La manière d’être, un savoir intérieur et extérieur

Mireille GHYSELEN, famille d’accueil - Placement Familial Psychothérapique pour Adultes, Soisy sur Seine


La manière d’être, un savoir intérieur et extérieur, de bons outils à utiliser au bon moment

Je pense important de préciser que mon propos ne peut, et ne doit pas, être pris comme une recette ou comme un conseil. Il ne s’agit en rien d’une marche à suivre. Cela n’engage que moi, chacun va en tirer des conclusions selon sa manière d’être, mais également selon ce qu’il a envie d’entendre.

Lorsque je suis arrivée au service de placement familial psychothérapique de Soisy, en 1990, je n’avais à ma disposition que ma connaissance intérieure. Cela représentait déjà beaucoup, mais pour moi ce n’était pas assez. Je sentais qu’il me manquait quelque chose. Je ne me sentais pas ”à la hauteur” devant l’équipe et cela me gênait. J’avais le sentiment qu’il n’y avait pas de place pour moi. J’avais l’impression qu’on me cachait des choses, qu’il y avait des secrets que je ne devais pas connaître parce que je n’étais pas professionnelle au sens où le sont les membres de l’équipe.

Ceux-ci ne parlaient pas beaucoup, ils ne faisaient que m’écouter et cela m’agaçait un peu. Je me demandais ce qu’on attendait de moi. J’avais l’impression d’être assise entre deux chaises. C’est une situation ”inconfortable”. C’est à ce moment-là que j’ai décidé d’être ”à la hauteur” et j’ai pensé : je dois me débrouiller pour leur prouver que l’on peut être partenaires. Pour moi, le partenariat c’est travailler ensemble en formant une équipe avec un échange de dialogues, pas à sens unique. Je me suis donc dit que je devais acquérir d’autres connaissances afin d’être plus complète, de celles que l’on apprend dans les livres, la connaissance ”extérieure”, ”sujet de polémique professionnelle”.

J’ai commencé par observer l’équipe qui s’occupait des patients, car ”eux” aussi ont une manière d’être. Je me suis posée beaucoup de questions et je me suis dit que je devais trouver moi-même les réponses à ces questions. Je me suis mise à chercher dans les bibliothèques, dans les librairies, dans les rayons des supermarchés, j’ai acheté tous les dictionnaires et les encyclopédies, je me suis abonnée à des revues scientifiques, j’ai acheté des livres de professionnels. J’ai constitué trois bibliothèques. J’ai été dans les congrès, les colloques, les journées d’étude.

A chaque fois j’allais chercher quelque chose, rien n’aurait pu m’arrêter.

Je me demandais s’il existait une manière spécifique d’être et de faire, un peu comme dans une recette de cuisine. Il m’a fallu du temps pour comprendre qu’il n’y en avait pas. Cette manière d’être m’a valu des remarques de toutes sortes et de tous les côtés à la fois. Certaines personnes m’ont demandé si je me prenais pour un médecin ; ces personnes ne m’ont pas comprise. Je cherchais tout simplement à me situer par rapport à ma manière d’être dans mon travail, c’est quelque chose que l’on est seul à pouvoir faire et qui n’est pas facile.

Pendant cette recherche, qui est aussi une transformation, j’avais l’impression de m’éplucher comme un oignon. Sans m’en apercevoir, je me suis laissée prendre à cette passion de la recherche et de la découverte de la maladie mentale, qui m’intéresse encore plus aujourd’hui qu’avant, car je me sens intégrée à une équipe et donc utile à cette recherche. Cela me permet un échange et un dialogue possible sans prendre le risque de mettre les patients en danger.

