A Forcalquier, un Service de Placement Familial Spécialisé pour adultes handicapés

L’expérience innovante du C.A.S. de FORCALQUIER (Alpes de Haute Provence) [1] .

Depuis 1990

En parallèle de ses accueils traditionnels en internat, le Centre d’Accueil Spécialisé de FORCALQUIER a créé en 1990 un Service de Placement Familial Spécialisé, réservé à 54 adultes handicapés physiques ou mentaux "n’ayant pas de troubles graves".

De nombreuses années de fonctionnement ont permis d’expérimenter et de démontrer l’intérêt de cette initiative, s’appuyant sur la loi de juillet 89 et comblant certaines de ses lacunes : droits à des périodes de vacances et de repos (congés payés, travail 3 semaines sur 4), garantie d’emploi, prise en charge par l’établissement des parts ouvrières et patronales des cotisations ASSEDIC...

Échappant aux routines de l’accueil permanent en établissement ou en famille, les résidents sont assurément les premiers bénéficiaires de cette initiative : la plupart de ceux que nous y avons rencontré se réjouissent manifestement de ces périodes de rupture…

En vidéo : le témoignage de M. Boucif Slimane, fondateur du Service de Placement Familial Spécialisé pour adultes handicapés de Forcalquier, enregistré lors de l’Assemblée Générale de Famidac (septembre 2012).


Comment ça marche ?

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CAS de Forcalquier 2002
Organigramme du service de placement familial spécialisé
  • L’établissement sélectionne les résidents pouvant être accueillis en familles. Il perçoit les prix de journée (CPAM, Conseil Général) et supervise l’ensemble du dispositif. Il emploie l’ensemble des intervenants, dont 29 familles d’accueil formées et salariées par l’établissement.
  • 22 familles d’accueil "fixes", réparties sur l’ensemble du département, accueillent un à trois résidents 3 semaines sur 4.
  • 4 familles "relais", installées à proximité immédiate de l’établissement, remplacent les "familles fixes" pendant leur semaine de repos.
  • 3 familles "vacances" remplacent les "familles fixes" pendant leurs congés.

Le service d’accueil de jour prend en charge les résidents des "familles relais" de 9h à 18h, du lundi au vendredi. L’équipe, composée de permanents aux compétences
complémentaires (1 cadre socio-éducatif, 2 éducatrices spécialisées, 1 aide médico
psychologique, 1 moniteur d’atelier, 1 contrôleur sur sites) et de divers intervenants
(kinésithérapeute, RPM, moniteurs sportifs…) leur propose des activités adaptées à leurs
handicaps et gère l’ensemble du dispositif :

  • Vérification des acquis, des potentialités des résidents, de l’opportunité des placements
  • Gestion matérielle des familles et des résidents (planning, salaires, vêture, argent de poche, suivi médical…)
  • Relations avec les familles (soutien éducatif + rencontres 1 lundi sur 4) et les tuteurs
  • Interventions, 24h sur 24, en cas d’appels d’urgence des résidents ou des accueillants
  • Synthèses annuelles, évaluation des progressions/régressions, projets…

NB - Septembre 2007 : Les textes d’application de la Loi n° 2007-290 du 5 mars 2007, Article 57, actuellement en cours de discussion, devraient (entre autres) s’inspirer de cet exemple, comme de celui des assistantes familiales !

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CAS de Forcalquier - 2007
L’accueil familial salarié - 36 semaines d’accueil par an

Forcalquier : l’accueil familial Accueil familial Mode d’accueil alternatif au maintien à domicile et au placement en établissement spécialisé : les personnes handicapées ou âgées sont prises en charge au domicile de particuliers agréés et contrôlés par les conseils départementaux (ou par des établissements de santé mentale). comme solution complémentaire à l’internat

Auteur : Florence Pinaud - Actualités Sociales Hebdomadaires n° 2272, 19 juillet 2002 (extraits)

(...) L’accueil familial, reconnu par la loi du 10 juillet 1989 et confirmé par celle du 11 janvier 2002, reste encore peu utilisé dans le domaine de la prise en charge des personnes handicapées mentales. A Forcalquier (Alpes-de-Haute-Provence), le centre d’accueil spécialisé a profité de sa structure d’internat pour développer, à côté, un service de placement familial pour ses résidents. Et offrir une prestation complémentaire qui se présente comme une alternative au placement en établissement.

