotion est d’une telle force qu’elle évite de questionner une notion qui semble traverser les temps et les cultures, alors que ses représentations restent personnelles et se colorent de visions romanesques sans cesse revisitées par les souvenirs. La réalité et les fonctions dévolues à la famille sont multiples, et imprègnent profondément l’histoire des êtres humains. Constitutives de l’individu, espaces de modelage de l’identité, elles sont fondatrices du sujet et de sa relation au monde.

Concomitamment objet idéologique, fantasme et réalité fluctuante, la famille relève donc de quelques principes organisateurs et structurants qu’il est bon de rappeler. Tout d’abord, elle s’avère d’une extrême variabilité selon les époques et les normes culturelles. De plus, à l’intérieur d’une même culture, les limites de la famille ne peuvent être clairement tracées même lorsque lui est associé un déterminant pour la qualifier : nucléaire, biologique, naturelle, légale, d’origine, traditionnelle, monoparentale, recomposée, étendue, élargie, adoptive et d’accueil... Enfin, ses péripéties actuelles conduisent à la penser comme incertaine ou à constater, qu’éclatée, en difficulté, défaillante, elle s’éloigne du havre de bonheur qu’elle est supposée incarner.

Espace privilégié de la procréation, elle est le signifiant d’une rencontre sexuelle marquée par la succession des générations et la transmission de valeurs symboliques (le nom), éducatives ou culturelles (les références) ou matérielles (les biens), éléments qui permettent à chacun de se reconnaître dans une lignée, un processus d’appartenance et un réseau d’alliances. Reconnaissance qui se construit dans un ordre qui la transcende, celui de la prohibition de l’inceste, interdiction fondatrice qui structure les rapports et les échanges entre les sujets d’une communauté.

Comment la famille, rapidement représentée au travers de ces quelques facettes, est-elle ponctuée par la notion d’accueil ? Les significations telles que "recevoir favorablement, aider ou même protéger" n’apportent pas d’informations décisives et ne contribuent en rien à la situer du côté d’une profession. En fait, accoler les deux termes sert avant tout à distinguer ces familles de celles chez lesquelles la fonction d’accueil est structurelle à leur constitution. Une famille ne se forme-t-elle pas pour accueillir un enfant ? La distinction détermine donc la nature des rapports qui, entretenus par les accueillants et les accueillis, sont constitutifs d’une famille... d’accueil.

Ces questionnements sont essentiels pour savoir ce qu’on attend de l’accueil familial, et donc de la présence, du travail, de la compétence d’une famille d’accueil. Un entourage familial dans lequel un enfant se nourrira aux mamelles du maternage et de l’affectivité ? Une scène familiale sur laquelle pourront se rejouer, jusqu’à leur élaboration, les drames de l’enfance ? Un cadre structurant le désir, instituant de l’autre et les règles du je ? Ou plus simplement, mais sans omettre tout cela, un espace où des femmes et des hommes sont sollicités pour protéger, soigner, réparer, bref pour humaniser ?

Dans tous les cas, il sera difficile de distinguer, mais est-ce bien nécessaire ? En fait, l’énumération précédente a pour objet de rappeler que cet outil, la famille d’accueil, répond toujours bien au-delà des attentes qu’on peut en avoir.

Famille d’accueil et réglementation

Le terme "famille d’accueil" désigne indifféremment la personne agréée et la famille ou l’entourage avec lesquels elle va exercer son activité. L’entité famille d’accueil demeure un objet social peu identifiable, malgré ses différentes caractéristiques (statut, reconnaissance professionnelle) et la place qu’elle occupe dans les prises en charge.

Le fait que son activité soit référée à l’un de ses membres renforce cette méconnaissance, et amène à négliger la présence et le vécu des autres membres de la famille qui ont pourtant une grande influence sur la qualité de l’accueil et sont également constitutifs des fonctions attendues des familles d’accueil.

La terminologie officielle, les statuts et le cadre de travail fixé par le contrat accentuent cette mise à l’ombre. Cependant, dans les méandres des réglementations, il est possible de trouver certaines références à l’entourage de l’accueillant qui l’atténuent.

