Coopération entre établissements et accueillants familiaux (VO)

Intervention au Colloque de Briare, organisé par le réseau Gérialist le 20 octobre 2001

Etienne Frommelt, qu’avez-vous à nous apprendre sur les accueils familiaux ?

Je ne suis pas venu ici pour vous enseigner quoi que ce soit. Bien au contraire, en toute humilité, je suis ici pour témoigner de nos initiatives, répondre à vos questions, vous faire part de nos interrogations, recueillir vos avis et propositions.

C’est vous tous qui avez mille choses à m’apprendre... Je ne suis ni médecin, ni infirmier.

Dites-nous au moins comment vous êtes devenu accueillant familial !

Mon seul diplôme est un CAP de plombier chauffagiste. Je voulais juste "vivre et travailler au pays", en Cévenne d’Ardèche, loin de tout. A l’époque, dans les années 70, les hameaux tombaient en ruine, les broussailles gagnaient les toitures, les jeunes partaient étudier puis travailler en ville, dans d’autres départements. Pendant 10 ans, j’ai travaillé avec les gens du coin et les nouveaux arrivants, à restaurer, à rendre habitables les demeures qui pouvaient encore être sauvées.

J’ai fini par me casser le dos, handicapé, obligé de me reconvertir dans des activités moins physiques. À l’heure du café, mes anciens clients me parlaient de leurs préoccupations : la maison d’à côté risque d’être vendue à des touristes qui ne seront là que quelques semaines par an, les jeunes s’en vont, l’école va fermer...

Ensemble, en 1988, nous avons créé AMESUD, une association de développement local. AMESUD accueille, renseigne, soutien, accompagne, forme tous ceux qui veulent créer leur entreprise ou trouver un emploi en Sud-Ardèche. L’association a vite pris de l’ampleur, envahi ma vie et ma maison : 200m² de bureaux, 9 salariés, 20 à 30 accueils chaque jour. La route n’est pas bien large, y’avait de plus en plus de phares, calandres et pare-chocs pilés dans les virages délicats.

Les parents de ma compagne de l’époque étaient en maison de retraite, son frère en hôpital psychiatrique. On n’avait trouvé aucune autre solution pour eux... Ils avaient envie de reprendre une vie normale, comme "dans le temps" : en principe, quand quelqu’un était en difficulté, sa famille le prenait en charge.

Il y a six ans, j’ai décidé de tenter le coup, de déménager l’association, d’utiliser la place libérée pour les héberger chez nous.

Les grands-parents étaient logés dans un studio indépendant, "services compris". Grand-mère pouvait refaire la popote, nous nous chargions juste du ménage, des courses, de la lessive, des coups de main quotidiens, des déplacements occasionnels, des paperasses. Depuis quelques mois, le grand-père est hospitalisé et grand-mère mange avec nous.

Éric, leur fils, a sa chambre et sa salle de bain. Il participe à nos activités quotidiennes, à la préparation des repas, arrose le jardin, cherche des champignons dans la forêt, nous donne quelquefois des coups de main. Il est suivi par le psy et les infirmiers d’un Centre d’Accueil et de Psychothérapie, annexe de l’hôpital psychiatrique local.

Au début, gavé de médicaments, il restait prostré sur sa chaise. Maintenant, il se passe de médicaments, prend des initiatives, nous ramène des champignons des bois et se déplace avec la mobylette qu’on lui a achetée. Il sort, va au bal ou au loto du village, c’est lui qui cherche le pain...

Je me suis dit : ça a l’air de leur réussir et il doit y avoir plein d’autres gens qui, dépendants, aimeraient trouver une alternative au placement en établissement.

La loi de 89, qui régit l’accueil familial Accueil familial Mode d’accueil alternatif au maintien à domicile et au placement en établissement spécialisé : les personnes handicapées ou âgées sont prises en charge au domicile de particuliers agréés et contrôlés par les conseils départementaux (ou par des établissements de santé mentale). de personnes âgées ou handicapées adultes, n’est pas encore suffisamment connue. Avec quelques autres accueillants familiaux accueilant familial
accueillants familiaux
Agréés pour prendre en charge à leur domicile des personnes âgées ou handicapées adultes n’appartenant pas à leur propre famille, les accueillants familiaux proposent une alternative aux placements en établissements spécialisés.
, nous avons donc créé l’association Accueil Pluriels, un réseau de familles d’accueil agréées. J’ai moi-même demandé mon agrément, pour pouvoir accueillir des personnes extérieures à ma famille.

Quels sont les buts de cette association ?

Accueil Pluriels (Famidac)

  • Met en relation les personnes à accueillir (ou les organismes prescripteurs) avec les familles membres de l’association,
  • Fait connaître les possibilités d’accueil en familles,
  • Appuie et facilite les démarches des personnes concernées,
  • Recherche des solutions aux difficultés rencontrées par ses adhérents.

