(...)

Sources et données statistiques

Les données chiffrées sur les familles d’accueil existent mais restent relativement générales. Je les ai classées en deux catégories :

1 - Les données globales résultant d’enquêtes nationales, à savoir :

2 - Les données plus ciblées relatives à des services d’accueil familial thérapeutique AFT
Accueil Familial Thérapeutique
Des personnes souffrant de troubles mentaux peuvent être prises en charge au domicile de particuliers formés, agréés et employés par des établissements psychiatriques.
 :

  • l’étude de Marcel Jaeger en 1986 intitulée "Les familles nourricières dans un placement familial pour malades mentaux" et portant sur un échantillon de 21 familles du service d’accueil familial de Soisy-sur-Seine,
  • l’examen des situations matrimoniales des familles d’accueil en activité ou ayant récemment quitté notre service de Soisy-sur-Seine, soit un échantillon de 33 familles,
  • le mémoire d’une étudiante en maîtrise de psychologie portant sur le profil de 53 familles d’accueil de différents services d’accueil familial thérapeutique.

L’exploitation de ces sources fournit des informations d’ordre général qui ne surprennent pas.

La majorité des familles d’accueil a entre 40 et 50 ans. A peine 10% ont moins de 35 ans.

Les 3/4 sont des couples mariés avec ou sans enfant au domicile, et appartiennent dans une même proportion à la CSP des ouvriers-employés et au milieu agricole.

Le taux de nuptialité est de 10 à 20% supérieur à la répartition des ménages français et le taux de fécondité est de 4 fois supérieur aux moyennes nationales.

La nationalité n’est pas relevée dans les études nationales, mais notre service a toujours 1/3 de familles d’origine étrangère dont la fécondité est plus élevée que celle des couples français.

S’agissant de l’appartenance religieuse, elle reste plus marquée que la moyenne nationale même si l’échantillon de référence (54 familles d’accueil) est faible.

Venons-en à ce qui nous préoccupe : les transformations liées aux recompositions familiales affectent-elles les familles d’accueil de la même manière ? Les informations suivantes se limitent à notre service, à partir des enquêtes de 1986 et 1999 (soit 54 familles d’accueil) et aux 55 familles d’accueil dont la candidature a été refusée entre 1980 et 1990.

S’agissant des familles ayant été employées, 21 % vivent maritalement ou sont remariées après une séquence de monoparentalité provoquée par un veuvage, une séparation ou un divorce. La famille monoparentale reste très minoritaire.

S’agissant des candidatures refusées, la part de personnes non mariées reste sensiblement identique. Les veuves sont plus présentes (9%) du fait de leur précarité, ainsi que les personnes séparées/divorcées vivant seules.

Les motifs de refus sont principalement liés à une motivation pas suffisamment partagée par les membres de la famille, à une cellule familiale trop fragilisée pour accueillir un patient ou à une probable difficulté à travailler avec une équipe.

Quelques pistes de réflexion

Les données recueillies renseignent sur la famille type, à savoir celle que l’on recrute le plus fréquemment et dont les caractéristiques sont les suivantes :

  • une appartenance au milieu ouvrier-employé, issue souvent d’une famille nombreuse, d’une moyenne d’âge de 40/45 ans et dont la dame d’accueil a terminé ses nombreuses maternités,
  • les familles recomposées ne sont pas exclues, ce qui fait penser qu’il n’y a pas de modèle à proprement parler, en décalage avec les données sociologiques ordinaires,
  • il n’existe pas, sauf exception, de personne seule homme, ni de famille monoparentale dont le chef de famille soit un homme. S’agissant de notre service, les femmes seules le sont devenues à la suite du décès de leur conjoint ou d’un parent dont elles avaient la charge,
  • une cohésion familiale s’exprime par une solidité des liens familiaux. Cela ne veut pas dire que les familles sans problèmes psychologiques constituent "les meilleures familles". Sans s’attarder, on sait, au travers de leur histoire personnelle, que "chacune d’elles a connu des difficultés et que leurs besoins affectifs insatisfaits ou mis en cause par des deuils offrent une sensibilité et une tolérance" aux symptômes des patients et une chaleur humaine.