L’accueil familial des enfants repose sur une personne agréée, recrutée, formée et accompagnée. Ces différents actes contribuent à définir une assistante maternelle, seule concernée par les aspects légaux de la prise en charge et du travail (contrat, assurance, responsabilité...). Cependant, la dimension familiale de l’accueil est reconnue puisque le décret relatif à la formation mentionne qu’elle doit, notamment, porter sur "le métier d’assistante maternelle et le soutien au quotidien par la famille d’accueil d’un enfant qui n’est pas le sien". Ceci ne signifie pas pour autant que toute la famille est concernée par la formation, mais bien que le fait familial et son implication dans l’accueil nécessitent une élaboration.

Dépassant cette prise en compte certes importante, la loi du 12 juillet 1992 relative au statut des assistantes maternelles définit, en son article 3.2., la famille d’accueil comme constituée par "l’ensemble des personnes résidant au domicile de l’assistante maternelle agréée pour l’accueil de mineurs à titre permanent". Alors que les procédures convoquent généralement un espace familial composé d’un père, d’une mère et éventuellement d’enfants, pour agréer et recruter une assistante maternelle, une telle définition n’est pas résumable à cette seule configuration et en autorise de moins classiques.

De son côté, l’annexe 24 du code de la sécurité sociale utilise systématiquement le terme de famille d’accueil quant à ses droits et obligations dans son travail au sein des centres d’accueil familial spécialisé, sans qu’aucune définition en soit donnée.

Pour l’accueil des adultes, dans la loi du 10 juillet 1989, seul un "particulier" est agréé, formé et contrôlé. Les deux références à son environnement familial se trouvent dans le titre II consacré à l’accueil des personnes handicapées adultes, à l’article 5 où est évoquée la possibilité "d’un placement familial" et à l’article 18 portant sur l’accueil familial thérapeutique AFT
Accueil Familial Thérapeutique
Des personnes souffrant de troubles mentaux peuvent être prises en charge au domicile de particuliers formés, agréés et employés par des établissements psychiatriques.
. De son côté, le décret d’application n° 90-504 du 22 juin 1990 portant sur les conditions relatives à l’agrément mentionne le foyer d’accueil et les personnes qui le composent qui doivent assurer sécurité et bien-être à la personne accueillie.

Cette quasi-absence de référence à la famille et à l’accueil qu’elle pourrait proposer, accueil toujours difficile à définir à priori, est cause de glissements conduisant certains "accueillants" à projeter leur activité comme un mode d’hébergement dans lequel aucun partage de vie familiale n’est envisagé.

Afin de trouver une terminologie plus adaptée, il a été envisagé, dans les textes qui modifieraient ou préciseraient quelques-uns des aspects de ce travail et du statut des accueillants, d’utiliser l’expression "d’accueillant familial", celle-ci venant après d’autres propositions telles qu’"assistant en accueil familial" ou "cellule d’accueil familial" par exemple.

Les réglementations relatives à l’accueil familial thérapeutique et à l’accueil des toxicomanes, comme celles encadrant l’accueil des enfants, convoquent toutes deux le fait familial.

Dans l’arrêté du 1er octobre 1990 relatif au traitement des enfants et des adultes, trois constellations familiales sont regroupées sous le vocable "unité d’accueil familial thérapeutique". Ainsi, un établissement de soin peut recruter :

  • "une famille au sens traditionnel du terme", sa configuration n’est pas précisée et laisse libre cours aux idéaux que chacun peut rechercher ;
  • une "famille thérapeutique" qui regroupe deux adultes des deux sexes, précision qui n’apporte pas d’informations susceptibles de la distinguer de la famille traditionnelle, et amène donc à s’interroger sur la nature du lien qui unit ces adultes ;
  • une "communauté thérapeutique" qui s’apparente à la famille thérapeutique mais qui, composée de plusieurs adultes, ouvre vers un accueil communautaire.

En fait, la différenciation entre les constellations familiales porte sur les fondements mêmes de la famille. Une famille traditionnelle est ici située du côté du naturel familial qui, dans notre culture, dépend d’une rencontre sexuée entre deux êtres ; alors qu’une famille thérapeutique est artificiellement constituée pour assurer un accueil de caractère familial sans autres précisions sur ses caractéristiques.

