62 - Pas de Calais : Bienvenue chez vous et nous !

Auteur : Zoé Busca, Babelle n°6, novembre 2009, pages 22 et 23 ; Conseil Général du Pas de Calais, septembre 2012 ; Association A.F.A.B.L.E. 62.

Bienvenue chez vous et nous !

Héberger un parent âgé, un ami handicapé, un frère malade, une cousine convalescente... est une coutume qui se perd. Par manque de temps, par manque d’argent, par manque d’envie parfois. Pourtant, tout le monde n’a pas perdu cette habitude solidaire. Certains en ont même fait leur métier. Et même pour de parfaits étrangers. Bienvenue chez les accueillants familiaux accueilant familial
accueillants familiaux
Agréés pour prendre en charge à leur domicile des personnes âgées ou handicapées adultes n’appartenant pas à leur propre famille, les accueillants familiaux proposent une alternative aux placements en établissements spécialisés.
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Gilles, qui a toujours vécu chez sa mère, retrouve un cadre familial rassurant chez les Domergue. Photo Zoé Busca.

C’est une jolie ferme artésienne réaménagée à la frontière du Ternois et du Béthunois... Ici vivent Rosette et Jean-Michel Domergue, la petite cinquantaine, ancienne aide-soignante à domicile et ancien cadre-infirmier à l’hôpital. Le couple habite avec la maman de Rosette, mais aussi en compagnie de Gilles* et Antoine*, adultes handicapés mentaux, et Claudine*, une vieille dame de 85 ans.

Règles de vivre ensemble

Agréés comme famille d’accueil de-puis deux ans par le Conseil général, les Domergue prennent ainsi soin, en pension complète à leur domicile, de personnes âgées et handicapées. Ce statut signifie une entière disponibilité pour leurs pensionnaires. 24h/24, 7j/7. Bien sûr, comme dans tout métier, les accueillants familiaux ont la possibilité de se faire remplacer pour souffler [1]. Et puis, chez les Domergue, il y a des horaires et des règles de vivre ensemble à respecter.

« Nous sommes plutôt à cheval sur les horaires », précise Jean-Michel. « On prend le petit déjeuner à 9h, par exemple. Le dîner est vers 18h et à 19h Rosette et moi avons fini notre journée. C’est important de séparer le travail et la vie privée ».

Dans le même esprit, accueillants et accueillis définissent des espaces collectifs et des espaces personnels. Ainsi, alors que Jean-Michel nous reçoit dans une pièce « privée », Gilles hésite au seuil de la porte avant d’être invité à entrer. « Cela permet de vivre les uns avec les autres en préservant nos intimités ». Dans la maison, chacun a sa chambre.

Projet de vie

Un autre critère, tout particulièrement important aux yeux de Rosette et Jean-Michel, c’est le « projet de vie » : « Nous ne faisons pas de gardiennage ; chaque pensionnaire doit avoir un projet de vie. D’abord on le détermine ensemble et puis on cherche comment le réaliser. Antoine, par exemple, a déjà atteint les objectifs de son projet ».

Antoine, en effet, est le plus ancien pensionnaire des Domergue. Arrivé il y a deux ans, il était alors « en perdition ». Vie difficile. Alcool. Médicaments. Aujourd’hui, c’est lui qui s’occupe du jardin et de la basse-cour. Avec fierté. « Voyez, tout ce terrain-là, c’est pour les poules et les canards. Dans la cabane, il y a des lapins. On les nourrit avec du bio... » Au départ plutôt gêné par l’appareil photo, Antoine est maintenant rayonnant, un énorme lapin dans les bras.

Gilles, lui, sourit tout le temps, un peu timide. « Ma mère est trop âgée », explique-t-il. Celle-ci ne pouvant plus s’occuper de lui, Gilles vit donc aujourd’hui, à 55 ans, chez les Domergue, où il semble avoir trouvé ses marques.

Plus près du soin

Mais l’accueil familial Accueil familial Mode d’accueil alternatif au maintien à domicile et au placement en établissement spécialisé : les personnes handicapées ou âgées sont prises en charge au domicile de particuliers agréés et contrôlés par les conseils départementaux (ou par des établissements de santé mentale). , pour Rosette et Jean-Michel Domergue, c’est aussi des coups durs. Une dame de 90 ans hébergée d’urgence. Des familles ayant l’impression d’abandonner leurs proches. Des personnes en fin de vie qui s’en vont. Des urgences la nuit. Des hospitalisations...

Malgré tout, le couple semble avoir trouvé sa voie. Peut-être en raison de tout cela d’ailleurs. « Mon souci, c’était de me rapprocher des soins », explique Jean-Michel. « J’ai travaillé 31 ans à l’hôpital. Mais, après la réforme hospitalière, ce n’était plus de mon goût. Je trouvais qu’il n’y avait pas d’adéquation avec le soin ».

Il a alors quitté son emploi et lancé une demande d’agrément auprès du Conseil général. « J’ai commencé seul et puis ma femme m’a rejoint. Mes collègues voyaient cela comme une régression sociale, mais pour moi c’est une renaissance professionnelle et humaine ».

