Entre profession et don de soi : genèse d’un accueil familial

Clotilde, famille d’accueil

Il était une fois, dans une lointaine province de notre douce France, une gente dame, Colombe. A l’hôtel-Dieu de la ville voisine, il lui fut proposé, devinez quoi ? De devenir famille d’accueil. Eh oui, d’accueillir au sein de sa famille, des êtres dont la raison s’était un peu égarée et dont le corps était aussi fort abîmé.

N’écoutant que son courage, et comme il lui fallait assurer la vie de sa famille, elle accepta. Sa demeure était suffisamment vaste, et dans son cœur il y avait beaucoup de place. Elle installa donc dans sa vie et dans son logis les gens que l’on voulut bien lui confier.

Nous étions à l’âge de pierre en ce qui se rapporte à ce travail. Tout était à faire, à formaliser, à mettre en place. Chacun savait mieux que quiconque ce qu’elle devait faire. Elle mit beaucoup de bonne volonté, beaucoup de tolérance, elle fut patiente, elle écouta, tenta de suivre les conseils, respecta l’accueilli tout autant que les discours de ceux qui savaient, les médecins, les infirmiers, les surveillants de toute sorte.

Mais, après plusieurs années où, docile, elle fit de son mieux, il ne lui fut plus possible d’accepter qu’elle et sa famille subissent passivement tous les aléas de ce travail. En effet, à partager chaque heure, chaque instant, sans repos, sans vacances, elle s’étiolait.

Ses enfants lui confièrent qu’ils avaient l’impression de ne plus avoir de maman. Son mari lui avoua que, bien souvent, il pensait qu’elle aimait davantage ces deux êtres pour lesquels elle se dévouait. Elle réorganisa donc un peu le fonctionnement de la vie de tous les jours, laissant ainsi dîner seules les deux personnes qui vivaient là, réservant l’heure du dîner à sa famille.

Quels risques ne courait-elle pas en ménageant ainsi la chèvre et le chou ? Mais de ces risques, il ne lui en avait été rien dit.

Elle allait encore découvrir que ces risques et ces écueils étaient encore bien plus importants et graves que ce qu’elle en avait pensé.

Pourquoi ? Elle constata que les contrats qui la liaient à ces accueils pouvaient être modifiés, interprétés de multiples manières, sans que son avis ou son consentement lui soient demandés. C’est ainsi qu’un jour, il fut décidé de diminuer le montant de la somme servant à l’entretien de l’un des accueillis. Eh oui ! En arguant du fait que cette personne avait quelques économies, il lui fut retiré 18 ducats par jour. Mais rien n’était changé, ni sur le parchemin réglementant son salaire, ni dans les soins qu’elle devait apporter à cet être si démuni devant la vie.

Que pouvait-elle faire ? Devait-elle accepter ? Il lui fut conseillé de réclamer son dû. Ce qu’elle fit, mais sans succès, et à ce jour, elle n’y est toujours pas parvenue.

Malgré tout, elle persévéra, découvrant avec les autres personnes accueillies les limites de ses possibilités. La maladie ou l’accident leur ayant beaucoup troublé l’esprit et fort souvent abîmé le corps, ces êtres en quête d’amour, de stabilité, en révolte contre ce que la vie leur avait réservé, demandaient de plus en plus d’amour, de tolérance, de compréhension. Une surveillance accrue se faisait indispensable pour les empêcher de se détruire davantage. Pour tenter de les convaincre de leur place dans la société, il lui devenait nécessaire de déployer des trésors de patience, d’humour, d’ingéniosité. Remettant chaque jour son ouvrage sur le métier, elle temporisait, apaisait, consolait. Mais pourtant, il arrivait au plus fort de la tempête que la moutarde lui montât au nez.

Tous, des bons conseillers, lui disaient : ”Ma bonne, vous n’avez pas de raison de vous irriter contre Blanche et Louis. Certes, ils sont handicapés, ils souffrent de quelques troubles, mais ils sont gentils”.

Force lui fut de constater que la ”maladie” allait son chemin, s’aggravant chaque jour, rendant de plus en plus difficile ce partage de la vie quotidienne.

Un exemple, Blanche, fort abîmée par un accident, était arrivée au sein de cette famille sans pouvoir se déplacer. Réconfortée, entourée, choyée, écoutée, elle avait, semble-t-il repris goût à la vie et retrouvé une partie de son autonomie. Elle effectuait à l’échoppe du village ou chez l’apothicaire quelques courses. Elle rendait de menus services, elle participait à la vie sociale et paraissait avoir retrouvé son moral.

Toutefois, plus elle prenait de l’indépendance, plus elle se croyait autorisée à critiquer, dénigrer, propager des racontars. Elle s’était fabriqué un personnage qui correspondait peu à ses capacités réelles mais qui faisait illusion. Il devenait fort difficile pour notre gente dame de faire la part des choses, de tolérer l’ingérence de Blanche dans la vie de la famille, d’accepter ses reproches et remontrances.

Notre amie, Colombe, tenta de raisonner Blanche, usa de sa persuasion, de son humour, mais se heurta à la pathologie et à la révolte de Blanche. Bien que Colombe ne fut pas dupe des roueries et de l’utilisation particulière que faisait Blanche de la réalité, il lui était de plus en plus difficile de tout accepter, cela devenait même impossible.

Colombe mesurait à quel point elle avait été mal informée, peu aidée, abandonnée à son sort, à une grande solitude dans les moments difficiles. L’aide dont elle pouvait avoir besoin n’était jamais là. Pensez donc ! Le samedi ou le dimanche, tous les spécialistes du ”Placement Familial” sont absents, ils se reposent ou vont au tournoi.

Colombe ne baissa pas les bras pour autant, mais en bonne fille de notre douce France, elle fit la part des choses. Elle décida de prendre quelque repos, et de ne plus trop ”se casser la tête, de se faire des bleus à l’âme, des nœuds au cerveau”, car de toute façon elle n’empêcherait pas la maladie de s’aggraver, Blanche de continuer à se révolter, et Louis de délirer.

Les vacances terminées, c’est le sourire aux lèvres qu’elle rouvrit sa maison, retrouva Louis et Blanche, les réinstalla, et sereine, sûre de son bon sens, continua de vivre en leur présence, sachant que malgré leurs travers, et les soi-disant bons conseils de la faculté, elle faisait de son mieux.

Risques, écueils, difficultés, limites existaient, mais elle avait trouvé son chemin et était récompensée par quelques joies. Eh bien oui ! Elle avait accueilli Jehan quelques temps. Il avait ensuite retrouvé sa famille qui la tenait régulièrement informée de l’état de santé de ce dernier. Certes, il allait fort mal, mais dans sa détresse, Colombe, disait-il, était son rayon de soleil.

Vous qui m’avez lue jusqu’au bout, j’espère que ce conte vous permettra de deviner toutes les difficultés et les écueils de ce métier si difficile, et si passionnant en même temps, qu’est le travail de famille d’accueil.

Ce conte est et donne les dimensions du problème,

Où se trouve, dites-moi, son domaine,

Pouvez-vous, le puis-je moi-même,

Donner forme et vie à ces problèmes ?

Dernière mise à jour : jeudi 2 novembre 2006

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