En ce qui concerne l’accueil familial de toxicomanes, le premier texte (arrêté du 20 décembre 1977 non publié au journal officiel, et qui fit référence jusqu’en 1993) mentionnait le placement familial ou communautaire, mettant famille et communauté d’accueil sur le même plan. L’arrêté de 1993 privilégie la notion de "réseaux de familles d’accueil". Autres temps, autres mœurs, le cadre se resserre autour de la dimension familiale. Désormais, les accueillants sont désignés en tant que famille ou famille d’accueil, sans que d’autres indications en définissent davantage les contours.

Tant l’imprécision des appellations que la difficulté à cerner l’activité des familles d’accueil conduisent à leur confier des tâches pour lesquelles elles ne sont pas préparées ou pas compétentes. Ainsi, au gré des dispositifs et des accueillis qui leur sont proposés, elles restent de bonnes nourrices pour des tout-petits ou deviennent des éducatrices à domicile, parfois de dernier recours pour des adolescents difficiles, des logeuses, des co-thérapeutes, des aide-soignantes, ou des aide-ménagères pour des personnes âgées dégradées.

Certes, elles sont tout cela, et bien autre chose au point que leur activité ne se réduit pas à une seule de ces dimensions sociale, éducative ou soignante, ce qui devrait être pris en compte à la fois dans la formation et le soutien à leur apporter.

Famille d’accueil et accueil familial

C’est sur les familles d’accueil que reposent la pertinence et les limites de l’accueil familial, à savoir sur leur capacité à mettre à la disposition d’autrui autant leur toit que leur moi familial. Capacité faite d’attention, de soins quotidiens, de disponibilité, de permanence, d’écoute, c’est-à-dire de "préoccupation familiale primaire" matérialisant un espace tant physique que psychique.

Les expressions "vivre avec" ou "être avec" peuvent être utilisées pour décrire le quotidien en accueil familial. Ne peut-on penser que certains modes de "vivre avec" sont dictés par le cadre familial, ou que "l’être avec" est surdéterminé dans ce cadre par les représentations des besoins des accueillis ? Vivre ou être avec un enfant s’appuient sur des attitudes et des comportements facilement partageables par chacun des membres du groupe familial, alors que les modes relationnels d’être avec un adulte sont à inventer en puisant dans les modèles sociaux ou familiaux disponibles.

Les partenaires de l’accueil sont convoqués à jouer ensemble des épisodes de vie aux rebondissements plus ou moins connus, sur une scène familiale où les accueillis rejouent les souffrances de leur histoire et où les familles d’accueil acceptent d’exposer leur capacité à maintenir un espace ouvert sur leur propre intimité physique et psychique

Aucune rationalisation ne peut réellement rendre compte de ces mouvements psychiques. Constatons donc simplement que ces scènes se déploient dans un cadre familial qui fonctionne avec ses propres registres inconscients et structurants, à la croisée des représentations, des motivations et de la demande sociale ou institutionnelle.

Profondément, ce qui est mobilisé et ce qui est offert, c’est de la famille et des affects qui répondent à des besoins, et qui engendrent de l’altérité, c’est-à-dire de l’humain, du sujet. En fait, les familles d’accueil donnent de la "famille", ce qui requiert de questionner la place de l’environnement familial dans la construction ou la réparation du sujet. De plus, donner de la famille suppose des limites à ce don. Quelles sont les "parts" de famille qui peuvent ainsi être partagées sans heurter la sensibilité d’autres marques familiales originelles ?

FONCTIONS DES FAMILLES D’ACCUEIL

Selon les cultures et les époques, les fonctions dévolues à la famille sont aussi hétéroclites et variables que les définitions de la famille même. En tant que groupe humain structuré, lui est assigné un certain rôle social auquel participent solidairement ou individuellement toutes les personnes qui le composent. Ainsi, il est possible de distinguer les fonctions complémentaires de mère, de père, mais aussi de femme ou d’homme, d’épouse et d’époux, de parents ou encore d’enfants.

La famille et ses fonctions traditionnelles permettent de mettre en évidence quelques-uns des vecteurs nécessaires pour faire grandir un enfant ou pour aider un adulte. Certaines de ses fonctions sont également attendues des familles d’accueil.

