Introduction : présentation du service

Le service de suivi social de l’accueil familial Accueil familial Mode d’accueil alternatif au maintien à domicile et au placement en établissement spécialisé : les personnes handicapées ou âgées sont prises en charge au domicile de particuliers agréés et contrôlés par les conseils départementaux (ou par des établissements de santé mentale). a été créé en septembre 1991. Par convention, le conseil général a mandaté l’Association de Parents et d’Enfants Inadaptés de l’Aube pour effectuer le suivi de l’accueil familial des adultes handicapés mentaux et assurer la formation des familles d’accueil.

Actuellement, 26 familles accueillent 39 adultes (26 sont accueillis à temps plein, 4 travaillent en centre d’aide par le travail, 9 sont accueillis pour les week-ends. Le personnel du service est composé d’un directeur du département "hébergement" des adultes, qui comprend plusieurs foyers, un foyer occupationnel, et un service d’accompagnement), d’une psychologue à quart temps, d’une monitrice éducatrice à mi-temps, d’une secrétaire à quart temps, et d’une éducatrice spécialisée à mi-temps.

La loi du 10 juillet 1989 parle de "suivi social et médico-social des personnes accueillies". Nous préférons parler de suivi de l’accueil, formulation qui semble plus adaptée à notre travail. En effet, nous nous intéressons à la relation qui lie l’accueilli et la famille accueillante, et à la façon dont se déroule la vie quotidienne dans cette maison, avec la personne accueillie qui est venue se greffer sur la cellule familiale.

Quelles incidences sur les membres de la famille, comment la personne est-elle intégrée dans celle-ci, comment la famille assume-t-elle les regards extérieurs ? Il s’agit d’interrogations de fond pour le bien-être de l’accueilli, car celui-ci passe par le bien-être de l’accueillant (dans sa relation avec l’accueilli).

La question est ici de parler du fonctionnement du suivi et du contrôle pour s’assurer de la qualité de l’accueil et répondre aux besoins des familles d’accueil et des accueillis. Quelles sont les actions de soutien à mettre en œuvre ?

1. Fonctionnement du suivi et du contrôle

Le but des visites à domicile est de permettre, à travers des échanges et des interrogations réciproques, l’élaboration et le suivi du placement. Il est demandé de s’assurer du bien-être physique et moral de l’accueilli, de la satisfaction de ses besoins vitaux.

Cependant, l’équipe ne se contente pas de savoir si la personne est "bien nourrie, logée et blanchie" : pour nous, l’accueil familial, ce n’est pas de l’hôtellerie. Un suivi digne de ce nom entraîne d’autres tâches : en effet, les objectifs du service comprennent deux axes principaux :

  • par rapport à l’adulte accueilli, faire exister celui-ci en tant que sujet participant à une vie familiale, c’est-à-dire ne pas le laisser dans une situation passive d’être accueilli, et d’autre part travailler à son devenir d’adulte en rapport avec son degré d’autonomie ;
  • par rapport à la famille d’accueil : mener un travail de réflexion sur l’engagement personnel et sur le vécu de l’accueil.

Les visites à domicile aident pour l’élaboration du projet individualisé de la personne accueillie. Nous formulons un projet initial qui est élaboré avec les autres intervenants, puis nous le réajustons en partie avec la personne agréée pendant les visites à domicile et/ou en équipe à partir des observations de celle-ci. En effet, la famille d’accueil est la plus à même de nous renseigner sur les potentialités de la personne accueillie.

Quelle peut être la durée de l’accueil (court, moyen, long terme) ? Quels sont les points à travailler (autonomie, socialisation, apprentissage des actes de la vie quotidienne) ? Cette dernière est d’ailleurs organisée selon le rythme de vie de la famille d’accueil, par rapport à ses valeurs, habitudes et style de vie. Nous devons tenir compte de cela pour déterminer si la famille d’accueil est plus ou moins dans un travail de socialisation, d’éducation, de maternage...

Le service se charge également de l’adéquation entre l’accueillant et l’accueilli, ce qui nous paraît être une première démarche en vue de permettre une qualité de l’accueil, bien que cela n’apparaisse pas expressément dans la loi. Cela apporte cependant une difficulté supplémentaire. Comment gérer les demandes et les places disponibles ?

Le département agrée, les familles d’accueil attendent un adulte. Nous sommes sélectifs à propos des adultes dont nous pensons qu’ils peuvent bénéficier d’un accueil familial. Mais si on ne lui confie personne, la famille d’accueil se pose rapidement des questions.

