Un malade mental à la maison

Auteur : Cynthia Ramalingompoullé, Clicanoo.re (Ile de la Réunion), 4 février 2012

Ils ont connu la schizophrénie, la dépression, des troubles de la personnalité ou des problèmes d’addictions... Aujourd’hui stabilisés, ces malades sont accueillis par des familles d’accueil thérapeutique. Dans l’île, une cinquantaine de professionnels ont choisi de partager leur maison et leur quotidien avec d’anciens aliénés pour leur permettre de devenir autonomes.

"Notre métier fait peur parce qu’il touche à la maladie mentale. Aujourd’hui encore, c’est un sujet tabou", confie Marie [1]. Depuis plusieurs années, la mère de famille exerce le métier d’accueillant familial thérapeutique. Comme Marie, ils sont une cinquantaine de professionnels dans l’île à partager leur maison avec des personnes ayant souffert de troubles mentaux.

Corine Jicquel, responsable de formation "métiers de l’accueil" à l’IRTS, expose : "Bien souvent, ces malades ont vécu une hospitalisation puisque c’est l’hôpital qui les oriente vers l’accueil familial Accueil familial Mode d’accueil alternatif au maintien à domicile et au placement en établissement spécialisé : les personnes handicapées ou âgées sont prises en charge au domicile de particuliers agréés et contrôlés par les conseils départementaux (ou par des établissements de santé mentale). thérapeutique. Il peut s’agir de schizophrènes, de personnes ayant fait une forte dépression, souffrant de troubles de la personnalité ou de problèmes d’addictions..."

Groupes de parole

Les patients bénéficiant de l’accueil familial thérapeutique AFT
Accueil Familial Thérapeutique
Des personnes souffrant de troubles mentaux peuvent être prises en charge au domicile de particuliers formés, agréés et employés par des établissements psychiatriques.
doivent pouvoir retirer un bénéfice de ce placement. "L’objectif, souligne le docteur Gérard Moutou, chef du Pôle Est de l’EPSMR, c’est de déstigmatiser" la maladie mentale, de faciliter l’intégration des patients au cœur de la cité". Corine Jicquel complète : "Ces personnes vont profiter de la cellule familiale. Ils vont participer aux repas de famille, aux sorties... Au final, le but, c’est qu’ils deviennent autonomes". Selon la professionnelle, évoluer dans une famille d’accueil permet une réhabilitation plus rapide et plus sûre des patients.

Le placement des accueillis est extrêmement encadré. Les familles d’accueil ne vont travailler qu’avec des malades ayant été stabilisés, ne représentant plus de danger. Toutefois, ces personnes nécessitent un accompagnement et ne sont pas capables de se prendre en charge seules. Prise de médicaments, mise en place d’un suivi par un psychologue, par un infirmier ou un ergothérapeute...

Les anciens malades bénéficient d’un suivi permanent, tout comme les familles d’accueil. "Ils suivent une formation avant d’obtenir leur agrément, explique Corine Jicquel. Ils continuent à se former ensuite et participent à des groupes de parole. Ils apprennent comment gérer le stress ou l’agressivité d’un patient, comment apprendre à lâcher prise..."

Une réhabilitation plus rapide

Une nécessité lorsque l’on sait que les familles d’accueil thérapeutique travaillent 24h sur 24. Les patients rejoignent, dans les textes, leurs familles d’accueil pour une durée d’un an. Dans la plupart des cas, l’accueil est prolongé et peut durer deux à trois ans.

Le docteur Moutou rappelle : "Au-delà, il faut faire attention. Le but de l’accueil familial thérapeutique c’est que le patient devienne autonome. S’il n’y a pas d’évolution ou s’il établie une relation fusionnelle avec les professionnels, c’est problématique".

Si dans la majorité des cas, l’accueil familial thérapeutique fonctionne bien, il arrive que des patients soient changés de famille ou retournent au sein du milieu hospitalier. Mais Corine Jicquel insiste : "Les accueillis n’auront jamais autant de confort et un suivi d’une qualité égale à ceux proposés lorsqu’ils rejoignent une famille".

“Je ne dors pas l’esprit tranquille”

Son métier ? Marie n’en changerait pour rien au monde. Si elle reconnaît que la profession qu’elle exerce est "très difficile", la mère de famille considère qu’elle se rend utile pour ceux qui en ont le plus besoin. Elle confie : "Je pense que les personnes dont je m’occupe ont beaucoup plus besoin de moi que mon ancien patron".

Mère de deux adolescents, Marie explique avoir choisi ce métier en accord avec sa famille.
"Ce sont les personnes qui comptent le plus pour moi. S’ils avaient refusé que je fasse ce métier, j’aurais respecté ce choix. Mais ils m’aident beaucoup. Mes enfants ont appris que la vie pouvait être difficile et qu’être touché par une maladie mentale, ça peut arriver à n’importe qui", insiste la professionnelle.

Marie, qui exerce ce métier depuis plusieurs années, a accueilli des personnes aux profils divers : bipolaire, paranoïaque, schizophrène... Elle expose : "Ces personnes sont très fragiles mentalement. Quand elles arrivent chez nous, on voit qu’elles se demandent où elles ont mis les pieds. Mais c’est à nous de les rassurer".

La mère de famille mise sur les bienfaits du sport pour aider les patients qu’elle héberge. "Nous faisons du sport le matin et de la marche, du vélo l’après-midi ce qui permet de les booster, de leur rappeler qu’ils ne sont pas à l’hôtel, qu’ils doivent suivre une thérapie et qu’il faut qu’ils aient la volonté de s’en sortir".

La professionnelle assure qu’elle vit comme avant : elle reçoit et se rend chez sa famille, participe à des dîners dansants... "Les personnes que j’accueille viennent toujours avec moi. Parfois, il faut leur rappeler les règles à respecter", insiste Marie. Elle reprend : "Il faut faire preuve de beaucoup de patience. Et puis, je ne dors pas vraiment l’esprit tranquille, je suis toujours un peu sur le qui-vive. On ne sait pas ce qui peut se passer pendant qu’on dort..."

Cynthia Ramalingompoullé

Une équipe spécialisée en projet

"Il faut aller beaucoup plus loin, insiste le docteur Gérard Moutou. Le cloisonnement actuel n’est pas satisfaisant". Le chef du pôle Est de l’EPSMR milite pour la création d’une équipe spécialisée dans l’Accueil Familial Thérapeutique (AFT). "Aujourd’hui, il y a une fracture entre l’équipe qui suit les enfants et celle qui s’occupe des adultes, regrette le professionnel de santé, lorsqu’un jeune accueilli atteint l’âge de la majorité, il va être pris en charge par l’équipe qui fait le suivi des adultes, qui ne connaît rien de son histoire".

Le médecin défend une meilleure cohésion entre la psychiatrie des adultes et la pédopsychiatrie. Actuellement, chaque centre médico-psychologique dispose de ses référents en matière d’AFT. Une pratique qui ne favorise pas la coordination, selon Gérard Moutou. "La création d’un pôle d’AFT permettra de veiller sur tout le parcours d’un patient. L’unité mobile pourra se déplacer et regroupera différents professionnels : infirmier, psychiatre..."

Notes

[1Prénom d’emprunt

Post Scriptum

Pour en savoir plus, voir notre rubrique ""

Dernière mise à jour : mercredi 8 février 2012

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