Premiers accueils : réflexions et propositions

SEMA, accueillante familiale depuis 18 mois, nous soumet ses observations et ses nombreuses interrogations.

Mon parcours - professionnel et personnel - m’a permis de développer mon projet d’accueillir des personnes adultes en situation de handicap présentant des troubles psychiques.

J’ai travaillé dans différents secteurs d’activité depuis l’âge de 17 ans en ayant connu des périodes de chômage. En 2006, j’ai commencé ma 1ère expérience dans le secteur médico-social pour aboutir à une formation par voie directe, et ensuite à un diplôme de monitrice éducatrice en 2013. Il n’est jamais trop tard ! Hélas, peu de postes en CDI sont à pourvoir dans nos institutions, et de plus, les arguments sur mon âge "avancés" ne manquaient pas !


Néanmoins, lors de mes dernières expériences dans un foyer d’hébergement pour adultes, d’échanges avec les résidents, les professionnels, j’ai pu constater de réels besoins, des demandes restées en suspens. Les raisons sont diverses : le manque de places dans les structures, la lassitude des résidents et/ou de leurs proches, les séjours de rupture, etc... Mon envie de pouvoir répondre à ces besoins variés, s’est concrétisée avec la réalisation de mon projet d’accueillir temporairement ces personnes.

Bien évidemment, ce projet, nécessitant des changements d’organisation de notre foyer, s’est construit avec l’accord de mon mari et de mes enfants, chacun évaluant son implication et sa capacité à accepter ces modifications dans notre quotidien, notre intimité. Nos nombreux échanges ont pu ainsi aboutir à cette possibilité d’accueillir avec bienveillance, l’Autre, dans sa singularité, sa différence. Encore aujourd’hui, nous continuons à prendre des temps de parole, où chacun d’entre nous peut exprimer ses craintes, ses incompréhensions, ses ressentis, mais aussi évoquer cet enrichissement relationnel et de partage.

Je dirais que la famille est donc forcément impliquée pour l’obtention d’un agrément. Et je mets en évidence cette motivation familiale pour accueillir ces personnes fragiles, vulnérables, dans les meilleures conditions.

Peu à peu, en raison de la diversité des situations présentées, je me suis dirigée vers la possibilité d’un accueil plus long, afin d’apporter plus de souplesse à la demande des personnes et/ou professionnels. A ce jour, j’ai obtenu deux agréments en accueil permanent par le Conseil Départemental.

Aussi, j’ai souhaité rédiger un petit bilan de mes 18 mois d’expérience dans l’accueil familial Accueil familial Mode d’accueil alternatif au maintien à domicile et au placement en établissement spécialisé : les personnes handicapées ou âgées sont prises en charge au domicile de particuliers agréés et contrôlés par les conseils départementaux (ou par des établissements de santé mentale). , des séjours temporaires pour des personnes adultes présentant une déficience intellectuelle, avec des troubles psychiques associés. Il m’a semblé intéressant de faire partager ma réflexion, mes observations, mais aussi mes interrogations, ceci avec l’envie de faire évoluer le statut d’Accueillant Familial.

Les personnes accueillies

J’ai accueilli certaines personnes sur des périodes courtes : d’un week-end à 2 semaines, en séjour de rupture, et d’autres sur des périodes plus longues : jusqu’à 6 mois dans l’attente d’une place en institution ou en famille d’accueil.

Ces situations ont été souvent présentées comme urgentes par différents professionnels et familles de la personne. Une solution devait alors s’imposer au plus vite. Dès ces premiers contacts effectués, nous organisons ensemble une 1ère rencontre à notre domicile. Et je pense qu’elle est très importante pour chaque personne accueillie.

Jusqu’à présent, elles sont accompagnées soit par des responsables de structure, soit par des éducateurs, psychologues, assistante sociale, soit par quelques membres de sa famille. Le fait de pouvoir prendre le temps à faire connaissance, répondre à ses appréhensions, visiter les lieux, la personne se sent plus rassurée dans cette simplicité d’échanges. Vient le moment d’aborder le sujet du projet de vivre dans une nouvelle famille, la planification de son séjour, la prévision des documents nécessaires à l’accueil.

