L’accueil familial sur mesure : un travail soigné !

Belén ALONSO, accueillante familiale en Haute-Loire, administratrice de l’association Famidac (texte intégral)

Qui suis-je ?

Je suis accueillante familiale en Haute-Loire, dans un village d’une trentaine d’habitants. J’ai partagé ce travail pendant quelques années avec mon compagnon. Depuis cette année, il est retourné à son travail d’éducateur spécialisé.

J’ai été agréée par le conseil général de la Haute-Loire en 1996. J’ai commencé l’accueil par des remplacements d’autres accueillants, à leur domicile ou au mien, lors de week-ends et de vacances. En 2000, nous avons demandé et obtenu l’agrément du CHS François Tosquelles (Lozère) et nous avons démarré l’accueil familial Accueil familial Mode d’accueil alternatif au maintien à domicile et au placement en établissement spécialisé : les personnes handicapées ou âgées sont prises en charge au domicile de particuliers agréés et contrôlés par les conseils départementaux (ou par des établissements de santé mentale). thérapeutique, toujours temporaire.

Cette année, j’ai aussi été sollicitée pour l’accueil temporaire de travailleurs en centres d’aide par le travail vivant en foyer d’hébergement. Ce type d’accueil qualifié de social, de plus en plus demandé par certaines institutions, ajoute un partenaire : l’équipe éducative.

Actuellement, j’accueille deux personnes en accueil familial thérapeutique AFT
Accueil Familial Thérapeutique
Des personnes souffrant de troubles mentaux peuvent être prises en charge au domicile de particuliers formés, agréés et employés par des établissements psychiatriques.
à raison de trois jours par semaine, et une personne en accueil familial social un week-end par mois.

Je fais partie de l’association Famidac, qui regroupe des familles d’accueil et leurs partenaires (parents, médecins, personnes handicapées, psychologues, tuteurs...) sur toute la France. Son but principal est de faciliter l’entrée en contact et les échanges d’informations, d’expériences et de savoir-faire entre partenaires de l’accueil. L’ordinateur, Internet et les autres merveilles de la technologie moderne permettent de surmonter l’isolement géographique et le manque de communication, principales difficultés des accueillants familiaux accueilant familial
accueillants familiaux
Agréés pour prendre en charge à leur domicile des personnes âgées ou handicapées adultes n’appartenant pas à leur propre famille, les accueillants familiaux proposent une alternative aux placements en établissements spécialisés.
.

Dans un métier qui présente autant de pratiques que d’accueillants, et autant de dispositifs que de départements, Famidac se veut fédératrice des expériences et des méthodes afin de faire évoluer notre profession vers un idéal où tous les partenaires trouveraient leur compte : des accueils mieux préparés, plus suivis ; un travail en commun, avec un fort investissement de tous les partenaires ; des accueillants plus professionnels, mieux formés, mieux informés et mieux payés ; un contrôle efficace qui évite les dérapages des accueillants ou des accueillis...

On m’a demandé de vous parler de la pratique de l’accueil familial au quotidien. Je vais donc présenter mon expérience, forcément subjective, en exposant le fonctionnement des deux dispositifs d’accueil familial social et thérapeutique dans lesquels j’exerce, ainsi que leurs différences et similitudes et leurs conséquences sur l’accueillant et la personne accueillie.

Présentation des dispositifs

En Haute-Loire, c’est le Service d’Accueil Familial Adulte (SAFA) qui gère l’accueil familial. Dans ce service du conseil général travaillent, sous la responsabilité de la directrice adjointe des services sociaux, deux assistantes sociales, un médecin, une psychologue et une secrétaire. Nous sommes une cinquantaine d’accueillants qui prenons en charge une vingtaine de personnes âgées et le double de personnes handicapées.

La mise en place, le suivi et le contrôle de l’accueil sont assurés par le SAFA. Les assistantes sociales sont souvent sur le terrain, et sont nos interlocuteurs premiers. Nous pouvons faire appel à elles à tout moment et elles se tiennent au courant de l’évolution des accueils, par des visites plus ou moins espacées. Le rôle de la psychologue est fédérateur. Tous les partenaires peuvent faire appel à elle, et elle peut rencontrer toutes les parties concernées par un accueil.