Multiplier les essais non concluants peut être déstabilisant : pour l’adulte d’une part bien sûr, et d’autre part pour la famille d’accueil qui le vit comme une mise à l’épreuve, une mise à mal de ses compétences et de ses qualités d’accueillant. Cela peut détériorer la relation de confiance que l’on souhaite entretenir avec la famille d’accueil. La place et la demande correspondent rarement d’emblée.

Au-delà du bien-être de la personne, il est demandé aux familles d’accueil une dynamisation des personnes prises en charge pour envisager leurs possibilités d’évolution (socialisation, apprentissage de la vie quotidienne). Nous ne poussons pas dans le sens des activités (par exemple, macramé, pâte à sel) si elles ne sont pas pratiquées déjà dans la famille : cela se fait dans les institutions spécialisées ou des clubs de loisirs.

Les familles d’accueil ne sont pas des "personnels d’encadrement au rabais". Ce qui est important, c’est le partage des activités de la famille. Par exemple, le ménage, le jardinage, les sorties diverses.

Nous sommes aussi amenés à travailler sur les motivations de l’accueil. Au-delà de l’enquête qui a entraîné l’agrément officiel, lors de laquelle ces motivations ont été évoquées et analysées, il s’avère que celles-ci restent plus ou moins inconsciemment au centre des actions, ou a contrario des désinvestissements, des familles d’accueil par rapport à la personne accueillie. A partir du vécu de l’accueil et hors situation d’enquête, les personnes agréées expriment leur motivation de façon de plus en plus affinée.

Il est évident qu’il est utile de se poser en tant que tiers pour éviter l’appropriation. Celle-ci existe, et nous faisons avec, en apportant des limites ; la différence entre fonction parentale et fonction d’accueil est de "prendre en charge quelqu’un qui n’appartient pas à la famille". Cependant, une certaine appropriation n’est-elle pas nécessaire, car elle signifie lien affectif, attachement. Si cela n’existe pas ou trop peu, la famille d’accueil n’a pas envie de "donner". L’attachement est nécessaire pour "penser" l’adulte, sa prise en charge, son bien-être et même parfois dans certains cas, pour aller au devant de ses besoins.

Mais il est aussi de notre ressort de travailler à ce que l’attachement ne soit pas trop important pour ne pas ligoter l’autre (l’accueilli), et surtout que cet attachement puisse être verbalisé. La majeure partie de la visite à domicile est souvent consacrée à parler de ce qui lie ainsi l’accueillant et l’accueilli. Nous devons par ailleurs analyser les interactions familiales dues à la présence de l’accueilli et les répercussions sur celui-ci.

De plus, il est demandé à la personne agréée d’avoir des capacités à observer et à transmettre ses observations, ce qui permet de travailler à partir de ce matériel, au cours des visites à domicile.

Nous pensons qu’il faut aider les familles d’accueil à exprimer leurs sentiments, leur vécu de l’accueil, sans crainte d’un jugement de notre part (de valeurs morales par exemple), et surtout de les aider à mettre en mots les angoisses provoquées par certains comportements et bizarreries des adultes accueillis. Pour cela, il est nécessaire d’établir une relation de confiance entre le service et la personne agréée, pour aider à libérer la parole, ce qui n’est pas simple. En effet, si pour nous la mission de soutien est claire, la famille d’accueil quant à elle peut en rester sur une perception de "contrôle", ce qui peut mettre un frein à la parole. Si l’on se sent vécu comme "contrôleur", il y a des choses que nous-mêmes ne pouvons pas exprimer.

Pour gagner la confiance des familles d’accueil, il faut que d’emblée nous leur fassions nous-mêmes confiance. Un petit détail, auquel nous attachons une grande importance, permet d’illustrer ce point : nous prenons toujours rendez-vous pour les visites à domicile, nous ne venons jamais à l’improviste (dans le genre "je passais par là, j’ai vu de la lumière..."). Se sentant respectées, les familles d’accueil peuvent être plus facilement amenées à nous manifester leur propre respect.

Pour tout cela, il faut du temps, et une certaine régularité dans les visites à domicile. En cas de problème, il est préférable que la famille d’accueil pense qu’on peut l’aider. Pour nous, l’essentiel est de savoir écouter, de ne pas intervenir avec un savoir, de prendre le temps d’accompagner la personne agréée pour qu’elle trouve la solution qui lui appartient, l’idéal étant de l’amener à prendre du recul, à réfléchir pour qu’elle trouve sa solution sans lui imposer la nôtre. Nous pouvons dire que notre objectif est de soutenir la personne agréée dans sa fonction.

