41 - Risques

Des risques professionnels partagés ? - Des risques entre fantasme et réalité
Des risques pour la famille - Des risques d’envahissement psychique - Prévenir les risques ?

Pour les familles d’accueil et pour les intervenants, l’accueil familial Accueil familial Mode d’accueil alternatif au maintien à domicile et au placement en établissement spécialisé : les personnes handicapées ou âgées sont prises en charge au domicile de particuliers agréés et contrôlés par les conseils départementaux (ou par des établissements de santé mentale). n’est pas sans risques. Selon ses fonctions, ses attributions et ses responsabilités, chacun peut être affecté par les dangers du métier. Certains risques sont partagés, mais leur retentissement diffère selon le degré d’implication, et, à ce titre, les familles d’accueil semblent plus exposées que les autres professionnels, au point que parfois les risques du métier ne sont évoqués qu’à leur propos.

Un autre regard amène à réfléchir aux risques spécifiques encourus par les accueillis. En effet, comme tout autre moyen d’aide ou de soin, l’accueil familial n’est pas non plus sans risques pour les enfants ou les adultes qui en bénéficient.

L’adage bien connu "primum non nocere" (avant tout ne pas nuire) doit toujours guider l’action de l’ensemble des professionnels, et s’appliquer à tous les protagonistes de l’accueil familial : les accueillis et leur famille, les accueillants, les intervenants. Cela suppose de penser l’accueil familial avec précautions afin d’éviter des projets inadéquats, voire dangereux ou déstructurants, et d’être en mesure de protéger chacun en permanence.

Des risques professionnels partagés ?

Tout professionnel de l’accueil familial, qu’il soit encadrant, accompagnant ou accueillant, est confronté à des risques communs aux personnels de l’action sanitaire et sociale : incidences du métier sur la vie personnelle et familiale, capacité de répondre aux besoins d’un enfant ou d’un adulte parfois battue en brèche, doute quant au bien-fondé de son action, dérapages et passages à l’acte, exposition à la violence ou à la pathologie...

Chacun peut ainsi se trouver exposé à des risques liés à son activité (risques de ne pas faire face, de ne pas réussir, de ne pas être compétent...) qui ont des retentissements personnels. Risques également d’être accusé de manquer de vigilance ou de faire preuve d’abus de pouvoir, ou même de mauvais traitements, voire d’être un abuseur sexuel... Autant de risques affectant le bien-être ou la santé, voire l’intégrité personnelle et professionnelle de chacun des partenaires impliqués dans un dispositif d’accueil familial.

Certes, les risques que les intervenants encourent sont à la mesure de leur engagement et de leur compétence. Dans un cadre institutionnel qui ne les laisse pas sans protection, c’est leurs capacités professionnelles qui sont remises en cause, et non leur être intime. Pour un professionnel, ces risques sont donc minorés par le cadre qui formalise des contraintes, des garde-fous, des rapports employeur-employé, des échanges avec les autres professionnels, et permet une élaboration et une distanciation susceptibles de les protéger.

Pour les accueillants, ces risques existent dans la sphère fragile, familière et particulière de la famille exposée sans qu’un cadre professionnel puisse servir de "pare-à-risques". Ils touchent la vie familiale, l’intimité, la proximité, et chacun des membres de la famille ainsi que les relations qu’ils entretiennent peuvent être affectés.

En tant qu’accueillant, être ainsi interpellé sur sa compétence, ou être suspecté, touche les capacités et l’intimité familiales, ceci sans contrôle, ni régulation institutionnelle.

Les protections mises en place sont souvent insuffisantes, que ce soit lors des procédures de sélection qui ont pour objet de vérifier la compétence et la capacité de résister des candidats, ou lors de l’accueil qui devrait mettre à la disposition des accueillants un accompagnement de qualité.

Davantage que de risques partagés, c’est peut-être de responsabilité partagée dont il s’agit, c’est-à-dire d’une conception de l’accueil familial permettant à des intervenants et à des accueillants, professionnels de l’aide et de la relation, de s’appuyer les uns sur les autres pour œuvrer ensemble à la prise en charge d’un enfant séparé ou d’un adulte en difficulté. Un accueil familial pensé, élaboré, évalué, interrogé, capable de mesurer les risques et de les traiter.

Des risques entre fantasme et réalité

Accueillir à son domicile et partager son intimité familiale confronte à des dangers réels. De plus, les thématiques fascinantes comme la violence, la délinquance, la sexualité, la maladie et la mort, excitent un imaginaire où le risque se vit entre fantasme et réalité.

Lorsque les partenaires de l’accueil familial vivent des situations qui ne trouvent pas de solution dans l’accompagnement, des attitudes de violence verbale ou physique entre accueillants et accueilli peuvent se manifester. Parfois, l’accueilli s’en prend au « moi familial », au toit censé le protéger et à ses objets, dans un mouvement de destruction qui signe l’impasse de l’élaboration psychique.

