Quelles formations pour les accueillants familiaux ?

Le Code de l’Action Sociale et des familles, article L441-1 prévoit que "L’agrément ne peut être accordé que (...) si les accueillants se sont engagés à suivre une formation initiale et continue organisée par le président du conseil général" (précision apportée tardivement par l’Ordonnance n° 2005-1477 du 1er décembre 2005).

Un casse-tête pour bien des Conseils Généraux, qui s’interrogent sur la mise en place de formations spécifiques : il est absolument irréaliste d’obliger un accueillant familial à suivre une formation sans prendre en charge le coût de cette formation, ses frais de déplacement, son remplacement ni tenir compte de ses acquis. D’autant plus que certains accueillants sont d’anciens formateurs, éducateurs, animateurs socioculturels, infirmiers, aides-soignants... !

PDF - 162.2 ko
Formation des accueillants

Pour une formation qualifiante et diplômante

Afin que les accueillants puissent bénéficier d’une formation en réelle adéquation avec leurs besoins et leurs attentes, plutôt que de subir des formations obligatoires totalement inadaptées, nous demandons

  • la création d’un diplôme d’Etat d’accueillant familial, notre "cœur de métier", attestant des compétences nécessaires pour accueillir à son domicile des personnes dépendantes ou en difficulté ; il pourrait être obtenu par la voie de la formation ou, en tout ou partie, par la validation des acquis de l’expérience.
  • dans chaque département, une concertation avec les accueillants familiaux pour définir des plans de formation continue individualisés.

Nous ne voulons pas de formations "ghettos". Nous sommes par contre favorables :

  • à la constitution de "groupes de parole" réunissant des accueillants, des soignants, des psychologues, des travailleurs sociaux... autour de différents thèmes. La formation conjointe des accueillants et des accompagnants permettrait de "tordre le cou" à cette traditionnelle partition entre le savoir-faire des accueillants face au savoir des accompagnants et ouvrir alors sur un "savoir être ensemble"...
  • à la possibilité, pour des accueillants familiaux qui le souhaitent, de bénéficier de formations (de préférence diplômantes) déjà organisées à l’attention d’autres publics : auxiliaires de vie, aides soignants, secouristes...

Pour Famidac, Étienne Frommelt.

PS :

Témoignages d’accueillants (extraits d’une étude de l’ODR)

  • « On a eu des formations au début. Pour moi, ce n’était pas suffisant. Déjà la formation a lieu quand on a déjà la personne à son domicile. Je pense que ce serait mieux avant l’accueil. D’autre part, ce serait bien d’avoir des formations de temps en temps. Il y a peut-être des choses qu’on fait comme on peut, mais il y a peut-être de meilleures méthodes. Il y a beaucoup de choses à apprendre. Moi par exemple, je regarde toujours ce que fait l’infirmière, j’apprends en la regardant. Je sens que j’ai besoin d’apprendre des choses. »
  • « J’ai eu un stage de formation au début, ça nous a aidé. Il y a des gestes à connaître quand on s’occupe de ce public ... notamment pour l’alimentation, comment il faut manger équilibré. Ce n’est pas suffisant, il y aurait d’autres choses à apprendre, dans les formations mais aussi entre familles d’accueil. »
  • « Pour moi, c’est important de rencontrer d’autres familles d’accueil. On peut apprendre en discutant avec les autres. Quand on était en formation, on a vu que c’était important, on a même dit qu’on devrait se rencontrer un peu plus souvent. Ça permet de voir si les problèmes qu’on rencontre sont rencontrés par les autres aussi. »

Ni un diplôme, ni une formation, ni un quelconque statut ne constituent des gages de rigueur, de conscience et d’éthique professionnelles : les dérives affectives ne sont pas l’apanage des familles d’accueil. Travailleurs sociaux, médecins, psychologues, psychanalystes et bien d’autres ont su illustrer ce propos.

Mais ce constat ne dispense en aucun cas de faire évoluer la professionnalisation des accueillants, afin de développer la qualité des prises en charge, par une amélioration de leur statut, une meilleure reconnaissance de leur place et un accompagnement adapté de leur pratique.