En quoi ces fonctions suppléent-elles ou complètent-elles les fonctions de parents défaillants, et en quoi se démarquent-elles de fonctions parentales inadaptées ? Comment, interpellées sur le plan de l’assistance maternelle, se répartissent-elles entre les membres de la famille d’accueil ? Peut-on parler de "mère d’accueil", de compagnon de l’accueillant(e) ou de "père d’accueil" ? En quoi ces fonctions sont-elles dépendantes de la dynamique familiale et comment sont-elles valorisées ou mises à l’écart par la structure psychique et administrative dans laquelle s’organise l’accueil familial ?

Les fonctions attendues des accueillants d’adultes se déploient sur des registres voisins, certes en principe moins connotés de maternage. On retrouve donc des préoccupations similaires, à la condition que l’accueil se démarque des pratiques hôtelières que l’on trouve parfois.

Les fonctions maternantes, éducatives, sociales, soignantes, aux multiples combinaisons selon les familles d’accueil, ressemblent au premier abord à celles qu’exerce tout parent qui élève son enfant ou s’occupe de ses aînés dépendants. Cependant, les comparer fait apparaître leurs démarches fondamentalement différentes. De même que de profondes divergences existent entre les fonctions des familles d’accueil et celles des éducateurs travaillant dans un établissement pour enfants ou pour adultes handicapés.

En effet, au-delà de ces aspects fonctionnels facilement appréhendables, la famille d’accueil n’offre-t-elle pas autre chose qui dépend de ses compétences et de sa structure ? A savoir des apports affectifs, éducatifs, psychiques qui se construisent dans la permanence d’une relation non-médiatisée par un savoir-faire professionnel ou par un cadre et un fonctionnement institutionnels.

La famille, groupe humain organisé sous le primat de l’Oedipe, devient un régulateur des échanges, de la sexualité, et distribue des places contribuant à identifier un sujet dans son rapport aux autres. Elle est un cadre symboligène, contenant et désirant autrement important, un opérateur symbolique qui participe à la construction d’un monde relationnel, d’un langage, de signifiants familiaux pour que chaque échange prenne sens et valeur sur une scène contextualisante.

C’est l’ensemble de ces caractères, cette proximité et cette différence, qui démarquent la scène familiale de l’accueil familial d’une scène parentale, voire de pratiques éducatives, et qui apportent à des êtres en souffrance un espace où peuvent se jouer ou se rejouer quelques pans d’histoire inachevée du rapport à l’autre, à condition que chacun ne soit pas emporté par des répétitions ou des mouvements où se perdent identité, sens et valeurs familiales. A ce titre, le soutien que doivent apporter les équipes est essentiel pour resituer chacun des acteurs dans un espace social de soin ou d’aide, et rappeler les règles et les limites du travail d’accueil.

Des fonctions parentales à celles de la famille d’accueil

Les fonctions "parentalisantes" sont naturellement attendues de toute personne qui contribue à élever un enfant. Dans notre culture, traditionnellement, cette fonction nécessaire est attribuée aux parents, c’est-à-dire aux adultes qui ont mis au monde un enfant, l’ont reconnu, et surtout sont occupés par ses soins au quotidien. Dans certaines cultures, la fonction parentale est assurée par d’autres groupes humains, d’autres adultes ou d’autres familles. Il en est peut-être ainsi dans la culture de l’accueil familial. Elle crée du lien et parfois de la dépendance affective, psychique, mais ne crée pas de lien juridique.

En fait, autant les similitudes sont considérables, autant les différences sont capitales. Un imposant travail d’analyse et de comparaison des fonctions parentales et des fonctions des familles d’accueil a été réalisé par un groupe d’étude présidé par Myriam David, qui, dès 1977, avait pour objet de réfléchir à la formation des assistantes maternelle (CTNERHI 1979).

Comme des parents, la famille d’accueil donne des soins, éduque, veille à la sécurité, s’occupe de l’enfant, avec attention et affection. Elle est amenée à éprouver un sentiment de responsabilité à l’égard de l’enfant dont les réussites et les échecs l’atteignent personnellement. Son engagement dans une relation affective profonde entraîne un désir d’appartenance marqué de possessivité. Le quotidien partagé et la préoccupation familiale poussent la famille d’accueil à rivaliser avec les parents, tant son implication peut être forte et similaire à la leur.