L’accueilli adolescent ou adulte peut aussi, dans un passage à l’acte, partir avec les "bijoux de famille", ou plus prosaïquement avec les chéquiers et la carte bleue.

De la même manière se pose la question de la sexualité en accueil familial. On assiste aujourd’hui, dans un contexte de médiatisation des abus sexuels, à une recrudescence des signalements en accueil familial. Si toutes les situations méritent d’être traitées avec sérieux, certaines relèvent d’une fantasmatisation au service d’enjeux relationnels entre famille d’accueil, accueilli et parents, qui n’ont pas pu être traités dans le cadre de l’accompagnement.

De plus, les problématiques des accueillis, du fait de traumatismes antérieurs, peuvent amener à des processus de répétition avec un membre de la famille d’accueil. L’espace intime et la continuité de la vie familiale soumettent à des conditions particulières ces situations de répétition de structures relationnelles marquées du sceau de la séduction et de la sexualité. Dans certaines circonstances, il arrive donc qu’un membre de la famille d’accueil, adulte ou enfant, se trouve en position de commettre des actes abusifs sur la personne de l’accueilli.

Ces événements se produisent également en accueil familial d’adultes où l’illusion d’une égalité symbolique entre adultes et l’idéologie mythique de l’amour peuvent légitimer des relations intimes qui ne relèvent plus de l’accueil familial.

Le risque concerne également les enfants des accueillants, lorsque l’enfant accueilli abusé sexuellement, dans une tentative de maîtrise des pensées obsédantes qui l’envahissent, peut à son tour abuser d’autres enfants dans la famille d’accueil.

Dans un registre différent, lorsqu’il s’agit d’adolescents ou de jeunes adultes accueillis, une idylle peut naître avec un des enfants de la famille. Pas toujours très heureuses, ni bien vécues par les accueillants, ces relations entre accueilli et enfant de la famille transforment l’ensemble des interactions, au point d’en menacer la structure symbolique : accueillir chez soi son « gendre » ou sa « bru » ne relève pas de l’accueil familial !

Toujours entre fantasme et réalité, l’accueil familial soulève aussi la question des risques liés aux maladies transmissibles. Il y a quelques années, l’ignorance des modes de transmission du SIDA et les fantasmes liés à la mort, au sexe et au plaisir ont posé des interrogations aux services d’accueil familial, aussi bien pour l’accueil d’enfants que pour l’accueil d’adultes.

Les accueils familiaux de toxicomanes sont confrontés à ces phénomènes de façon prégnante puisque la population qu’ils accueillent, après avoir payé un lourd tribu au VIH, est considérablement touchée par le VHC. Ce contexte sanitaire particulier n’a, cependant, pas fondamentalement remis en cause l’accueil familial des toxicomanes ces quinze dernières années.

Des risques pour la famille

L’accueil familial met en jeu toute la famille. Comment pourrait-il en être autrement ? Quel mystérieux écran protecteur ferait que seul le porteur "officiel" de l’accueil serait atteint par les mouvements affectifs et émotionnels en circulation ?

Mais il y a plus. L’attention et la disponibilité que l’accueillant exprime envers l’accueilli ne sont pas sans effets sur son conjoint et ses enfants. Jalousie et rivalité coupable affectent les autres membres de la famille, d’autant que chacun voit sa place modifiée par l’arrivée de l’accueilli.

Les conjoints sont partagés entre s’occuper de ce qui ne les concerne pas et participer à la vie familiale étendue à celui qu’on accueille. La place du conjoint est essentielle, et chacun, avec son histoire, ses motivations à l’égard de l’accueil, ses enjeux dans le couple, devra travailler à la définir de façon viable tant pour la dynamique familiale que pour l’accueil.

Les enfants sont aussi touchés par la modification qu’entraîne l’arrivée d’un accueilli, particulièrement lorsqu’il s’agit d’un enfant. Selon son âge, chacun va devoir remanier sa place dans la fratrie, puis il va falloir partager, son espace, ses jouets, ses parents. Si cette expérience s’avère extrêmement enrichissante par la transmission de valeurs comme l’ouverture aux autres et à la différence, à l’altruisme et à la solidarité, elle fait aussi traverser des moments difficiles de jalousie et de rivalité, qui, en cas de conflits, peuvent se transformer en sentiments de culpabilité.

Les accueillants ne mesurent pas toujours ces mouvements avec lesquels leurs enfants se débattent, et les équipes qui les accompagnent ne sont que rarement alertées par l’impact potentiel de l’accueil. Il est pourtant de la responsabilité des intervenants de se donner les moyens d’évaluer et de traiter ces risques inévitables. Une vigilance vis-à-vis des enfants est à exercer tout particulièrement dans les temps forts, au début, lors des crises éventuelles et à la fin de l’accueil.

