L’accueil familial vu par le Petit Prince

Auteur : Marie-Josèphe Godard, accueillante familiale, à la manière de St Exupéry.

St Étienne, 28 juin 2003, 2ème colloque de Gérialist


"Depuis que nous nous sommes quittés dans les sables du désert, j’ai beaucoup voyagé, partant à la découverte d’autres planètes. Vous connaissez le désir que j’ai d’apprivoiser d’autres amis !

Mon périple a été long et difficile, mais j’ai fini par aborder sur une étrange terre. J’y ai découvert d’étonnantes pratiques dans les bivouacs de ce monde là.

Pensez mon ami, des êtres normaux comme vous et moi, constitués en groupes homogènes et qui, par hasard je me le demande, accueillent et vivent chaque instant de leur vie avec d’autres êtres difformes, tordus, boiteux, bossus et dont l’âme et le cerveau sont étrangement dérangés. Des êtres qui bavent, qui crient, qui frappent, qui se mutilent, qui se souillent, qui tremblent.

Je vous sens interrogateur. Vous ne voyez pas où je suis ! Je vous le donne en mille. Devinez ! Je suis sur la planète de l’Accueil Familial.

"Qu’est-ce ?" me dites-vous.

Ce que j’ai dit plus haut.

Ces êtres si malmenés par la vie ou la maladie vivent dans les campements personnels des familles qui leur consacrent leur vie. Tous les instants de leur vie.

"Ce n’est pas possible", répétez-vous.

Mais si, ces gens si dévoués tentent de réaliser avec tous ces handicapés, ces vieillards séniles ce que nous avons fait ensemble. Ils les apprivoisent. Chaque jour, ils dessinent un mouton, une rose, un oiseau, un arbre. Chaque jour, ils reconstruisent le fragile édifice de la veille, tentant d’amener sur les visages ridés et burinés par le temps ou la maladie, un sourire ou son ébauche.

Je vous sens toujours incrédule.

Et pourtant, ces accueillants familiaux accueilant familial
accueillants familiaux
Agréés pour prendre en charge à leur domicile des personnes âgées ou handicapées adultes n’appartenant pas à leur propre famille, les accueillants familiaux proposent une alternative aux placements en établissements spécialisés.
(c’est ainsi qu’ils sont appelés) se donnent beaucoup de mal, sans qu’aucune reconnaissance pour la qualité des soins, la qualité de la vie qu’ils apportent à ceux qu’ils reçoivent, ne leur soit manifestée.

Vous souhaitez plus d’informations ? Que voulez-vous savoir ? Sont-ils aidés ? Par qui ?

Aidés, c’est ce qu’on leur dit, ce qu’on leur laisse croire. Quelques voix tentent de s’élever pour dire tout haut leur incommensurable bonté, leur gentillesse, leur dévouement.

Mais... Nombreux sont ceux qui prétendent que ces familles n’y connaissent rien. Voyez-vous, mon ami, ils n’ont pas étudié et la psychologie ne leur est pas connue.

Toutes ces accueillants sont issus du peuple humble et laborieux des cités et des campagnes. Ils connaissent davantage les mots solidarité et dévouement que les termes médicaux.

Pourtant, ils sont souvent désemparés, seuls, solitaires. Mais sans relâche, ils apaisent d’une caresse les angoisses qui assaillent à la nuit tombée, ils consolent quand la douleur ou la peur sont trop fortes. Ils nourrissent avec des gestes tendres ceux et celles qui ne le peuvent plus. Ils lavent les corps meurtris par la vie, la souffrance ou la vieillesse, les corps usés par les naissances, les maladies, les opérations.

Tous ces accueillants qui s’emploient à adoucir la vie de leurs semblables démunis ou malades, sont des gens courageux, pleins de bonnes idées, très humains, et qui dans le même temps tentent de vivre leur vie familiale personnelle et de se préserver un vie sociale.

Mais ils se heurtent à ceux qui détiennent le pouvoir et l’argent. Ils buttent contre un mur fait de décrets et de circulaires, bien souvent rédigés sans qu’il ait été pris conseil auprès de ceux pour lesquels ils légifèrent. A chacune de mes rencontres, les familles interrogées m’ont dit que la dureté de la vie, le manque de travail, les avaient amenés là. Elles ne sont pas amères, mais un peu déçues, car ce qu’elles font n’est pas perçu comme un travail et seules quelques lois un peu bâtardes, il faut bien le dire, s’y cassent les dents.