Sur notre site Internet (www.famidac.fr), nous avons mis en ligne plein de services utiles aux familles d’accueil et à leurs partenaires : parents d’adultes handicapés ou de personnes âgées, établissements, travailleurs sociaux, Conseils généraux...

Le pari d’Accueil Pluriels est de favoriser les accueils permanents en secteurs ruraux par des familles vivant ici douze mois sur douze. Moins onéreux que les placements en institutions, l’accueil familial social ou thérapeutique est une source d’économies pour la société, favorise le maintien d’activités en milieu rural et participe au développement économique local.

L’accueil de deux "pensionnaires" génère en moyenne un chiffre d’affaire de 120.000F par an, directement réinjecté dans l’économie locale. Des ruraux sans emploi, dont la principale fortune est une vaste demeure et du bonheur à partager, y trouvent à domicile un complément d’activité leur évitant de quitter le pays ou de demander le RMI... Pour d’autres, il s’agit avant tout d’une ouverture sociale leur permettant de rompre leur isolement.

Dans tous les cas, on partage ses activités quotidiennes et le bonheur de vivre au pays ; le village se repeuple, les commerces élargissent leur clientèle, l’école ne fermera pas...

Pour moi, être accueillant familial n’est pas un métier, c’est avant tout un état d’esprit. Je suis certainement un peu trop idéaliste !

Mais rassurez-vous, je ne me fais aucune illusion, les accueils familiaux ne remplaceront jamais les établissements. Il n’y a pas, d’un côté, les gentils accueillants et de l’autre les méchants établissements. On aurait tord de mettre ces deux solutions en concurrence : elles sont complémentaires. En plus, si deux établissements du même type se ressemblent fort, il y a autant de types différents d’accueils familiaux que de famille d’accueil : habitat, tempérament, mode de vie, activités...

On ne peut pas placer n’importe qui n’importe où : notre travail de mise en relation entre futurs accueillis et accueillants s’apparente un peu à celui d’une agence matrimoniale et ce n’est pas toujours évident de trouver une famille adaptée aux préférences exprimées par le futur pensionnaire.

Mais quel est le rapport avec le thème d’aujourd’hui : "La personne âgée en institution : des droits, des devoirs" ?

Il y en a au moins deux. Comme tout le monde, je pense d’abord à leurs droits.

Premièrement, voici ce que j’ai découvert, dans Charte des droits et libertés de la personne âgée dépendante : "Lorsque le soutien au domicile atteint ses limites, la personne âgée dépendante peut choisir de vivre dans une institution ou une famille d’accueil qui deviendra son nouveau domicile."

J’ai tendance à inverser cette proposition : à mon avis, l’hébergement en famille d’accueil serait plutôt à mi-chemin entre le maintien à domicile et le placement en établissement spécialisé. Officiellement, c’est un droit, une liberté de choix. Mais peut-on réellement parler de liberté de choix lorsque d’un côté, il y a ce que tout le monde connaît - la maison de retraite, l’hôpital - et de l’autre une possibilité totalement méconnue ?

En France, il n’y avait en 1997 qu’environs 9.000 familles d’accueil agréées, hébergeant 12.000 personnes âgées ou handicapées adultes, à peu près 6.000 de chaque. Ce mode d’accueil reste encore marginal, comparé à l’hébergement en établissement pour lequel on compte 700.000 personnes âgées ou handicapées - 60 fois plus.

L’effectif total des accueillants familiaux correspond en gros à l’effectif des établissements d’un département français...

Deuxièmement, il y a l’article 14 du Projet de loi de modernisation sociale, adopté le 13 juin dernier par l’Assemblée Nationale.

Il dit que les établissements qui assurent l’hébergement des personnes âgées ou des adultes handicapés pourront, désormais, être employeurs des accueillants familiaux. Cette possibilité était, jusqu’ici, réservée aux hôpitaux psychiatriques, dans le cadre d’accueils thérapeutiques.

C’est par pure curiosité que je suis venu aujourd’hui, pour connaître votre point de vue sur l’intérêt de cette nouvelle disposition. Quels types de coopération entre établissements et familles d’accueil pouvons-nous imaginer ?

Attention : le plus important, à mes yeux, est l’avantage que peut procurer, dans certains cas, cette coopération à une personne âgée. Les intérêts des établissements ou des familles d’accueil sont secondaires.

Concrètement, pour ouvrir le débat, pouvez-vous nous donner quelques exemples de coopération entre établissements et familles d’accueil ?

"Premier exemple : Marguerite, âgée, sans parents ni enfants, est encore bien vaillante. Personne ne vient jamais la visiter, elle se morfond à la maison de retraite du coin. Marguerite voudrait bien prendre l’air de temps en temps...

