51 - Travailler avec les familles d’accueil

Cadre de travail et travail des familles d’accueil -
Deux pistes de travail

Avec la professionnalisation des accueillants, un nouvel espace de questionnement s’ouvre dans les pratiques d’accueil familial Accueil familial Mode d’accueil alternatif au maintien à domicile et au placement en établissement spécialisé : les personnes handicapées ou âgées sont prises en charge au domicile de particuliers agréés et contrôlés par les conseils départementaux (ou par des établissements de santé mentale). . Il porte sur le travail à conduire avec ces nouveaux professionnels et sur la place à leur donner, préoccupation d’autant plus grande que les populations bénéficiaires de l’accueil familial requièrent la juxtaposition de compétences diverses pour aborder et traiter leurs troubles.

En fait, si travailler avec les familles d’accueil était assimilable aux pratiques construites avec d’autres professionnels, les questionnements seraient moindres. Mais la nature de leur outil de travail, l’intimité et l’affection familiales obligent à réfléchir aux contributions qui peuvent être apportées à cette dynamique familiale. Dans cette perspective, il s’agit de définir des modalités d’intervention qui s’appuient sur les compétences des accueillants afin de les reconnaître, les valoriser, les stimuler, voire parfois de les protéger.

Les compétences des accueillant ne sont pas toujours faciles à appréhender tant elles se démarquent des pratiques professionnelles connues, et tant à un autre niveau, celui des représentations ou des affects des intervenants, elles peuvent troubler, déranger et finalement aboutir à des interventions inappropriées.

Il est recommandé d’agir avec précaution, de mesurer le bien-fondé et l’ampleur des interventions. A ce niveau, les conseils, les ordres ou même les explications ne sont pas toujours adaptés aux besoins des familles d’accueil. Quoique pertinentes, certaines de ces réponses, lorsqu’elles sont issues d’un autre contexte professionnel, peuvent même déstabiliser la vie familiale et ses valeurs.

Enfin, ces interventions parfois intempestives ne sont-elles pas le fruit d’un conflit larvé entre familles d’accueil et intervenants, portant sur les savoirs et les compétences des uns et des autres ?

Comment donc être professionnel en accueil familial pour, tout à la fois, accompagner, aider et soutenir les accueillants dans leurs difficiles tâches, en veillant à ne pas déformer leurs compétences, et en adoptant des interventions et des attitudes compatibles avec les processus à accompagner.

Cadre de travail et travail des familles d’accueil

Tout professionnel de l’accueil familial sait, en principe, que la terminologie « famille d’accueil » ne désigne pas une démarche professionnelle unique. En effet, les familles d’accueil, leur statut, leurs droits, leurs responsabilités et leurs tâches diffèrent grandement selon les dispositifs.

Pour travailler avec des familles d’accueil, il est donc au minimum nécessaire de pouvoir situer leur pratique professionnelle et le cadre dans lequel elle prend place. En effet, il n’est pas possible d’agir de la même manière selon qu’elles sont employées par la même institution que les intervenants pour participer à un projet commun, ou selon qu’elles exercent leur activité dans un autre rapport professionnel comme dans le dispositif de l’accueil familial social des adultes par exemple.

Une remarque similaire peut être émise quant aux intervenants. Dans quel cadre professionnel agissent-ils ? Pour quelles interventions et pour quels mandats sont-ils sollicités ? Leurs pratiques sont en grande partie conditionnées par les places et les fonctions qu’ils occupent dans des dispositifs d’accueil familial : sont-ils référents ? De quoi et selon quelles modalités ? Sont-ils chargés du suivi, du contrôle ? Peuvent-ils réellement s’impliquer dans les processus de l’accueil ?

Des positionnements clairs sont souvent difficiles tant les pratiques en accueil familial sont peu précises, et leur définition en termes de suivi ou de contrôle finalement inadaptée.

