Pourquoi, pour qui un projet d’accueil familial ?

Cécile Loza Valdez, responsable d’antenne
"Aux Captifs, la libération" - Paris

L’association "Aux Captifs, la libération" existe depuis 1981 à Paris. Quatre équipes (représentant 40 salariés et une centaine de volontaires) vont régulièrement dans la rue, à la rencontre des personnes en détresse. Toutes personnes : femmes et hommes, jeunes et anciens, français ou étrangers, toxicomanes, alcooliques, prostitué(e)s, errants, délinquants...

Une fois tissés des liens de confiance, I’association propose à ceux qui le souhaitent un accompagnement global, adapté aux demandes de chacun : suivi social, prise en charge RMI, accompagnement spirituel, activités culturelles, sportives... L’association travaille en partenariat et en complémentarité avec toutes les structures sociales ou sanitaires compétentes dans ces domaines.

En 1999, I’association a rencontré 3.400 personnes dans la rue dont 710 femmes et 790 hommes prostitués. 150 ont été suivies dans le cadre du RMI ; 962 ont été reçues en entretiens individuels dans le cadre de permanences d’accueil.

  • "Je ne veux plus aller dans les foyers".
  • "Je ne me supporte plus dans les hôtels sociaux".
  • "J’en ai marre de tourner en rond dans ma chambre d’hôtel".
  • "Je veux avoir un chez moi, mais où je ne sois pas tout seul".

Dans le très long parcours que doivent suivre les personnes qui veulent quitter le monde de la rue, la préoccupation du logement est l’une des questions clé ; l’une des plus difficiles. Car un "chez soi" est bien plus qu’un abri. C’est un univers subtil que l’on construit et qui doit permettre d’accueillir, de voir grandir des projets encore informulés mais vitaux, de voir se développer une image de soi encore inaccessible, fragile...

Les personnes qui ont connu des années de rue ont plus que toute autre besoin d’un havre pour se reconstruire. Après les accueils d’urgence, les hôtels sociaux, les meublés crasseux aux prix exorbitants, ceux qui persévèrent dans leur détermination à s’en sortir ont besoin d’autre chose. Quelque chose qui ressemble à la vie, qui ne ressemble pas aux institutions qu’ils ont dû subir.

Une chambre à soi ? on essaie de temps en temps. Une fois dépassés les obstacles financiers, les problèmes de caution, c’est souvent l’ennui qui saisit le tout nouveau locataire.

On a vu à plusieurs reprises des personnes mourir (suicides accident, maladie foudroyante...) une fois atteinte cette étape tant attendue. Il ne suffit pas d’avoir un toit pour être tiré d’affaire. Il faut surtout reconstruire tout un tissu social, de nouveaux repères, de nouvelles fondations. C’est long, très long, et cela ne peut se faire seul. Même si les "captifs" continuent d’assurer un suivi, une présence rapprochée auprès de ceux qui ont trouvé une chambre, l’expérience prouve que cette étape est très délicate et devient trop souvent l’occasion d’une chute extrêmement douloureuse.

Ce qu’il faut, c’est une communauté.

Quelques communautés religieuses accueillent des personnes de la rue désireuses de passer à autre chose. Certains accueillis y trouvent leur compte, en s’appuyant sur une vie spirituelle intense. Mais d’autres n’ont aucune affinité avec la vie communautaire dans un contexte religieux. Ils cherchent simplement à partager une vie "normale", avec des gens "normaux".

C’est ainsi que nous avons été amenés, au fil des années. à improviser plusieurs fois un accueil familial Accueil familial Mode d’accueil alternatif au maintien à domicile et au placement en établissement spécialisé : les personnes handicapées ou âgées sont prises en charge au domicile de particuliers agréés et contrôlés par les conseils départementaux (ou par des établissements de santé mentale).  ! Devant une demande précise et pressante, une réponse était nécessaire. Nous avons sollicité telle ou telle famille ; des familles connues d’un membre de l’équipe, intéressées et bien informées de nos activités, disponibles aux souffrances lourdes que génèrent forcément quelques années dans la rue. Dans tous les cas, l’expérience nous apparaît très positive ; pour tout le monde. Pour la personne accueillie - c’est le principal. Mais aussi pour la famille d’accueil.

Les résultats nous donnent la certitude que, dans certains cas, à un moment donné, la famille d’accueil est une réponse adaptée au besoin. Comme une passerelle entre deux mondes...

Entraînés par les circonstances, nous avons dû nous lancer dans l’expérience sans cadre préétabli ; les uns et les autres découvrant l’expérience in situ. Bien sûr, nous assurons un contact rapproché avec la personne accueillie et la famille. Ce type de suivi demande une disponibilité très différente de ce que nous assurons dans la rue ou dans nos différents programmes. S’il était étendu, l’accueil familial nécessiterait évidemment la mise en place d’une formation et d’un encadrement professionnels spécifiques des équipes et des familles.

Le développement d’un réseau de familles d’accueil participe à la logique de notre travail. N’avons-nous pas le devoir de diversifier autant que nécessaire les réponses aux demandes des personnes qui veulent revenir dans le monde des vivants ? Celles qui souhaitent expérimenter une vie de famille - qu’elles n’ont en général jamais connue - doivent pouvoir le faire.

Découvrir que des relations harmonieuses entre un homme et une femme sont possibles ; découvrir que des parents peuvent aimer leurs enfants ; vivre au rythme de repas partagés, de projets soutenus par le groupe ; être affranchi des étiquettes "SDF", "prostitué(e)", "toxico’’... Toutes expériences que certaines personnes n’ont jamais connues et qu’elles ont besoin de vivre avant de mener une existence autonome.

Nous ne minimisons pas les difficultés d’une telle aventure pour chacune des parties concernées. Mais nous sommes convaincus que l’entreprise en vaut la peine.

Être famille d’accueil pour des personnes ayant connu la rue... Cette proposition pourrait certainement intéresser un certain nombre de familles prêtes à s’engager dans une expérience citoyenne et solidaire d’un genre nouveau, si nous savons leur offrir un cadre adapté.

Dernière mise à jour : mercredi 16 mars 2005

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