Extrait du Guide de l’accueil familial, chapitre "Idéologies", Jean-Claude CÉBULA, Joëlle BERRHUEL, Serge ESCOTS, Catherine HOREL, Catherine SELLENET - Éditions Dunod, 2000

Le coeur du métier d'accueillant(e) familial(e)

La formation, une clinique de l’accueil familial à partager

Jean Claude CEBULA, Psychologue Clinicien, Directeur de l’IFREP dans Pratiques en santé mentale N° 2-2003

(...) il est important de se former et de réfléchir ensemble aux différents enjeux de l’accueil familial. Pour les accueillants familiaux la formation est bien prévue par le législateur. Mais, se former à quoi ? S’agit-il d’informations relatives aux problématiques des différentes populations accueillies : vieillissement, handicaps, maladies mentales ? À qui va-t-on emprunter son savoir-faire : à l’aide soignant, l’aide ménagère, la travailleuse familiale, l’infirmier, l’éducateur, l’animateur, le gestionnaire d’établissement hôtelier ? Le cadre familial de l’accueil ne permet pas aisément de tels " transferts de technologies ", sauf à transformer la famille d’accueil en sous-professionnel mal adapté et surchargé, écartant ce qui fonde sa spécificité : continuité relationnelle et intimité familiale partagée.

L’essentiel du projet formatif devrait résider dans un mouvement réflexif articulé aux pratiques personnelles d’accueil afin d’inventer des réponses et des positionnements de référence. L’enjeu est d’apporter aux accueillants, au-delà des connaissances indispensables à leur activité et à son cadre, les moyens d’élaborer leur travail et de penser leurs attitudes en rapport avec les comportements et les besoins des accueillis. En ce sens, certains dispositifs collectifs favorisant la parole, l’expression et la réflexion sur la pratique ont également un caractère formatif.

Pour les professionnels des champs sanitaires et sociaux, la formation ne se pose pas à priori. Grâce à leurs formations initiales, ne possèdent-ils pas les bagages nécessaires pour intervenir en accueil familial ? Mais, de quels bagages s’agit-il puisque l’accueil familial en tant qu’objet de connaissance propre est peu étudié et encore moins enseigné ? Alors qu’une connaissance approfondie de la dynamique et de la problématique à l’œuvre en accueil familial, acquise par l’expérience et l’analyse des pratiques, est nécessaire pour en organiser, de façon adéquate, les cadres et les modalités de fonctionnement.

Et la co-formation ? Pourquoi ne pas permettre aux différents professionnels de l’accueil familial de se former ensemble ? Un tant soit peu dégagée des enjeux du quotidien, la formation propose à chacun une élaboration libre et distanciée de son travail. La co-formation à l’accueil familial aurait pour objectif d’aborder les fonctions, les compétences et les positionnements de chacun dans un contexte relationnel fort où les engagements ne sont pas de même nature. En se formant ensemble, accueillants et accompagnants pourraient peut-être tordre le cou à cette bonne vieille image où l’on voit d’un côté l’accueillant peu sûr de son savoir-faire, et de l’autre l’accompagnant maître de son savoir universitaire. (...)

L’enjeu de la formation

Dr Michel Cavey, gériatre, Centre Hospitalier de l’Agglomération Montargoise - Août 2004

Si on veut obtenir la reconnaissance de l’accueil familial comme une profession à part entière, une réflexion sur la formation est indispensable.

Tout professionnel est formé, et c’est la formation qui définit la profession. Le boulanger est celui qui sait faire le pain, et si je vais chez lui c’est parce qu’il me garantit cette compétence. Il se peut qu’il l’ait acquise en aidant son père, il se peut qu’il ne soit jamais allé à l’école, mais le jour où il pose son enseigne il affirme : "Je sais faire du pain". Et dès le Moyen-âge, les corporations se sont fondées sur la garantie de compétence de ses membres. Le processus actuel de réglementation des professions ne fait que prolonger le travail des corporations.

Et c’est la moindre des choses : si je veux être soigné j’irai voir un médecin, c’est-à-dire d’abord quelqu’un qui justifie d’une formation standardisée lui donnant en principe une compétence minimale garantie (même si entre plusieurs médecins je pourrai choisir en fonction d’autres critères) ; de même si je veux installer mon parent en famille d’accueil, je voudrai certainement que les accueillants qu’on va me proposer puissent justifier d’une compétence minimale garantie. C’est cette compétence qui définit une profession.

Ainsi les professions de santé sont des corporations : elles ont passé un contrat avec les instances gouvernementales. Ce contrat leur donne le monopole de l’exercice de leur profession, en contrepartie de quoi elles s’engagent sur un niveau de compétence et un mode d’organisation.

Et les instances ne s’y sont pas trompées, qui ont posé le problème exactement dans ces termes. C’est ainsi qu’on a vu d’éminents médecins dénier le caractère professionnel des accueillants familiaux simplement parce qu’on ne peut pas décrire leur niveau de compétence.