L’hôpital François Tosquelles a été pionnier de la psychiatrie « hors les murs ». Il l’a été aussi d’un « certain » accueil familial, bien avant la loi de 1989 : les patients travaillaient dans les exploitations agricoles environnantes. La famille d’agriculteurs était indemnisée pour la nourriture et l’hébergement par l’établissement, et le patient - travailleur par l’agriculteur pour le travail fourni.

À l’heure actuelle, cet établissement utilise peu l’accueil familial thérapeutique, et il n’existe pas de service spécifique. La décision et l’organisation sont laissées au choix de chaque unité, sous la responsabilité du médecin et avec l’intervention de l’assistante sociale. 7 accueillants familiaux reçoivent une ou deux personnes (jamais trois en même temps). Il n’existe aucun accueil à temps plein.

Le suivi est presque permanent puisque les membres de l’équipe soignante assurent l’accompagnement des personnes, à notre domicile, chaque semaine. Des réunions nous permettent de faire le point sur le déroulement de l’accueil, en présence du médecin psychiatre et d’une bonne partie de son équipe. Ces réunions sont un peu plus fréquentes en début d’accueil et peuvent avoir lieu a tout moment, à notre demande ou à celle de l’unité.

Différences et similitudes dans la pratique et conséquences pour les accueillis

  • Ressemblance dans les pathologies présentées par les accueillis

Avec le temps, les pathologies des personnes accueillies en accueil familial social ou thérapeutique sont sensiblement les mêmes. Souvent, les services départementaux doivent trouver une place en accueil familial social pour des personnes relevant de la psychiatrie, pointant ainsi le manque de service d’accueil familial thérapeutique. De la même façon, on retrouve des personnes en accueil familial thérapeutique, suffisamment stabilisées et adaptées à la vie ordinaire, qui mériteraient d’être ailleurs que dans un hôpital, mais qui y restent par manque de projet ou de place. D’où l’intérêt pour nous d’être préparés pour pouvoir nous adapter.

En accueil social, il y a de plus en plus de demandes pour des personnes handicapées vieillissantes pour lesquelles on manque de places en établissements spécialisés.

En accueil thérapeutique, ce sont les unités s’occupant des patients psychotiques chroniques qui se servent le plus de ce mode de prise en charge. Les projets thérapeutiques peuvent aller de l’estimation des capacités de quelqu’un à vivre en société à son immersion dans un milieu ordinaire, ou être une étape dans l’attente d’un changement vers un ailleurs.

  • La bonne préparation des nouveaux accueils

Nous travaillons de la même façon en accueil thérapeutique et en accueil social : doucement, mais sûrement. On commence par se présenter, par faire connaissance.

En accueil social, dans ce travail qui sert à mettre en relation les futurs partenaires (accueillant, accueilli, famille, tuteur...), tous les membres de l’équipe participent, en fonction de la difficulté propre à chaque accueil.

En accueil thérapeutique, les partenaires sont moins nombreux. Il ne nous est jamais arrivé de rencontrer la famille ou le tuteur de la personne à accueillir. Dans tous les cas, il y a une ou plusieurs visites préalables et une ou plusieurs journées d’essai. Préparer l’accueil et organiser visites et journées d’essai permet aux accueillants et aux accueillis de réfléchir aux difficultés, de comprendre les enjeux et le sens de l’accueil familial.

  • Variations des façons de travailler et de l’investissement en accueil thérapeutique

En accueil familial social, le service étant toujours le même, la procédure est homogène. L’accueil thérapeutique s’organise au coup par coup, par l’une ou l’autre équipe de soignants. Cela implique que l’accueil et son bon déroulement dépendent beaucoup de l’investissement de l’équipe soignante. Et il peut y avoir d’importants changements, positifs ou négatifs, tout au long d’un accueil, en fonction des changements de personnel dans les unités ou du changement d’unité de la personne accueillie.

Ainsi, il est rare qu’un accueil social finisse brutalement. Souvent il s’agit d’une évolution lente, constatée par toutes les parties, qui conduit à une prise de décision conjointe. En accueil thérapeutique, l’arrêt d’un accueil peut intervenir suite à un changement de chef de service, sans demander l’avis ni de la personne accueillie, ni de l’accueillant.