Au-delà des généralités, on peut noter quelques particularités que les chiffres rendent peu perceptibles. Ainsi, dans les familles recomposées de notre service, c’est très souvent la dame d’accueil qui garantit temporairement ou durablement, par son travail, les ressources du couple. Les chiffres sont muets sur l’état exact des relations. Un couple marié peut traverser des conflits, et une famille recomposée peut être plus stable dans l’équilibre relationnel de ses membres. Dès lors, la question est de savoir s’il y aurait un idéal de fonctionnement intra familial recherché ou favorisé par les équipes dans le recrutement des familles d’accueil.

Un étude des représentations des professionnels serait probablement enrichissante sur ce point. A défaut, je me propose de vous livrer quelques hypothèses.

On constate que le savoir-faire des familles s’appuie pour une grande part sur les "qualités parentales acquises auprès de leurs enfants" qu’elles exportent ou transposent auprès de l’accueilli. S’y ajoute l’investissement accordé aux choses qui rythment la vie quotidienne.

Les capacités éducatives des familles d’accueil, éprouvées par leurs nombreuses maternités, constituent une constante qui peut avoir un effet de réassurance lors du recrutement. C’est surtout la place qu’elles accordent aux valeurs de la famille qui devient un gage positif car leur nouveau travail à domicile va offrir à ses membres une disponibilité et une permanence dont l’accueilli va se nourrir. La cellule familiale et l’espace domestique sont des aspects investis qui vont offrir des points d’appui stables au malade.

Les familles présentent souvent une répartition des places et des rôles selon un modèle classique : division sexuelle du travail domestique, prépondérance éducative de la mère auprès des enfants, travail salarié du conjoint peu présent au domicile durant la journée... C’est cette culture familiale du stable, rythmée par des habitudes et marquée par un équilibre conjugal, qui est recherchée pour la réinsertion des malades en accueil familial. Le modèle qui se dessinerait serait basé sur l’équilibre relationnel intra familial, qu’il soit scellé ou non par le mariage.

Pour les couples vivant en union libre ou remariés, je n’ai pas trouvé d’attitudes ou de conduites différentes dans leur approche du patient ou dans leurs habitudes quotidiennes. La recomposition familiale ne constitue pas, en apparence, un analyseur fiable. Les observations relatives aux cycles de transformations provoqués par les ruptures ou les séparations passées (qui affectent l’enfant en termes de confusion des places généalogiques, écartelé entre deux systèmes d’appartenance) ne sont plus opérantes car l’éducation des enfants est souvent terminée et l’ancienneté de vie commune du couple étant importante, elle leur a permis de se construire une stabilité conjugale.

Les crises conjugales ou familiales chez les familles d’accueil sembleraient être rares. Les départs des familles salariées sont imputables à des déménagements, à la retraite ou à des problèmes de personnalité, sans que cela puisse être attribué à des conflits conjugaux.

Bien des questions restent en suspens, et quelques pistes pourraient être explorées :

  • quelles sont les représentations à l’œuvre, lors du recrutement des familles candidates, par les équipes de soins, de la famille idéale ?
  • peut-on parler, compte tenu de la moyenne d’âge des familles d’accueil, d’une sorte de maternage ou tout du moins de dispositions éducatives qui auraient besoin d’être satisfaites après le départ des enfants de leur domicile ?
  • y a-t-il un lien entre les dispositions des familles d’accueil (contenante, suffisamment bonne, ouverte, vivante...) et la composition du système familial ?

En guise de conclusion

La composition des familles d’accueil reste celle du modèle d’une cellule familiale stable qui semble être de plus en plus en décalage avec l’évolution sociologique de la famille marquée par des désunions fréquentes et par un nombre d’enfants réduit. On peut s’interroger sur les possibles difficultés à recruter, dans un avenir proche, des familles dites "classiques". Cette question est déjà une réalité dans certains pays ; en témoignent les réflexions soulevées au congrès de Geel en mai 2000.

Dernière mise à jour : jeudi 2 novembre 2006

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