Pourquoi tant d’interrogations ?

Marie-Josèphe Godard, famille d’accueil d’adultes - Deux-Sèvres

Un exemple pour tenter de dire, de mon point de vue de famille d’accueil, que se poser des questions ne résout pas les difficultés d’un accueil et ne prépare en rien aux petites et grandes joies de la vie quotidienne.

Pauline est entrée dans notre logis, il y a six années. Petit oiseau blessé par la maladie, elle vit à ce moment-là dans un foyer dont elle sort peu. C’est à la demande de l’équipe éducative que nous l’accueillons un week-end chaque mois.

Deux années passent et ceux qui l’entourent au quotidien nous demandent des accueils plus fréquents. Nous mettons en place des accueils prolongés et deux week-ends par mois. Pauline, nous dit-on, manifeste beaucoup de joie quand lui est rappelé son départ en fin de semaine.

Pourtant, Pauline ne va pas bien au foyer : elle refuse de manger ; elle est triste ; elle reste scotchée dans son fauteuil devant la télévision ; elle refuse de participer aux activités avec les autres résidents. Deux autres années s’écoulent cahin-caha. L’équipe éducative constate que Pauline semble "revenir du club Med" à chacun de ses séjours en notre demeure.

Il nous est alors demandé d’envisager un accueil permanent. Nous prenons le temps de la réflexion ; nous tentons de poser des jalons pour l’accompagnement de cet accueil qui va s’installer au quotidien et qui peut se révéler plus difficile que les accueils de quelques jours.

Certes, nous connaissons Pauline, mais, jour après jour, dans le temps serons-nous en mesure de faire face ? Ce que nous savons de Pauline est-il suffisant pour que nous soyons sûrs de lui apporter l’aide, le bien-être dont elle a besoin ou qu’elle attend ? Et puis, elle va quitter une structure vers laquelle il ne sera pas possible d’envisager un retour en cas de difficultés ou d’échec !

Mais surtout, qu’attend Pauline ? Elle a beaucoup de difficulté à s’exprimer et, bien qu’elle comprenne tout ce qui lui est dit, elle n’en fait souvent qu’à sa tête. Et la difficulté de cet accueil, mais aussi de tous les accueils, ne réside-t-elle pas dans les désirs, les envies, les souhaits insatisfaits parce qu’impossibles à exprimer par nos résidents ?

Après quelques mois de réflexion, nous tentons l’aventure. Et là, commence à notre sens, une autre histoire : l’histoire de Pauline qui s’avance jour après jour vers plus de joie et de bonheur.

Et pourtant l’accueil à plein temps n’a débuté que dix-huit mois après la demande initiale du foyer. Nous avons du persuader chaque intervenant de notre capacité à faire face à cet accueil qui semble à tous difficile ; nous avons dû rassurer la famille qui exerce la mesure de tutelle, persuader que Pauline serait en "sécurité" chez nous et que nous n’allions pas tout laisser tomber à la première difficulté. Nous avons attendu sereinement pendant toute cette longue période que chacun apporte sa pierre à l’édifice et que la réflexion fasse son chemin.

Et, en octobre dernier, Pauline s’installe enfin d’une façon permanente dans la chambre qu’elle n’occupait qu’occasionnellement auparavant. Le premier mois est difficile : Pauline est très agitée, elle semble angoissée, elle dort mal, nous devons la faire manger. Mais nous ne savons rien de ses pensées.

Le premier trimestre s’achève. Les nuits de Pauline sont calmes. L’incontinence manifestée pendant cette période disparaît. Il y a encore quelques accidents, mais c’est la vie...

Premier Noël : Pauline ne manifeste pas une joie débordante, mais elle est plus souriante, elle commence à s’exprimer : "Ma chambre est belle". "Je suis contente".

Un autre trimestre s’écoule, le printemps arrive et Pauline nous semble également s’éveiller, elle joue avec un petit lapin en peluche. Le lapin vient à table avec elle car il a faim. Elle dort avec un chien, et le recouche chaque matin. Elle nous dit aussi : "c’est comme maman". Elle nous paraît plus radieuse, elle s’agite fort peu, et ne marque de l’opposition que lorsque l’agitation est trop importante autour d’elle.

Nous ne nous interrogeons plus : Pauline semble heureuse. Elle s’est installée, monopolisant le meilleur fauteuil du salon, se jouant souvent de nos demandes pour n’en faire qu’à sa tête. Nous ne la faisons plus manger, et de plus elle trouve que c’est bon et elle le dit.

L’histoire de Pauline va continuer dans notre famille et avec elle l’histoire des autres personnes accueillies. Viendra peut-être le temps où il nous faudra renoncer, mais ce ne sera pas sans avoir éprouvé beaucoup de joies devant tous les sourires et la joie de vivre que manifestent les personnes qui nous sont confiées.

Mais, écrire, coucher sur le papier ces mille petits riens qui font notre vie quotidienne est impossible. La sagesse populaire ne dit-elle pas que les gens heureux n’ont pas d’histoire ’ ?

L’alchimie qui préside à l’accueil ou à des accueils heureux reste mystérieuse. Faut-il absolument chercher à comprendre ? L’amour de l’autre, l’acceptation des différences, l’abnégation et le dépassement de soi au quotidien, le dévouement sont l’essence même de notre vie de famille d’accueil.

Dernière mise à jour : mercredi 16 mars 2005

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