Nous menons aussi un travail de médiation entre la famille naturelle et la famille d’accueil, car on sait que la famille d’accueil est parfois perçue dans la rivalité par la famille naturelle. Nous demandons aux familles d’accueil de ne pas tenir de discours négatifs concernant la famille naturelle, en particulier en présence de l’accueilli, et nous insistons pour que la famille naturelle ne vienne pas sans prévenir au domicile de la famille d’accueil. Nous prenons en charge les transports de la personne accueillie, tout au moins dans les premiers mois de l’accueil.

A propos des actions de soutien, nous organisons régulièrement des regroupements de personnes agréées, sur des thèmes de formation ou pour des groupes de parole, avec un intervenant extérieur. Au-delà de l’objectif premier qu’est l’obligation de formation, cela permet aux familles d’accueil de se connaître, de rompre leur isolement et d’avoir le sentiment d’appartenir à un groupe.

Nous réfléchissons aux moyens de proposer aux adultes accueillis des temps d’activités qui seraient un complément à la prise en charge des familles d’accueil. Ceci pour aider celles-ci à "souffler", et permettre en même temps aux adultes accueillis d’entretenir d’autres relations sociales et de se confronter à la collectivité, à l’environnement social hors famille.

Actuellement, pendant le temps de formation des personnes agréées, nous prenons en charge les adultes, ce qui leur permet de vivre dans un contexte différent de leur lieu habituel, avec un cadre différent, et hors la présence de l’accueillant. C’est une organisation interne au "département hébergement", qui dégage deux éducateurs d’une autre structure pour des activités éducatives. Les adultes qui viennent régulièrement ont plaisir à se retrouver.

Mais cela ne répond pas à la demande qui émane quelquefois des familles d’accueil (souffler un peu). Par ailleurs, toutes ne profitent pas de ce temps de prise en charge offert aux adultes. Peut-être n’avons-nous pas assez insisté sur l’intérêt d’un "ailleurs" ? Dans d’autres cas, les perturbations consécutives à ce changement semblent dans un premier temps plus importantes que les bénéfices. Ceci reste à travailler, tout en sachant que c’est la famille d’accueil qui assume les conséquences, et donc qui prendra la décision de bousculer les habitudes de l’accueilli.

2. Le "contrôle" sur les familles d’accueil

Par exemple, il convient de contrôler la salubrité et l’état général du lieu de vie. Un lieu qui se dégrade peut être symptomatique ; un lieu qui devient trop "aseptisé", "bien rangé", sans vie, peut l’être tout autant : on essaiera de comprendre ce qui se vit. C’est le ressenti de l’ambiance qui permet d’avoir des pistes sur ce qui se passe au niveau relationnel, et peut être non dit. Le contrôle est formalisé par la rédaction des bilans en vue des renouvellements d’agrément.

Par ailleurs, nous sommes nous-mêmes "contrôlés" par un travail régulier en supervision-régulation avec la psychologue du service. A travers ces échanges, nous appréhendons notre analyse du fonctionnement des familles d’accueil en travaillant sur notre propre subjectivité. Ainsi, nous sommes amenés à remettre en cause nos interventions, autant que leur action. Cela pose aussi des limites au "pouvoir" que nous pouvons exercer sur les familles d’accueil. La psychologue aide à recadrer notre intervention et ce qui se met en jeu dans notre relation avec la famille d’accueil, et à analyser ce que nous ressentons dans la famille. Cela nous permet, de façon sous-jacente, de travailler sur les limites de chacun : les nôtres (nous ne devons pas être dans la toute-puissance d’un prétendu "savoir"), celles de la famille d’accueil (qui ne va, et ne pourra, tout "réparer" pour l’adulte accueilli), celles de l’adulte lui-même.

En marge de notre mission, et sans jouer à l’assistant social ou au thérapeute, on peut aider une personne agréée à frapper à certaines portes, l’orienter, la "ré-adresser", pour son mieux-être personnel, car accueillir un adulte handicapé chez soi n’est pas anodin. Cela peut réveiller des blessures intérieures, et peut avoir des conséquences directes ou indirectes sur la qualité de l’accueil. Du bien-être de l’accueillant découle souvent celui de l’accueilli. Chez certains adultes, c’est le mal-être de l’accueillant qui peut faire résonance.

Si nous avons peu parlé de l’accueilli et beaucoup de la famille d’accueil, c’est que nous avons volontairement axé le travail sur celle-ci, lui laissant le soin de travailler avec la personne accueillie. En effet, la famille d’accueil nous semble la mieux "placée" pour le faire.

