Merci à la MSA, qui a organisé une journée sur "l’accueil familial social, une solution d’avenir" et nous a autorisé à publier ici ce dossier, enrichi de deux splendides vidéos.
Enjeux - Accueil chez des particuliers, une vie en famille
Sommaire :
- En Dordogne et dans le Puy-de-Dôme, des familles nous ont ouvert leurs portes. Reportage.
- Dans le Tarn-et-Garonne et en Côte-d’Or, témoignages d’accueillants.
- Entretien avec Jean-Claude Cébula, psychologue clinicien à l’Institut de formation, de recherche et d’évaluation des pratiques médico-sociales.
- Le cadre de l’accueil à domicile est clairement défini. Dans quelles conditions celui-ci peut-il se réaliser ? Questions-réponses.
- Le statut de l’accueillant au cœur de l’actualité. Un rapport sur le sujet vient d’être commandé par le gouvernement.

- BIMSA n°82, mars 2008
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Extraits
Pour les personnes âgées et les adultes en situation de handicap, l’accueil familial constitue une alternative intéressante entre le maintien à domicile et la prise en charge par une institution. Si elle présente l’avantage d’élargir la palette de l’offre, principalement en milieu rural, cette formule d’hébergement individualisé peut surtout correspondre à un vrai choix de vie dans un cadre personnalisé, pour les accueillis, en même temps qu’à un choix professionnel et humain d’ouverture aux autres, pour les accueillants.
Mais cette solution de proximité, qui participe au développement des territoires et de l’emploi, est encore bien mal connue et trop peu valorisée, aussi a-t-elle peine à décoller, voire à se maintenir. Elle répond pourtant à un besoin qui, lui, risque de s’accroître, notamment avec le vieillissement de la population.
Témoignages et explications.
« Nous sommes juste une famille, c’est notre force »
Film tourné chez Nathalie Desserteau (accueillante familiale en Côte-d’Or, membre de Famidac) et projeté le 18 mars 2008, au cours de la journée "l’accueil familial social, une solution d’avenir".
Nathalie Desserteau accueille chez elle, avec son mari Christophe, agriculteur en Côte-d’Or, et ses trois enfants, trois jeunes adultes Patricia, Annick et Daniel, les deux derniers de façon permanente.
« Devenir accueillante a été l’aboutissement d’un chemin de réflexion sur un avenir professionnel. Malgré les appréhensions de devoir intégrer à la maison des personnes ayant des problèmes, nous nous sommes lancés, avoue-t-elle. Notre travail est de leur apporter une aide, une compagnie, un confort. Çà, je le savais. Mais ce que je ne savais pas encore, c’est tout ce que, eux, nous offrent : des moments riches en émotions, une vision de la nature humaine extraordinaire, des moments difficiles parfois et aussi quelquefois fatigants et intrusifs. Mais après la crise, revient un beau soleil encore plus rayonnant. »
« Je suis bien ici. Je suis au calme. On ne se dispute pas », apprécie Patricia qui, avec Annick et Daniel, partage la vie de la famille, dans laquelle ils se sentent parfaitement intégrés. Ils disposent chacun d’une chambre dans une partie de la maison, la famille vivant dans l’autre. « Au niveau affectif, on est attaché à eux, comme à quelqu’un de la famille », reconnaît Nathalie. Très sensible, elle voit tout de suite quand quelque chose ne va pas chez l’un d’eux. « Apprendre à comprendre les gens, c’est enrichissant à tous points de vue. » Elle ajoute : « Nous n’avons rien d’extraordinaire à leur offrir. Seulement un peu de temps, d’affection et de compréhension. Nous sommes juste une famille et c’est çà notre force, je crois ».
Anne Pichot de la Marandais
La chaleur d’un foyer
En Dordogne, deux accueillants nous ont reçu pour témoigner de leur quotidien. Rencontres.