A un autre niveau, le cadre de travail, l’histoire des parents et celle des familles d’accueil creusent de profondes différences entre fonctions parentales et fonctions des familles d’accueil. La spécificité de la relation parentale n’est pas reproductible, marquée par la singularité de leurs motivations à être parents construites par leur désir, leur histoire, leur rencontre et les vicissitudes de leur amour, événements irréductibles et incontournables. Enfin, la loi les reconnaît comme parents.

Alors que la famille d’accueil est mue par des désirs et des motivations autrement altruistes puisqu’elle soigne et aime l’enfant d’une autre mère. Même si elle est préoccupée par l’avenir de l’enfant, celui-ci lui échappe autant que son passé. Ses droits sur l’enfant sont réduits par la réalité de l’autorité parentale non partageable, et par le fait que l’enfant est avant tout confié à un service avec lequel elle travaille. Enfin, la rémunération traduit les limites de sa responsabilité et la situe à un niveau d’engagement différent. Limites qui n’évitent pas la résurgence de positions affectives parentales due aux liens d’attachement mutuels tissés par les soins au quotidien.

Pour l’assistante maternelle et pour sa famille, ces fonctions ne sont pas exemptes de difficultés et de contradictions. Engagée dans une relation forte avec un enfant, elle doit dans le même temps respecter les parents, c’est-à-dire que le désir d’intégrer l’enfant à sa propre famille doit composer avec la nécessité de respecter un lien avec son passé, son histoire sans l’y enfermer et sans l’en exclure. Au quotidien, elle doit tolérer la pathologie et les mouvements régressifs de l’enfant sans se laisser enfermer dans une relation pathogène, mouvements et relations qui retentissent sur l’équilibre de la famille et peuvent être à l’origine de difficultés avec ses propres enfants.

Bien que dégagés d’une partie de ces préoccupations, en particulier de celles relative à l’autorité parentale et à la nécessité de contribuer à construire des liens avec les parents, certains accueils pour adultes sont traversés par des mouvements affectifs ou psychiques similaires.

Les aspects profonds du travail des familles d’accueil exigent donc sécurité intérieure et maturité pour tolérer les frustrations, les agressions et les conflits. Compétences faites de savoirs, de savoir-faire, "d’être soi", qui doivent pouvoir compter sur l’aide et l’accompagnement de professionnels capables de participer un tant soit peu à ce niveau d’implication pour en décoder les enjeux et les registres. A ce titre, les fonctions des familles d’accueil sont dépendantes des fonctions assurées par une équipe et par un cadre de travail.

Des fonctions supplétives

Il est aujourd’hui acquis que l’accueil familial et les familles d’accueil assurent une fonction de suppléance qui relaie les fonctions substitutives prévalantes jusqu’à ces dernières années.

Cette notion de suppléance familiale peut être définie comme : "l’action auprès d’un mineur visant à assurer les tâches d’éducation et d’élevage habituellement effectuées par les familles, mises en œuvre partiellement ou totalement hors du milieu familial dans une organisation résidentielle, une famille d’accueil ou un dispositif alternatif" (Corbillon, 1996).
Elle permet de rappeler les fonctions essentielles assurées par des familles d’accueil ou les structures collectives.

Comme des parents ou les personnels d’un internat, une famille d’accueil assure des tâches domestiques (préparation du repas, entretien du linge...), techniques (décorer la chambre, réparer un jouet...), d’élevage (nourrir, habiller, laver...), de garde (surveiller, être avec l’enfant....), éducatives ou socialisantes (apprentissage, acquisition de comportements sociaux, transmission des valeurs...), dans lesquelles l’assistante maternelle et son conjoint peuvent être ensemble ou séparément interpellés.

Les tâches relatives au suivi ou à la coordination avec l’école, avec le médecin ou celles relatives à la référence sociale (responsabilité civile et pénale...) se répartissent différemment selon que les enfants sont en internat ou en famille d’accueil. Pour les assurer, les éducateurs de l’internat continuent à suppléer les parents, alors que les familles d’accueil sont relayées par les intervenants avec lesquels elles travaillent.

Ces analyses laissent entrevoir l’entourage éducatif et les intervenants qui contribuent, avec les familles d’accueil, à assurer les différentes fonctions dévolues en principe aux parents. Elles permettent en outre d’apporter aux familles d’accueil une aide, voire une formation adaptée, pour répondre aux impératifs de leurs fonctions et contribuer à les intégrer au monde éducatif.

