Enfin heureuse, après des années de sévices

Auteur : Bernadette Poiraud (alias Mélanie), journal La Mée, janvier 2011.

Eve. Une mise au monde heurtée. Aveugle de naissance. Famille perturbée par l’alcoolisme. La fillette ne se développe pas normalement. A six ans on la met dans un institut médico-éducatif. Premiers drames « Je pleurais pour ne pas quitter ma famille » dit-elle mais finalement « là j’ai appris le piano. J’en suis heureuse. Mais pour les études, c’est resté très insuffisant. Je m’en suis mordu les doigts depuis. C’est en grandissant qu’on comprend ».

20 ans, le bel âge paraît-il. Pour Eve il n’y a pas de structure d’accueil. Retour chez les parents. Plus aucun soutien psychologique et pédagogique. « Je suis restée assise ou couchée pendant 6 ans ».

Et puis l’espoir d’une autre vie. Une famille qu’elle connaît propose de prendre la jeune fille chez eux. Par sympathie ? Non, parce qu’elle a une allocation d’adulte handicapé. Elle le saura trop tard.

« Ce fut le désastre », dit Eve. Dijon, puis Châteaubriant. La jeune fille est séquestrée dans sa chambre, volets fermés, interdiction de les ouvrir. Eve est nue, presque toute la journée. Les sévices se multiplient. Impossible à raconter. Les voisins sont-ils au courant de la présence de la jeune fille et de ce qui se passe ? Oui ? Non ? ils ne diront rien. Le médecin non plus.

Eve dépérit. Déprime, plus la force de manger. Elle ne contrôle plus son corps, elle vomit, elle défèque sous elle. La "famille" la fait interner. Les services psychiatriques remarquent que la jeune fille ne semble pas atteinte de maladie mentale. Mais elle ne dit rien. Elle a peur. " On " a tant exercé de menaces contre elle.

Les services psychiatriques comprennent qu’il ne faut pas la remettre dans le milieu "familial". A Châteaubriant, justement, Danièle a fait une formation pour être "accueillant familial" . Après un mois d’essai en mai 2004, Eve est accueillie par Danièle depuis juin 2004.

« Tout de suite nous nous sommes comprises » dit Danie, qui est chargée de protéger Eve, de l’aider à se construire. « Et moi je n’ai jamais été aussi heureuse de ma vie » ajoute Danie avec élan.

« Nous sommes heureuses toutes les deux » dit Eve avec un sourire chaleureux.

Danie et Eve, inséparables, font de la marche à pied, participent aux thés dansants, passent de la musique à la maison. Eve a sa chambre, elle s’habitue peu à peu aux lieux, commence à trouver son indépendance pour un certain nombre de tâches.

Malgré sa cécité, Eve sait se servir à boire, elle utilise le téléphone (avez-vous remarqué que la touche 5 comporte un point en relief ?). Elle suit très bien les émissions à la télé : une bonne ouie compense les yeux qu’elle n’a jamais eus.

Mais les journées sont longues quand même. Danie, et une voisine, se démènent pour elle, trouvent des livres en braille, lui offrent un lecteur de CD... La jeune fille rêve de reprendre le piano. C’est alors, heureux concours de circonstances, que le Rotary propose de satisfaire des « rêves ». Coup de chance, Eve l’apprend et, avec Danie, elle explique sa situation, et son désir.

8 mars, journée de la femme. Au milieu du "beau monde", Eve apprend qu’elle a gagné un synthétiseur. L’émotion l’envahit. « Je vais mettre le CD à la chaîne et puis jouer. Je joue souvent à l’oreille, je laisse mes doigts trouver la note juste. Ca vient tout seul ».

C’est une belle histoire, non ?

Danie qui, de son côté, a connu aussi une vie difficile, et Eve, la jeune fille martyrisée, sont peu à peu en train de construire une nouvelle vie.

« Nous nous sommes trouvées » disent-elles.

PS : c’est une histoire d’argent qui a fait " chuter " la famille : après avoir mis Eve à Pont-Piétin, elle a continué à se servir de son carnet de chèques sans savoir que celui-ci était automatiquement bloqué par l’hospitalisation. Chèques sans provision. Plainte de commerçants castelbriantais.