Sylvain Evrard et son épouse Emmanuelle le revendiquent ; ils ont besoin de temps pour faire les choses. Leur univers de vie, ils l’ont construit petit à petit, graduellement, en se questionnant, en échangeant, et en faisant des choix nets. Choix en terme d’activité agricole : sur la ferme en agrobiologie, à Miallet, ce sont des moutons qu’Emmanuelle, chef d’exploitation depuis 14 ans, élève, rejetant la course à l’agrandissement, qui a conduit à « la déstructuration du tissu social en milieu rural » et le système de primes en agriculture, qui « a pourri le climat ». Choix aussi en terme d’activité complémentaire, avec la construction de deux gîtes. Choix encore d’une « activité sociale qui nous manquait », avec l’accueil familial, pour lequel Sylvain a obtenu un agrément l’an dernier. Leur volonté est de rester ensemble sur la ferme, maintenir une vie de famille soudée avec leurs deux enfants de 15 et 10 ans, continuer à bâtir des projets (le prochain devrait être un gîte pour des personnes handicapées), en toute indépendance, loin d’« une vie de dingue ».
Henri a sa place sur la ferme
Sylvain dit bien qu’il a « eu une vie avant : des études en fac de droit, un emploi de métreur en entreprise ». Il a décidé d’en changer. Ce qu’il privilégie avant tout : la qualité de vie et la relation humaine. « Il faut essayer de bien vivre ensemble, en harmonie. D’autant que nous sommes dans un monde qui engendre de nouveaux exclus. Avant, tout le monde parvenait à trouver sa place. Or, sur une ferme, je pense que chacun peut la trouver. Elle offre de nombreuses activités, qui sont importantes pour la reprise de confiance en soi. On peut y prendre l’initiative. » Henri, qui partage le quotidien d’Emmanuelle et Sylvain depuis trois mois, profite à plein de cette nouvelle possibilité de vie. « En deux ans de temps, j’ai perdu mon père, ma soeur. » Au décès de celle-ci, un tuteur a été nommé. Henri est alors allé vivre chez une bellesoeur, mais ça ne collait pas. D’où la solution de la famille d’accueil. Très valide, assez autonome, il est en capacité de s’occuper seul. Il sait profiter de la nature avec de longues balades à vélo, des promenades à pied. Henri aime bien soigner les volailles. Il a aussi repeint l’ancien semoir installé à l’entrée de la propriété. « Il se sent comme les autres en étant ici », commente Sylvain. Mordu de jardinage, Henri a un bout de terrain qui lui est réservé – « ça m’occupe la tête ». « Il va d’ailleurs me donner des leçons de jardinage, signale Sylvain. La complémentarité est bonne pour tout le monde. »
« Nous ne sommes pas des saints »
« Apprendre les uns des autres, apprendre à regarder le monde, à écouter, être modeste et ne pas se dire que l’on sait tout… » Pour faire ce métier, il est essentiel selon Sylvain d’être « ouvert, réceptif. Plus que de la tolérance, il faut du respect. Je ne suis pas un copain, pas un directeur de conscience non plus ; il faut accepter la différence. » Du respect donc, et « des règles du jeu claires, posées dès le départ ». À cet égard, la période d’essai – d’un mois renouvelable – est « indispensable » ; elle permet de faire connaissance et de s’apprécier, ou non : « Ce métier n’est pas un sacerdoce, nous ne sommes pas des saints ». La liberté de choix pour les uns et les autres paraît essentielle. Sylvain juge également positive la contractualisation, garantie de règles bien établies. Une fois que tout cela est posé, que le contrat est conclu, c’est l’apprentissage de l’autre et la construction de relations. Relations avec l’accueilli, avec la famille naturelle de celui-ci, avec le tuteur, avec les décideurs… C’est aussi le recours à la formation. Sylvain s’y consacre une après-midi par quinzaine, pendant un an (60 heures) : interventions de spécialistes sur la personne âgée, la personne handicapée, sur l’alimentation, informations juridiques, psychologiques… « La formation constitue un gage de reconnaissance du métier d’accueillant. » Un métier qui reste pourtant précaire, sans droit à l’assurance chômage – « si l’accueilli part, s’il y a rupture de contrat, on n’a plus de revenu ». Se pose également le problème du remplacement. Pour l’heure, Sylvain et Emmanuelle ont réglé la question : « On prendra nos vacances en même temps qu’Henri. » Ils ne s’absentent d’ailleurs jamais bien longtemps et soulignent qu’« une ferme, c’est un camp de base, on y revient toujours ».
