Un bilan de formation

Texte collectif rédigé par des assistantes maternelles ayant suivi les 120 heures de formation obligatoire

A l’issue de la formation de 120 heures suivie récemment par un groupe d’assistantes maternelles, celles-ci ont souhaité en dresser le bilan et en tirer des conclusions, à leur manière et de leur point de vue, au-delà et indépendamment de l’évaluation effectuée avec le formateur lors de la dernière journée.

(NDLR : ces observations et revendications ressemblent fort à celles exprimées par des accueillants pour adultes)

Ce que nous a apporté la formation :

  • le travail en groupe,
  • l’envie d’aller plus loin,
  • la constatation de notre isolement,
  • la constatation du manque de relation avec le service,
  • des méthodes pédagogiques.

A partir de la formation, nos souhaits, nos revendications :

  • des lieux de rencontre,
  • une amélioration des rapports avec le service,
  • une reconnaissance totale de notre profession,
  • participer obligatoirement aux synthèses,
  • travailler avec un référent,
  • nous donner les moyens de notre action,
  • être écoutées et entendues par le service,
  • participer aux réunions d’information des assistantes maternelles nouvellement agréées,
  • être mieux informées au niveau social (salaires, congés payés, etc...).

Plus largement, nos besoins, nos envies :

  • communiquer entre nous, et avec d’autres départements,
  • continuer après cette formation à nous rencontrer, échanger,
  • instaurer des journées d’étude à thèmes,
  • travailler en partenariat avec le service. Nous n’avons pas seulement besoin de conseils, mais d’une véritable écoute qui nous renvoie à nos propres ressources.

C’est pourquoi ces rencontres mensuelles de formation ont été très riches :

  • riches des différentes personnalités,
  • riches des différents vécus,
  • riches en tolérance, en prise de parole, en écoute que nécessite une vie de groupe,
  • riches en apports théoriques, en informations reçues,
  • enfin, riches de la conduite de cette formation par son formateur permanent.

Nous n’avons pas l’habitude de nous retrouver pour réfléchir, travailler ensemble. Vous connaissez notre isolement... Les rencontres mensuelles de cette formation ont donc offert un lieu de travail et de réflexion adapté à nos besoins.

Les premiers mois ont permis la mise en confiance que chacune devait opérer par rapport aux autres, la mise en confiance envers la formation, et la mise en confiance envers le formateur qui était là comme un outil, une aide à notre service.

Cette formation était une invitation à nous dire dans notre pratique, et cela touche notre intimité, notre personnalité, nos façons de réagir, les difficultés que nous portons, nos angoisses... que nous ne voyons pas toujours.

Une approche en douceur, un respect, une réflexion de chaque parole, de chaque témoignage, de chaque situation, surtout lorsqu’elle semblait bloquée, a été nécessaire. Le formateur nous semble avoir bien navigué dans ces différentes sphères... tantôt nous invitant à aller plus loin, tantôt nous aidant à retrouver une bonne image de nous-mêmes, de notre pratique. Sa joie de vivre, sa bonne humeur, son humour, les petites histoires illustrant un vécu et apportant un plus... les apports de lecture, de connaissance qu’il nous a offerts tout au long de cette formation contribuent à tout un élargissement.

Partir de notre vécu, de notre pratique, et élargir peu à peu par une connaissance des recherches psychologiques, des courants de pensée qui circulent dans le monde de l’éducation... a été apprécié de toutes. Chacune a pu s’y retrouver, mieux se comprendre, y puiser des réflexions nouvelles, modifier certaines images ou engager un questionnement...

Les réflexions qui vont suivre constituent une base de travail pour l’avenir.

La continuité de la formation est nécessaire. Nous ne pouvons pas nous satisfaire d’avoir rempli notre obligation. Nous avons envie de continuer à vivre cet espace de rencontre, de parole, de réflexion avec une personne extérieure.

Nous désirons que ce travail devienne une profession :

  • pour sortir de l’isolement,
  • pour n’être plus des individus éparpillés,
  • pour instaurer des règles, une manière de faire, éviter les débordements,
  • pour que cette profession se construise et évolue davantage,
  • pour améliorer notre pratique, devenir des partenaires,
  • pour nous associer au travail, aux recherches, aux différents projets du service.

Nous sentons le désir de changement qui s’opère dans le service et nous voulons prendre la place nécessaire à notre travail de collaboration et d’élaboration. Il y a encore beaucoup à faire pour que notre travail soit reconnu comme une véritable profession. Il y a des habitudes à changer de notre part, de la part des services et des politiques.

Les difficultés sont multiples :

  • les membres du service vivent au quotidien la difficulté, la lourdeur, la douleur des dossiers,
  • nous vivons au quotidien les difficultés, les souffrances, les avancées des enfants.

C’est un grand décalage ! Ce décalage génère bien souvent des idées toutes faites, des appréhensions, qui faussent les contacts. A la longue, chaque partie est affectée dans sa pratique. Il nous apparaît important d’en être conscient et de le travailler.

C’est pourquoi nous désirons que chaque situation soit réfléchie, pensée ensemble et que l’on se donne les moyens de notre action. Ainsi, il n’est plus possible de vivre certains placements dans l’urgence, sans un représentant du service. Il en est de même pour les séparations non préparées, pour les visites chez le juge... La présence des intervenants est indispensable. Tout ce qui se dit est important dans ces moments, et devient un support du travail ultérieur, notamment pour reprendre avec l’enfant : ”Tu te rappelles chez Monsieur le Juge...”.