Des risques d’envahissement psychique

Au-delà de ces risques repérables, les familles d’accueil rencontrent d’autres troubles. Les remaniements familiaux engendrés par l’arrivée d’un accueilli, la reconfiguration des échanges et des places réelles ou imaginaires de chacun, conduisent à des questionnements identitaires, et peuvent être la cause de sentiments de délaissement ou d’étrangeté lorsque l’attention familiale se focalise sur l’accueilli et sur la nécessité de répondre à ses besoins ou à ses comportements envahissants.

La préoccupation familiale naturelle de toute "suffisamment bonne famille d’accueil" peut alors être mise à rude épreuve au point de ne plus savoir comment s’y prendre. La famille d’accueil (essentiellement la personne désignée responsable) ainsi exposée, sans réponse pertinente, sans défense élaborable, peut vivre un sentiment d’envahissement déstructurant sa pensée du fait de l’impossible représentation des besoins de l’accueilli.

Ainsi, dans la cohabitation familiale, la profusion des échanges, la variété des demandes à satisfaire, l’envahissement de l’accueilli physiquement présent se transforme en envahissement psychique orientant toute pensée vers lui, jusqu’à s’y perdre. Son image, ses mots, ses représentations s’incrustent de plus en plus dans la pensée de l’accueillant, au point que ce dernier reste parfois sans réaction, ni réponse.

Des signes précurseurs de l’envahissement psychique sont toujours perceptibles, même si c’est dans l’après-coup que l’on peut en suivre le cheminement et en repérer la dangerosité.

Ils se construisent petit à petit, sur d’insensibles modifications des habitudes familiales accompagnées d’un déclin des repères et des valeurs, sur d’imperceptibles mouvements relationnels qui réorganisent le jeu familial, sur des déplacements d’intérêts vers l’accueilli qui devient le centre du monde de l’accueillant, sur l’émergence de réactions imprévisibles ou de comportements inadaptés, figés et répétitifs, sur l’incompréhension des situations et l’impossibilité à les prévenir et à y répondre, sur l’anéantissement de la capacité à penser pour soi et pour son environnement familial.

D’un réaménagement nécessaire des échanges familiaux plus ou moins perturbant lors de l’arrivée d’un accueilli à une déstabilisation des accueillants, il y a un pas important qui ne conduit pas toujours à des troubles graves de la pensée.

Les processus à l’œuvre sont complexes. Néanmoins, ils devraient interpeller lorsqu’ils portent atteinte aux valeurs familiales, c’est-à-dire au mode de vie de la famille qui, jusque là, réunissait implicitement chacun de ses membres autour d’attitudes partagées.

Dans ces circonstances, il convient d’agir et de renforcer les familles d’accueil, c’est-à-dire de les aider à réélaborer leur système familial, et parfois de prendre des décisions pour elles et avec elles sur les différents aspects de la prise en charge.

Il est bien évident que la perception de l’évolution de ces processus suppose une connaissance réelle et partagée du fonctionnement de la famille, ce qui ne s’acquiert que dans la régularité et la densité des contacts entre équipe et famille d’accueil.

Prévenir les risques ?

Les risques du métier peuvent toucher les organisateurs et accompagnateurs de l’accueil tant ils sont soumis à leurs représentations, leurs affects, leurs incompréhensions et leurs incertitudes. Mais, comme tous les professionnels, ils ont leur propre mode de traitement de ces difficultés qui ne les atteignent pas dans l’intimité de leur vie familiale.

Il dépend des équipes de répondre spécifiquement aux risques encourus en soutenant les familles d’accueil. L’accompagnement doit prévenir les dérapages en offrant un cadre de travail dans lequel les échanges se font en totale confiance et permettent de faire part de ses préoccupations, d’élaborer son expérience, de verbaliser ses émotions, de mettre en forme et en mots sa pensée et son désir. En l’occurrence, Il ne s’agit pas d’importer chez les familles d’accueil des réponses efficientes dans d’autres cadres, mais de les aider à construire les leurs en s’appuyant sur leur propre théorisation des besoins de l’autre.

En fait, toutes les initiatives qui obligent les familles d’accueil à élaborer leurs modes de réponse, et à penser l’autre tout en affirmant leurs choix, deviennent un outil de prévention. A ce titre, les groupes de parole et les séances de formation, tous les dispositifs collectifs ou individuels d’accompagnement, lorsqu’ils dépassent le seul "remplissage" du « contenant famille d’accueil », participent à un processus capable d’alimenter la pensée des acteurs de l’accueil familial et de limiter les risques.

Finalement, c’est dans la prise de risques qu’implique une mise au travail ensemble, accueillants et accompagnants, que les risques inévitables de l’accueil familial se transforment en outils au service de l’accueilli.

bibliographie

Cébula J.C., De Fonséca P. "Parce que c’est nous tous", film vidéo, IPI, 1998

L’accueil familial en revue, "les risques et les écueils de l’accueil", n° 4, décembre 1997, édition IPI

Post Scriptum

Ce qui précède n’est qu’un des nombreux chapitres du Guide de l’accueil familial, publié en 2000 aux Éditions Dunod,

Voir également,

Dernière mise à jour : dimanche 25 novembre 2012

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