La lettre de Clotilde

Depuis le numéro 4, nous publions la lettre que Clotilde adresse à Colombe, et à toutes les Colombe de France, afin d’illustrer le thème principal de chaque numéro.

Très chère amie,

Vous avez été indignée que les “ propositions ” de Madame Aubry figurent dans un projet de loi dit de “ modernisation sociale ”. Vous avez du mal à imaginer qu’il s’agisse là d’une avancée. D’autant que si ces propositions sont écrites, elles n’ont même pas été discutées. Vous pensez qu’une fois de plus c’est un “ os ” qui vous a été donné à ronger.

Vous êtes d’autant plus indignée que dans son livre “ Le choix d’agir ”, paru chez Albin Michel, Madame Aubry écrit page 15 : “ L’aide la plus précieuse que je pouvais sans doute apporter à ces femmes et à ces hommes consistait à les écouter simplement, à leur permettre enfin d’exprimer devant un responsable leurs angoisses et leurs ressentiments. Je ne pouvais qu’essayer de partager cette émotion ”.

Et vous avez envie de dire à Madame Aubry : “ Vous avez reçu, vous ou l’un de vos collaborateurs, les familles d’accueil. Les avez-vous écoutées ? Avez-vous tenté d’entendre notre fatigue à être sur la brèche 24 heures sur 24, tous les jours de l’année ? Vos propositions ne semblent pas tenir compte des particularités et des difficultés de l’accueil familial Accueil familial Mode d’accueil alternatif au maintien à domicile et au placement en établissement spécialisé : les personnes handicapées ou âgées sont prises en charge au domicile de particuliers agréés et contrôlés par les conseils départementaux (ou par des établissements de santé mentale). ”.

Pour vous, la loi qui a été votée en 1989 est inique. Et ce n’est pas le paiement des jours de congé qui changera quelque chose au quotidien. Pourquoi ? Parce que personne n’a intérêt à voir se développer ce merveilleux travail qu’est l’accueil familial.

Les familles d’accueil d’adultes et de personnes âgées sont traitées moins bien que ne l’étaient les serfs. Tout doit concourir au bien-être de la personne accueillie. Vous vous demandez pourquoi des salariés doivent être les esclaves de leurs employeurs. Depuis quand des salariés doivent-ils avoir une fortune personnelle pour loger, nourrir, entre- tenir un employeur dont bien souvent personne ne veut, à commencer par sa famille ? Depuis quand, pour moins que le forfait hospitalier, est-il possible de loger, nourrir, éclairer, chauffer, laver et accompagner des personnes dépendantes ? Depuis quand un salarié doit-il assumer le financement de son remplacement ? Et depuis quand ce même salarié doit-il s’acquitter des charges sur salaire, alors que la personne accueillie est exonérée des charges patronales ?

La réponse est : depuis le vote de la loi du 10 juillet 1989.

Et vous ajoutez que vous avez même rencontré des esprits chagrins qui pensent que l’utilisation des chèques emplois services et des avantages qui en découlent ne vous est pas permise !

Alors vous vous interrogez. A qui faites-vous peur ? Qui participe aux négociations ? Depuis quand des représentants extérieurs, tels que l’UNIOPSS, ont-ils des avis à donner sur cette question ? Pourquoi peut-on entendre au cours d’une émission télévisée que “Donner de l’argent aux familles d’accueil c’est en prendre aux autres structures” ?

S’il y a placement en famille d’accueil, c’est souvent et surtout dans le domaine de l’accueil des adultes parce qu’il n’y a pas de place disponible ou de structure adaptée. Alors, à qui un conseil général enlève-t-il de l’argent quand il ne peut répondre à sa mission d’hébergement ? Vous pensez que l’hypocrisie qui règne dans notre monde moderne fait que chacun tire la couverture à soi, et que personne ne veut perdre un quelconque avantage.

Force vous est de constater que vous n’avez aucun des moyens d’action qui sont accessibles aux autres salariés : grève, manifestation… Comment pourriez-vous faire grève ? Vous seriez vite accusée de négligence et peut-être même de mauvais traitements.

Pour vous, il est clair que si demain votre profession devenait attractive au niveau du salaire et des conditions de travail, il y aurait un certain développement de ce mode d’accueil. Mais il vous apparaît également que ce mode d’accueil est une solution onéreuse et qui demande la mise en place de moyens d’accompagnement lourds.

Vous arrivez à émettre l’idée suivante : la loi devrait imposer aux structures qui vous recrutent ou font appel à vos services de mettre en place, en plus des services d’accompagnement qui fonctionnent plus ou moins bien, des possibilités d’accueil de jour pour que vos résidents puissent réaliser des activités ou tout simplement pour que vous puissiez souffler.

Votre réflexion s’appuie sur votre longue pratique et sur les incohérences qui accompagnent le quotidien. A toutes nos rencontres, vous ne manquez pas de me rappeler les mille et une petites “ misères ” qui vous sont faites chaque jour. Celle qui vous gêne le plus est la récupération, par le président et le directeur d’une structure de votre département, d’un accueil réputé difficile que vous semblez réaliser sans trop de difficultés.

Vous n’êtes pas très heureuse de voir ces messieurs se féliciter de votre réussite. Ce qu’ils oublient, c’est qu’ils vous ont laissé tomber depuis lors.

Je pense que vous ne cherchez pas à faire rémunérer votre dévouement. Vous souhaitez seulement travailler dans de meilleures conditions et vous vous inquiétez des répercussions qu’un tel travail peut avoir à la longue sur votre santé physique et morale, mais aussi sur celle des autres membres de votre famille.

Mais je sais que, malgré les difficultés et le fort sentiment d’injustice qui vous habite, vous allez continuer comme chaque jour à garder le sourire et lorsque vos voisins vous complimenteront sur la qualité de votre travail, vous leur répondrez par votre si beau sourire.

A bientôt, très chère Colombe, et haut les cœurs.

Dernière mise à jour : vendredi 8 avril 2011

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