« “Famille d’accueil”, les deux mots sont importants.
Les personnes que l’on accueille, il faut les considérer comme faisant partie de la famille, il faut en prendre soin, les encadrer avec douceur. » Christiane Veissière sait de quoi elle parle, elle qui reçoit depuis fort longtemps des personnes ayant un handicap mental ou des problèmes psychiques. « Je fais ce métier depuis 10 ans. »
Michel fut alors le premier à arriver chez elle. Et il est toujours là aujourd’hui. Il nous fait visiter sa chambre avec vue imprenable et plongeante sur la campagne autour de Vanxains, bourg de l’ouest de la Dordogne. Dans son espace, il peut satisfaire sa passion pour la musique : sa chambre est pleine de 45 tours, cassettes, CD qui l’accompagnent dans son quotidien.
Un quotidien qu’il partage avec Jean- Claude, arrivé chez les Veissière il y a deux ans et demi, et Muriel, qui a rejoint la famille depuis l’été dernier. Elle nous dit très vite : « Ici, j’ai trouvé un bon coin pour vivre », elle qui a connu des galères, des périodes d’hospitalisation et des situations qui ne lui convenaient pas : « Avant, j’étais dans un appartement thérapeutique à Bergerac ; je me sentais isolée, je mangeais n’importe quoi, je me recouchais la journée, ce n’était pas évident. »
Chez Christiane, elle semble visiblement stimulée : « Je lui ai transmis un peu de mon énergie », précise celle-ci.
« Être bien dans sa tête, patient, déterminé »
Déjà d’une nature heureuse et « capable de s’amuser d’un rien », Christiane dit avoir, grâce à ce métier, une « vision différente de la vie, plus souriante, » et souligne « un peu de lâcher prise par rapport aux petits inconvénients du quotidien ». Une activité qu’elle a choisie parce qu’elle sentait « avoir la fibre », après s’être occupée de son père malade, puis d’un oncle. « Je n’en changerai pour rien au monde, affirme-t-elle. Je fais un métier utile et les personnes que j’accueille m’apportent beaucoup. Michel, Muriel et Jean-Claude sont toujours de bonne humeur dès le matin au réveil, ils sont gentils et chaleureux. »
Si, pour Christiane, cette vie paraît simple et la situation naturelle, elle convient qu’il faut d’abord « être solide sur le plan psychologique. Être bien dans sa tête, patient et déterminé, tolérant aussi. » Elle apprécie l’écoute et le soutien du Conseil général, en cas de besoin.
Le quotidien est bien entendu très prenant, d’autant que les trois personnes dont Christiane s’occupe ne sont pas autonomes ; elle nous reçoit d’ailleurs l’après-midi, le matin étant consacré à la toilette de chacun, aux tâches ménagères. « Il faut aussi gérer les prises de médicaments, les rendez-vous chez le psychologue et les professionnels de santé, aimer travailler en équipe – avec les assistantes sociales, les tutrices. »
Sérénité et organisation font que tout semble s’enchaîner facilement dans cette maison. Les repas sont toujours pris en commun. « Si nous avons des invités, tout le monde s’installe à la même table. » Pas de différence, pas de traitement particulier, la participation à la vie de la famille est essentielle. « Nous nous occupons de personnes fragiles ; pour certaines, le passage dans la famille d’accueil peut être un tremplin vers une vie plus autonome, vers un studio. Muriel, lorsqu’elle ira mieux, pourra choisir d’aller vivre en studio. Mais peut-être n’en aura-t-elle pas envie. » Et qu’en est-il du regard porté par l’extérieur sur la vie qu’a choisie Christiane ? Muriel, Jean-Claude et Michel ont été bien acceptés dans la commune. Christiane signale tout de même : « On a perdu quelques amis au passage, il n’y a que les meilleurs qui restent. »
Gildas Bellet
Témoignage : « C’est notre engagement »
- Film projeté le 18 mars 2008 au cours de la journée "l’accueil familial social, une solution d’avenir".