Cependant, on constate combien, dans cette répartition des tâches, fait défaut la spécificité des familles d’accueil dont la présence et la pertinence ne peuvent être réduites à un travail éducatif. Une telle "mise à plat" objectivante ne prend pas en compte le cadre familial de l’accueil et sa structure œdipienne qui distribuent bien autrement les places, les rôles et les fonctions de chacun. Il s’agit, pour chaque accueil, d’une structure intime dans laquelle chacun, chargé de son histoire, poussé par ses motivations, ses désirs et ses manques, participe à des échanges uniques où le bain affectif et psychique contribue à la manifestation du sujet chez qui chacun est amené à rechercher des signes de sa propre identité. A ce niveau d’interpellation de l’identité, une famille d’accueil est davantage porteuse d’interrogations qu’un établissement dans lequel se côtoient deux populations, les usagers et les professionnels, dont les relations et les modes "d’être avec" sont surdéterminés par le cadre, l’institution et ses objectifs.

Des fonctions psychiques

Les familles d’accueil offrent ainsi des fonctions qui se déploient selon la qualité de leur présence et l’intensité de leur attention. Mais cette nécessité "d’être avec" ne peut exister sans qu’elles intègrent l’accueilli dans leur fonctionnement psychique, c’est-à-dire sans qu’elles pensent à lui, à ses besoins, à ses comportements.
Nécessité d’être ou d’état des familles d’accueil dont peut rendre compte l’expression "préoccupation familiale primaire" calquée sur la "préoccupation maternelle primaire", formulation qui n’est guère plus satisfaisante que celle de Winnicott, mais traduit bien que la famille d’accueil, tournée vers l’accueilli, a ses pensées occupées (et parfois envahies).

Cet état psychique particulier, sans être identique à ce que vit une mère dans les quelques semaines qui suivent la naissance de son bébé, existe à un niveau intuitif, non élaboré, et permet aux familles d’accueil d’assurer leur travail en toute quiétude et assurance. En effet, comment accueillir dans son intimité sans laisser sa pensée sereinement occupée par la présence de l’accueilli ? Certes, il est bien des moments où la nécessité de penser et la sérénité sont bousculées, mises en défaut, voire annihilées, mais cette préoccupation est fondamentale, réelle, et facilite le "vivre avec".

Plusieurs conséquences découlent de l’état psychique ainsi appréhendé des familles d’accueil. En fait est assuré un cadre d’accueil et de pensée, sorte de « matrice psychique transitionnelle », d’appareil psychique autre, qui soutient la pensée de l’accueillant mais, de plus, sert de réservoir de pensée pour l’accueilli. Ces processus peuvent être rapprochés de l’appareil à penser décrit par Bion à propos des mères qui élaborent les pensées de leur bébé et peuvent les lui traduire en symboles "digestes".

La famille d’accueil, comme la mère pour son enfant, devient un "porte-parole" (Joyce Mc Dougall 1996) ou un "porte-pensée" pour son accueilli.

Les divers caractères de ce travail psychique permettent de décliner des fonctions opérantes si les familles d’accueil sont soutenues dans leurs attitudes spontanées et nécessaires. La fonction contenante fait référence à la nécessité de contenir la présence, les manifestations et les troubles de l’accueilli dans ses pensées autant que dans la réalité du quotidien partagé.

De plus, par la continuité de présence qu’une famille d’accueil assure, la pensée non seulement contient l’accueilli, mais sa constance contribue à lui donner un sentiment de continuité de son existence. Continuité d’existence qui participe à la construction, pour lui et avec lui, d’un monde organisé et rassurant à partir de celui, chaotique et fragmenté, dans lequel il se débat.

En ce sens il est possible d’évoquer une fonction homogénéisante. La construction homogène et permanente du monde, sans cesse pensée et proposée à l’accueilli, favorise des processus de liaison entre objets internes et objets externes. Travail de liaison entre une théorie personnelle clivée et vacillante du monde et une théorie sans cesse reproposée d’un monde familial, rassurant et contenant.

Ces processus se vivent dans un contexte familial qui leur attribue un relief particulier. La vie familiale, les pensées, le contenant familial donnent sens et direction aux vécus partagés avec l’accueilli. Une famille d’accueil propose un cadre symboligène contenant et désirant, organisateur des rapports à l’autre, permettant un décodage des vécus et de l’environnement de son accueilli. Cette fonction contextualisante répond à l’interrogation de Boris Cyrunik : "qui contextualise le plus, la famille ou l’institution ?"

