Le syndicat agricole, Hebdomadaire agricole de la région Nord - Pas de Calais
29 octobre 1999 - Numéro spécial, édition Nord (extraits)
Un projet pour construire de nouvelles solidarités locales
Dans le cadre du programme européen LEADER, la FDSEA conduit, en collaboration avec les services du Conseil Général du Nord, un projet innovant à caractère social : L’Accueil Familial à la Ferme.
L’accueil familial (...) permet l’accueil par des particuliers, à leur domicile et à titre onéreux, de personnes âgées ou handicapées adultes. Sur le département, près de 450 familles sont agréées par le Conseil Général.
Jusqu’à présent, très peu d’agriculteurs sont agréés pour cette activité alors qu’ils sont en mesure de répondre à une demande insatisfaites C’est dans ce contexte que la FDSEA conduit un projet multi - partenarial visant à construire et promouvoir l’accueil familial à la ferme.
Conserver une ambiance familiale
Dans la mesure du possible, les personnes âgées souhaitent rester à leur domicile. Cependant, il arrive que ces mêmes personnes demandent un peu plus d’attention. Ce besoin se fait notamment ressentir lors de la saison hivernale, où les conditions climatiques renforcent l’isolement, ou à la sortie d’une hospitalisation .
Parfois, ce sont les enfants qui souhaitent prendre un peu de repos et confier la surveillance de leurs parents à une famille agréée. Dans ce cas, il s’agit d’un accueil temporaire. Il en est de même pour les personnes âgées qui attendent une place en maison de retraite.
Quant aux personnes fragilisées, elles ont besoin de "séjours de rupture" pour se ressourcer, faire le point et se fixer de nouveaux repères.
L’Accueil Familial à la Ferme semble être une bonne alternative au placement en institution, car il permet de conserver une ambiance familiale et de rester dans un environnement agréable. Ce type d’accueil peut être pour l’agriculteur une opportunité. Il est source de revenus complémentaires non négligeables et permet ainsi le retour de la conjointe sur l’exploitation. Il permet de valoriser une partie de l’habitation rendue vacante notamment lors du départ d’un enfant. Dans la plupart des cas, les investissements se limitent à l’aménagement de sanitaires adaptés, l’accueil se faisant dans l’habitation même de l’agriculteur.
Création de micro - réseaux
Lorsque l’accueil est temporaire, il permet de concilier aisément l’activité agricole avec la prestation d’accueil par une meilleure répartition de la charge de travail sur l’année. Le projet de la FDSEA prévoit la création de micro - réseaux composés de 5 à 10 exploitations agricoles agréées. Ce fonctionnement facilite le soutien aux familles d’accueil. Il est par exemple proposé d’assurer un service de remplacement lorsque l’exploitant doit s’absenter.
Par ailleurs, tout en bénéficiant d’un encadrement privilégié, les agriculteurs auront la possibilité de participer à des formations complémentaires et adaptées, des groupes d’échange et de réflexion.... Les personnes accueillies se verront proposer des activités individuelles ou de groupe : excursions, travaux manuels...
Les exploitants intéressés par ce projet, sont invités à prendre contact avec la
FDSEA du Nord
Christophe CHEVAILLIER
44 rue Jean Sans Peur SP 643
59024 Lille Cedex
Tél. 03 20 30 42 48
Ce projet novateur dessine l’avenir de l’accueil familial
Installé au centre administratif du département, à Lille, Pierre Grzesiak est responsable du service accueil familial du département, placé sous l’autorité de Charles-Henri Ternois, directeur de l’aide sociale et de la solidarité aux personnes âgées et aux personnes handicapées.
Le service de Pierre Grzesiak a deux rôles : d’une part, accorder l’agrément du Conseil Général aux familles d’accueil ; d’autre part, veiller au bien-être des personnes accueillies, âgées ou handicapées, avec le concours de 17 services de suivi conventionnés par le département.
"Ces services, constate Pierre Grzesiak, qui interviennent chacun sur leur aire géographique, effectuent un suivi social, médico-social et administratif. Ce que propose la FDSEA au département constitue un "plus" : l’animation, le travail en réseau, l’entraide et les échanges de services entre familles d’accueil. Il y a là une expérience novatrice qui nous sera utile pour l’avenir."