La directrice connaît les familles d’accueil du secteur. Elle a même affiché, dans le hall, un petit panonceau : "Vacances en familles d’accueil - Des familles agréées vous accueillent en pension complète, pour des séjours de quelques jours ou quelques semaines, services et déplacements compris..."

Marguerite a trouvé la sienne. Elle y elle passe régulièrement quelques week-ends et, de temps en temps, une quinzaine de jours. Il y a trois enfants de 6 à 12 ans, des animaux, la vie...

Deuxième exemple : Vous le connaissez tous. C’est ce petit vieux d’à côté, qui a eu un ennui de santé - col du fémur ou tout ce que vous voulez. Il habitait seul chez lui, s’est retrouvé à l’hôpital pour quelques semaines. A peu près rétabli, il n’est plus assez en forme pour envisager de retourner gratter son petit jardin, faire sa popote, entretenir le vieux poêle à bois. Surtout, il redoute un nouvel accident.

Généralement, la maison de retraite lui est présentée comme seule et unique solution. Vous pouvez aussi lui parler de famille d’accueil. C’est vous qui voyez. Mettez-vous à sa place...

Ça peut aussi être le rôle des aides à domicile, au service de personnes attachées à leur campagne mais dont l’état de santé se dégrade progressivement. Il y a des limites à tout...

Troisième exemple, à l’inverse des précédents : C’est la maison de retraite du coin, qui ouvre régulièrement ses portes aux personnes âgées du canton pour des après-midi récréatives. Plusieurs accueillants familiaux y conduisent leurs pensionnaires et participent à la mise en place d’animations. Un petit bol d’air frais de l’extérieur, une rupture agréable pour tous. Encore une utopie ?

Sans oublier les établissements qui ouvrent leurs actions de formation aux accueillants familiaux du secteur..."

Micro à la salle :

  • Questions sur la loi de 89, les conditions d’hébergement, les activités, la formation (initiale et permanente) des familles, les maltraitances, la nécessité de travailler en partenariat, en toute transparence, avec les familles naturelles, les établissements, les organismes de contrôle... (toutes les réponses étant sur le site http://www.famidac.fr, je ne les détaille pas ici)

Question subsidiaire : vous avez complètement oublié de nous parler des devoirs des personnes âgées hébergées en familles d’accueil !

A part quelques obligations administratives prévues par la loi, l’accueil familial s’inscrit dans une logique de réciprocité : les notions d’échange, de partage, de respect s’imposent tant à l’accueillant qu’à l’accueilli.

Par exemple :

  • La personne accueillie s’engage à respecter la vie familiale et sociale de la famille d’accueil, ainsi que ses convictions politiques et religieuses. Et réciproquement... Les échanges c’est formidable, mais on n’est pas obligés d’être d’accord sur tout et il n’est pas question d’imposer ses convictions aux autres.
  • La personne accueillie peut participer, dans la mesure de ses moyens, à la vie quotidienne de la famille d’accueil et sous la réserve de son accord. Même si nous encourageons le partage d’activités, il y a des limites à tout : pas question de se mêler de tout et à tous propos... Et, réciproquement, nous respectons son intimité lorsqu’elle se retire dans sa chambre ou son appartement. Il y a des espaces communs, publics - la cuisine, le salon, chez certains la salle de bain, d’autres espaces sont privés.
  • À mes yeux, l’inverse est également vrai : lorsque la personne accueillie n’est plus en mesure de s’intéresser à d’autres que soi-même, lorsqu’elle se replie sur elle-même, lorsqu’elle ne supporte plus une vie de famille, il est souhaitable pour tous qu’elle demande un hébergement en établissement. Exemple : grand-mère nous dit, un jour de fatigue, "j’en ai marre, je ne supporte plus les enfants". Je suis bien obligé de lui répondre que, tant que les enfants ne seront pas autonomes, ils resteront à la maison. Ils se comportent, avec elle, de manière très respectueuse. Si elle ne les supporte absolument plus, il vaut mieux qu’elle ne reste pas ici...

Vous avez certainement déjà vu un dessin humoristique, où on voit alignées par terre 3 gamelles pour animaux, portant chacune le nom de son destinataire : la première est marquée "Minou", la seconde "Mirza", la dernière "Mamie".

En famille d’accueil comme dans toute famille ordinaire, il n’est pas question de traiter les personnes âgées comme des animaux. Je ne traite pas mes pensionnaires comme des chiens et j’exige d’eux qu’ils ne me considèrent pas comme leur maître.

Il ne doit pas y avoir, dans notre relation, de dominant et de dominé, dans un sens comme dans l’autre. Nous sommes différents, dépendants les uns des autres, nos besoins sont complémentaires : ils ont besoin de moi pour pallier leurs handicaps, j’ai besoin d’eux pour vivre. C’est un échange gagnant-gagnant. Quand il commence à y avoir des gagnants et des perdants, mieux vaut mettre fin à l’accueil.

Débat...

Dernière mise à jour : mardi 15 février 2005

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