Comme les familles qui sont qualifiées de naturelles, biologiques, d’origine ou d’accueil, le terme de parents se voit parfois adjoint un adjectif qui permet de situer des parents naturels, biologiques, d’origine, d’accueil ou d’adoption. Ce choix n’est pas retenu dans ce guide. Des parents sont des parents si ce terme sert à désigner un père et une mère, voire des membres de la parenté, et surtout si ce terme se réfère à la parenté légale, celle qui reconnaît une autorité parentale à des parents qui ont reconnu ou adopté un enfant.

Enfin, on peut être père ou mère, être détenteur de l’autorité parentale sans pour autant être "pleinement" parent, c’est-à-dire sans pouvoir assurer, par exemple, les trois niveaux de la parentalité, repérés lors des derniers travaux de Didier Houzel, que sont son exercice, son expérience et sa pratique, tant le tissage des liens entre parents et enfants est le fruit d’une histoire relationnelle complexe.

C’est dans ces failles de "l’être parent" que des familles d’accueil et des dispositifs d’accueil familial Accueil familial Mode d’accueil alternatif au maintien à domicile et au placement en établissement spécialisé : les personnes handicapées ou âgées sont prises en charge au domicile de particuliers agréés et contrôlés par les conseils départementaux (ou par des établissements de santé mentale). d’enfants interviennent au titre de la suppléance.
Mais si les mécanismes de la parentalité s’exercent à l’égard d’un enfant, des adultes accueillis peuvent également souffrir de dérèglements induits par une parentalité défaillante.

Défaillances parentales et dysparentalité

Dès avant sa naissance, l’enfant devient l’objet de projection des représentations conscientes et inconscientes. Son environnement est d’abord celui de parents dotés d’un fonctionnement psychique, c’est-à-dire doués de désirs contradictoires qui s’expriment notamment pendant la grossesse. L’enfant est fantasmé comme un enfant merveilleux, conçu, porté, attendu comme un enfant réparateur des désirs non accomplis de ses parents, et parfois comme réparateur de l’enfant malheureux qu’ils ont été.

C’est au cours du passage entre être géniteur et devenir parent que se joue l’enjeu de la parentalité et de sa fonction dans le processus d’humanisation de l’enfant. La naissance est une période de fragilité psychologique en raison des remaniements identificatoires et généalogiques qu’elle impose aux parents. On comprend ainsi que la naissance d’un enfant puisse parfois réactiver des tensions, des manques et réveiller des conflits demeurés latents. L’enfant réel va t-il recouvrir ou au contraire rouvrir des blessures ?

Au-delà de ces mécanismes, la dysparentalité désigne les troubles de la fonction parentale qui se manifestent par des comportements inadéquats ou violents des parents. Elle peut prendre des formes variées et contradictoires : non investissement de l’enfant, désintérêt, peur de lui faire mal, hostilité manifeste accompagnée de mauvais traitements ou de sentiments de persécution. La dysparentalité n’est l’apanage d’aucune catégorie sociale même si ses manifestations peuvent prendre des formes différentes selon les milieux culturels.

L’apparition des phénomènes de dysparentalité semble liée à des moments sensibles du développement de l’enfant qui entraînent des réaménagements au sein de la relation parents-enfants. Les facteurs déclenchants dépendent de l’histoire personnelle des parents et des moments traumatiques qui auront signé une faille ou une défaillance symbolique dans leur relation à leurs propres parents, d’où la difficulté de prévoir et de prévenir. S’il n’existe pas de pathologie type de la maltraitance ou de profil psychologique du parent maltraitant, on retrouve à travers les troubles présentés une constante caractérisée par des dysfonctionnements des processus d’attachement vécus par les parents dans leur enfance.

Pourquoi des parents maltraitent-ils ? Où s’origine leur maltraitance ? Comment analyser la souffrance transgénérationnelle ? Quels sont les processus psychiques à l’œuvre ? Leur importance rend indispensable le recours aux théories psychanalytiques tant il est vrai que l’on continue à parler abusivement de cas sociaux pour caractériser des difficultés familiales graves, des relations parents-enfants très perturbées.

