Introduction

Le Centre de Formation et de Recherche à la relation d’Aide et de Soins intervient sur les départements de la région Pays-de-Loire pour former des travailleurs sociaux de niveau IV et V, des aides médico-psychologiques, des techniciens de l’intervention sociale et familiale, des auxiliaires de vie sociale, des assistants maternels à titre permanent (dorénavant dénommés assistants familiaux) et des accueillants familiaux accueilant familial
accueillants familiaux
Agréés pour prendre en charge à leur domicile des personnes âgées ou handicapées adultes n’appartenant pas à leur propre famille, les accueillants familiaux proposent une alternative aux placements en établissements spécialisés.
d’adultes, autant de professionnels qui ont en commun d’intervenir durablement et quotidiennement dans une relation de grande proximité auprès de personnes fragilisées ou dépendantes.

En tant que responsable pédagogique de la filière accueil familial Accueil familial Mode d’accueil alternatif au maintien à domicile et au placement en établissement spécialisé : les personnes handicapées ou âgées sont prises en charge au domicile de particuliers agréés et contrôlés par les conseils départementaux (ou par des établissements de santé mentale). , je suis amené à coordonner les dispositifs de formation initiale et continue des assistants familiaux de l’aide sociale à l’enfance et des accueillants familiaux pour adultes.

Concernant ces derniers, mon propos ici est de communiquer nos observations sur les commandes passées par les conseils généraux de notre région, nos objectifs de formation et notre démarche pédagogique, la façon dont les accueillants familiaux d’adultes s’impliquent dans les formations, et enfin ce qui nous paraît souhaitable à l’avenir, en terme de formation, pour ce public.

1. LES COMMANDES DES COLLECTIVITÉS TERRITORIALES DE LA RÉGION

Les demandes de formation émanant des conseils généraux sont très irrégulières. Par exemple, un département de la région nous a demandé en 2001 de dispenser une formation initiale à quatre groupes d’accueillants. Et plus rien depuis ! Cela montre la difficulté des départements à installer durablement une politique de formation en direction de ce public. Sur le plan de la durée et du rythme de la formation initiale, la diversité prime : un département prévoit 18 heures (6 demi-journées) étalées sur 6 mois ; un autre envisage 72 heures (12 jours) sur 12 semaines consécutives ; et un troisième demande 30 heures à raison d’une journée par quinzaine. Des montages très différents qui illustrent bien la forte disparité qui existe entre les départements dans la mise en œuvre de la formation.

2. LE DISPOSITIF DE FORMATION

2.1. Les objectifs

II s’agit d’aider les accueillants familiaux à renforcer leurs connaissances sur les probléma­tiques des différentes populations accueillies, à acquérir des techniques particulières pour répondre aux besoins de ces personnes, à mieux cerner et comprendre le cadre institutionnel dans lequel s’exerce leur fonction, à développer des capacités dans les domaines de la relation d’aide et de la liaison avec les autres professionnels, et surtout de les aider à élaborer leurs propres repères, à construire individuellement et collectivement leur propre conception, leur propre définition de cette activité si singulière. En fait, construire leur conception de la fonc­tion d’accueillant familial : ce qui la caractérise, ce qui la distingue d’autres métiers ou d’autres fonctions proches, ce qui l’anime, ce qui lui donne du sens, ce qui la délimite, les intérêts mais aussi les risques qu’elle suscite, les compétences qu’elle nécessite.

2.2. La démarche pédagogique du CEFRAS

Elle repose sur trois principes majeurs. Le premier est une démarche participative, c’est-à-dire que la formation prend appui sur l’expression directe et personnelle des accueillants, sur leur vécu professionnel, sur leurs difficultés dans l’exercice de leur fonction.

Le deuxième est une démarche collective : l’échange, la confrontation des points de vue et des expériences entre les membres du groupe constituent une source d’enseignement au même titre que les apports des intervenants. Il s’agit d’un travail de groupe, pas simplement sur des conte­nus, dans lequel l’implication de chacun profite à tous et réciproquement. Pour ces profession­nels travaillant seuls, il est important de prendre goût au travail collectif et de voir que le grou­pe peut être une ressource dont il ne faut pas avoir peur.

Le troisième principe est une démarche de questionnement. La formation ne sert pas seulement à accumuler des savoirs. Un de ses aspects fondamentaux est de prendre le temps de se regar­der « pédaler », de réfléchir à ses façons de faire et d’être dans l’exercice de la fonction. C’est un travail toujours passionnant mais rude. Le questionnement oblige à un double mouvement paradoxal : il réclame à la fois l’implication de la personne qui témoigne en groupe de son expérience vécue avec la personne accueillie et une décentration par rapport à cette implica­tion. Comment m’y suis-je pris, qu’ai-je fait ou pas fait, qu’ai-je dit ou pas dit, et comment pourrais-je penser les choses autrement ?

Pour la mise en œuvre de cette démarche pédagogique, le début de la formation constitue une étape importante, un moment décisif qui conditionne la suite. Un temps de mise en confiance est nécessaire, notamment parce que les participants font souvent une confusion entre la for­mation et l’école ; or, certains d’entre eux ne gardent pas un bon souvenir de l’école et vien­nent avec des craintes au sujet desquelles il faut les rassurer.

En début de formation, on voit aussi apparaître des inquiétudes liées à l’exercice « solitaire » de la fonction et à la peur du regard des autres, à la crainte d’être jugé par le groupe et par le formateur. Par rapport à ces représentations initiales, tout un travail de mise en confiance doit être réalisé. Si celle-ci peut s’instaurer, il sera possible d’entrer dans une phase de travail dynamique. Dans le cas contrai­re, le travail sera plus difficile pour chacun des protagonistes.

