Patients psy en famille d’accueil : une expérience concluante à Lille

Auteur : Florence QUILLE dans "Le quotidien du Médecin" du 15 Octobre 2004

Depuis quatre ans, l’Etablissement public de santé mentale (Epsm) de Lille
Métropole expérimente une alternative à l’hospitalisation : certains
patients dépressifs ou psychotiques qui ne sont pas à leur place dans un
hôpital classique se voient proposer un accueil dans des familles
sélectionnées pour leur écoute et leur disponibilité. Le séjour dure de deux
à trois semaines, le temps de se reconstruire. Trois cents patients ont déjà
bénéficié de cette prise en charge personnalisée.

L’EXPERIENCE LILLOISE est née d’un constat : entre l’hospitalisation
classique et le maintien au domicile avec une prise en charge soutenue, il
manquait une structure pour certains patients présentant des difficultés
psychiques importantes.

« Beaucoup d’anxiodépressifs refusent l’hospitalisation qu’ils jugent trop
stigmatisante,
constate le Dr Frédéric Wizla, psychiatre dans le service du
Dr Jean-Luc Roelandt et coordinateur du dispositif. Bien souvent, l’hôpital
ne constitue pas une réponse adaptée à leur situation. Il peut même aggraver
les pathologies dans certains cas. Toute concentration humaine génère de la
pathologie, et de la violence même larvée. »

D’où l’idée d’élargir l’offre de soins en faisant appel à des familles
d’accueil, comme cela se pratique aux Etats-Unis (à Madison).

Trouver les familles n’a pas été le plus difficile : l’appel lancé dans la
presse locale a suscité nombre de candidatures. Restait à convaincre
l’hôpital de l’intérêt de la démarche. La tâche a été beaucoup plus ardue.
« Les psychiatres de l’hôpital étaient très sceptiques. Quant aux syndicats
infirmiers, ils craignaient que cette expérience ne dévalorise leur
métier. »
L’administration n’était guère plus favorable à cette alternative
de soins qui bouscule des habitudes hospitalières bien établies.

Finalement, en 1999, l’aval était donné et la première famille d’accueil
enfin recrutée, après un long processus de sélection (entretiens avec les
membres de l’équipe, enquête sociale).

Aider les autres.

Aujourd’hui, elles sont une dizaine à accueillir régulièrement chez elles
des patients en grandes difficultés psychiques. La plupart ont une
expérience d’accueil - d’enfants ou de personnes âgées - et une forte
implication dans la vie associative de leur quartier. Le salaire versé par
l’hôpital étant assez modeste (1.100 euros nets par mois, frais
d’hébergement compris), c’est avant tout l’envie d’aider les autres qui les
motive.

« Personnellement, j’ai connu des périodes de grande souffrance dans ma vie.
Et j’aurais aimé être accueillie de cette façon, confie Catherine, l’une des
premières accueillantes, mère de 6 enfants. Alors quand j’ai vu l’annonce,
je n’ai pas hésité. Pour moi, c’est une forme de civisme. Parfois, certains
patients nous "chamboulent" un peu mais en général cela se passe bien. Je
les écoute, et surtout je fais beaucoup de choses avec eux. De la cuisine,
une partie de cartes, une promenade en forêt. Lorsqu’ils arrivent chez moi,
ils n’ont envie de rien. J’essaie de les remettre sur les rails, de trouver
les activités qui leur plaisent. Quand je vois qu’ils vont mieux, je suis
vraiment heureuse. »

La plus grande difficulté pour les familles est de trouver la bonne distance
 : il faut s’impliquer pleinement dans l’accueil tout en préservant sa vie
personnelle. Pour éviter les dérives, les conditions d’accueil sont cadrées
dès le départ : un contrat est signé pour chaque séjour entre l’hôpital, le
patient et la famille. Et l’équipe est très présente : une infirmière se
rend dans la famille deux fois par semaine (plus si nécessaire) et une
rencontre avec le psychiatre a lieu tous les vendredis au centre de
consultation. En cas de problème, les accueillants peuvent appeler à l’aide
24 heures sur 24.

« Les incidents sont très rares : deux appels nocturnes en quatre ans,
précise Frédéric Wizla. Les patients sont très différents lorsqu’ils sont en
famille d’accueil : ils s’intègrent au foyer et adoptent le rythme des
personnes qui les reçoivent. Tout se passe comme si l’accueil en lui-même
était déjà une thérapie. »

Les séjours sont assez courts, deux semaines en moyenne, et concernent
majoritairement des anxiodépressifs (60 %) et des psychotiques (20 %). Sont
écartés systématiquement les patients à tendances suicidaires et les
psychotiques ayant des accès de violence ou des antécédents sexuels.

Avec quatre années de recul et 300 patients accueillis, l’équipe lilloise
juge le bilan très positif : 98 % des situations ont évolué favorablement,
les autres ont débouché sur une nouvelle hospitalisation ou une interruption
du séjour, à la demande du patient.

Cet accueil transitoire entre l’hôpital et le domicile permet d’écourter les
séjours hospitaliers et donc de réduire le coût de certaines pathologies. Il
évite la stigmatisation sociale et familiale.

La démarche, actuellement
unique en France, est suivie de près par l’OMS : l’Epsm de Lille fait en
effet partie des cinq sites pilotes européens (avec Oviedo, Stockholm,
Trieste et Birmingham) retenus pour leurs pratiques innovantes en matière de
santé mentale.

> Florence QUILLE

Dernière mise à jour : lundi 13 août 2007

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