Chacun peut constater la diversité des conceptions de l’accueil familial Accueil familial Mode d’accueil alternatif au maintien à domicile et au placement en établissement spécialisé : les personnes handicapées ou âgées sont prises en charge au domicile de particuliers agréés et contrôlés par les conseils départementaux (ou par des établissements de santé mentale). en France, des diffé­rences entre le thérapeutique et le social et à l’intérieur même de ces deux champs. Dans le Nord, nous avons aussi une diversité de l’appréciation de l’accueil familial. Il faut savoir que le département est tout en longueur. Entre Dunkerque et Anor, ville la plus au sud du départe­ment, il y a plus de 200 kilomètres. Des gens vivent sur la côte et d’autres vivent dans l’ag­glomération lilloise qui dépasse le million d’habitants. On trouve aussi le secteur ouvrier du Valenciennois et d’une partie de la Sambre, des zones de culture dans le Cambrésis (un peu comme en Seine-et-Marne) et du bocage dans l’Avesnois (comme dans le calvados). Cette diversité des territoires est aussi une diversité des modes de vie, des conceptions de la famille et de l’accueil.

Il y a six ans, dans un contexte de dysfonctionnements, les familles d’accueil ont fait pression pour être reconnues et ont finalement été reçues par le vice-président chargé de l’aide sociale aux personnes âgées et handicapées. Un nouveau responsable de service a ensuite été nommé. Cette rencontre a permis aux familles d’accueil de faire part d’une longue liste de doléances : cadre trop strict, absence des équipes du Département sur le terrain, absence d’informations, absence de dialogue, absence de définition du rôle de chacun...

À cette époque, l’agrément et le suivi des familles d’accueil, normalement assurés par le département, n’étaient pas satisfaisants. Quant au suivi des personnes accueillies, il était confié à plusieurs organismes conventionnés : cinq associations de type A.P.E.I., deux maisons de retraite, deux centres hospitaliers et des associations d’aide à domicile. La diversité des organismes se traduisait par une disparité de fonctionnement selon les secteurs du département.

Les premières réunions associant les familles d’accueil et le nouveau responsable de service n’ont pas été aisées en raison de l’incompréhension et du malaise qui s’étaient instaurés et du peu d’habitude des uns et des autres de s’écouter. Un inventaire de revendications a été dressé à partir de la mise en cause du Département, de certains organismes conventionnés et, plus largement, du cadre législatif qui soulevait l’incompréhension notamment en raison de la disparité des pratiques d’un département à l’autre mais aussi en raison des différences d’interprétation selon les acteurs.

Pour exemple, les services tutélaires téléphonaient à plusieurs familles d’accueil, et celle qui proposait le tarif le plus bas était retenue. La qualité de l’accueil s’en res­sentait logiquement. Ou bien encore, certains organismes exigeaient la présence d’interphones dans les chambres et des extincteurs dans toutes les pièces.

À l’issue de l’inventaire des problèmes rencontrés par les familles d’accueil, les dix-sept orga­nismes chargés du suivi ont été réunis. Ils ont ensuite été scindés en deux sous-groupes selon qu’ils suivaient des accueillants de personnes âgées ou de personnes handicapées. La trans­mission des revendications des familles d’accueil à ces organismes a soulevé l’indignation et la colère des uns ou des autres sur tel ou tel point. De leur côté, ces organismes avaient eux-mêmes des revendications quant à l’absence du département sur le terrain, et quelques inquié­tudes quant à un éventuel déconventionnement.

De réunions de familles d’accueil en réunions de représentants des organismes de suivi, de réunions de travail avec des familles d’accueil et des organismes en réunions de travail en sous-groupes, plus de quatre-vingt rencontres se sont déroulées sur six mois. À partir d’exemples concrets vécus par les uns ou les autres, les textes réglementaires ont été analysés et réinter­prétés jusqu’à rédiger la charte de l’accueillant et un nouveau contrat d’accueil.

Au-delà, ce travail a permis aux interlocuteurs, après d’importantes passes d’armes, de se connaître, de se reconnaître, de se mettre d’accord et de trouver un équilibre de fonctionne­ment. Par ailleurs, le Département s’est repositionné, reprenant à son compte l’agrément et le suivi des familles d’accueil. Le suivi des personnes accueillies (âgées ou handicapées) est logi­quement resté du domaine de compétence des organismes conventionnés. Il leur a ensuite été demandé d’alerter les services du Département en cas de dysfonctionnement chez une famille d’accueil au lieu de vouloir régler le problème eux-mêmes.

Les fondements de la réflexion menée ont été la souplesse, l’intelligence et la concertation. Il a aussi été nécessaire de revenir au principe de base du contrat d’accueil, à savoir qu’il ne s’agit pas d’un contrat formel mais d’un contrat synallagmatique, principe qui a été oublié dans de nombreux départements. Ceci a notamment nécessité de s’interroger sur les responsabilités des acteurs et sur leur limites.

Concernant la charte de l’accueillant, elle repose sur l’idée qu’une famille agréée ne peut pas recevoir n’importe quelle personne, mais qu’il faut tenir compte de ses points forts et de ses points faibles, de son désir et de sa façon de travailler, de la prestation de services qu’elle peut assurer. Chaque offre de service est différente, position qui n’était pas comprise au début, même par les accueillants dont certains étaient prêts à accueillir « n’importe qui ».

Le travail de la démarche-qualité a consisté en une réflexion sur l’adéquation entre l’offre de l’accueillant familial et le projet de vie individualisé de la personne à accueillir. Nous avons fait l’effort d’écrire, petit à petit, ces projets individualisés afin de se mettre d’accord avec l’ac­cueillant et d’éviter les dérives menant à la maltraitance. En effet, chaque personne qui arrive en famille d’accueil est différente, et si la famille d’accueil applique ce qu’elle faisait lors de l’accueil précédent, elle risque de faire de gros dégâts.