Certes, la notion d’accompagnement, de plus en plus utilisée aujourd’hui, vient inscrire une rupture entre des interventions insuffisantes et de nouvelles pratiques plutôt centrées sur l’accueilli. Accompagner l’accueilli ne peut se faire sans tenir compte de son environnement, c’est-à-dire ici la famille d’accueil qui devient un vecteur essentiel des projets d’aide ou de soin. Comment alors conduire des interventions auprès des accueillis, tout en prenant en compte la famille d’accueil en tant que professionnelle au travail, et en l’aidant dans ses tâches éducatives et soignantes ?

Est-il utile de rappeler que pour accompagner, pour intervenir donc auprès des familles d’accueil, des conditions formelles doivent être respectées portant sur la régularité, la fréquence des contacts, la fiabilité des intervenants ainsi que sur la mise à distance de toute suspicion, ceci afin d’être un tant soit peu impliqué dans des processus complexes.

Deux pistes de travail

Autant il est nécessaire de connaître un minimum le cadre dans lequel travaillent les familles d’accueil et se construisent les interventions, autant il est indispensable de réfléchir à l’activité et aux fonctions qu’elles assurent. En effet, les interventions ne peuvent que prendre racine dans la compréhension de leur travail, et en articulation avec lui.

Malheureusement, les compétences des familles d’accueil restent encore fort méconnues, peu reconnues, et parfois même dévalorisées. Elles ont trop longtemps été considérées comme des nourrices ou des gardiennes qu’il fallait tenir sous surveillance afin de garantir la qualité de leur hôtellerie ou leur vigilance.

Aujourd’hui, nous savons que, s’il y a hôtellerie ou vigilance, il s’agit d’hôtellerie et de vigilance psychiques, compétences autrement difficiles à accompagner et à soutenir. Celles-ci reposent notamment sur la capacité à penser sereinement les besoins d’un accueilli, et à mobiliser les ressources familiales sans trop déformer « l’ordinaire » de la famille.

Face à tant d’inconnus et de méconnaissance des rouages du travail des familles d’accueil, la tentation est grande et la démarche rassurante pour un professionnel peu avisé de se poser en donneur de conseils, c’est-à-dire en spécialiste, ou en observateur des échanges, c’est-à-dire en tiers « neutre ». Si ces interventions et ces positionnements peuvent s’avérer opérationnels, ils ne sont pas toujours suffisants et nécessitent surtout d’être limités et articulés à la compétence des familles d’accueil.

À savoir que leur travail, cette hôtellerie psychique, se construit sur des fondations familiales qu’il va falloir étayer et non ébranler. Fondations qui reposent sur la capacité de penser les besoins de l’accueilli à partir de ses références et de ses valeurs, et qui permettent d’élaborer ses propres réponses.

Travailler avec des familles d’accueil se construit donc à partir de deux pistes que sont les valeurs familiales d’une part, et leur capacité à penser ou à anticiper les besoins des accueillis d’autre part.

Par la notion de valeurs familiales, il faut entendre l’ensemble des habitudes de vie, des coutumes, des usages qui fait référence pour chacun des membres de la famille. Non écrits, et souvent peu verbalisés, ces règlements, ces codes familiaux sont partagés intuitivement. Une famille d’accueil, dans son quotidien familier, s’appuie sur ces registres « naturellement » disponibles pour travailler, c’est-à-dire pour accueillir.

Certes ces valeurs se sont construites au fil du temps et des apports extérieurs parmi lesquels le métier d’accueillant, le statut et la formation, ne sont pas des moindres. C’est-à-dire que valeurs familiales et valeurs professionnelles sont intimement mêlées, et servent de réservoir inconscient où les familles d’accueil vont puiser leurs réponses, leurs attitudes, leurs comportements. Peut-il en être autrement vu le cadre de l’accueil et leur outil de travail ?