Constitué d’une maison d’accueil spécialisée (MAS) et d’un foyer de vie, qui comptent 40 places, l’établissement public reçoit des personnes qui souffrent de déficiences intellectuelles, troubles du comportement, psychoses déficitaires, problèmes psychiatriques et autisme. C’est en 1990 que Boucif Slimane, à l’époque directeur, s’est lancé dans l’aventure. Il avait déjà mis en place une expérience similaire en Normandie dans un foyer de vie annexé à un institut médico-professionnel (IMPRO) s’occupant de jeunes femmes handicapées.

"Le fait d’adosser ce dispositif à notre établissement permettait de garantir une bonne organisation, grâce aux compétences de l’équipe et à la permanence assurée de l’institution", affirme Boucif Slimane, aujourd’hui à la retraire. Un peu en avance sur la loi en embauchant directement les familles, qui étaient habituellement rémunérées par les résidents, il avait réussi à convaincre le conseil général et la caisse d’assurance maladie (pour la MAS) de l’intérêt du dispositif. Outre que celui-ci permet de mieux répondre aux nombreuses demandes de placement pour adultes très handicapés, il offre une certaine sécurité face aux aléas du placement familial : grâce à un volant de trois lits libres réservés au centre, tout résident peut être à nouveau transféré en internat en cas de problème. L’argument financier a sans doute aussi joué : Boucif Slimane insiste en effet sur l’économie généré par le placement familial spécialisé (baisse du prix de journée d’un tiers par rapport à l’internat), tout en maintenant la qualité d’accueil et en créant des emplois.

Pour démarrer l’expérience, il a fallu trouver des volontaires. Boucif Slimane a passé des annonces dans les journaux du nord de la France, les Provençaux se montrant peu intéressés par une activité d’accueil. En retour, le centre proposait la mise à disposition gracieuse d’appartements et de maisons pour les familles d’accueil. Des logements ont ainsi été aménagés dans certains bâtiments de son vaste domaine et d’anciennes écoles et gares ont été louées et réhabilitées dans une dizaine de villages autour de Forcalquier. Depuis, une quarantaine de familles d’accueil ont été embauchées et 60 places supplémentaires créées.

Les candidats sont sélectionnés par entretiens, après avoir effectué des visites et courts séjours au centre pour être au contact des résidents. "Cela permet d’évaluer leurs comportements auprès de ce public mais offre aussi la possibilité de réaliser ce à quoi ils s’engagent", observe Alain Rocci, chef de service du placement familial spécialisé. Certains déclarent forfait au bout de quelques heures, d’autres s’adaptent bien. "Quelques familles ont déjà une expérience antérieure d’accueil ou de travail auprès de personnes handicapées. Des pré-requis importants", juge Françoise Herand, psychiatre participant au recrutement.

"L’engagement a plus de chance de s’inscrire dans la durée." Sachant que "la disponibilité, I’ouverture sur l’extérieur et le souci altruiste sont également des facteurs de réussite". En effet, "certaines familles sont très motivées par le salaire et le fait de travailler à domicile, mais ces seuls intérêts ne permettent pas de se projeter dans la durée. Elles doivent trouver un sens à leur activité en appréciant le fait d’apporter un soutien a des personnes en difficulté". Il faut également vérifier que la structure familiale soit compatible avec l’accueil et recevoir l’accord de tous les membres de la famille, enfants compris.

Des règles claires

Les familles sont liées à l’établissement par un contrat de droit public à durée indéterminée (régi par les dispositions de la fonction publique hospitalière). Elles accueillent de un à trois résidents, selon que l’un ou les deux conjoints ont signé le contrat pour un salaire de quatre fois le SMIC horaire par résident pour une journée de garde de 24 heures. La rémunération pour un couple qui reçoit trois résidents s’élève à environ 2.700 euros brut par mois.

