Aborder les familles d’accueil par la voie de la professionnalisation oblige à se démarquer de l’image traditionnelle d’une activité naturellement exercée à leur domicile par des femmes n’ayant aucune compétence particulière, et parfois soupçonnées d’intérêt pour les émoluments qu’elles perçoivent, ou du peu de sollicitude qu’elles manifesteraient envers les accueillis.

La professionnalisation des accueillants suppose une définition partagée d’un travail d’accueil l’éloignant d’attitudes personnelles influencées par des motivations douteuses. Métier qui sous-entend donc des aptitudes reconnues et l’acquisition d’une place aux côtés des intervenants.

Il semble loin le temps des nourriciers tant le travail demandé aux familles d’accueil qui participent à l’éducation et aux soins à donner à un accueilli, tout en respectant sa parenté ou son environnement social, exige de leur part des attitudes et des positionnements professionnels.

La professionnalisation des accueillants, bien que quelques-unes de ses composantes soient acquises, reste encore débattue. Peut-elle prendre en compte toutes les spécificités de ce métier ? Comment reconnaître les accueillants et leur attribuer un statut sans déformer ou uniformiser des pratiques qui tirent justement leur pertinence de leur singularité ? Comment passer d’un statut et de ses aléas au professionnalisme et à ses incidences ?

Une professionnalisation en marche

Le vocable l’indique bien, la professionnalisation est en cours. Elle emprunte des chemins distincts et s’effectue à des vitesses fort différentes selon que les accueillants se tournent vers l’accueil des enfants ou vers l’accueil des adultes.

Pour la grande majorité des familles d’accueil, à savoir les assistantes maternelles, l’aspect professionnel de l’activité d’accueil a été affirmé dès 1977 et renforcé avec les avancées statutaires de la loi de 1992. Pour autant, le terme "professionnel" n’est pas directement utilisé à leur égard, mais pour qualifier l’accompagnement dont elles doivent bénéficier ou le secret qu’elles doivent observer. Cependant, contrairement au professionnel, l’amateur n’est ni destinataire des mêmes rémunérations ou formations, ni astreint aux mêmes obligations et responsabilités.

En fait, même si l’évolution de ces dernières années est considérable, l’aboutissement du processus de professionnalisation est loin d’être atteint, les assistantes maternelles rencontrant dans ce parcours des étapes, et parfois des résistances, qu’ont connues dans leur temps d’autres professions du secteur social tels les éducateurs, les aides-familiales, ou même les infirmiers.

Quant à l’accueil des adultes, à l’exception des accueillants travaillant en accueil familial Accueil familial Mode d’accueil alternatif au maintien à domicile et au placement en établissement spécialisé : les personnes handicapées ou âgées sont prises en charge au domicile de particuliers agréés et contrôlés par les conseils départementaux (ou par des établissements de santé mentale). thérapeutique, l’aspect professionnel reste du domaine des représentations, voire des espérances, tant manquent un cadre et une définition partagée de cette activité d’accueil à domicile.

Plusieurs facteurs ont contribué à la professionnalisation des accueillants, dont le moindre n’est pas les actions menées par les assistantes maternelles elles-mêmes pour faire reconnaître leur métier à un moment où les besoins d’accueil d’enfants qui devaient être séparés de leurs parents devenaient une préoccupation majeure. La nécessité de définir, de réguler, et d’encadrer l’activité des accueillants a été amplifiée par la re-définition des pratiques sociales et des responsabilités dans lesquelles ils s’engageaient.

Afin de répondre aux avancées légales en matière de droits des parents, à l’évolution générale du travail social et notamment à celle de l’accueil familial, il est devenu indispensable de définir les compétences et les fonctions de chacun, intervenants et familles d’accueil.

Ces acquis, aujourd’hui opérants pour les assistantes maternelles même si des améliorations sont encore à envisager, sont revendiqués par les accueillants d’adultes qui posent leur pas dans la voie de la professionnalisation sur les traces laissées par leurs aînées s’occupant des plus jeunes...

Effets de la professionnalisation et contours de l’accueil familial

Inscrire les accueillants dans le registre de la professionnalisation rejaillit sur l’ensemble des dispositions relatives aux prises en charge en accueil familial, et n’est pas sans conséquence sur le travail des autres professionnels.

La professionnalisation se traduit par un ensemble de conditions relatives à l’accès au métier d’accueillant, à ses conditions d’exercice et à son statut ; éléments très précisément définis pour les accueillants d’enfants, plus flous pour les accueillants d’adultes.

Dans tous les cas, les conséquences de la reconnaissance professionnelle permettent de tracer les limites des responsabilités et du travail des accueillants, ainsi que celles de leur implication dans un dispositif social ou sanitaire, du fait notamment qu’ils sont assujettis, en tant qu’employés, à un rapport de subordination avec leur employeur.

Mais plus fondamentalement, la professionnalisation permet à minima de différencier les registres de l’intime, du privé, ou mieux suscite l’interpellation de ces registres, c’est-à-dire leur "mise au travail" pour les élaborer dans le cadre d’un projet et d’un accueil spécialisé qui demandent partage, compétence et adhésion de chacun. La formation dispensée aux accueillants, mais aussi aux intervenants, est à ce titre d’une grande valeur.

Il est incontestable que le statut et la reconnaissance professionnelle conférés aux accueillants ont contribué à la ré-organisation des dispositifs d’accueil familial jusqu’à les faire apparaître comme différenciés des autres modes de prise en charge. Quant aux autres professionnels, ils doivent composer avec ces nouveaux partenaires en se « professionnalisant » à leur tour à l’accueil familial.