Progrès à venir

Reste maintenant, pour les accueillants familiaux, à défendre leur métier. « C’est encore loin d’être aussi statué que les nourrice agréées ! » En effet, bien qu’ayant fait la preuve de son utilité sociale, l’accueil familial est pour l’heure en avance sur la législation. Si le prix de la prestation est défini officiellement, il reste peu valorisé.

Selon l’association Famidac, il faut au moins deux pensionnaires pour garantir l’équivalent d’un SMIC. D’autre part, il y a encore des lacunes, concernant les remplaçants par exemple.

Compte-tenu de l’actualité - vieillissement de la population, maisons de retraite surchargées, perte du lien social, paupérisation des personnes âgées - l’accueil familial a tendance à se développer. Mais sans doute se développerait-il plus vite si l’Etat tenait plus compte de ces contraintes et s’il était plus promu !

Car tout le monde y gagnerait. La collectivité d’abord : « C’est beaucoup, beaucoup moins cher que les maisons de retraite ! Dans le coin, même les maisons les moins chères reviennent au moins à 3 ou 400 € de plus que l’accueil familial ! » Enfin, pour les pensionnaires eux-mêmes, âgés ou handicapés, cette solution offre un cadre familial bien plus agréable.

Zoé Busca

L’accueillant

Locataire ou propriétaire, vous pouvez demander un agrément au Conseil général pour devenir accueillant familial. Cet agrément vous donne le droit d’héberger à titre onéreux, un adulte handicapé, une personne âgée, un malade ou un convalescent. Vous pouvez accueillir jusqu’à trois personnes. L’agrément n’est possible qu’au-delà du 4e degré de parenté entre accueillant et accueilli.

L’accueillant doit garantir le logement de ses pensionnaires dans une chambre indépendante, mais aussi tout ou partie de leur prise en charge matérielle, morale ou relationnelle : nourriture, soins (sauf infirmiers), activités, accompagnement, courses, linge, ménage...

L’accueillant perçoit un salaire pour chaque pensionnaire dont il s’occupe : environ 750 €, un peu plus selon le niveau de dépendance de la personne et jusqu’à 400 € supplémentaires si la personne est en fin de vie). L’accueillant perçoit également un loyer (environ 180 €) et un remboursement des frais (dans les 500 €).

L’accueilli

La personne accueillie bénéficie d’un environnement familial et d’un soutien médico-social, mais peut aussi bénéficier de l’allocation logement à caractère social ou l’aide personnalisée au logement, ainsi que de la prise en charge par l’aide sociale en cas de ressources insuffisantes (APA ou AAH).

Pour une personne financièrement aidée par le département, cela ne change donc nullement ses dépenses. Pour trouver une famille d’accueil, vous pouvez vous adresser à votre Conseil général, à l’association Famidac ou chercher dans les petites annonces.

Conditions pour l’agrément

  • Mettre à la disposition de chaque personne une chambre indépendante d’au moins 9m² (16m² pour 2 personnes), avec un poste d’eau potable à proximité immédiate et un moyen de chauffage adapté.
  • Accepter les visites de contrôle de votre Conseil général et le suivi médico-social du pensionnaire.
  • Passer un contrat écrit avec la personne accueillie ou son tuteur, en informer immédiatement le Conseil général.
  • N’accepter de la personne accueillie ni don, ni testament.
  • Assurer une présence permanente ou garantir son remplacement en cas d’absence. À tout moment, les pensionnaires doivent pouvoir solliciter l’assistance d’une personne disponible et compétente.

* Les prénoms des pensionnaires ont été changés pour préserver leur intimité.

Contributions de l’association A.F.A.B.L.E. 62 :

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En cas de fugue
ou de disparition d’une personne accueillie
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Témoignage
L’accueil Familial : Un petit vélo pour un bout de chemin ?
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Les aspects humains de l’accueil familial
histoire de rencontre et rencontre des histoires

Notes

[1Trouver un remplaçant n’est pas toujours aisé car la rémunération des accueillants familiaux est faible. Rosette et Jean-Michel Domergue s’imposent néanmoins un jour de repos par semaine.

Post Scriptum

Jean-Michel Domergue a fondé en 2010 l’association l’Association des Familles d’Accueil de Béthune, Lens et environs, du Pas de Calais.

Contact :

Voir également cette vidéo,

publiée en septembre 2012 par le Conseil Général du Pas de Calais sur www.pasdecalais.fr/Pas-de-Calais-TV/Les-metiers-d-accueil-a-domicile-l-accueillant-familial :


Les métiers d’accueil à domicile : l’accueillant... par cgeneral62

Les métiers d’accueil à domicile : l’accueillant familial

Rencontre avec Pascaline Chavatte, Rosette et Jean-Michel Domergue, tous trois accueillants familiaux.

Rosette et Jean-Michel Domergue : La cheville ouvrière de l’accueil familial, c’est le couple : certains accueillants ont des enfants à charge, ce qui a un impact sur la prise en charge des pensionnaires, même si les enfants n’interviennent pas directement sur celle-ci. Il faut avoir un parcours personnel enclin à l’accueil : nous avons un certain équilibre, une quiétude, un toit, une maison ; nous sommes prêts à accueillir une personne âgée autant qu’un adulte handicapé.