Bien évidemment, chaque accueil est différent puisque chaque personne est singulière. Selon son parcours de vie, son âge, et son handicap, ce changement d’organisation lui demande de réels efforts. Et de ce fait, la personne accueillie doit pouvoir prendre le temps de se familiariser avec son nouvel environnement. Se repérer dans un nouvel espace, sa chambre, les pièces communes, partager la vie d’une famille inconnue, accepter de nouvelles règles, participer à la vie quotidienne, rencontrer d’autres personnes encore inconnues.

Peu à peu, nous nous adaptons les uns les autres, à un rythme nouveau. Une relation de confiance s’instaure dans la simplicité du quotidien, avec nos échanges, nos occupations, nos sorties, favorisant ainsi son bien-être, une évolution dans son autonomie.

Bien sûr, nous parlons de ses proches. Il me semble important de garder ce lien dans la régularité. Ce séjour dans une autre famille peut engendrer des confusions, des interprétations non fondées de part et d’autre, voir un conflit de loyauté. Nous organisons alors tous ensemble les possibilités de visites ou d’appels, afin que chacun puisse avoir sa place. La personne accueillie, plus à l’aise, apprécie cette organisation possible. Avec l’envie de faire plaisir, elle va proposer, par exemple de faire un dessert, ou bien va passer du temps à se préparer pour une sortie en famille un après-midi. Jusqu’à présent, nous avons passé tous ensemble des moments agréables et chaleureux.

A la fin de leur séjour, j’établis un bilan en mettant en évidence la cohérence du suivi du projet de vie de la personne. Bien évidemment, celle-ci est informée de son contenu avant de le transmettre aux partenaires concernés. Ce bilan est généralement apprécié pour la continuité de sa prise en charge.

Et puis arrive le moment du départ, parfois difficiles, rempli d’émotions. Les personnes me font souvent part de leur souhait de revenir à notre domicile. Nous prévoyons alors les possibilités des séjours prochains avec les représentants légaux, les travailleurs sociaux, la famille.

En tout cas, la personne accueillie, dans sa singularité et sa fragilité, avec ses capacités et ses limites, nous apporte beaucoup. Elle me permet d’élargir mes compétences, de m’interroger tous les jours, et d’adapter mon accompagnement.

Les partenaires des accueils familiaux

Je pense que plusieurs pistes sont à penser, à travailler avec nos différents partenaires réguliers.
Je considère que mon 1er partenaire est l’Association Famidac avec ses différentes missions et responsabilités : informer, échanger, aider, défendre, promouvoir… Ainsi, j’ai la sensation de faire partie d’une équipe pluridisciplinaire, avec ses compétences et ses connaissances, ce qui me permet de m’intégrer et de participer à une réflexion collective. L’accueillant travaille seul à son domicile, avec ses doutes, ses interrogations, et en ce qui me concerne, ce groupe me rassure dans mon travail d’accompagnement au quotidien, dans mes questionnements. Il peut m’éviter tout “enfermement” possible.

D’autres partenaires, bien présents, ont un rôle tout aussi important, avec des compétences complémentaires et indispensables à l’accueil. Les mandataires judiciaires, les services des Conseils Départementaux, la MDPH, la CDAPH, les responsables des structures spécialisées, les EHPAD, les travailleurs sociaux, les professionnels de la santé, la CAF, la famille, les proches, les accueillants familiaux accueilant familial
accueillants familiaux
Agréés pour prendre en charge à leur domicile des personnes âgées ou handicapées adultes n’appartenant pas à leur propre famille, les accueillants familiaux proposent une alternative aux placements en établissements spécialisés.
, participent à la prise en charge des personnes que nous accueillons.

J’ai bien sûr constaté des dysfonctionnements de part et d’autre, des réponses inappropriées, comme « nous cherchons une famille d’accueil dans le département où réside cette personne », ou encore « le dossier est en attente, votre rémunération sera régularisée plus tard », ou encore « vous faites des activités en journée ? », ou encore « vous pouvez accueillir une personne juste pour Noël pendant 3 ou 4 jours ? », ou encore …. Tout cela demande réflexion, par exemple : “quel sens donnons-nous à l’accueil familial ? Comment est représenté le rôle de l’accueillant ?”

