87 - Haute Vienne : une famille pour vieillir

Le Nouvelliste, 15 février 2011

Personnes âgées : une famille pour vieillir

C’est une solution assez peu connue pour la prise en charge de l’âge et de la dépendance : il existe des "familles d’accueil de personnes âgées". Nade Lamaud, à Cognac-la-Forêt, explique sa profession.

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Nade et ses trois pensionnaires

Il est bientôt quatre heures, et Nade va chercher chacune de ses pensionnaires dans leurs chambres respectives pour prendre le café. La fille de l’une d’entre elles passe dire bonjour. Les deux chiens de la maison font des joies à la visiteuse.

Depuis 21 ans, Nade Lamaud accueille des personnes âgées chez elle. Et depuis deux ans, elle est installée à Cognac-la-Forêt. Actuellement, elle héberge trois dames âgées.

Pour Nade, c’est une vocation. "Quand j’étais petite, j’aimais les personnes âgées. À mes parents, je disais : plus tard, quand je serai grande, j’aiderai les personnes âgées. J’aimais discuter avec elles, rendre service, porter les courses, etc. Et puis ensuite, je me suis mariée reès jeunes, et j’ai eu trois filles. À 30 ans, j’ai repris des études paramédicales, j’ai passé un diplôme d’auxiliaire de vie ; J’ai travaillé dans une cure médicalisée, puis un hôpital. J’ai suivi une formation d’infirmière, mais je n’ai pas passé le diplôme. J’avais toujours envie de travailler avec des personnes âgées. En 1989, la loi d’accueil des personnes âgées par des personnes agréées a été votée, et dès 1990, ça s’est professionnalisé." Nade a profité de la formule, a demandé son agrément. Travailler ainsi lui permettait de s’occuper de ses enfants, qu’elle élevait seule, et surtout de suivre sa vocation : s’occuper de personnes âgées.

Elle a créé sa petite structure, à Bourganeuf, en Creuse, "Le Soleil des aînés", où elle accueillait des personnes âgées, ou des personnes handicapées, puis a déménagé à Oradour-sur-Glane, avant d’atterrir ici, aux Monts, à Cognac-la-Forêt. En 21 ans de carrière, elle a accueilli environ 90 personnes. Dans son salon, tout un panneau, au mur, est recouvert des photos de chacun d’entre eux.

"C’est vraiment un contexte familial : il y a les animaux, le couple, les enfants, les petits-enfants. On fête les anniversaires en famille." C’est le métier de Nade, mais c’est aussi un choix familial. "Mes enfants ont baigné dedans." Et d’ailleurs l’une des filles de Nade est elle-même famille d’accueil. Les personnes âgées participent à la vie de la maisonnée, les repas sont pris ensemble, les activités communes. "Moi, j’ai investi dans un véhicule. Et très souvent, j’emmène "mes trois filles" : on part se promener, on va au restaurant..."

"On prend nos repas ensemble, on dialogue, on partage la vie de famille. Mais il faut faire la part des choses. Il faut du respect mutuel. Chacun a droit à son jardin secret", les personnes âgées comme les membres de la famille. Car ce n’est pas seulement un métier, mais un choix de vie ; "C’est du 24 heures sur 24, 365 jours par an", prévient Nade. Bien sûr, il y a de l’affection, des moments partagés, des échanges. Mais il y aussi la promiscuité, les questions pratiques et triviale de la vie quotidienne... Tout n’est pas rose, et il faut avoir les épaules.

Nade sait de quoi elle parle : elle a accompagné des mourants. "On accueille des étrangers avec un handicap, une maladie. On est là pour les aider à bien vieillir, à ne pas souffrir. On partage des moments de bonheur, mais aussi de tristesse. Je parle pour moi, mais je pense que pour faire ça, il faut comprendre la vie, se connaître soi-même. Ma mission, c’est d’accompagner la phase la plus difficile d’une vie."

Une solution méconnue

"Nous sommes des travailleurs indépendants. Nous sommes salariés de la personne âgée. Nous employons nos remplaçants." Pour accueillir une personne âgée, nul besoin d’être diplômé, mais il faut obtenir l’agrément du Conseil général, qui assure ensuite le suivi médico-social, et apporte des formations, des modules qui peuvent toucher au juridique, au médico-social, à la psychologie, en fonction des besoins et des demandes des familles d’accueil.

