Formation des accueillants familiaux : le cœur d’un métier

Jean-Claude CÉBULA, psychologue clinicien, Directeur de l’IFREP

Introduction

Les anciens débats n’ont plus lieu d’être. La formation des accueillants familiaux est entrée dans les faits. Finies les discussions et les craintes quant à sa pertinence ou aux risques qu’elle ferait courir à l’essence profonde d’on ne sait quel naturel accueillant ou familial.

La formation obligatoire [1] des accueillants familiaux, déclarée comme initiale et continue, est une des conditions du renouvellement de l’agrément. Cette obligation sans précisions [2] de thèmes, de durée ou de délai, ne permet pas de concevoir et d’unifier les pratiques d’un métier nouveau [3] issu de coutumes anciennes, contrairement aux orientations prises pour la formation des assistants maternels dès 1992.

Ces imprécisions ou frilosités réglementaires risquent d’entraîner l’organisation de formations peu adaptées et proposées par des organismes ou des formateurs peu informés des particularités des actes professionnels des accueillants familiaux.

Former les accueillants familiaux oblige à positionner ce métier parmi d’autres et interpelle les compétences et les fonctions de tous les intervenants. La formation en accueil familial ne peut donc se réduire à la formation des accueillants familiaux. Ce mode de prise en charge spécifique suppose une formation de tous les acteurs, intervenants et accueillants, du fait notamment des modes de travail de professionnels agissant dans des espaces si différents, institutionnels pour les uns, intimes pour les autres.

Rappels

La réglementation du champ de l’accueil familial, c’est-à-dire du statut des accueillants a tou­jours été accompagnée par le législateur d’une référence à la formation. Pour les accueillants d’enfants, la loi de 1992 faisait obligation de 120 heures de formation, sur des thèmes précis, dispensées par des organismes habilités comportant au moins un professionnel de l’accueil familial.

Les nouvelles dispositions statutaires relatives à ces mêmes accueillants, édictées en 2005, définissent une formation de 300 heures validée par un diplôme national d’assistant familial [4]. On est loin de ces précisions et de leur portée pour les accueillants d’adultes. Cette comparaison pour faire état des différences entre accueillants d’enfants et accueillants d’adultes. L’ancienneté « officielle » du métier en est une des raisons ; la préoccupation pres­sante que constitue la protection de l’enfance en est une autre, cumulée avec le manque d’in­térêt quasi général accordé à l’accueil des adultes handicapés ou âgés.

Faire référence aux accueillants d’enfants a également pour objet d’affirmer une pratique d’ac­cueil en famille qui, quels que soient l’âge ou les difficultés des accueillis, s’organise selon des caractères communs : travail permanent dans son intimité familiale avec la vie familiale et ses valeurs comme outil, où les petits riens du quotidien rythment les échanges. Ces caractéris­tiques sommairement exposées suffisent à évoquer le cœur d’un métier à inventer pour chaque accueil et pour chaque accueillant, et à théoriser collectivement.

Le coeur du métier d'accueillant(e) familial(e)

LE CŒUR DU MÉTIER

Les accueillants familiaux ne sont ni des aides à domicile, ni des travailleurs familiaux, ni des auxiliaires de vie, ni des infirmiers, ni des éducateurs, ni des psychologues... Même si certains de leurs actes professionnels peuvent être inspirés ou rapprochés de ces métiers, le caractère sans équivalent de leurs interventions s’appuie sur leur quotidien intime et partagé, construit sur des valeurs, des attitudes et des expériences inscrites au plus profond de leur « être avec » et constitutives de leur savoir-faire.

Le métier se construit sur des bases à réfléchir, des pratiques à discuter, des limites à définir, des représentations, des défenses psychiques et des attentes narcissiques à élaborer. Fondée sur la relation qui se développe dans un contexte familier avec des êtres en difficulté, la formation devrait alors permettre d’identifier les pratiques incontournables, de définir les compétences et les limites du travail d’accueillant, ainsi que d’inventer des leviers pour le travail relationnel du quotidien.

Ces axes de formation essentiels, incontournables, peuvent être complétés par des apports théorico-pratiques sur la dépendance, le handicap, les premiers secours, l’alimentation... parta­geant ainsi les préoccupations de tous les professionnels du secteur social, médico-social ou soignant. Ils peuvent également être complétés par l’invitation à des espaces de travail collec­tif, par exemple des groupes de paroles dont les accueillants ont besoin.

Malgré le mutisme de la réglementation, des formations sont organisées dans la plupart des ser­vices départementaux et dans quelques établissements hospitaliers. Certaines répondent aux attentes en tentant d’élaborer les actes professionnels et leurs limites ; d’autres sont inspirées avec plus ou moins de bonheur par les pratiques professionnelles de métiers voisins ; d’autres enfin cherchent à répondre aux difficultés rencontrées par les différents acteurs de l’accueil. Mais la plupart n’aident pas vraiment les accueillants familiaux à inventer des réponses spéci­fiques appropriées utilisant les ressorts et les limites de la vie familiale partagée.

Les accueillants familiaux sont les victimes de ces imprécisions et de ces propositions forma­trices plus ou moins adaptées. Mais ils sont également victimes d’une autre particularité indui­te par leur activité : est-elle bien un métier ? Accueillir à domicile, n’est-ce pas finalement banal, naturel, évident, fait de peu d’exigence et de technicité ? Dans ces conditions, former ces personnes ne demanderait pas de démarche particulière et la formation pourrait être dispensée par n’importe quel acteur professionnel, plus ou moins formateur de surcroît.

Ainsi des organismes et des formateurs plus ou moins compétents répondent maladroitement aux besoins, éloignant encore plus les accueillants d’une réflexion adaptée sur leurs pratiques et leurs positionnements professionnels.

Sans une connaissance intime du métier d’accueillant familial, du contexte dans lequel il s’exerce, de ses difficultés propres, des modes d’expression relationnels, il est impossible de former les accueillants familiaux. Et sans une solide expérience de la formation des adultes, il est difficile d’accompagner ces personnels dans un travail d’élaboration et d’appropriation de leur métier.

Notes

[1] Pour pouvoir être agréés, les demandeurs doivent s’engager à suivre la formation initiale et continue. Une attestation de formation est indispensable pour prétendre au renouvellement de l’agrément au bout de 5 ans

[2] La note d’information DGAS/2C n° 2005-283 du 15 juin 2005 précise que cette attestation doit être établie par un organisme de formation enregistré auprès de l’autorité préfectorale.

[3] La dénomination « accueillant familial » apparaît dans la loi de 2002

[4] Voir le dossier « formation des assistants familiaux » dans l’AssMat. n°48, mai 2006

Post Scriptum

Voir également nos articles "Formation : besoins et revendications des accueillants" et "Quelles formations pour les accueillants familiaux ?"

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Dernière mise à jour : mardi 3 septembre 2013

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