De ce fait, la communication entre professionnels est plus que nécessaire. Elle permet ainsi la reconnaissance de notre métier, avec ses compétences et ses limites, à donner du sens à ce type d’accueil, à répondre aux attentes et aux besoins de la personne concernée. Effectivement, des améliorations sont nécessaires, et nous devons tous y participer. Un exemple : les organismes tutélaires doivent transmettre les informations nécessaires à l’accueillant ; l’informer avec clairvoyance que la construction d’un dossier d’aides sociales demande du temps. Respecter le contrat d’accueil signé par les deux parties, le versement régulier de la rémunération de l’accueillant qui lui revient de droit.

J’ai également remarqué des incohérences dans les propos de certains partenaires, comme le niveau de l’autonomie ; j’ai entendu cela : « une personne ayant la capacité à manger seule est autonome ». Et les autres actes de la vie quotidienne ?
La question que nous pouvons tous nous poser alors : « Mais qu’est-ce que l’autonomie » ? Certains penseurs l’expriment ainsi : « l’autonomie est relative ». Elle concerne l’Humain, donc nous tous, et bien sûr, la personne en situation de handicap et/ou vieillissante, plus ou moins dépendante, selon ses capacités à faire seule dans son quotidien.

Je pense que la grille d’évaluation GEVA utilisée par les services, pourrait être revue plus régulièrement. Elle permettrait de connaître les capacités réelles du moment de la personne. Son niveau d’autonomie, ses capacités peuvent effectivement régresser rapidement : son âge, sa fatigabilité, son parcours de vie, son handicap...

Un autre axe de réflexion concerne les structures spécialisées, les EHPAD. Aujourd’hui, je m’interroge sur la politique et de l’état d’esprit institutionnels. La demande est réellement importante. Les personnes inscrites dans une longue liste, attendent une place dans ces établissements. Hélas, cette solution d’attente met ces personnes et sa famille dans des situations difficiles, voir inacceptables.
Alors, je me questionne : « Ces structures seraient-elles réticentes à travailler en collaboration avec les Accueillants Familiaux ? Connaissent-elles suffisamment l’accueil familial ? Sont-elles bien informées par le Département et autres instances » ? Pourtant, l’accueil familial présente bien différentes alternatives pour des séjours adaptés, et pourraient ainsi répondre aux besoins de ces personnes à un moment donné.

En tout cas, lors de mes nombreuses rencontres avec différents travailleurs sociaux à notre domicile, je constate cette méconnaissance de l’accueil familial. Ces moments d’échange m’ont paru très instructifs pour les uns et les autres. Cela demande effectivement du temps, de la préparation et de l’organisation. Mais nous aboutissons très souvent à une solution adaptée pour chaque accueil.

Je profite de ces rencontres pour mettre en évidence le mot « famille » où le fonctionnement diffère à celui d’un établissement. « Remplir, programmer les journées » sont souvent les termes employés par différents interlocuteurs. Par conséquent, il est nécessaire d’évoquer la complémentarité de l’accueil dans une famille, avec ses règles, ses habitudes, et l’accueil dans une structure, avec une équipe pluridisciplinaire et une organisation institutionnelle. Là encore, je pense qu’il devient urgent de développer ce partenariat avec les responsables d’établissements et leur équipe éducative.

Ma réflexion suivante se dirige vers les services des Conseils Départementaux, ayant le pouvoir d’attribuer l’agrément avec des conditions fondées, mais aussi, de le retirer pour des motifs parfois disproportionnés, injustifiés.

De nombreux Départements rencontrent la difficulté à programmer des formations pertinentes, des temps de parole, voire d’analyses de la pratique au bénéfice des accueillants. Aujourd’hui, nous pouvons nous interroger : « Serait-ce par manque : de moyens, de reconnaissance de l’accueil familial, de cohérence de la part de nos Conseils Départementaux » ?

Toutefois, certains départements ont la volonté de développer cette alternative d’accueil. En l’occurrence, les services du Conseil Départemental dont je dépends, mettent en place une cellule afin d’améliorer le suivi des Accueillants Familiaux, la formation, les temps de parole. C’est une avancée plus que motivante.

Accueillir, accompagner, aider des personnes vulnérables, fragiles demande une certaine connaissance, un savoir-faire, un savoir-être. La formation est bien sûr indispensable avec pour finalité une qualification reconnue. Nous le savons tous, ces temps de parole sont essentiels. Alors, je m’interroge : "Les services de certains Conseils Départementaux alimenteraient-ils notre désinformation ? Sous-estimeraient-ils la prise en charge, les éventuels risques ?"