Les troubles de la personnalité et les comportements déviants de tous ordres renvoient directement ou indirectement à la pathologie de l’attachement et du lien. Les passages à l’acte témoignent de la souffrance et du mal-être d’un sujet non dégagé des impasses de sa dynamique familiale. Ces impasses rendent impossibles pour l’enfant l’accès à une véritable séparation psychique, témoignant de l’échec du déroulement normal du processus d’autonomisation-individuation. Par la suite, la carence de leur structure parentale ne permettra pas aux parents d’assurer les tâches d’éducation et de soin qui leur reviennent.
Dans les cas de dysparentalité grave, tout se passe comme si la part d’infantile dans l’adulte n’était pas un reste d’enfance, mais l’enfant lui-même demeuré en souffrance.

Défaillance parentale et séparation

Lorsque des adultes sont confrontés à l’impossibilité d’être des parents et se trouvent placés devant l’échec de leurs idéaux familiaux, ils se voient atteints dans le désir de compenser ce qu’eux-mêmes n’ont pas connu : réussir à fonder une famille normale, une famille heureuse, là où leurs propres parents ont échoué. La décision imposée d’une séparation vient alors signer l’anéantissement d’un pareil espoir, et à nouveau provoquer une blessure narcissique, une humiliation.

Les difficultés familiales sont souvent jugées d’un point de vue moral, et la vulnérabilité des parents condamnée en termes de bien et de mal. Ce regard a pour effet de culpabiliser les parents, et d’évacuer la dimension psychique des phénomènes de carence, d’abandonnisme ou de maltraitance. Le souci de protéger et d’aider l’enfant peut alors servir d’alibi à l’absence de prise en compte globale de la dynamique familiale, et à l’intervention dans l’anxiété, l’urgence et le passage à l’acte.
Comment, pour les intervenants confrontés à ces problématiques, articuler leur place et leur fonction avec l’impact psychique que revêt pour eux la question de la famille ?

Si les parents sont responsables des troubles, des déviances, des inadaptations de l’enfant, ce sont surtout les parents internes du monde intérieur de l’enfant qui, sous forme de traces, de béances, d’absences, agissent dans l’enfant, surtout lorsque celui-ci en a été séparé ou ne les a pas connus. Ces parents imaginaires sont en souffrance dans le psychisme de l’enfant, figés dans des représentations non dialectisées par la confrontation avec les parents de la réalité. C’est de cette souffrance non repérée, non nommée, dont la charge émotionnelle n’aura pu être élaborée, que l’enfant pâtira, même devenu adulte, mettant en péril son propre accès à la parentalité.

Les familles maltraitantes ne peuvent dire leur souffrance autrement que sur le mode d’un agir inadapté vis-à-vis de leurs enfants. Evoquer le travail thérapeutique dont les parents ont besoin conduit à la nécessité de penser à un partenariat entre différents types d’interventions, soignantes et sociales, pour la reconnaissance et la prise en compte de la vie psychique des parents maltraitants. Quel sens peut avoir la prise en charge d’un enfant si celle-ci néglige d’interroger la place et le rôle qu’ont eu effectivement les parents dans la réalité de l’histoire familiale, et de situer les conséquences symboliques dans la construction d’une personnalité, dans ses limites, dans ses défaillances ?

La perspective comportementaliste de l’accueil familial qui consiste à manipuler l’environnement, en pensant que les effets seront automatiquement bénéfiques pour l’enfant et ses parents, a fait long feu. L’accueil familial présente de l’intérêt lorsqu’il peut servir, dans un déplacement de la scène familiale, à relancer le travail de séparation-individuation qui n’a pas pu être mené à bien par les parents et permettre l’autonomie psychique de chacun. Le processus d’humanisation n’est pas le monopole des géniteurs ; d’autres adultes peuvent aider les enfants à grandir.