Eve accepte de porter plainte à son tour, pour faire comprendre sa situation. Effarement des gendarmes. Ce n’est qu’au bout de longs mois qu’Eve finit par révéler ce qu’on lui a fait subir. L’affaire vient de passer au tribunal de Nantes.
La femme a été condamnée de 10 mois de prison.

Contact accueillante : Daniele Guerrault, 3 rue Fontaine St Jean 44110 Châteaubriant - Tél.
02.40.28.25.81

Post Scriptum

Pour consulter la version originale de cet article, cliquez ici.

  • Mars 2005 : Le Rotary-Club de Châteaubriant a décerné le prix « Servir » à Madame Danièle Guerrault de Châteaubriant qui, après une carrière dans le commerce, a suivi une formation pour devenir Accueillante familiale. A ce titre, elle loge à son domicile depuis mai 2004 une jeune adulte non-voyante, Eve Wiseur.

Eve a été confiée à Danièle Guerrault après avoir connu des conditions de vie peu enviables dans une famille qui ne voyait en elle qu’une allocation d’adulte handicapée à exploiter. Désintérêt, séquestration, mauvais traitements physiques et psychologiques l’avaient conduite vers la maladie et la dépression.

Depuis qu’elle est chez Mme Guerrault, Eve a retrouvé le goût de vivre grâce à des conditions normales d’existence dans une atmosphère chaleureuse. Selon Le Président Célestin Deroche, le Rotary a voulu illustrer, par ce prix, « ce que l’on peut faire à l’intention de son prochain en matière de sens de l’humain et d’offre de son amitié » (Source : http://www.journal-la-mee.fr/IMG/article_PDF/article_a2538.pdf)

  • 14 janvier 2011 : Dix ans de réclusion pour avoir torturé sa nièce aveugle (leparisien.fr)

Une femme de 57 ans accusée d’avoir torturé pendant plusieurs années sa nièce, aveugle de naissance, a été condamnée vendredi à dix ans de réclusion criminelle par la cour d’assises de Loire-Atlantique et placée sous mandat de dépôt. L’avocate générale avait requis une peine de 8 ans de prison tandis que la défense préconisait quatre ans dont deux avec sursis.

A l’annonce du verdict, la nouvelle famille d’accueil et la victime se sont étreints tandis que la tante, qui paraît vingt ans de plus que son âge et se déplace en fauteuil roulant, restait sans réaction.

La victime avait porté plainte en 2004 pour viols, violences, actes de tortures et menaces de mort commis en réunion. Les faits jugés se sont déroulés entre décembre 2000 et décembre 2003. La jeune femme, née en 1971, était hébergée depuis 1997 par sa tante, qui en avait la curatelle, et son oncle, aujourd’hui décédé, à Dijon puis à Châteaubriant (Loire-Atlantique).
Selon l’accusation, corroborée à la barre par des témoignages de voisins et de membres de l’entourage, elle subissait régulièrement coups, insultes, menaces, punitions dégradantes et violentes.

La victime, qui selon l’expertise psychiatrique souffre toujours d’un stress post-traumatique de 7 sur une échelle de 7, était notamment contrainte de manger des aliments avariés, des vomissures et des excréments. Ses tortionnaires l’obligeaient en outre à dormir dans une chambre souillée d’excréments et à vivre nue dans la maison y compris en public.

Lors de l’audience, l’accusée, qui comparaissait libre, a rejeté beaucoup des faits reprochés sur feu son mari, auteur des viols, et sur son fils, âgé au début de la période étudiée de dix ans.
Selon l’avocate générale cette femme était au contraire responsable de cette "dynamique familiale nauséabonde".

L’avocat de l’accusée, Me Benoit Rousseau, avait pour sa part souhaité une peine limitée à quatre années de prison dont deux avec sursis pour que sa cliente, qui réside en maison de retraite, puisse bénéficier d’aménagements de peine.


Pour signaler tout cas de maltraitance de personnes âgées ou de personnes handicapées : appelez le 3977, numéro national unique ouvert du lundi au vendredi de 9 h à 19 h (coût d’un appel local depuis un téléphone fixe).

Ce numéro est destiné

  • aux personnes âgées et aux personnes handicapées, victimes de maltraitances ;
  • aux témoins de situations de maltraitance, entourage privé et professionnel ;
  • aux personnes prenant soin d’une personne âgée ou handicapée et ayant des difficultés dans l’aide apportée.
Dernière mise à jour : mercredi 29 mai 2013

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