L’intérêt d’une collaboration plus soutenue entre professionnels, dont la MDPH, les Accueillants familiaux, permettrait l’avantage d’un partenariat plus constructif, plus communicatif, d’une complémentarité des compétences. Ensemble, nous pourrions avancer et répondre à ces besoins réels.

De plus, nous savons également que l’accueil familial est moins coûteux qu’une prise en charge en établissement spécialisé. Il correspondrait à la politique actuelle des Conseils Départementaux, dont les budgets sont de plus en plus restreints.
Enfin, il me parait judicieux de nationaliser les barèmes de l’accueil, si différents, si incohérents encore aujourd’hui, selon les départements : les salaires, les frais d’entretien, la mise à disposition des locaux, ce qui simplifierait et uniformiserait la complexité actuelle de l’accueil familial en France.

L’accueil Familial Social

Je commencerais par : « Comment le positionnement professionnel des accueillants familiaux est-il perçu aujourd’hui parmi tous nos partenaires. Faciliterait-il l’évolution, la reconnaissance de notre métier » ?
Avec ses multiples casquettes, l’accueillant assume de lourdes responsabilités. Il doit pouvoir répondre au mieux aux conditions posées par les textes de loi et par les règlements départementaux. Ma réflexion s’est plutôt portée sur mes expériences dans l’accueil, puis sur la lecture des différents thèmes abordés dans le forum de l’association Famidac.

Nous connaissons tous nos compétences, nos capacités, mais aussi nos limites, lorsqu’il s’agit d’accueillir, à notre domicile, des personnes plus ou moins dépendantes. Avec ce que nous sommes, nous tâchons de faire au mieux dans notre accompagnement au quotidien. En ce qui me concerne, j’ai encore du chemin à parcourir, avec l’envie de développer mes connaissances et d’améliorer les conditions d’exercice de notre métier.

Concernant le suivi du projet de vie de la personne accueillie, j’ai pu repérer de multiples confusions ou incompréhensions. J’ai été interpellée par certains propos plutôt inquiétants sur le forum, puis sur une situation vécue, donnant à réfléchir : « Nous est-il possible de nous donner les moyens d’évoluer, de pointer une image plus positive, de se positionner concrètement et professionnellement auprès de nos différents partenaires » ?

Cette situation illustre un peu mon cheminement : Mme X, âgée de 59 ans, a séjourné à notre domicile pendant 6 mois. Suite à ma proposition, les partenaires concernés ont apprécié l’élaboration du projet de vie (non existant auparavant), puis la présentation d’un bilan de séjour complet. Je l’ai transmis également à l’Accueillante Familiale prenant le relais pour un accueil permanent.

Mes interrogations se portent sur la cohérence du suivi du projet de la personne entre Accueillants Familiaux en particulier. Dès notre 1ère rencontre avec sa nouvelle accueillante, celle-ci affirmait : « il faut les occuper, les inscrire dans une activité - leurs repas seront pris à part, nous avons besoin de notre intimité – la télé est indispensable dans leurs chambres – quelles sont les bases financières du contrat d’accueil ? …… » .

Je me suis questionnée alors sur notre métier avec ses missions et ses responsabilités, mais aussi sur la cohérence de l’accompagnement de la personne accueillie. Les questions suivantes demandent réflexion : « Serait-il possible d’exercer notre métier avec bienveillance, avec respect, dans ce partenariat entre accueillants familiaux, dans l’intérêt de la personne accueillie ? L’accueillant considère-t-il que ce suivi serait trop intrusif ? ».

En tout cas, mes motivations restent les mêmes dans mes démarches : informer, communiquer, sensibiliser, développer, me positionner auprès des différents partenaires et des accueillants familiaux. Je suis persuadée qu’elles contribuent à une reconnaissance, à une évolution de notre métier.

Je garde également l’espoir d’une amélioration de notre métier encore trop précaire, avec des revenus très irréguliers, et enfin, un vrai statut professionnel, et ce, dès 2016 !

SEMA

Post Scriptum

N’hésitez pas, comme SEMA, à nous adresser vos propres témoignages !

Dernière mise à jour : lundi 29 février 2016

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