Il est donc indispensable d’avancer vers une formation systématisée pour la profession d’accueillant familial. Il faudra simplement (!) garder en mémoire qu’une des spécificités de cette profession est le caractère essentiellement pratique et humain de ce savoir, ce qui le rend difficile à décrire et à quantifier ; mais on trouverait facilement d’autres exemples de cette singularité, ne serait-ce que chez les psychanalystes.

On voit d’ailleurs immédiatement que si on arrivait à mettre sur pied une formation crédible, elle serait susceptible de déboucher sur un diplôme, ce qui aurait certainement une autre valeur que l’actuel système, un rien condescendant, de l’agrément.

Le prix à payer pour une reconnaissance de la profession est donc une formation construite et justifiable. Cette formation doit être :

  • Initiale et permanente.
  • Strictement obligatoire (et donc financée, au moins par le biais d’un fonds de formation, comme il en existe dans toutes les professions).
  • Légère dans son organisation.
  • Modulaire.
  • Décentralisée.
  • Peu coûteuse.
  • Évaluable.

Les objectifs de la formation initiale sont doubles.

Il faut en premier lieu permettre à l’accueillant de prendre conscience de ses propres compétences et aptitudes (et éventuellement de détecter les inaptitudes, même si on voit mal comment et de quel droit on se passerait de la confrontation avec la pratique) en termes de relation, de prise en charge de la dépendance, de détection des situations d’alerte.

Il faut ensuite vérifier qu’il possède les données de base qui vont lui permettre d’exercer son métier ; il s’agit là d’un enseignement proprement dit, et quelques thèmes sont probablement incontournables :

  • Besoins de la personne.
  • Principes de la diététique.
  • Notions d’hygiène.
  • Premiers secours.
  • Prévention des accidents domestiques.
  • Prévention de la maltraitance.
  • Identification de la douleur.
  • Techniques de transfert.

La formation permanente comprend des modules d’approfondissement, qui sont définis en fonction des besoins exprimés par les accueillants, mais également en fonction de thèmes jugés prioritaires par les instances ; elle comprend aussi la participation obligatoire à des groupes de parole.

Mais par ailleurs il est indispensable de prendre en compte le fait que la spécificité de la profession amène les accueillants familiaux à développer un savoir spécifique. L’enjeu de la formation est aussi dans un double mouvement de partage, les accueillants ayant aussi un rôle de formateurs dans le partenariat qu’il développent de facto avec les organismes qui leur confient des personnes.

Il y a là un vaste chantier qui suppose que les accueillants soient capables :

  • De prendre conscience de leur savoir.
  • De l’identifier.
  • De l’écrire.
  • De le mettre en commun.

Nous en sommes là. Le travail à réaliser maintenant est de faire l’inventaire des actions déjà menées en matière de formation des accueillants familiaux, et de constituer un groupe d’étude constitué d’accueillants, de travailleurs sociaux et de médecins, en vue d’élaborer une sorte de cahier des charges.

Le coeur du métier d'accueillant(e) familial(e)


Exemples de formation

Voir

Post Scriptum

PDF - 80.3 ko
Formation CFPA

pour Cadres et Agents des services sociaux

Mais comment sont formés les personnes chargées d’encadrer et de former les accueillants familiaux ? En 2010, nous découvrons cette proposition magique du CFPA qui, en 8 heures et moyennant 440 €, leur permettra de tout savoir...

Avec des "Cadres et Agents des services sociaux" ainsi "formés", en une seule journée, les accueillants familiaux ainsi encadrés courent à la catastrophe... C’est désolant :-(

Pour réagir à cet article, servez-vous de notre forum.

Voir également nos articles "Formation : besoins et revendications des accueillants" et "Formation des accueillants familiaux : le cœur d’un métier"

Dernière mise à jour : mardi 21 mai 2013

Des solutions adaptées aux besoins des patients Alzheimer et de leurs aidants

Association Famidac © 1998-2014. Reproductions partielles autorisées avec la mention "Source : famidac.fr"
Qui sommes-nous ? | Adhésion | Merci de nous signaler toute erreur ou anomalie | PNG

30 visiteurs (dont 11 sur le forum)

Des solutions adaptées aux besoins des patients Alzheimer et de leurs aidants

Association Famidac © 1998-2014. Reproductions partielles autorisées avec la mention "Source : famidac.fr"
Qui sommes-nous ? | Adhésion | Merci de nous signaler toute erreur ou anomalie | PNG