D’une façon plus générale, le syndicalisme agricole, dans sa volonté de constituer un réseau de familles d’accueil en milieu rural, semble anticiper l’évolution qui se dessine déjà dans le domaine du placement familial des personnes âgées et/ou handicapées.
"C’est là, bien sur, un constat à nuancer, note Pierre Grzesiak : cependant, la géographie du chômage n’est pas sans correspondre à la répartition des familles d ’accueil.
Traditionnellement, on demandait souvent l’agrément famille d’accueil faute d’autres compétences. Aujourd’hui, beaucoup de familles d’accueil veulent être reconnues en tant qu’acteurs dans le domaine des services offerts aux personnes âgées et aux personnes handicapées.
D’ailleurs, elles se regroupent pour faire valoir les compétences professionnelles qu’elles ont acquises. Notre rôle est d’intégrer cette évolution, états également l’arrivée d’une nouvelle population d ’offrants : elle sera de plus en plus jeune, correspondra à la volonté de femmes de rester chez elles alors que leur niveau de qualification leur permettrait d’avoir, peut-être, un travail plus rémunérateur à l’extérieurs Nous notons aussi que les familles d’accueil offrent de plus en plus de commodités à la personne accueillie.
Le projet de la FDSEA s’inscrit dans ces nouvelles tendances et a pour nous valeur de test pour ce que sera l’accueil familial à caractère social dans les prochaines années.
Autre constat a méditer : les 450 familles d’accueil qui existent actuellement dans le Nord sont essentiellement installées dans les milieux périurbains du Douaisis, du Denaisis, du Valenciennois. "Il y en a très peu en Avesnois, relève Pierre Grzesiak. Et, pour l’ensemble du département, nous ne comptons qu’une famille d’accueil qui exerce la profession d’exploitant agricole."
Dominique Chatot
Témoignages : l’accueil familial au quotidien
Sur l’ensemble des familles agréées au titre de l’accueil familial, quelques-unes sont d’origine agricole. Si leurs motivations sont diverses et variées, toutes s’accordent à rappeler que l’accueil familial demande disponibilité, écoute et attention. Elles ne regrettent pas leur choix, dans la mesure où l’accueil familial leur permet d’exercer une activité rémunérée en restant à domicile.
"Nous souhaitions rester sur l’exploitation alors qu’elle n’était plus viable"
En 1989, la famille T. est contrainte de cesser sa production laitière. Se pose alors la question de l’avenir de cette exploitation céréalière de 50 hectares.
"La garde de mes parenté puis de mes beaux-parents m’avait beaucoup apporté. Notre souhait était de rester sur la ferme mais une autre source de revenus était nécessaire. De plus, le départ de nos enfants rendait vacantes certaines pièces de la maison", confie Marguerite T. Une assistante sociale du Conseil Général leur présente alors le dispositif Accueil Familial.
Actuellement, la personne accueillie a un peu plus de 60 ans. Elle est invalide et dispose d’une chambre meublée au rez-de-chaussée qui lui permet de s’adonner à ses passe-temps favoris tels que la lecture, la musique et certaines émissions télévisées
Chaque soir, Mme T. reçoit la visite de l’infirmière chargée d’aliter la personne âgée. De même un kinésithérapeute apporte des soins quatre fois par semaine tandis que l’assistante sociale passe toutes les deux semaines.
Malgré ces soutiens extérieurs, accueillir à son domicile un retraité demande beaucoup de disponibilité. Aussi, lorsque Mme T. doit s’absenter, son mari assure la surveillance de la personne accueillie. Marguerite, agréée pour l’accueil de deux personnes, souhaite développer cette activité. Elle sollicitera l’agrément du Conseil Général pour l’accueil d’une troisième personne.
"Nous disposons des locaux nécessaires. De plus, accueillir trois personnes me permettrait de recourir à l’embauche d’une aide extérieure et de me consacrer ainsi a des formations complémentaires".
"Il vaut mieux s’orienter vers de l’accueil temporaire"
"La préretraite agricole de mon mari n’était pas assez importante pour nous permettre de vivre décemment. Il nous fallait une nouvelle source de revenus. C’est pourquoi nous nous sommes orientés vers l’accueil familial. Il existe en effet une demande très importante des familles pour le placement de leurs parents. Lorsqu’on s ’occupe bien des personnes accueillies, le bouche à oreille fonctionne efficacement. On est souvent obligé de refuser des personnes".
