Formation : la lettre de Clotilde

Très chère amie

A chacune de nos rencontres, vous me faites part de vos préoccupations dans ce dur labeur qui est le vôtre. C’est avec beaucoup de joie partagée avec vous que j’ai su votre présence, en juin 1998, aux journées d’étude "la formation en accueil familial Accueil familial Mode d’accueil alternatif au maintien à domicile et au placement en établissement spécialisé : les personnes handicapées ou âgées sont prises en charge au domicile de particuliers agréés et contrôlés par les conseils départementaux (ou par des établissements de santé mentale). " organisées par l’IFREP.

Vous m’avez dit combien certaines interventions rejoignaient vos préoccupations. D’autres étaient fort éloignées de la réalité.

Cependant, vous êtes toujours interrogative sur ce que l’on peut vous ”apprendre”. Certes, avoir des repères pour cerner certaines pathologies vous semble important, mais vous avez le sentiment que bien souvent la formation est récupérée, utilisée pour faire plaisir à ceux et celles qui pensent qu’il y a là un vide à combler. Un des intervenants, lors de ces deux journées, l’a d’ailleurs fait remarquer.

A vous entendre parler de votre isolement, je dirais même de votre solitude, de vos difficultés, de votre enfermement, j’ai le sentiment que la "formation obligatoire”, vous la souhaiteriez comme un lieu d’échanges, de rencontre, de partage avec les intervenants, avec les autres familles d’accueil.

Il ne s’agit pas pour vous d’un savoir livresque qui reprendrait un thème comme celui de la toilette qui doit être faite dans les règles de l’art des établissements, selon certains qui se targuent de connaître ce problème difficile. Mais, pour vous, ce ne sont pas les toilettes proprement dites qui posent problème. Vous avez su, dès les premiers jours, être suffisamment présente et attentive, mais assez discrète, pour laisser à la personne accueillie l’intimité nécessaire à ce moment-là, et pour lui apporter en même temps l’aide nécessaire. Vous avez également su évoluer dans le temps.

Par contre, vous êtes toujours interloquée lorsque personne ne semble comprendre que vous acceptiez si difficilement que l’un ou l’autre de vos accueillis tague les murs de la salle de bains avec ses excréments. Vous pensez qu’il manque aux formateurs une dimension qui est celle de comprendre que cette scène se déroule dans un lieu privé habituellement réservé à une famille et non ouverte à des personnes étrangères à cette famille, de plus des personnes que l’on dit ”différentes”. Pour que votre formation soit positive, cet élément devrait être présent à l’esprit de ceux qui se confrontent à la lourde tâche de créer dans ce domaine où tout est à inventer.

Mais le législateur, en imposant la formation dans le cadre de la loi, a un peu mis la charrue avant les bœufs. En effet, il laisse entièrement à votre charge l’organisation de vos remplacements, et la formation continue n’est pas prévue. Rien n’est prévu également pour que cette formation puisse déboucher sur d’autres professions. Et il est impossible de tenter de se reconvertir en cessant l’accueil puisque vous n’avez droit à aucune indemnité pour assurer votre vie matérielle pendant votre reconversion.

La précarité de votre statut est souvent oubliée. Et cette précarité vous amène, vous Colombe, mais également vos collègues, à taire de nombreuses situations difficiles. Le départ de la personne accueillie peut toujours vous être imposé si vous vous ”plaignez” trop. Des doléances mal interprétées peuvent aussi conduire au retrait d’agrément. Cette précarité vous fait repousser toujours plus loin vos limites. Et j’ai le sentiment que bien souvent, vous ne voulez même pas tenter de les connaître.

Mais, Colombe, est-il nécessaire que l’accueil familial soit autant formalisé ? La richesse et la qualité de votre travail ne viennent-elles pas de sa spontanéité et de son côté informel, peut-être du mystère qui l’entoure ?

Qui dit formation dit meilleure qualité de travail dans les accueils proposés. Mais cette formation est souvent envisagée uniquement pour le bien-être des accueillis, qui certes doivent être au centre de vos préoccupations. Mais vous devez également pouvoir vous sentir bien dans votre travail, et les conditions particulières dans lequel vous l’exercez sont suffisamment difficiles pour qu’il soit légitime qu’une attention accrue soit apportée à vous aider à trouver une qualité de vie pour vous-même et votre famille.

Depuis toutes ces années au cours desquelles je suis devenue votre confidente, mon sentiment est que vous allez le plus souvent à l’essentiel, sans vous interroger, sans analyser (d’ailleurs en avez-vous le temps ? ). C’est peut-être là que se trouve la pierre d’achoppement entre les formateurs et les familles d’accueil.

Et je me permets de vous donner mon avis : votre formation devrait vous amener à être capable d’énoncer votre différence : vous n’êtes ni un hôpital, ni un centre d’aide par le travail, ni un foyer de vie, vous êtes d’abord une famille. Dire votre différence, mais sans l’imposer, ni vous justifier, ni chercher à convaincre.

Vous n’avez pas besoin des approbations des autres pour être ”famille”, mais cela suppose de vos partenaires et interlocuteurs une qualité d’écoute extraordinaire et beaucoup d’humilité. Je ne suis pas sûre que tous les spécialistes du ”placement familial” soient prêts à s’effacer devant la qualité de votre travail.

Mais si les termes ”savoir”, ”savoir-faire”, ”savoir-être”, sont des termes forts que j’entends souvent dans votre bouche, ces qualités devraient amener les partenaires qui vous entourent à vous respecter. Ce qui n’est pas toujours le cas, n’est-ce pas ?

Vous me dites souvent qu’être famille d’accueil c’est un vrai sacerdoce ; est-ce que cela s’apprend ?

A bientôt de vos nouvelles, Colombe. Votre dévouement m’émerveille à chaque instant.

Dernière mise à jour : jeudi 2 novembre 2006

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