Jean-Marie Blanc, 59 ans, vit chez Jean-Paul et Colette Bougerol, dans le Tarn-et-Garonne, depuis mi-juillet 2007, et une grande complicité les unit. Handicapé moteur depuis la naissance, s’il a quelques difficultés d’élocution, « on peut tenir une conversation avec lui, sur n’importe quel sujet », se réjouit Jean-Paul.
Malgré son handicap, Jean-Marie a passé son bac et travaillé dans un CAT. Il avait sa maison et conduisait une voiture sans permis. Mais quand il doit quitter le CAT, vivre en maison de retraite ne lui convient pas. Il souhaite alors être hébergé dans une famille d’accueil. Il partage aujourd’hui la vie des Bougerol qui mettent à sa disposition une chambre et un bureau, soit 23 m².
« La première fois que j’ai vu Jean-Marie, j’ai paniqué face à son handicap physique, reconnaît Colette. J’ai pensé que je ne pourrais pas y arriver. Et après, je l’ai trouvé très intéressant au fil des discussions. Je me suis dit : c’est notre engagement. On y va. Et cela s’est vraiment très bien passé. »
Jean-Marie est satisfait : « J’ai retrouvé une structure familiale et une vie de famille », dans laquelle il se sent accepté. En fait, Jean-Paul et Colette continuent à vivre normalement, tout en intégrant une personne en plus.
Anne Pichot de la Marandais
Interview : Alain Cournil, directeur général de la Fédération MSA Dordogne Lot-et-Garonne
L’accueil familial est-il développé en Dordogne ?
Alain Cournil : Il y a à peu près 400 personnes accueillies par 250 familles. Sur la partie bergeracoise, la tradition d’accueil est très forte. De nombreux exploitants agricoles notamment ont reçu et reçoivent des enfants. Autre formule développée : l’accueil thérapeutique. Mais le département compte aussi beaucoup de personnes âgées : il y a donc des besoins importants, avec des gens aux revenus relativement faibles. Il s’agit pour certains de trouver des solutions alternatives, moins coûteuses que les maisons de retraite. Beaucoup d’entre eux cherchent à finir leurs jours près de l’endroit qu’ils ont aimé, où ils ont vécu. Favoriser l’accueil familial, c’est offrir une solution très proche de la vie de famille. L’encourager, c’est aussi maintenir l’activité au plus près des territoires de vie. Sur un plan économique, en terme de gestion patrimoniale, cela peut également conduire à une diminution des besoins en financement de structures.
Quelle est l’implication de la MSA de la Dordogne ?
A. C. : Elle s’est d’abord matérialisée par l’offre de prêts sociaux pour des travaux d’amélioration de l’habitat. En vue de l’obtention de l’agrément ou de son extension, la MSA offre ainsi la possibilité d’un prêt pour la rénovation d’une pièce, pour la réfection d’une salle de bains... Remboursable sur des délais assez courts (avec un maximum de 5 ans, durée pour laquelle l’agrément « famille d’accueil » peut être accordé), ce prêt concourt à l’amélioration des conditions de vie, mais aussi à l’entretien et la préservation du patrimoine rural.
Autre implication avec, en juin 2006, l’organisation de réunions d’information et de sensibilisation, à la demande du Conseil général, sur 6 cantons du nord du département, où l’accueil est encore peu développé. La MSA s’est aussi investie pour l’aide aux formalités administratives. Pour cela, nous avons proposé un partenariat au Conseil général, par l’intermédiaire de notre groupement d’employeurs, l’APAMH (Aide aux personnes âgées, malades et handicapées), association agréée services à la personne. Un partenariat constitué de deux volets : en premier lieu, nous jouons un rôle d’interface en accomplissant les formalités administratives qui incombent aux accueillis, employeurs de la famille d’accueil : nous réalisons ainsi la demande d’immatriculation Urssaf, le relevé mensuel de contrepartie financière [pas de contrat de travail, donc ce n’est pas un bulletin de salaire], la déclaration de cotisations sociales trimestrielles.