Étroitement imbriquées, s’alimentant mutuellement, les fonctions psychiques des familles d’accueil font de l’accueil familial une "institution mentale qui a un rôle instituant" (Hochman 1994), sous réserve de leur fournir les moyens de les élaborer avec d’autres, voire pour d’autres. Ici, par le travail d’accompagnement des familles d’accueil, les intervenants prennent toute leur place dans leur capacité d’être à l’écoute, de contenir, de penser avec les familles d’accueil, et d’élaborer avec elles les différents mouvements qui permettent d’assurer une vision complète et cohérente du monde de l’accueil familial dans lequel sont plongés les accueillis et leur parenté.

FAMILLE D’ACCUEIL, PÈRE D’ACCUEIL ET FONCTION PATERNELLE

Les fonctions des familles d’accueil, lorsqu’elles sont sollicitées pour suppléer des fonctions parentales par exemple, doivent s’appuyer sur deux types d’attentions aussi nécessaires l’une que l’autre, à savoir une attention maternante et une présence paternelle. Ces deux attitudes sont-elles réellement présentes chez les familles d’accueil et sont-elles recherchées dans les dispositifs d’accueil familial ?

Chacun, dans la dynamique familiale, peut être amené à occuper une place qui différencie son action. Une des fonctions souvent évoquée comme essentielle et différenciée porte sur la place du "père d’accueil". Mais, en quoi cette expression rend-elle compte de la nécessité d’assurer une fonction différenciée du seul maternage survalorisé ?

En effet, étrangement un père d’accueil serait convoqué là où la terminologie "mère d’accueil" n’est que peu utilisée. Seule la profession d’assistant(e) maternel(le) occupe la scène familiale.

Que signifie donc cette incantation à un père d’accueil, dans un temps où l’on manque de repères, et où l’absence d’un père réel mais aussi symbolique, ambassadeur de la loi dans les organisations familiales ou sociales, est justement déplorée ; dans un temps où des femmes s’affranchissent d’un géniteur pour procréer, relevant parfois combien paraîtrait illusoire la fonction de l’homme aujourd’hui et du père demain pour ses enfants ?

Ainsi, avant d’envisager une fonction paternelle, n’est-il pas nécessaire de vérifier la réalité d’un père d’accueil dans ces affaires de maternage familial ?

L’accueil repose sur l’exercice d’une activité reconnue à un membre d’une famille... d’accueil. Ce qui est immédiatement attendu de cette activité est du ressort d’une attention maternante, éventuellement apportée par des figures parentales différenciées, et par une structure familiale qui agit comme opérateur symbolique.
Celui-ci constitue pour Daniel Schurmans "un instrument capable de modifier le sens des signifiants". Il en illustre le fonctionnement : "la fusion mère-enfant est brisée lorsque le père se constitue en tiers, ceci dans la mesure où la mère le rend tel en le désignant comme l’objet de son désir. L’enfant y gagne une solide frustration, mais aussi l’accès à l’ordre symbolique, au langage, à la non-psychose, à l’identification de soi... Est à l’œuvre une opération symbolique puisque l’ordre signifiant en est modifié. Dans ce cas-ci, il est en réalité instauré, pour l’enfant tout au moins. Cette opération est l’œuvre de la structure familiale en tant que telle. Ce n’est ni le père, ni la mère, ni l’enfant qui en sont l’auteur mais la position réciproque qu’ils occupent les uns par rapport aux autres".

Un père ou le mari de l’accueillante ?

En quoi cette position réciproque est-elle influencée par la structure, le vécu familial de l’accueil ou la dynamique familiale ? Aujourd’hui, seule est reconnue une assistante maternelle qui exerce une profession, est responsable de l’accueil, et participe à un travail éducatif ou soignant avec une équipe d’accueil familial. Modifier ce cadre à partir de la reconnaissance professionnelle du "père d’accueil" ou de la "famille d’accueil" ne permettrait pas pour autant d’ériger la fonction du père dans l’accueil.

