Vers l’accueil familial

Jean-Claude CÉBULA psychologue clinicien - IFREP, Paris

Pour prendre en charge des populations en difficultés, de nombreux facteurs concourent à se tourner vers des familles d’accueil. Fluctuants selon les époques, les représentations et les politiques sociales, ils sont grandement dépendants des idéologies du nourrissage ou des vertus curatives du bon air de la campagne. Ces nécessités, élever des enfants ou s’occuper d’adultes non-autonomes, rencontrent des ressources familles d’accueil aux prises avec des registres du rapport à l’autre encombrés de motivations aussi variées et singulières que le sont les besoins et l’histoire des accueillis.

L’orientation en accueil familial Accueil familial Mode d’accueil alternatif au maintien à domicile et au placement en établissement spécialisé : les personnes handicapées ou âgées sont prises en charge au domicile de particuliers agréés et contrôlés par les conseils départementaux (ou par des établissements de santé mentale). s’inscrit comme une réponse parfois trop naturelle pour des enfants, alors qu’elle reste une solution encore marginale pour les adultes et ce quels que soient leurs difficultés ou leurs troubles.

Bref, des besoins d’accueil d’enfants ou d’adultes ont rencontré des réponses famille d’accueil, sans que, jusqu’à une époque relativement récente, tout ceci soit bien organisé, canalisé, pensé. Un progrès certain a été fait lorsque l’agrément a été inventé afin d’évaluer ou de cadrer l’impétuosité d’accueillants pas toujours bien disposés à répondre de manière adaptée aux besoins de populations en difficultés. Leur activité a été reconnue, valorisée et surtout aidée. Parallèlement se sont développés des dispositifs, et parfois des services, d’accueil familial.

Des interrogations similaires ont-elles été développées à propos des accueillis et de leur capacité à bénéficier des ressources affectives et psychiques d’une famille d’accueil ? S’occuper de manière permanente d’un enfant ou un d’adulte supplée une défaillance de l’environnement proche et/ou une impossibilité d’assurer seul son autonomie. Pour un enfant, cette défaillance se solde par une séparation et les souffrances qui l’accompagnent. Un adulte aura à faire le deuil de compétences sociales pour assurer son mode de vie. Comment ces éléments, et d’autres relatifs à la possibilité des accueillis de s’inscrire dans une dynamique familial d’accueil peuvent-ils nous aider à penser des orientations ?

(...)

L’orientation en accueil familial devrait être une préoccupation permanente, même si pour les enfants, un environnement familial semble le plus apte à l’aider à grandir.

Pour un adulte, dans un premier temps, un étonnement est manifesté. Ce premier pas franchi, les éléments d’orientation devraient s’évaluer en fonction de l’altération de leurs compétences, des manifestations de leurs troubles, et de la nature du projet visé. Il ne s’agit plus tout à fait d’élever ou d’éduquer, même si le jeu relationnel « papa-maman » reste prépondérant, mais d’accueillir, notion bien vague qui demande d’en préciser les modalités, les étapes et la durée.

Deux types de populations sont plus spécifiquement désignés pour participer aux processus relationnels que proposent les familles d’accueil : les personnes âgées et les personnes handicapées psychiques ou malades mentales.

Plus marginalement, des familles d’accueil peuvent contribuer à réinsérer des adultes marginalisés et désinsérés, comme des toxicomanes ou des sortants de prisons6 par exemple. Mais, quels que soient les troubles, les handicaps ou la situation sociale, la question de l’orientation reste entière. Y aurait-il des populations qui pourraient plus particulièrement bénéficier de l’apport des familles d’accueil ?

Faute de prédire l’avenir, et surtout les effets toujours singuliers de la rencontre accueilli - accueillant familial, il est plus judicieux d’évoquer les situations dans lesquelles cette rencontre ne pourrait avoir lieu. Un adulte, pas plus qu’un enfant, n’est jamais seul. Même si sa parenté n’est pas physiquement présente, son passé, les liens de loyauté ou d’appartenance qu’il entretient avec son histoire peuvent sensiblement réduire toute possibilité de s’inscrire dans la dynamique de l’accueil proposée. En effet, les familles d’accueil offrent un système relationnel à une personne qui va ou non pouvoir y participer.

Si l’être humain est en principe un être social, nous savons que certaines histoires, et surtout certains troubles, atténuent gravement la faculté d’entrer en relation sereine avec l’environnement. Nous devons donc être vigilants à ne pas orienter des populations qui ne pourraient bénéficier des attentions d’une famille d’accueil

Cette seule limite à l’accueil familial se décline en de nombreuses singularités. Ainsi, des sujets trop enfermés dans leur maladie, leur handicap ou leur démence ne devraient pas être orientés en accueil familial. Les familles d’accueil ont besoin de répondant. Si leurs sollicitations restent sans réaction, elles ne vont trouver aucune compensation narcissique, s’épuiser à la tâche ou considérer l’autre comme un objet auquel on prêtera de moins en moins d’attention. De même, des populations qui auraient des modes d’expression inadaptés dans leur rapport à l’autre semblent avoir un avenir compromis dans l’accueil familial. La violence, les passages à l’acte, l’impossibilité de verbaliser ou de faire éprouver ses émotions ne sont pas de mise dans ces espaces d’accueil où ce qui est privilégié restent l’échange, le dialogue et parfois la négociation.

L’orientation s’apprécie donc en fonction de l’accueilli et des compétences qu’il peut mettre en œuvre pour bénéficier des attentions familiales. Ces compétences doivent être pour l’essentiel évaluées en rapport avec ce que les familles d’accueil proposent intimement, dans leur quotidien partagé, et avec ce qu’elles ont besoin de rencontrer.

Un accueil familial est un espace relationnel dans lequel chacun a besoin de rencontrer l’autre, et plus encore, quelque chose de soi dans l’autre, c’est-à-dire de reconnaître dans l’autre les attentions et projections qu’on lui a manifesté. Le début du roman « Le parfum », de Patrick Süskind, est à ce sujet très éclairant. Des nounous ne peuvent s’occuper du nourrisson qui leur est confié car il n’a pas d’odeur. Elles ne retrouvent pas dans ce nouveau-né quelque chose qu’elles s’attendent inconsciemment à trouver, une odeur dont on peut penser qu’elle est composée de l’odeur des nourrices.

Ce bébé sans odeur leur reste étranger et elles ne peuvent le garder. On peut donc dire qu’il n’y a pas d’étranger en accueil familial, mais des êtres, enfants ou adultes, qui ont besoin des autres. Si les comportements ou les symptômes rendent l’accueilli « inhumain » au regard des accueillants, il y a là matière à travailler et à repenser l’orientation.

Dernière mise à jour : jeudi 2 novembre 2006

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