Nous possédons chacun des valeurs cachées que nous devons exploiter, il suffit de les regarder pour les voir. Nous avons tous, à notre façon, une manière d’être en accueil familial Accueil familial Mode d’accueil alternatif au maintien à domicile et au placement en établissement spécialisé : les personnes handicapées ou âgées sont prises en charge au domicile de particuliers agréés et contrôlés par les conseils départementaux (ou par des établissements de santé mentale). que nous devons garder. C’est ce qui fait notre spécialité. Mais rien ne nous empêche de nous perfectionner par des formations. Je dirais même que ces formations sont indispensables pour faire un travail de qualité qui nous valorise vis à vis de nous-même, et nous donne envie d’avancer avec le sentiment d’avoir réparé quelque chose. Ce travail intérieur et extérieur que je me suis autorisée à faire en solitaire m’a permis de découvrir et de comprendre ce que je cherchais.

Je voudrais dire aux professionnels qui ont eu peur de ”transmettre” ce savoir extérieur aux familles d’accueil que, maintenant, avec le recul, je les comprends.

Lorsque je regarde quelques années en arrière, j’ai l’impression d’avoir passé une ”frontière”. Cette recherche, je l’ai faite seule par besoin de mieux comprendre la maladie mentale. A ce niveau, la motivation a été pour moi la clé de la réussite. Ces connaissances m’ont permis de me séparer en deux, ”moitié famille d’accueil, moitié soignant”. Sans que la famille d’accueil que je suis ne perde son côté spontané, ces deux fonctions sont distinguées dans des moments bien précis, car on ne peut pas faire un bon travail en n’étant que famille d’accueil, et non plus en n’étant que soignant.

Pour un bon équilibre, il faut se situer au milieu. J’ai fait l’expérience de me situer uniquement du côté professionnel et je me suis aperçue que ce n’était pas possible parce que ce n’est pas supportable pour une famille d’accueil. Une famille d’accueil ne peut pas basculer exclusivement du côté professionnel. C’est un sujet très intéressant que l’on pourrait développer.

Les connaissances extérieures que j’ai apprises dans les livres, je pensais qu’elles pourraient me servir. Mais je comprends maintenant que le savoir extérieur peut parfois être dangereux en accueil familial pour qui ne saurait pas s’en servir. Il ne s’agit donc que d’une satisfaction purement personnelle. Lorsque l’on est famille d’accueil et que l’on a compris cela, on peut faire un bon travail.

En fait, les connaissances acquises me servent à ne rien faire, et ne rien faire sert aussi à quelque chose. Ne rien faire, cela permet de laisser le patient tranquille quand il en a besoin. Cela permet de laisser passer les problèmes sans s’énerver ou se mettre en colère, et d’attendre. Or, il faut bien le dire, les patients que nous accueillons ne sont pas toujours faciles à supporter. Eux aussi parviennent à provoquer chez nous des troubles somatiques, comme par exemple une crise d’urticaire. Certains patients sont tellement ”stressés et angoissés” qu’ils arrivent à nous transmettre leurs angoisses, et à provoquer chez nous des problèmes respiratoires...

Pourquoi les professionnels ne pourraient-ils pas faire part de ces manifestations aux familles d’accueil, et les leur expliquer, comme je le fais aujourd’hui ? Je pense notamment aux médecins et aux formateurs. Les familles d’accueil sont assez intelligentes pour comprendre cela. Pourquoi toujours cette loi du silence qui nous dévalorise, par laquelle nous nous sentons sous-estimées et qui nous met mal à l’aise ?

Pour conclure, je tiens à évoquer la question du statut des familles d’accueil car c’est un point qui me tient à cœur. Il n’est pas normal que notre travail ne soit pas reconnu. Nous participons au système économique de la sécurité sociale. Les assistantes maternelles, elles, ont un statut depuis longtemps. Mais les enfants accueillis vont devenir adultes à leur tour, et certains, malheureusement, vont se retrouver dans des familles d’accueil thérapeutique pour adultes, sans statut. Cela signifie que la société reconnaît les enfants, mais pas les adultes.

Nous exerçons une fonction, nous aidons des personnes en difficulté à se réinsérer dans la vie. Nous aimerions obtenir un statut comme c’est le cas pour tous les corps de métiers. Nous travaillons dans l’ombre depuis des années. Ce manque de reconnaissance nous empêche de nous situer dans notre travail de famille d’accueil.

Dernière mise à jour : jeudi 2 novembre 2006

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