Professionnels, les accueillants agissent en concertation avec d’autres professionnels et deviennent ainsi des "collègues de travail", engagés dans une mission commune, qu’il va falloir considérer différemment et avec lesquels il est nécessaire de partager des compétences, des savoirs et des décisions en acceptant de leur donner un espace professionnel.

Encore une fois, ces acquis sont réels au niveau des réglementations en ce qui concerne les assistantes maternelles, même si en pratique ces nouveaux professionnels n’ont pas encore tout à fait trouvé leur place et ne sont pas toujours interpellés en tant que tels par les autres acteurs des pratiques d’accueil familial.

De leur côté, les accueillants d’adultes exercent une activité libérale aux multiples facettes qui ne sera jamais suffisamment reconnue par les chartes souhaitées pour, un minimum, les convoquer à une rigueur professionnelle.

Quelques limites de la professionnalisation

La professionnalisation des accueillants voulue par le législateur n’efface pas toujours les représentations banales et naïves, parfois dépréciatives, de leur activité encore perçue comme celle de nourriciers aux fonctions et aux responsabilités indéterminées. C’est, qu’en effet, il s’agit d’un métier qui ne sera jamais comme les autres et qui, bien davantage que d’autres, peine à faire apparaître et reconnaître ses qualités, ses spécificités et son professionnalisme grandissant.

Sur un autre plan, aucune avancée en direction de la professionnalisation ne pourra prendre en compte certaines particularités du métier qui restera fondé, à moins de devenir un tout autre mode d’accueil, sur un outil de travail constitué de vie en commun, d’espace familial, de permanence parfois aménageable et d’intimité affective et relationnelle. De même, comment reconnaître l’implication des différents membres de la famille dans l’accueil et ses objectifs ?

Ainsi, les limites de la professionnalisation sont réelles, inscrites dans les pratiques d’accueil qui ne peuvent être autant formalisées que le sont celles des autres professionnels. Comment, par exemple, rédiger la fiche de poste d’un accueillant ?

De la même manière, la permanence de l’accueil rend impossible la comptabilisation du temps de travail et reste un obstacle à l’aménagement de temps de repos de fin de semaine.

D’autres limites, autant réglementaires que dépendantes des représentations ou des projets d’accueil, sont parfois difficiles à comprendre, telle celle relative aux fins d’activité qui supposent que le métier cesse lorsque l’accueilli a quitté la famille d’accueil et lorsqu’aucun autre accueil n’est proposé à la famille. L’accueil familial reste une activité spécifique qui se concrétise ici dans le fait que, quel que soit le statut attribué aux accueillants, la continuité de leur activité ne pourra jamais être garantie.

Dans un autre ordre d’idées, la professionnalisation des accueillants engendre la crainte qu’elle pourrait être à l’origine de déformations, ou plutôt de transformations de l’essence même de l’activité des accueillants et des effets attendus de leur action.

Certes, la crainte peut paraître fondée. Mais d’une part, elle méconnaît les processus et les registres dans lesquels se déploie l’accueil d’une famille ; d’autre part, elle oblige à s’interroger sur les limites de la professionnalisation qui ne doit pas concourir à faire des familles d’accueil des professionnels parmi d’autres. Leur mode d’action et leur implication doivent rester spécifiques, tout comme leur cadre de travail.

Les limites intrinsèques de la professionnalisation tiennent donc au cadre dans lequel s’exerce le métier d’accueillant. Il est bien évident que ne pourront être professionnalisées ou formées toutes les personnes de la famille assurant l’accueil, véhiculant les valeurs familiales, partageant la vie quotidienne et définissant ses règles.

Si ce n’est au risque de déformer des attentes, des motivations ou des "modes d’être familiaux", éléments essentiels à la pertinence et à la cohérence de l’accueil. Aller dans ce sens serait prendre le risque de professionnaliser un seul des aspects de l’accueil, de malmener l’identité familiale et personnelle, ou encore de renforcer des processus défensifs que des accueillants, en quête d’identification, recherchent pour soutenir leur ambition en assimilant leur attitude à celle d’éducateurs ou d’aides-soignantes à domicile. Dans ces circonstances, l’accueil se replie sur des savoir-faire importés d’autres pratiques qui ne correspondent ni au cadre, ni au style de l’accueil familial.

S’il est entendu que des précautions doivent être prises pour éviter que la professionnalisation n’engendre le contraire de l’objectif fondamentalement visé, à savoir l’amélioration de la qualité des prises en charge et la prise en considération de la complexité des vécus et des enjeux, cette voie permet d’identifier l’accueil familial et de faire travailler ensemble accueillants et intervenants, tous formés et professionnalisés pour assurer une mission de service public envers des usagers en grande difficulté. C’est donc une voie à promouvoir... pour promouvoir un accueil familial professionnel.

bibliographie

Cébula J.C. "Amateurs et professionnels", in Nervure, journal de psychiatrie, tome 2, mai 1989

Post Scriptum

Avertissement : ce qui précède n’est qu’un des nombreux chapitres du Guide de l’accueil familial, publié en 2000 aux Éditions Dunod, Les textes réglementaires ayant évolué, certaines références aux contrats, rémunérations, lois... ne peuvent servir que de traces ou de repères « historiques ».

Dernière mise à jour : mardi 28 août 2012

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