C’est en lui reconnaissant cette compétence que nous pensons le mieux travailler avec la personne agréée. C’est notre postulat de départ. C’est aussi grâce à cette orientation que nous espérons éviter la rivalité dans nos interventions auprès de la famille d’accueil.

3. Rôle, place et fonction des différents acteurs

Il est vrai que, parfois, autour d’un adulte accueilli, il peut y avoir beaucoup d’intervenants : la famille d’accueil et le service, bien sûr, mais aussi la famille naturelle, le tuteur, le lieu de travail, le lieu d’hébergement, le psychologue pour un travail thérapeutique.

Or, il faut maintenir une certaine unité dans la prise en charge. Toutefois, on retrouve les mêmes problèmes touchant à l’appropriation, à la rivalité, au partage du savoir ou à la rétention d’information. Si l’on n’est pas vigilant, on retombe dans le même travers qu’avec les familles d’accueil. Si l’on veut réussir à travailler avec d’autres partenaires, on s’aperçoit qu’il faut redéfinir les compétences, puis les limites de chacun, en commençant bien sûr par les nôtres. On doit veiller à leur laisser une place si l’on veut "défendre" la nôtre.

A quel moment peut-il y avoir confusion (on dit parfois qu’on se marche sur les pieds...) ?

  • avec les tuteurs : les deux services sont censés veiller au bien-être de la personne. Cela veut tout dire sur ce qu’il y a à faire, et rien dire sur qui doit le faire... La différence étant que les tuteurs se soucient du bien-être de l’adulte handicapé, alors que le service de suivi se soucie du "couple" accueillant-accueilli (exemple la mise en place des vacances : vacances pour qui ? Pour l’adulte accueilli, pour la famille d’accueil ? Cette question donne toujours lieu à débat). Lorsqu’il s’agit de tuteurs privés, ils s’en tiennent à une mission de gestion pécuniaire. C’est plus complexe avec les associations tutélaires qui y ajoutent une mission éducative.
  • avec le secteur psychiatrique, comment articuler le travail ? Chacun a sa logique. Par exemple, les seuils de tolérance sont différents ; on ne peut travailler ensemble qu’à partir du moment où l’on a reconnu la logique de chacun et trouvé une plage commune. C’est un travail de longue haleine, car il doit être fait avec chaque service psychiatrique et chaque psychiatre.
  • avec les centres d’aide par le travail, le champ de compétences de chacun est clairement établi. En résumé, le CAT c’est "le boulot", la famille d’accueil c’est le "cocooning"...
  • en ce qui concerne les foyers d’hébergement, beaucoup d’établissements ne savent pas ce qu’est une famille d’accueil. Pour eux, c’est une famille, elle n’est pas vécue comme professionnelle, et ils s’adressent à elles comme à des familles naturelles. Il faut intervenir pour qu’elles soient reconnues comme familles d’accueil, avec des compétences au-delà de l’aspect affectif. Notre présence interpelle, et rappelle qu’il ne s’agit pas de familles naturelles.
  • dans le champ social ou associatif, pour les activités manuelles, de loisirs ou de découverte, il y a très peu d’inscriptions ; nous avons donc essayé de voir dans le champ spécialisé, par exemple le foyer occupationnel, mais cela reste très exceptionnel, du fait de l’éloignement des structures et des nombreuses demandes de stages émanant des différents établissements.
  • enfin, le "club du mercredi" animé par des parents bénévoles permet de faire souffler les parents dont les enfants, devenus adultes, sont sans solution de prise en charge institutionnelle, et de réinscrire les personnes dans le dispositif associatif. Quelques adultes accueillis en famille d’accueil profitent de ce "club" pour les mêmes raisons.

Quelque soit le lieu d’inscription, le but est de maintenir un "ailleurs" pour l’adulte, même quelques heures par mois, et de le matérialiser dans l’esprit de l’accueilli sans pour autant qu’il se projette dans le long terme.

Lorsque surgissent des difficultés, elles émergent le plus souvent par la voie (voix...) de la famille d’accueil. Nous multiplions alors les visites à domicile pour essayer de cerner le problème. Selon sa nature et le profil de la personne accueillie, nous pouvons envisager différentes actions : rencontre avec le tuteur et/ou l’ensemble des intervenants si la personne accueillie a d’autres lieux de prise en charge ; sollicitation du secteur psychiatrique, soit pour une consultation, soit pour un partenariat dans la prise en charge. Ce dernier point nous pose question.