Quand une personne âgée ou sa famille contacte Nade ou une de ses collègues, le placement ne se fait pas en un jour : "On se déplace pour aller voir la personne, se renseigner sur son degré de dépendance, sa pathologie." C’est un contrat de gré à gré qui lie ensuite les deux parties. Et une fois que la personne a emménagé, il y a un, voire deux mois d’essai, pour s’assurer que le courant passe.

Le coût : "Il dépend de la pathologie et de la dépendance." Par exemple pour un GIR 1, le coût mensuel est de 1900 euros, desquels sont déduites l’Allocation personne âgée et l’allocation logement. Selon Nade, il ne reste à charge à la personne pas plus de 800 euros. Son salaire à elle, en moyenne, s’élève à environ 600 euros par personne. Le reste du prix est consacré à l’entretien : nourriture, chauffage, etc.

"C’est une formule qui existe entre le retour à domicile et la maison de retraite", une solution financièrement intéressante pour certaines personnes âgées. "Cela permet de ne pas délocaliser la personne, et ça crée de l’emploi !". Autour de la maison, tournent les professionnels paramédicaux, le SSIAD. "Ça fait aussi travailler le commerce local." Les personnes âgées peuvent garder leur médecin, leur kiné, leurs amis, leur famille à proximité...

Une solution intéressante, mais trop méconnue pour Nade, qui est la présidente de l’association Familles d’accueil personnes âgées 87. "C’est une solution d’accueil qui s’est développée dans certains départements." En Haute-Vienne, selon Nade, "quand un particulier est confronté au placement d’un proche, on lui parle rarement des familles d’accueil". En Dordogne, il existe 228 familles d’accueil. En Creuse, elles sont 51. En Haute-Vienne, il n’y en a que 25. L’association et sa présidente contactent les hôpitaux, les cliniques, en bref, les partenaires, pour se faire connaître. "Il faut expliquer ce que c’est, que ça peut être une alternative."

Qu’en pensent les personnes âgées hébergées

Melle Lagarde, Gaby de son prénom, n’est vraiment pas mécontente d’habiter ici, à deux pas de sa maison. Car hormis un petit séjour en maison de retraite, elle aura toujours vécu aux Monts. Gaby Lagarde a pris chez Nade Lamaud le rythme qui lui convient : "Elle aime se lever tard." Et un jour qu’on la taquinait à ce propos, elle a répondu : "Quand vous vous serez levé aussi souvent que moi, vous pourrez vous lever à l’heure qu’il vous plaît." Car Melle Lagarde a 96 ans. Et assez de caractère pour ne pas vouloir vivre dans une structure collective : "Ce n’est pas pareil, dit-elle. On n’est pas chez soi."

Sa voisine de pallier, Marie-Hélène Lacroix, est occupée à son ouvrage : elle tricote des carrés en couleur, qui assemblés, formeront un joli plaid en patchwork. Canevas, mots croisés, lecture, etc. "J’aime bien m’occuper les mains." Dès les beaux jours, elle est au jardin : "J’aime bien gratter la terre, ça fait du bien."

Marie-Hélène Lacroix est la plus ancienne des pensionnaires de Nade Lamaud : elle l’a suivie depuis Oradour-sur-Glane. "On est un vieux couple", disent-elles toutes deux en riant, complices. Marie-Hélène Lacroix a aménagé sa chambre en y emmenant ses meubles. Elle s’y retire une partie de la journée : "J’aime être seule." Si la vie en commun ne lui pèse pas, cet espace à elle toute seule lui est nécessaire.

Au rez-de-chaussée, Germaine Devallois, qui vient de Limoges, regarde un téléfilm "très intéressant". C’est elle la dernière arrivée. À 99 ans, elle a préféré venir ici, en famille d’accueil plutôt qu’en maison de retraite. Chez elle, "je m’ennuyais, voyez-vous." Avec Nade, le courant est bien passé : "Je l’appelle ma petite-fille. Elle est formidable." Avec les deux autres dames, le temps est à l’apprivoisement.

Post Scriptum

Contact : Association Famille d’accueil pour personnes âgées 87
dissoute en novembre 2011...

Cliquez ici pour en savoir plus sur l’accueil familial dans ce département.

Dernière mise à jour : mercredi 27 mars 2013

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