En effet, en analysant ce qu’il en est du vécu des familles d’accueil et de la fonction du père, il semble prudent de s’interroger sur l’organisation des dispositifs et sur les fonctions que chacun doit exercer.

Si père il y a en accueil familial, c’est en tant que mari d’une femme. Ceci n’entame en rien les fonctions paternelles qu’il exerce dans sa famille, mais qu’il peut assurer selon d’autres registres quant aux accueillis.
Il peut prendre une réelle place dans l’élevage d’un enfant, assurant alors les fonctions symboliques d’autorité et d’étayage de la mère qui le constituent en père, et en père d’accueil. Cependant, de cette dernière place, il peut se démettre en prétextant que l’activité d’accueil n’est pas la sienne, démission d’autant plus aisée que son épouse d’assistante maternelle ne lui aura laissé aucun rôle.

Dans un autre cas de figure, il peut vivre l’accueil au même rythme que sa compagne, et être impliqué de la même manière sans assurer une fonction différenciée. C’est ici l’ensemble de la famille qui assure la fonction d’accueil, sans que, fondamentalement, des rôles soient distingués tant chacun est mobilisé pour être aux petits soins et répondre aux besoins d’un accueilli. Un "pair" d’accueil donc !

Mais il peut aussi être remis en question en tant qu’homme et en tant que père. En effet, il n’est pas le géniteur des enfants accueillis, et sa femme s’occupe d’enfants d’autres pères, y trouvant matière à épanouir ses penchants maternants, attitude de laquelle il est exclu et pour laquelle il peut éprouver quelque ressentiment ou jalousie.

Dans une économie familiale fondée sur l’image traditionnelle de la famille où l’homme est l’unique pourvoyeur des ressources financières, il perd ses prérogatives et ses repères symboliques de père organisateur de la vie familiale. Perte insupportable quand ses revenus sont moindres que ceux de son épouse.

Enfin, il devient parfois le "perturbateur" par lequel peuvent advenir les préoccupations relatives aux abus et sévices sexuels, manifestations qui ne le situent pas en père œdipien, que ce soit de son fait, de celui de la structure familiale ou bien de celui des accueillis qui rejouent avec cet homme des scènes de leur vie familiale désordonnée.

La notion de père d’accueil est souvent une terminologie abusive. Il y a des pères, des hommes, des amants, des maris, des concubins, qui exercent des fonctions paternelles mais qui, du fait du dispositif et des organisations familiales, peuvent être plus ou moins évanescents ou ne pas supporter la recomposition familiale provoquée par l’accueil.

Pourtant, il est incontestable qu’il y a là une fonction symbolique à faire émerger ou à prendre en compte au niveau des interventions, tant la dynamique de l’accueil familial dépend aussi d’une structure extérieure instituant des places et des fonctions.

bibliographie

Bion W.R. "Réflexion faite"

Cartry J. "Les parents symboliques", Fleurus 1985

Corbillon M. "Activités éducatives parentales et suppléance familiale", in Les moissons de l’accueil familial, journées d’étude de l’IRTS de Reims, 5-6 décembre 1996

Cyrulnik B. "Les nourritures affectives",

Hochman "La consolation", édition Odile Jacob, 1994

Mac Dougall J. "Éros aux mille visages", Gallimard, 1996

Schurmans D. "Familles, idéologies", in L’accueil familial en revue, n° 3, juin 1997, édition IPI

Servain J.M. "Quelle fonction pour le père en placement familial ?", in Le Lien social N° 469, janvier 1999

Winnicott D.W. "Le passage de la dépendance à l’indépendance dans le développement de l’individu", in Processus de maturation chez l’enfant, Payot

"La formation des assistantes maternelles", Document du CNTERHI, série "études", juin 1979

"Le père, métaphore paternelle et fonction du père", Denoël, 1989

"Le placement familial : un outil thérapeutique ?", actes du colloque de Nimes, Audit édition 1990

"Places du père - violence et paternité", Presses Universitaires de Lyon, 1992

Post Scriptum

Avertissement : ce qui précède n’est qu’un des nombreux chapitres du Guide de l’accueil familial, publié en 2000 aux Éditions Dunod, Les textes réglementaires ayant évolué, certaines références aux contrats, rémunérations, lois... ne peuvent servir que de traces ou de repères « historiques ».

Dernière mise à jour : samedi 18 août 2012

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