Sur deux ans, nous avons ainsi géré environ 150 dossiers, et nous établissons actuellement chaque mois 70 relevés mensuels de contrepartie financière. En second lieu, nous nous sommes positionnés sur la difficile question du remplacement des accueillants. Notre idée est d’avoir à disposition un volant de personnes pour pouvoir assurer ces remplacements. Se pose à l’heure actuelle la question du statut du remplaçant, de sa rémunération, de ses conditions de travail. La possibilité de salarier directement des familles d’accueil manque. Dès que ce sera possible, nous sommes prêts, en ce qui concerne le remplacement, mais aussi pour la proposition d’une offre de formation. [...]
Propos recueillis par Gildas Bellet
Vivre ensemble
Dans le Puy-de-Dôme, l’accueil familial social fait son chemin. Rencontres avec deux familles qui ont fait le choix d’héberger des personnes âgées et des personnes handicapées.
Confortablement installées dans la vaste salle de séjour, Madeleine, 81 ans, et Gisèle, 64 ans, tricotent tout en regardant la télévision… Deux mamies comme bien d’autres, sauf qu’elles n’ont aucun lien de parenté avec Marie-Jeanne Madeuf, chez qui elles vivent, à Tauves, au sud-ouest du département à la limite du Cantal.
La première est arrivée il y a deux ans : célibataire et habitant jusqu’alors chez son frère, elle avait été placée temporairement en établissement au décès de celui-ci. « Je ne pouvais pas rester là-bas, dit-elle. Marie-Jeanne, c’est comme ma famille. Je suis bien ici. »
Gisèle n’est là que depuis six mois. Après avoir connu des problèmes familiaux qui l’ont obligée à trouver une autre forme d’hébergement, elle aussi apprécie tout particulièrement la chaleur du foyer de Marie- Jeanne. Celle-ci explique sa démarche : « J’ai décidé en 2005 d’arrêter mon métier d’aide à domicile – que j’exerçais depuis 1993 – notamment en raison des conditions de travail difficiles ; il faut circuler beaucoup par tous les temps et ici les hivers sont particulièrement rigoureux - nous habitions alors à La Tour d’Auvergne où mon mari était éleveur. »
Changer d’activité certes, mais pour faire quoi ? « Compte tenu de mon expérience auprès des personnes âgées, mon choix s’est tout naturellement porté sur l’accueil familial, qui me permettait en outre de travailler chez moi. » Une décision réfléchie, prise en toute connaissance de cause, d’une femme déterminée, avec les pieds sur terre.
« Bernard, mon mari, a tout de suite adhéré au projet. C’est plutôt mon entourage professionnel, des amis qui ont tenté de me dissuader, en avançant que je ne tiendrai pas…. Mais en vain », ajoute-elle en riant. Disposant d’une maison à Tauves, jusqu’alors en location, elle décide de l’aménager pour s’y installer et accueillir ses « pensionnaires ».
Savoir s’organiser
Aujourd’hui elle parle de son métier tout simplement,
avec passion mais aussi avec réalisme : « J’ai actuellement 2 pensionnaires, mais J’ai un agrément famille d’accueil pour trois personnes. Je suis prête à recevoir une personne handicapée. C’est un travail à plein temps, je m’y suis engagée. il faut être disponible, mais c’est une question d’organisation. J’ai la chance d’avoir ma fille et une ancienne collègue qui m’aident et me remplacent pour une journée, en cas de besoin. »
Pendant les 15 jours de vacances qu’elle s’accorde avec son mari, c’est La Croix- Marine – l’association qui s’occupe du placement familial et du suivi des familles pour le compte du Conseil général – qui prend en charge ses pensionnaires dans le cadre de l’hébergement temporaire.
Quant à la vie quotidienne, à écouter Marie-Jeanne, tout se passe pour le mieux. « Gisèle et Madeleine font partie de la famille, elles m’aident pour de petites tâches ménagères. Nous prenons nos repas ensemble. Comme toutes les deux sont diabétiques, avec Bernard nous nous sommes tous mis au régime. Elles m’accompagnent en voiture faire les courses. Quand nous recevons des amis, elles sont bien sûr avec nous. S’il fait beau, il nous arrive d’aller pique-niquer. » En un mot, une vie de famille ordinaire…
Partage et complicité
Direction Verneugheol, sur le canton voisin d’Herment, où nous attend Colette Richard, une « ancienne » dans la profession, comme elle aime à se qualifier.