Voulez-vous répéter, Renard ?

"Accueillant familial, c’est un beau métier."

Mais oui, Renard, mais oui, si vous saviez comme une main tendue, un regard, un sourire, la viande délicatement coupée dans l’assiette, un baiser sur la joue, le soir au coucher, une toilette qui met à l’aise, une promenade bras dessus, bras dessous, si vous saviez comme toutes ces petites choses de la vie amènent un sourire radieux sur les visages.

Et puis, ces vieillards qui s’en vont vers la fin de leur vie entourés de la chaleur d’une famille, de la tendresse de ceux qui sont devenus au fil du temps leurs intimes, cela leur permet de mieux appréhender ce passage vers un après qui fait toujours un peu peur.

Et, Renard, la mort, le grand départ de ces êtres que l’on a soignés et chéris, est un déchirement profond pour eux, les accueillants. Et, ils sont seuls dans ces moments-là également.

Vous soupirez, Renard, oui... Il n’y a rien d’autre à ajouter !


L’isolement des accueillants familiaux

L’accueil familial Accueil familial Mode d’accueil alternatif au maintien à domicile et au placement en établissement spécialisé : les personnes handicapées ou âgées sont prises en charge au domicile de particuliers agréés et contrôlés par les conseils départementaux (ou par des établissements de santé mentale). , ce sont des maisons disséminées dans toute la France. Des maisons qui ne laissent pas deviner ce qui se vit derrière leurs murs.

Là, dans les familles qui leur ont ouverts les portes de leur cœur avec celles de leurs maisons, vivent des personnes âgées, des handicapés, des malades, des traumatisés crâniens. Là, chaque jour dans la chaleur d’une vie familiale, ces résidents partagent le quotidien de la vie avec leurs possibilités et leurs limites.

Les maisons sont pleines de rires et de chansons, même si les aléas liés à l’état de santé qui s’aggrave font naître bien des soucis.

En traversant un village, vous les avez peut-être aperçus, mais les avez-vous vu ? Et surtout êtes-vous venus à la rencontre de ceux qui les ont accueillis ?

Le quotidien des accueillants familiaux est le même que ceux, qui, dans les EHPAD, prennent en charge le quotidien des personnes vieillissantes. Mais ce quotidien, les accueillants familiaux l’assument souvent dans la solitude.

Sans formation, sans outils, sans partenaires pour réaliser ce travail si particulier, ils vont avec leur bon sens, assumer ou subir.

Ils sont souvent démunis devant l’état de santé qui s’aggrave, la maladie qui s’installe et ils ne mesurent pas toujours leur fatigue, leur essoufflement.

Une journée avec une ou plusieurs personnes dépendantes, c’est se lever tôt le matin pour effectuer les premiers changes après la nuit, et distribuer les médicaments qui doivent être pris avant le lever.

Ensuite, les petits déjeuners, les toilettes. Dans certains cas, l’intervention du service de soins infirmiers à domicile ou de l’infirmière libérale pour une toilette oblige à être disponible. Dans le même temps, il faut refaire les lits, effectuer le ménage des chambres et des salles de bain, préparer le déjeuner, sans oublier les enfants qui vont à l’école et dont il est nécessaire de s’occuper, la vie ordinaire d’une famille...

L’heure du déjeuner est vite là, et il faut recommencer, faire manger ceux qui ne le peuvent pas ou qui ne le peuvent plus. De nouveau les changes, et là enfin un peu de répit, beaucoup font la sieste. Puis l’heure du goûter de nouveau et la préparation du dîner. Sans oublier les divers rendez-vous nécessités par l’état de santé ou la préservation de cet état de santé : tout est à protéger, les dents, les yeux, l’ouïe, les pieds, et j’en oublie sûrement. Et encore l’approvisionnement général de la maison, le coiffeur, l’esthéticienne, le pédicure, le kiné.

Mais, à ce quotidien qui se passe avec la ou les personnes résidentes, s’ajoute la vie d’une famille avec les enfants, les petits enfants, les parents vieillissants, notre propre vie sociale et familiale.

Nous sommes accaparés par un multitude de tâches pas toujours très motivantes et malgré notre fatigue, notre lassitude, il nous faut encore bien souvent nous relever la nuit pour répondre aux appels de l’un ou l’autre ou pour calmer les cauchemars.

Alors, notre intégration dans le système de prise en charge des personnes âgées ne peut qu’être bénéfique.

Dernière mise à jour : jeudi 2 novembre 2006

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