La seule attitude possible consiste à respecter, soutenir, renforcer ces pratiques familiales, à partir des informations recueillies auprès de chacun et des observations quant à la place qu’occupe l’accueilli dans les échanges familiaux. Ceci afin de vérifier qu’il n’en est pas exclu ou qu’il ne les perturbe pas.

Les conseils, et à fortiori les ordres donnés aux familles d’accueil, non seulement peuvent rester sans effet, car éloignés des perceptions et des pratiques familiales, mais de plus peuvent avoir des effets déstabilisants. Comment peuvent-elles respecter ces conseils ou ces recommandations sans remettre en question leur propre fonctionnement familial ? En effet, les familles d’accueil ne peuvent se soumettre à des attitudes professionnelles imposées, et ne peuvent utiliser les conseils s’ils ne sont pas intégrés à leurs valeurs et à leur culture familiales.

Comment intervenir sans importer des savoir-faire inappropriés alors qu’il est parfois souhaitable de faire « bouger » le vécu familial ? Comment intervenir, ou plutôt comment mettre au travail les familles d’accueil à partir de leur fonctionnement intime et de la nécessité dans laquelle elles se trouvent de devoir penser les besoins de l’accueilli ?

Cette nécessité de pensée est une des bases qui rend l’activité d’accueil possible. La deuxième piste de travail se trouve là, dans ce travail de pensée qu’il faut sans cesse construire avec les familles d’accueil. Car penser est en butte à deux types d’incidents : blocage de la pensée ou panne de la pensée.

Blocage de la pensée lorsque, manifestement, les réponses apportées à l’accueilli ne répondent pas ou plus à ses besoins. Quelle mécanique familiale ou psychique est en jeu pour être alors aussi éloignée de ce que chacun devrait reconnaître assez facilement ?

Panne de pensée lorsqu’une famille d’accueil se trouve devant l’inconnu face aux manifestations ou aux troubles de l’accueilli. Troubles qu’elle ne comprend pas, qu’elle ne contextualise pas, qui ne font pas sens pour la vie familiale ou le monde de pensées de la famille.

Ne s’agit-il pas, dans ces situations, de processus défensifs au même titre que les jugements à l’emporte-pièce, les propos ironiques, les recours à des arguments d’autorité ou les dénégations ?

Il ne s’agit pas de se scandaliser de l’existence de ces défenses, ni de remettre aussitôt en question l’accueil familial. Il est en effet entendu que la famille d’accueil est en général compétente puisqu’elle a été évaluée, recrutée et qu’elle participe régulièrement à un travail d’équipe.

Alors, que faire d’autre que le « dépanneur de pensée » devant de tels incidents ? C’est-à-dire solliciter la famille d’accueil pour qu’elle élabore elle-même ses propres théories du monde et de l’autre, théories un temps évanescentes et qu’il va falloir réactiver. Une écoute attentive, une réelle empathie, une connaissance partagée des processus de l’accueil, un climat de confiance, font partie de la trousse à outils du dépanneur de pensée. Attitudes fort éloignées de celles du donneur de leçon ou de l’injecteur de pensée qu’adopte le professionnel lorsqu’il dispense des recettes.

Il est évident qu’agir ainsi requiert une grande maîtrise professionnelle et des moyens qui permettent d’apprécier la réalité de ce que vivent les familles d’accueil. Travailler ainsi suppose également de se défaire des oripeaux du savoir et du pouvoir afin de partager, à un niveau relationnel et affectif, ce que vivent les acteurs de l’accueil, à savoir famille d’accueil et accueilli.

Post Scriptum

Avertissement : ce qui précède n’est qu’un des nombreux chapitres du Guide de l’accueil familial, publié en 2000 aux Éditions Dunod, Les textes réglementaires ayant évolué, certaines références aux contrats, rémunérations, lois... ne peuvent servir que de traces ou de repères « historiques ».

Dernière mise à jour : dimanche 9 décembre 2012

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