Cette présence est vraiment importante pour l’enfant, chacun devant rester à sa place. Sinon, l’occasion nous est donnée d’être "toute puissantes”, et la référence au service s’estompe. D’où l’intérêt de travailler avec un référent.

De notre part, nous devons être plus exigeantes envers le service, le solliciter davantage, ne pas nous contenter de son débordement. Car c’est souvent ce que nous entendons, et notre réaction pour la plupart d’entre nous est alors de ne pas déranger. Nous aussi, dans notre quotidien, nous sommes débordées par une multitude de choses à faire.... et pourtant nous répondons présentes lorsque nous sommes sollicitées rapidement pour un rendez-vous. Et nous ne voulons plus entendre que nous sommes payées pour ça !

Le débordement, même s’il est réel, est aussi une façon de masquer les problèmes d’organisation et de remise en cause auxquels chacun, chacune d’entre nous est confronté. Nous avons besoin de recevoir les différentes notifications à temps : calendriers des visites ou autres...

Notre réponse, en tant que professionnelles, serait de ne pas remplir la fonction, de ne pas répondre à la demande, tant que nous ne sommes pas en possession du document nous garantissant la légitimité. Mais cette attitude est très difficile, car nous sommes en prise avec le quotidien. Une visite aux parents ratée, un rendez-vous annulé parce que nous n’avons pas le document, nous donneraient le sentiment de pénaliser l’enfant. Et c’est bien parce que nous avons du mal à être fermes que les retards, les oublis perdurent.

Un autre plan nous semble devoir évoluer : il y a d’une part un personnel spécialisé, éducatif, psychologique qui a l’habitude de la parole, de la rencontre ; d’autre part le langage des assistantes maternelles fait d’observations, d’émotions, d’interventions rapides dans le quotidien...

Il nous faudrait travailler ensemble afin d’homogénéiser nos intérêts envers l’enfant, partager notre professionnalisme afin de réduire au maximum la distance qui nous sépare. Nous espérons obtenir qu’un groupe de paroles, et qu’un travail de formation régulier amoindrissent cette distance. Lors des réunions de synthèse, c’est une équipe qui se réunit, parfois après concertation. De son côté, l’assistante maternelle, qui vit 24 heures sur 24 avec l’enfant, est seule face à cette équipe. Pour peu que ses intuitions, son ressenti, ce qu’elle a imaginé pour l’enfant... ne correspondent pas, il lui est bien difficile de faire entendre sa voix, surtout lorsqu’elle n’est même pas conviée à ces réunions !

Nous aimerions un peu plus de confiance de la part du service et ne plus attendre dans le couloir que l’on veuille bien nous appeler. Certaines d’entre nous ne savaient même pas ce qu’était une synthèse avant la formation.

Nous ne pouvons plus accepter le hall du foyer de l’enfance comme lieu d’accueil pour les visites enfants-parents. C’est un sujet que nous voulons travailler avec le service. Quel lieu, quel accueil offrons-nous aux trois parties en présence ?

Ces visites sont importantes, et peuvent être douloureuses ou violentes. Le cadre offert à ces visites illustre le manque de soin, de réflexion, de moyens... De plus, pour certaines visites, la présence d’une personne du service est plus que nécessaire, elle est indispensable. D’où l’intérêt d’avoir un référent. Ce lieu pourrait être également un lieu d’accueil pour que les assistantes maternelles puissent se retrouver, échanger, se ressourcer...

Sur le plan social :

  • nous voudrions percevoir nos congés payés en une seule fois et non répartis sur l’année, afin de partir en vacances et de confier les enfants aux colonies de vacances ou autres...
  • si nous devons être un jour licenciées, nous devrions cotiser à l’assurance chômage, ou avoir la garantie de l’emploi jusqu’à la retraite.
  • nous souhaitons recevoir la documentation concernant notre profession (lois, conférences...)

En ce qui concerne les agréments :

  • nous demandons pour les assistantes maternelles le désirant, et ayant la structure d’accueil suffisante, un agrément de secours. Un réseau pourrait être créé afin que les enfants connaissent déjà leur famille d’accueil de remplacement.
  • nous souhaitons que les maris soient davantage reconnus, bien que ce soit l’assistante maternelle qui soit rémunérée. Les maris font un travail d’équilibre vis-à-vis de l’enfant accueilli.
  • nous demandons à savoir sur quels critères est décidé de placer un enfant chez telle ou telle famille d’accueil.
  • nous ne comprenons pas le recrutement d’assistantes maternelles alors que certaines d’entre nous ont deux ou trois agréments et n’ont qu’un enfant accueilli.
  • lors de la demande d’agrément, il faut avoir d’autres revenus pour faire ce travail. Demande-t-on à un salarié d’un autre secteur d’avoir d’autres revenus ?
  • concernant les assistantes maternelles nouvellement agréées, nous souhaiterions participer à la réunion d’information avant le recrutement, afin de leur apporter notre expérience, notre soutien... qu’elles puissent oser nous poser les questions qu’elles n’oseront pas poser au service.

Voici donc de premiers constats... Cette formation a été très fructueuse, très bénéfique. Elle stimule le réveil de chacune, dans sa prise de parole et d’exigence... C’est un début, et nous souhaitons continuer ce travail de réflexion, mais avec le service !

Dernière mise à jour : mardi 8 mars 2005

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