Elargir autrement le cercle familial...

Le Dauphiné Libéré, 23/05/09

Saint-Égrève :

Élargir autrement le cercle familial...

Permettre à des patients "stabilisés" du centre hospitalier de Saint-Egrève de retrouver des relations sociales avec l’extérieur en étant accueillis dans des familles, afin de progresser dans leur propre parcours.

C’est cela, l’accueil familial Accueil familial Mode d’accueil alternatif au maintien à domicile et au placement en établissement spécialisé : les personnes handicapées ou âgées sont prises en charge au domicile de particuliers agréés et contrôlés par les conseils départementaux (ou par des établissements de santé mentale). thérapeutique (AFT AFT
Accueil Familial Thérapeutique
Des personnes souffrant de troubles mentaux peuvent être prises en charge au domicile de particuliers formés, agréés et employés par des établissements psychiatriques.
), mis en place au centre hospitalier en 1991 par le Dr Michel Daumal, et qui depuis a fait ses preuves en termes d’efficacité. En clair, il s’agit pour une famille d’accueillir un patient jusque-là interné à l’hôpital psychiatrique, comme une fenêtre sur l’extérieur, avant de passer à une plus grande autonomie. L’équipe de l’AFT reconnaît qu’un tel travail - car cela en est un, rémunéré (voir nos "Repères") - peut, a priori, en dissuader plus d’un. Mais le témoignage des familles d’accueil est rassurant (lire ci-dessous).

« Il s’agit uniquement de patients en "hospitalisation libre" »

« Les patients que l’équipe de l’AFT sélectionne pour ce dispositif sont évidemment volontaires et répondent à plusieurs critères, résume Joseph Gioga, psychologue. Il s’agit uniquement de patients stabilisés, sans comportement de violence, sans alcoolisation. La plupart sont depuis au moins deux ans à l’hôpital ».

Et il s’agit uniquement de patients en "hospitalisation libre", qui sont à l’hôpital de leur plein gré et peuvent en sortir à tout moment s’ils le souhaitent. Les malades en "HDT" (hospitalisation à la demande d’un tiers), "HO" (hospitalisation d’office) et "HOJ" (hospitalisation d’office judiciaire) ne sont pas concernés par l’AFT.

Si une famille est intéressée, il y a plusieurs étapes avant que l’agrément soit donné, afin que la réflexion puisse cheminer. Durant tout l’AFT (16 mois en moyenne), l’équipe médicale est très présente : les infirmiers passent, au début, toutes les semaines, la famille et le patient viennent une fois par mois à Saint-Egrève, il y a des "groupes de paroles". « On ne laisse jamais une famille seule, assure Joseph Gioga. Si besoin, l’arrêt de l’AFT peut être très rapide ». Mais c’est rarissime...

« On demande qu’il y ait une intégration dans la vie familiale, précise Alison Rebesco. La notion de famille est donc centrale pour qui veut se lancer dans l’AFT ». Actuellement, douze patients sont en AFT en Isère, et le centre hospitalier recherche des familles d’accueil pour six autres patients.

« Dès qu’un patient sort de l’hôpital pour aller dans une famille d’accueil, les résultats sont très intéressants en terme d’autonomie et de socialisation, conclut Joseph Gioga. L’AFT, c’est un peu la Rolls Royce du soin ».

Et l’hôpital recherche des conducteurs...

REPÈRES

  • conditions : Pour postuler à l’AFT, il faut avoir une chambre disponible, montrer un vrai intérêt pour le social, et que la famille dispose déjà d’une autre ressource financière.
  • rémunération : La famille d’accueil perçoit une rémunération mensuelle de 1 200 €, tout compris (loyer + frais d’entretien + salaire).
  • engagement : Une famille d’accueil s’engage pour un an, la durée moyenne de l’accueil étant de 16 mois. Mais la famille (pour telle ou telle raison) peut à tout moment décider d’arrêter cet accueil. En Isère, la plus "ancienne" famille d’accueil fait cela depuis 15 ans.
  • contact Si l’AFT vous intéresse : 04.76.56.43.60 et 04.76.56.43.58.

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Chantal Bertholio : « Un vrai travail dans le social »

« De l’extérieur, ça peut paraître étonnant. Ça peut même faire peur ». Pas de langue de bois avec Chantal Bertholio. Depuis quatre ans, elle prend en charge chez elle, à Saint-Christophe-sur-Guiers, une personne en Accueil familial thérapeutique (AFT). Une première femme, pendant deux ans, puis une autre, depuis bientôt deux ans.

« Avant, je travaillais dans les cuisines, mais j’avais un peu l’impression de gaspiller mon temps, alors que j’avais envie de faire un travail utile », explique-t-elle. Dans le passé, la famille Bertholio avait déjà hébergé (hors AFT) pendant six mois un jeune homme que Jean-Paul, le mari de Chantal, avait connu quand il était éducateur. Or ce jeune homme, par la suite, a fait un passage à Saint-Egrève. « On s’est donc dit que les gens qui sortent de l’hôpital ne sont pas dangereux ».

« Plus tard, quand on a vu une petite annonce du centre hospitalier sur l’AFT, on s’est dit "pourquoi pas ?". Avant de se lancer, on a fait un conseil de famille pour en parler aux enfants, qui étaient d’accord. Car ce n’est pas la peine d’y aller si les enfants ne sont pas partants ».

Depuis quatre ans, ça se passe bien, « même si ce n’est pas toujours évident pour les enfants (sur nos quatre enfants, deux sont encore à la maison, Fabienne, 21 ans, et Nathan, 11 ans). Mais aider les autres, c’est dans notre nature. C’est pédagogique également, assure Chantal. La personne que nous accueillons ne fait pas partie de la famille de sang mais vit avec nous, mange avec nous. Elle a sa chambre au même étage que nous, les parents, et les enfants sont au 2e étage ».

« Les personnes qui arrivent en AFT sont à la fois un peu malades et un peu paumées, ont souvent connu de gros chocs émotionnels. Comme elles sont très assistées au centre hospitalier, en arrivant dans les familles, elles sont contentes de découvrir qu’elles savent faire plein de choses toutes seules. On voit que la structure familiale fait du bien à la personne que nous accueillons. Elle s’est attachée à nous mais on travaille avec elle toujours dans l’esprit qu’elle partira un jour. Tout ce qu’elle apprend ici, c’est pour elle ». Et, effectivement, début juin, cette personne « quittera notre famille pour continuer son projet, dans une "famille sociale". »

Durant ces quatre ans, les Bertholio ont-ils, parfois, regretté ce choix de travailler pour l’AFT ? « Nous, on n’a jamais eu cette réaction, conclut Chantal. Je reste très motivée car c’est un vrai travail dans le social, c’est un métier qui me correspond. D’ailleurs, je vais continuer ».

V.P.

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Dernière mise à jour : jeudi 9 juillet 2009

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