Mme T insiste sur l’importance de la disponibilité. Il faut être présent 24 h/24. Son mari est très impliqué dans cette activité, permettant ainsi à sa femme de s’absenter quelques heures. "Il faut, de temps en temps, se ménager des pauses. C’est pourquoi, Je conseillerais plutôt aux jeunes exploitants de s’orienter vers de l’accueil temporaire."
"Les personnes âgées ont besoin de calme et de convivialité"
Françoise V. soignait une jeune fille de la DDASS lorsque l’assistante sociale lui propose d’accueillir des personnes âgées. Actuellement, deux personnes âgées, Josiane et Christelle, habitent chez Mme V.
Françoise assure le suivi avec l’aide de sa fille. Cette dernière s’occupe des personnes âgées jusqu’à 18h puis sa mère prend le relais. Cette organisation leur permet de se ménager du temps libre et de se libérer un week-end sur deux. Josiane et Christelle, qu’elles appellent affectueusement "les mamies’’, préfèrent une ambiance familiale à un placement en maison de retraite plus anonyme. Elles ont en effet d’importants besoins de repères, d’écoute et d’attention. Peu à peu, la famille d’accueil devient leur seule famille. Les enfants sont un peu leurs petits enfants.
Vivre sur une exploitation présente des avantages. L’une des "mamies" a pu garder son petit chien et peut le promener sans danger dans la cour de la ferme. De plus, les personnes âgées restent en contact avec le monde économique : elles rencontrent des fournisseurs, se préoccupent des récoltes...
Mme V insiste sur la nécessité d’entretenir dès le début de bons contacts, à la fois affectueux et attentionnés, mais aussi parfois un peu fermes. Il faut savoir ménager à chacun son intimité pour que tout le monde se sente chez soi.
Les personnes âgées ont besoin en alternance de se retrouver seules au calme et de profiter d’une ambiance familiale plus joyeuse et conviviale.
"Nous sommes devenus sa famille"
"Lorsque Jacques, 47 ans, a frappé à notre porte, il avait fugué d’une institution spécialisée pour personnes désorientées. Il errait de ferme en ferme dans l’espoir de trouver du travail. Notre exploitation n’était pas adaptée à l’accueil d’un public en difficulté. Cependant les exploitations de type polyculture - élevage offrent une multitude de petits travaux qui ne demandent pas de compétences particulières".
Pour éviter à Jacques de retourner en institution, la famille P. accepte de l’accueillir dans le cadre d’un contrat d’accueil familial.
Voici maintenant 8 ans que Jacques est sur l’exploitation. Il aime se voir confier de petites tâches. Il se considère avant tout comme un salarié ordinaire. Du fait de son handicap mental, il ne peut effectuer seul un travail en continu. Aussi est-il pris en charge, à sa convenance, par l’un ou l’autre des membres de la famille. Pailler les étables, distribuer les pulpes, entretenir le jardin, tailler les haies sont des missions qu’il peut assurer... sous le regard attentif de l’agriculteur.
Il a ses repères sur l’exploitation mais aussi dans le village où il est intégré. La famille d’accueil partage ses joies et ses peines. Une chambre lui a été aménagée au sein de l’habitation pour respecter son intimité.
Une association conventionnée par le Conseil Général veille au bien-être de la personne accueillie. Elle se charge aussi des démarches administratives et financières. Jacques ne peut gérer seul son argent. Toutefois, l’agriculteur lui donne régulièrement de l’argent de poche qu’il utilise à sa convenance. C’est ainsi qu’il s’est offert un vélo et dispose d’un peu plus de liberté.
Il se sent chez lui et nous considère un peu comme sa famille, indique M. P. Nous avons la chance d’être quatre sur l’exploitation, ce qui permet de répartir le suivi de Jacques".
La famille d’accueil s’accorde aussi à préciser que leur conduite doit être exemplaire et régulière afin de maintenir les repères de la personne accueillie.
Propos recueillis par Christophe Chevaillier et Hélène Couvreur