  • Plus accessible dans le suivi, l’accueil social

Le suivi d’un accueil est plus facile quand on travaille avec les mêmes interlocuteurs. Tout le monde se connaît et il y a une certaine confiance. Le milieu médical est plus distant, et si les tracasseries du quotidien sont traitées chaque semaine, l’efficacité peut se ressentir de l’absence éventuelle de transmission des informations.

Plus il y a d’intervenants, moins l’information circule. Il y a aussi la lourdeur administrative de l’hôpital. Combien d’énergie et de temps pour que la personne ait une provision d’argent afin d’aller chez un pédicure. L’ordonnance du médecin, l’accord du tuteur, la transmission de la décision à l’équipe, et pendant ce temps, l’intéressé attend et angoisse ! Parfois, l’accueil familial social a une dimension plus humaine...

  • La présence permanente en accueil thérapeutique

En accueil social, s’il y a un problème pendant le week-end, on peut se sentir très seul et être obligé de prendre une décision importante dans ce contexte. En accueil thérapeutique, il existe une permanence : on peut toujours avoir le médecin de garde, et l’institution s’engage à venir chercher au plus vite les personnes accueillies en cas de crise.

Bien évidemment, les solutions de remplacement pour les vacances ou les situations d’urgence sont plus faciles à mettre en place en accueil thérapeutique. Nos départs en vacances doivent être annoncés et expliqués bien à l’avance et nous faisons en sorte que les personnes accueillies connaissent les personnes qui nous remplaceront en cas de besoin. Cela peut leur éviter beaucoup d’angoisse et d’éventuelles hospitalisations d’office.

  • Différences d’accès à la formation

Le département a proposé une formation initiale aux accueillants à partir de 1998. D’autres stages, aux thèmes variés, nous ont été proposés les années suivantes, nous laissant le choix de participer à un ou plusieurs modules. Les frais de déplacement et de remplacement, pendant les journées de formation, sont assumés par le conseil général.

Aucune formation n’est prévue pour les accueillants en accueil thérapeutique. Certains pensent encore que plus nous sommes « ignorants » dans le domaine médico-social, et plus nous serons aptes à faire de l’accueil. Je n’ai jamais partagé cette opinion.

Au contraire, il me semble que les améliorations dans notre profession passent, en premier lieu, par une meilleure formation. Les personnes que nous accueillons demandent un accompagnement de plus en plus spécifique, qui réponde de manière pertinente aux problématiques présentées. Si nous voulons suivre cette évolution, il nous faudra une bonne formation. La bonne volonté et l’expérience ne peuvent suffire si nous voulons être des vrais partenaires, crédibles et sérieux.

  • Le statut de l’accueillant plus favorable en accueil thérapeutique

II me semble important de rappeler les différences de statut entre l’accueil familial social et l’accueil familial thérapeutique. Avec ce dernier, nous nous rapprochons du statut du « vrai » travailleur, avec congés payés, assurance chômage et un meilleur salaire. Ces petits avantages peuvent nous permettre de souffler quand nous en ressentons le besoin, ou de mettre fin à un accueil qui ne fonctionne pas bien au lieu de le faire « traîner » pour des raisons matérielles.

Conclusion

Selon moi, l’accueil familial évolue de façon positive. Nous sommes plus connus. Nous rencontrons de nouveaux partenaires (foyers occupationnels, lieux ressources...). Nous sommes plus jeunes et avons de ce fait davantage de capacités à faire évoluer notre pratique.
Nous avons plus de compétences puisque nous suivons des formations, temps de rencontre qui nous permettent de comparer nos pratiques et de nous organiser en petits réseaux.

Puisque les demandes sont de plus en plus spécifiques, que les personnes accueillies et les pathologies qu’elles présentent sont de plus en plus variées, nous avons tout intérêt à nous former et à évoluer. Un bon accueil familial peut être une très bonne alternative à des hébergements collectifs où à des hospitalisations. Nous, les accueillants, sommes les acteurs de cette évolution.

Dernière mise à jour : jeudi 17 août 2006

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