Par exemple, si elle recevait une personne dépendante qui ne pouvait pas sortir, et accueille maintenant une personne plus autonome en appliquant les mêmes méthodes, cette personne va perdre très rapidement son autonomie alors que le but recherché est justement un accueil dyna­mique et pas seulement un hébergement. Une telle approche a permis aux accueillants de défi­nir ce qu’ils étaient capables de faire et les évolutions qu’ils souhaitaient. Au travers de la char­te de l’accueillant, ce sont les concepts de professionnalisation, de métier, d’éthique, de déon­tologie qui ont pu être travaillés, et ce au-delà des obligations imposées par la loi. Les accueillants sont devenus des professionnels et des partenaires du conseil général dans un contexte d’harmonisation des pratiques.

Au quotidien, les accueillants ont été formés par les intervenants des organismes chargés du suivi quant aux gestes de base (toilette, manipulation...) mais la collaboration a également per­mis de proposer des activités extérieures aux accueillis dans un souci d’autonomisation mais aussi pour le bien des accueillants. C’est assez aisé pour les handicapés qui peuvent se rendre dans des centres d’aide par le travail ou dans des foyers occupationnels, et plus difficile pour les personnes âgées. Nous avons cependant pu travailler avec « Les petits frères des pauvres » qui proposent des activités auxquelles les personnes accueillies se rendent, soit accompagnées par l’accueillant, soit par des bénévoles.

Sur le plan de l’accompagnement, les professionnels des organismes de suivi mènent leurs visites en trois temps : avec l’accueilli, avec l’accueillant, et avec les deux ensemble, ceci à rai­son d’une visite par mois au minimum, et davantage surtout en début d’accueil. Les organismes dressent un bilan mensuel d’activités transmis au conseil général. Cette procédure peut sem­bler lourde mais elle garantit un certain niveau de qualité.

Cet accompagnement conçu comme un conseil et une médiation va bien au-delà du contrôle « policier » instauré par la loi de 1989. Il a aussi influencé la procédure d’agrément instruite par trois équipes médico-sociales dépar­tementales, et notamment le fait de motiver les refus d’agrément. En clair, si le refus ne peut pas être motivé... le demandeur doit être agréé. Mais surtout, il s’agit de dialoguer avec le pos­tulant afin de lui faire comprendre notre position et de l’aider à envisager d’autres hypothèses de travail même si ce n’est pas toujours facile.

La procédure d’agrément proprement dite repose sur trois ou quatre visites d’une demi-journée faites par une équipe médico-sociale (un travailleur social et un auxiliaire médical). Au terme de cette première phase, nous téléphonons à l’organisme de suivi local pour l’informer qu’il y a un candidat prêt à recevoir sa visite, sans lui faire part de l’opinion que nous en avons. L’organisme dispose d’un délai de deux mois pour aller voir la personne et établir la « fiche profil de l’accueillant » sur laquelle sont notées les conditions de l’accueil (description de la maison, composition de la famille, présence de personnes âgées, élevage éventuel d’animaux, culture du jardin...). Ces conditions d’accueil renvoient en fait à une offre d’accueil qui per­mettra d’orienter un accueilli plutôt qu’un autre.

Une commission consultative locale d’agrément est ensuite organisée afin de donner un avis favorable ou non à partir duquel le président du conseil général prendra sa décision. Au-delà, ce travail engage la suite de la collaboration lorsque la candidature est retenue.

Toujours dans le cadre de l’accompagnement, les accueillants sont réunis une fois par an par petits groupes de six-sept à raison d’une demi-journée. Ces rencontres sont thématiques et ouvrent sur des ateliers d’expression sur le thème choisi (cette année, la prophylaxie) qui per­mettent de discuter du travail de l’accueillant. Un compte-rendu est ensuite adressé à chacun.

Dans les situations où un accueillant pose problème (fautes graves, maltraitance), une procé­dure existe. Il est convoqué, et peut être représenté soit par un membre de l’association des accueillants, soit par un membre de sa famille ou de son cercle amical et l’on discute avec lui des difficultés constatées. À la suite de cela, on s’oriente soit vers un retrait d’agrément, voire la saisine du procureur de la République, soit vers un accompagnement spécifique pendant six à huit mois pour qu’il révise ses façons de faire.

Ce qui est intéressant, c’est qu’environ la moi­tié des accueillants concernés arrêtent d’eux-mêmes au bout de trois ou quatre mois parce qu’ils sentent qu’ils ne sont plus en capacité de s’adapter à ce nouvel accueil familial. Et cela permet aux autres d’améliorer les choses : certains sont ainsi revenus de loin... Il y a là un res­pect de l’accueillant familial.

Avec le travail réalisé, l’accueil familial des adultes âgés ou handicapés n’est plus une « for­mule hôtelière pratique et pas chère », mais un service composé de partenaires agissant en équi­pe avec, pour conséquence immédiate, l’amélioration de la qualité de l’accueil. On dit souvent que la personne accueillie est au centre de l’accueil familial et ce n’est pas vrai. La nature même de l’accueil familial place en son centre deux personnes et même davantage : la personne accueillie, la personne agréée et sa famille, ou d’autres personnes.

Post Scriptum

Ce département est depuis plusieurs années le "champion" des accueils familiaux, en nombre d’accueillants et en nombre de personnes accueillies. Un record à battre ! :-) :-)

Dernière mise à jour : lundi 4 avril 2011

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