Pascaline Chavatte : Les qualités requises : l’organisation. Je travaille beaucoup avec des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer, ce qui demande également beaucoup de patience. Il n’y a que peu d’inconvénients. J’ai choisi ce métier, il ne m’a pas été imposé. J’ai, au contraire, souvent l’impression de donner de ma personne.

Rosette et Jean-Michel Domergue : Nous avons eu le déclic lorsque nous avons rencontré des accueillants familiaux et qu’ils nous ont parlé de leur profession : ils n’ont ont beaucoup émus. Leur implication professionnelle était évidente. Nous avions connu nous-mêmes cette implication pendant des années dans le secteur hospitalier, mais nous ne la rencontrions plus réellement.

L’exercice d’accueillant familial est un exercice pseudo-indépendant. Lorsque nous avons une place vacante, nous devons nous assurer d’avoir une personne qui puisse intégrer la structure d’accueil. Nous aimons donc rencontrer la personne à accueillir ainsi que sa famille, ce plusieurs fois. Nous examinons l’ensemble des aspects d’accueil : administratifs certes, mais aussi les aspects concernant notre rythme de vie car celui-ci sera également celui des pensionnaires. Nous écrivons et travaillons tous ensemble sur ce futur mode de vie commune. Mais c’est notre rythme personnel qui prime.

Dans notre profession, nous avons une certaine façon de conjuguer accueil et vies personnelles, c’est pourquoi nous devons nous assurer que cette future vie convienne à tout le monde. On demande aux familles des futurs pensionnaires comment ils envisagent l’accueil et leurs futures visites à leur proche, on échange et on met en place un dispositif qui conviendra à tout le monde. C’est donc l’adéquation du projet de vie familial et du projet de vie du pensionnaire.

Pascaline Chavatte : Pour moi, il n’y a pas de répercutions sur la famille. Nous vivons tous ensemble. Quand j’ai commencé en 1995, mon mari et moi, ainsi que ma fille qui était encore petite à l’époque, nous sommes mis d’accord sur le fait d’accueillir une mamie ou deux à la maison. II ne s’agissait pas de délaisser ma famille. Nous faisons tout ensemble : pendant que je fais la toilette, mon mari fait le repas ; ainsi tout se passe bien. Je passe donc mes vacances ici ! (rires) : il n’est jamais question de vacances pour nous.

Rosette et Jean-Michel Domergue : Nous travaillons sans cesse toute l’année : c’est une exercice professionnel permanent. Cela nous paraît totalement normal, cela fait partie des choses qui ne nous posent plus de problème aujourd’hui et que nous avons intégrées dans notre vie. Finalement, depuis 5 ans, nous n’avons jamais pris autant de vacances ! Nous nous forçons à faire une coupure de temps en temps, nous en avons besoin. Le gros inconvénient est le problème des remplacements : nous avons énormément de difficultés à trouver des remplaçants.

Pascaline Chavatte : Concernant l’hospitalisation, celle se fait très souvent à domicile. Les pensionnaires sont souvent complètement désorientés à leur retour d’hôpital. Je fais les soins, l’infirmière et le médecin passent, mais les "mamies" restent à la maison, même sous perfusion.

Rosette et Jean-Michel Domergue : On ne peut pas être accueillants familiaux et être isolés, régler tout et seuls. Nous ne pouvons pas être à la fois la famille de quelqu’un, son ami, son soignant, son accueillant, son kiné, etc. : ce n’est simplement pas possible. Nous mettons en place un réseau pour tout ce qui concerne la prise en charge de chaque pensionnaire.

Pascaline Chavatte : Les pensionnaires ont souvent de la visite, qu’il s’agisse des enfants, petits-enfants, amis : notre maison est ouverte à tout le monde.

Rosette et Jean-Michel Domergue : Nous avons dû préparer les locaux, prévoir des chambres, restructurer complétement la maison, nous avons fait des travaux, déplacé la cuisine, prévu des portes suffisamment larges pour des fauteuils roulants, etc.

Dans la maison, il y a des zones privées : la chambre des pensionnaires l’est, et nous en avons également pour nous ; ce sont des zones où nous pouvons parfois nous retirer. Enfin, il y a des zones communes, collectives.

La Maison de la Solidarité vient souvent dans le cadre du suivi de l’accueil. C’est un moment d’échange. Il y a certes l’aspect contrôle mais cela n’est pas une grande contrainte pour nous. Nous sommes satisfaits du travail que l’on fournit, de notre exercice professionnel, et cette notion d’auto-satisfaction est très importante.

Nous avons l’avantage de l’autonomie. Nous sommes directeurs, nous organisons tout, c’est enrichissant de pouvoir gérer nous-mêmes le fonctionnement de la famille d’accueil.

Pascaline Chavatte : C’est un métier qu’il faut faire avec son cœur, et non avec son porte-monnaie.

Réalisation : Direction de la Communication, Vadim Gressier.

Cliquez ici pour en savoir plus sur l’accueil familial dans ce département.

Dernière mise à jour : mardi 3 mars 2015

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