En effet, quand le centre hospitalier spécialisé nous adresse des personnes, elles nous sont décrites comme stabilisées, sans troubles majeurs du comportement. Nous posons donc comme préalable à l’accueil que nous effectuerons le suivi au domicile de la famille d’accueil, tout en nous réservant la possibilité de faire appel au secteur psychiatrique d’origine si besoin est. Or, si l’accord verbal se fait à ce sujet, il n’est pas toujours facile de le mettre en œuvre. A cette occasion, la rivalité secteur médico social-secteur psychiatrique est parfois ravivée. On assiste par ailleurs à une aggravation des troubles psychiatriques des adultes accueillis. Quand nous demandons au centre hospitalier spécialisé de nous proposer des personnes à placer, nous devons réfléchir auparavant, et souvent remettre en cause notre façon de travailler avec le secteur psychiatrique.

Quand le problème dans la famille d’accueil persiste, s’il n’y a pas d’amélioration dans la relation accueilli-accueillant, il faut envisager la rupture du contrat. En tout état de cause, c’est le tuteur ou la famille d’accueil qui ont le pouvoir d’agir sur la pérennité ou non de l’accueil, puisqu’ils sont signataires du contrat. Nous-mêmes ne pouvons agir qu’en signalant les dysfonctionnements aux tuteurs ou à la commission d’agrément. Il n’est alors pas toujours facile de déterminer à qui doit revenir l’initiative de cette décision.

Au-delà de l’aspect pécuniaire des choses, il y a matière à interprétation, et dans tous les cas cela peut avoir des conséquences annexes : selon le point de vue d’où l’on se place, c’est tantôt la famille d’accueil qui est accusée "d’incompétence", tantôt l’adulte qui est devenu "insupportable". Le cadre légal ne permet pas d’autre alternative. Or, nous pensons que c’est la relation qui a "échoué", et qu’il est vain de rechercher ou de faire apparaître une responsabilité unilatérale.

Conclusion

Après plus de sept ans de fonctionnement au sein d’une association prenant en charge des personnes handicapées mentales, le service de suivi de l’accueil familial reste "marginal" dans la mesure où il n’est pas systématiquement reconnu comme une alternative dans le dispositif d’hébergement. L’aspect "familial" vient occulter l’aspect professionnel dans cette forme de prise en charge.

Ainsi, une partie des professionnels, ne sachant pas trop comment appréhender l’accueil familial (soit du côté professionnel, soit du côté familial), n’envisage pas cette orientation pour les adultes, sauf comme recours lorsqu’il vient à manquer des places dans les structures plus "classiques". Par rapport au secteur psychiatrique, il semble y avoir moins de difficultés à se faire reconnaître. En effet, pour ces professionnels, si un adulte n’a plus besoin de soins psychiatriques, il peut être dirigé vers un "hébergement social", qui est aussi perçu comme plus "chaleureux" que l’hôpital psychiatrique.

Dans cette conclusion, je voudrais faire part d’une hypothèse qui a brusquement germé dans l’esprit de la psychologue du service, alors que nous réfléchissions en équipe sur le contenu de ce texte. Nous en étions donc à nous demander ce qui empêchait l’essor de l’accueil familial, et pourquoi nous ne recevions pas de demandes d’accueil de la part des institutions médico-sociales, alors qu’il n’y a pas assez de places dans les structures pour adultes dans notre département.

La psychologue rappelait alors que, dans l’imaginaire des intervenants sociaux, on peut penser que mettre un adulte en famille d’accueil, c’est un peu contre-nature par rapport au discours éducatif traditionnel (où on dit qu’il faut pousser à l’autonomie..., quand on grandit on quitte sa famille..., il se dit aussi que si l’on revient dans un milieu familial, c’est un peu de la régression par rapport à la socialisation, aux "acquis" issus de la vie en collectivité... ).

Dans le cas des personnes handicapées, le même discours de "normalisation" est tenu : "si on les met en famille d’accueil, on les maintient dans un statut d’enfant, on coupe toute possibilité d’autonomie...". Pour certaines équipes qui ont été "porteuses de projets" pour la personne handicapée, cela peut représenter une forme "d’anéantissement d’années de travail".

Outre les difficultés liées au texte de loi lui-même, et au statut des familles d’accueil, cela pourrait être une hypothèse qui éclairerait en partie le fait que l’accueil familial des adultes ne prenne pas l’essor escompté.

Post Scriptum

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Dernière mise à jour : samedi 3 septembre 2011

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