« J’ai eu un premier agrément famille d’accueil en 1997, j’en suis maintenant à mon troisième. » Forte personnalité, un dynamisme à toute épreuve, elle ne se lasse pas de parler de son parcours, ses motivations, sa vie de tous les jours avec ses trois pensionnaires handicapées.
Christiane, 41 ans, est arrivée il y a un an. Fait original : c’est elle qui a contacté Colette : « Nous sommes toutes les deux de Pontaumur et je savais qu’elle faisait de l’accueil familial, je lui ai parlé de ma situation – je ne voulais plus rester en établissement. Elle a tout de suite dit oui. » « En fait, cela n’a pas été aussi simple et il a fallu attendre un certain temps avant d’avoir le “feu vert” du Conseil général », précise Colette.
Dominique, 54 ans, est quant à elle restée pendant 5 ans en hôpital psychiatrique. « C’est un membre de ma famille qui a lu l’annonce de Colette qui recherchait des personnes à accueillir. Ça été un soulagement de pouvoir venir ici. Sinon, c’était la maison de retraite. »
Le cas de Maria, 61 ans, d’origine portugaise, est un peu différent. Elle vit dans son monde et parfois on a du mal à la comprendre, excepté Colette, qui s’est chargée de toutes les démarches nécessaires à son placement chez elle. Et c’est bien cette complicité qui illumine les relations entre Colette et ses pensionnaires.
« Rien ne me prédestinait à ce métier. Je tenais un bar-restaurant avec mon mari à Clermont-Ferrand. J’ai dû vendre pour raison de santé. Nous avons alors rénové cette maison que nous avions à Verneugheol et nous l’avons transformée en résidence principale. L’idée de devenir famille d’accueil a germé et mûri lentement, mais au départ je ne savais pas ce que c’était. »
Il faut dire que Colette aime les contacts. « Certes le métier ne laisse pas une minute de répit. Entre la toilette du matin, la préparation des repas, le ménage et les courses, je n’ai pas beaucoup de temps pour moi. Il a fallu que j’instaure des règles de vie, la cohabitation n’est pas toujours facile. Mais en contrepartie, mes pensionnaires m’apportent beaucoup, nous partageons des plaisirs simples. »
On peut ainsi croiser Colette, Christiane, Dominique et Maria au marché, à la foire ou à faire les courses. « Le dimanche, nous allons au thé dansant, l’occasion de s’habiller chic, de voir du monde… L’été dernier, nous sommes tous partis, avec mon mari, en vacances au bord de la mer. »
Les familles d’accueil se connaissent, se rencontrent parfois, de façon informelle, spontanée ; c’est utile pour échanger, partager les expériences. De même, les formations qui sont proposées par les services du Conseil général – quelques jour par an – sur différents thèmes permettent de discuter du métier, de décompresser. -
Un recrutement difficile
Aujourd’hui, sur le département, 198 familles sont agréées pour accueillir à leur domicile des personnes handicapées ou âgées. Sur le canton de Tauves, une douzaine de familles se sont lancées dans la démarche. Ce qui est insuffisant pour répondre à la demande.
« Le recrutement de familles d’accueil est un véritable problème », regrette Christophe Serre, conseiller général de Tauves. « Avec le concours de l’ANPE, nous nous sommes tournés vers les demandeurs d’emploi. En avril 2007, un questionnaire a été adressé à des personnes susceptibles d’être intéressées ; sur 300 envois, nous n’avons eu que 7 réponses ! »
Marie-Jo Pourtier, assistante sociale à la MSA, qui n’a pas ménagé ses efforts et a rencontré individuellement des potentiels accueillants, constate que « beaucoup reste encore à faire pour valoriser l’activité… »
« En fait, reconnaît Christophe Serre, certains candidats ne vont pas jusqu’au bout de la demande d’agrément, qu’ils trouvent trop contraignante. Toutefois, nous pensons qu’il est important de poursuivre notre mobilisation pour développer cette forme de prise en charge et ainsi compléter le dispositif local en faveur des personnes âgées et de leurs familles, qui est aussi source d’emploi en milieu rural ».
Chantal Guennec