Accueil familial et parentalité

Si l’accueil familial est une pratique sociale qui met en jeu et en œuvre la notion de famille, a-t-il pour objet de réinjecter de la parentalité en s’appuyant sur les figures parentales que proposent les accueillants ? L’accueil familial serait-il une modalité de traitement de la relation parents-enfants ?

L’accueil familial, en tant qu’il mobilise affectivement ses différents protagonistes, est générateur de rivalité, d’antagonismes, de conflits.

Les parents vivent dans la hantise que la famille d’accueil ne s’approprie l’enfant, la crainte de ne plus pouvoir le récupérer et qu’il ne les reconnaisse plus comme parents. Ils éprouvent la culpabilité de voir une autre famille apporter à leur enfant amour, soin et éducation.

La séparation et le placement signent leur incapacité, leur impuissance : la famille d’accueil est supposée réussir là où ils ont échoué. Idéalisée comme un modèle, elle induit chez les parents un vécu persécutif. Ils peuvent aussi être aux prises avec un sentiment de rivalité vis-à-vis de leur enfant qu’ils imaginent bien accueilli, choyé, ce qui leur a souvent manqué dans leur propre enfance.

De son côté, la famille d’accueil se vit en rivalité à l’égard des parents, avec la crainte que ceux-ci ne défassent ce qu’elle accomplit auprès de l’enfant par un travail de sape ou de dénigrement, ou qu’ils ne le reprennent du jour au lendemain. Elle est envahie par des sentiments ambivalents, alternant entre le rejet à l’égard des parents vécus comme mauvais, destructeurs, responsables de souffrances intolérables pour l’enfant, supportant mal que soient maintenues leurs relations avec lui, et la reconnaissance de leur statut de parents disposant de droits inaliénables.

Entre la parentalité de parents défaillants et la parentalité partielle des familles d’accueil, il est nécessaire de promouvoir un accompagnement spécialisé pour l’enfant, mais également pour chacun des partenaires de l’accueil, afin de prendre en considération l’ensemble de ces mouvements affectifs.

Dans les familles à problèmes multiples, le groupe familial est perturbé par des carences, des séparations, des dysfonctionnements et s’organise souvent dans la confusion des rôles, des générations, et dans la menace d’éclatement. Le travail des équipes d’accueil familial est de créer les conditions de reconstruction pour chacun, et de permettre de remplacer l’agir par la pensée.

L’expérience le démontre largement, il n’est pas possible de prendre en charge la souffrance ou la pathologie de l’enfant sans tenir compte de ses parents et de ses attachements. La proposition d’entretiens familiaux centrés sur les difficultés parentales, en parallèle à l’accueil familial, peut constituer un appui important lorsqu’elle est possible.

La réflexion thérapeutique et clinique a fait cheminer les équipes vers des actions de type collectif, notamment des réunions de parents axées sur une aide à la parentalité, qui se révèlent des moteurs intéressants pour l’évolution de la vie psychique des enfants. Les réunions de groupe, par la parole qui s’y échange, brisent l’isolement et la culpabilité des parents. Elles permettent le réinvestissement de l’enfant comme bon objet transitionnel et contribuent à une connaissance partagée professionnels-parents.

bibliographie

Berger M. "L’enfant et la souffrance de la séparation", Dunod, 1997

Clément R. "Parents en souffrance", Stock, 1993

Dolto F. "La difficulté de vivre", Interéditions, 1981

Houzel D. (sous la direction de) "Les enjeux de la parentalité", Erès, 1999

Spitz R.A. "De la naissance à la parole", PUF, 1974

Post Scriptum

Avertissement : ce qui précède n’est qu’un des nombreux chapitres du Guide de l’accueil familial, publié en 2000 aux Éditions Dunod, Les textes réglementaires ayant évolué, certaines références aux contrats, rémunérations, lois... ne peuvent servir que de traces ou de repères « historiques ».

Dernière mise à jour : mardi 28 août 2012

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