Le placement est réglementé rigoureusement afin de garantir le bien-être des résidents et l’intérêt des accueillants. Un document écrit définit tous les aspects de l’accueil en 14 fiches, depuis l’agrément des familles jusqu’à leurs vacances, en passant par les sujets médicaux et les relations avec l’établissement. Ces règles de fonctionnement sont remises et commentées aux familles embauchées, qui peuvent ensuite les consulter chaque fois qu’elles se posent une question concernant leur rôle. "Notre idée est d’institutionnaliser l’accueil familial à partir de règles adaptées aux utilisateurs et aux divers partenaires", explique Alain Rocci. "Le placement s’articule autour de trois idées fortes : l’aide à la vie de tous les instants quotidiens dans la recherche d’une autonomie relative du résident ; I’aspect relationnel de la famille avec laquelle l’accueilli peut tisser des liens de confiance ; enfin, le maintien d’un lien social dans la participation à une vie de famille au cœur de petits villages autour de Forcalquier."

Les accueillants reconnus comme partenaires

Pour éviter l’isolement des familles, celles-ci sont accompagnées et encadrées. Marie-Claude Coronas, éducatrice spécialisée du centre d’accueil spécialisé assure un accueil téléphonique et les reçoit en entretien individuel de deux heures, tous les deux mois. Objectif ? Redéfinir les fonctions de l’accueil et répondre aux questions techniques. Sachant qu’un projet pédagogique individualisé est défini pour chaque résident afin de les accompagner en tenant compte de leurs possibilités. "Le travail d’observation autour du projet permet aux familles de définir les axes sur lesquels elles vont travailler, explique Marie-Claude Coronas. Cela se décline au quotidien, dans les actes de la vie courante autour des repas, du sommeil et de l’hygiène, mais aussi dans les activités manuelles et physiques." (...)


Voir également La présentation de l’établissement, pages 18 et 19

Extrait :

LE PLACEMENT FAMILIAL SPÉCIALISÉ

  • Organisme de Tutelle : DDASS et Conseil Général
  • Chef de service : Monsieur Alain ROCCI
  • Agrément : 10 places MAS
  • 42 places FOYER

I – ACCUEIL FAMILIAL

Le projet d’accueil du placement familial est basé sur la recherche d’une socialisation à travers la participation à une vie familiale, sociale, locale. Le service accueille des adultes handicapés, de 20 à 60 ans, répartis dans 30 familles représentant 50 personnes rémunérées. L’implantation géographique des familles se situe sur tout le département du 04.

Pendant leurs séjours en familles d’accueil, les résidents sont sous la responsabilité du CAS et bénéficient du suivi et des prestations que nécessite leur état. Les accueillants familiaux accueilant familial
accueillants familiaux
Agréés pour prendre en charge à leur domicile des personnes âgées ou handicapées adultes n’appartenant pas à leur propre famille, les accueillants familiaux proposent une alternative aux placements en établissements spécialisés.
ont en charge les résidents trois semaines dans le mois et sont en repos la quatrième. Leurs résidents réintègrent alors l’institution où ils sont accueillis sur un service d’accueil de jour et dans des familles relais pour les temps d’internat.
Ces familles relais disposent de logement sur le site du CAS à FORCALQUIER.

II– ACCUEIL DE JOUR

L’équipe de jour gère l’ensemble de la problématique du placement familial. Elle est composée d’un cadre socio-éducatif, de deux éducateurs spécialisés, de deux aides médico psychologiques, d’un contrôleur sur site qui a la charge de visiter toutes les familles lors des trois semaines de travail. Une coordinatrice assure le lien entre l’établissement, les familles et les partenaires extérieurs.

Lors de la semaine de retour en institution, les résidents sont pris en charge par le service d’accueil de jour qui propose des activités variées :

  • Atelier cuisine
  • Atelier informatique
  • Bricolage
  • Sport adapté
  • Sorties extérieures
  • Arts plastiques
  • Musique.

L’organisation mise en place a pour but de favoriser les temps occupationnels, mais aussi de développer et entretenir le savoir-faire des résidents. Cette semaine est aussi une période d’observation et de soins.
Le suivi médical et para-médical s’articule en grande partie au cours de la semaine institutionnelle de la personne adulte handicapée (visite du médecin, suivi avec la psychologue…).

Notes

[1Centre d’accueil spécialisé, Quartier Beaudine - BP 20 - 04301 Forcalquier Cedex - Tél. 04.92.70.73.17 www.cas04.fr

Post Scriptum

Voir également notre article "La création d’un service de Placement Familial Spécialisé"

Dernière mise à jour : lundi 12 septembre 2016

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