3. L’IMPLICATION DES ACCUEILLANTS DANS LA FORMATION

Les accueillants familiaux n’abordent pas la formation comme le font, par exemple, les auxi­liaires de vie sociale ou les aides médico-psychologiques. L’auxiliaire de vie sociale, même s’il a une pratique solitaire, exerce sa fonction dans le cadre d’une institution dans laquelle il a des contacts avec des personnes qui font le même travail que lui. Il y donc un début de sentiment d’appartenance à un corps professionnel et quand ils suivent une formation diplômante, ils sont volontaires et viennent pour décrocher le diplôme. Les accueillants familiaux exercent à leur domicile, dans une relation duelle avec la personne accueillie, dont les tiers sont souvent absents. Il n’y a pas ou peu de liens avec les autres familles d’accueil. Certains viennent en for­mation contraints et forcés en ne sachant pas trop pourquoi il faut se former.

Du coup, on assiste au démarrage de la formation à un « curieux » rassemblement, à une jux­taposition d’ « électrons libres » exerçant la même fonction sans forcément le savoir et « débar­quant » en formation souvent sous la contrainte. C’est dans ce contexte qu’on va essayer de constituer un groupe de travail explorant collectivement, à partir de situations diverses et variées, la place et le rôle de l’accueillant familial. Pour avancer, il y a du chemin à faire et de l’énergie à dépenser.

Quoi qu’il en soit, lorsque les accueillants se rendent compte que le dispositif de formation est à la fois sécurisant et stimulant, ils manifestent beaucoup d’intérêt par rapport au travail pro­posé et un investissement fort et actif. Sur le plan de la démarche participative par exemple, c’est un public avec lequel il est très agréable de travailler, parce qu’une fois les gens en confiance, ils s’expriment directement et spontanément sur ce qu’ils vivent et éprouvent dans l’exercice quotidien de leur fonction. Parfois, dans le cadre de formations diplômantes plus éle­vées, il est beaucoup plus difficile d’avoir accès à une telle qualité de représentations et d’échanges sur le travail réalisé et la fonction occupée.

L’investissement se révèle très fort et un sentiment de valorisation voit rapidement le jour, suivi d’une autre manière d’appréhender le métier, mais lui succède aussi un grand sentiment de frustration quand, après la formation, il n’est plus rien proposé des années durant. Ceci d’au­tant que les accueillants ont en commun la nécessité d’évacuer le « trop-plein » d’émotions et de sentiments éprouvés dans la relation quotidienne avec l’accueilli, le besoin d’être écouté attentivement, une grande curiosité sur les problématiques des personnes accueillies pour com­prendre ce qui peut susciter certains comportements et attitudes déroutants. Il y a aussi besoin de retours, de conseils, de l’éclairage des autres et de leur aide pour se sortir de situations pour lesquelles on est dans l’impasse. Et enfin un besoin de contact avec des pairs, de sortir de l’iso­lement. De là, le groupe est vécu comme un lieu-ressource par rapport à des situations diffi­ciles, comme un lieu de défense des intérêts du corps professionnel, et progressivement comme un espace nécessaire pour avancer sur la question de l’identité professionnelle.

4. Pour l’avenir

Des constats dressés plus haut découlent trois préconisations pour la formation future des accueillants familiaux :

  • la mise en place d’une formation initiale obligatoire d’une durée décente pour permettre aux accueillants familiaux de réellement cheminer sur les questions complexes que pose leur pra­tique d’accueil.
  • la construction d’un réel parcours de formation constant et régulier (et non plus d’actions au coup par coup, d’actions morcelées, discontinues qui donnent l’impression aux participants de repartir à zéro à chaque fois !),
  • une approche globale de l’accueil familial et de la formation, en pensant aussi la formation des travailleurs sociaux et pas uniquement celle des accueillants familiaux.

Sur ce dernier point, l’exemple du travail mené depuis des années avec les assistantes mater­nelles d’un département est éclairant. Le conseil général de ce département a fait un gros effort en direction des familles d’accueil de l’aide sociale à l’enfance : mise en place de la formation initiale, de sessions de formations continues thématiques très régulières, d’une journée d’étu­de départementale annuelle... Ces efforts ont induit des changements notables dans les pra­tiques et les positionnements professionnels.

Mais il n’y a pas eu de travail en parallèle avec les assistants sociaux et les éducateurs qui exercent la fonction de réfèrent. Du coup, on obser­ve un important décalage entre les familles d’accueil et les référents de l’aide sociale à l’en­fance du fait de l’absence de culture commune autour des questions qui traversent la problé­matique de l’accueil familial.

Mieux formées, les assistantes maternelles sont plus lucides sur leur place, leur rôle et leurs limites, et donc sur la place, le rôle et les limites des autres. Plus au clair quant aux exigences qu’on peut formuler à leur égard, elles le sont aussi sur celles qu’on peut formuler à l’égard des travailleurs sociaux, évolution qui se traduit parfois par une remise en question de la pratique de certains référents de l’aide sociale à l’enfance.

En constatant ces décalages, je crois qu’il y aurait nécessité, en amont, de penser la formation des différents acteurs de l’accueil familial à l’aide sociale à l’enfance de manière articulée et non pas cloisonnée. Nécessité qui s’applique tout autant aux personnels qui ont en charge l’ac­cueil familial des adultes.

Post Scriptum

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Dernière mise à jour : jeudi 7 avril 2011

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