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L’AFT sur France 3

21 novembre 2018, France 3 Centre Val de Loire - reportage de Corinne Bian Rosa / A.Lps

À Dun-sur-Auron dans le Cher des malades mentaux sont placés en famille d’accueil

Depuis plus d’un siècle, dans le sud du Cher, des familles accueillent des personnes atteintes de troubles mentaux et psychologiques. Ici on soigne la différence par l’intégration. Près de 250 personnes sont placées pour une aventure collective où les malades échappent à l’enfermement.

Yolande héberge des patients depuis 20 ans à Meillant dans le Cher. Elle veille sur ses deux pensionnaires du moment : Stéphane, fan de rap, qui cohabite avec Bernard, fan de Johnny Halliday. / © Corinne Bian Rosa

Depuis plus d’un siècle, l’hôpital psychiatrique de Dun-Sur-Auron dans le Cher place ses malades mentaux dans les familles alentours. Une expérience initiée pour désengorger les hôpitaux parisiens qui fait vivre aujourd’hui tout un territoire rural.
Près de 250 patients sont ainsi hébergés par des familles d’accueil rémunérées par l’établissement. Des familles qui sont aussi chargées de les nourrir, de leur distribuer des médicaments et de leur proposer des activités.

Une équipe de France 3 Centre-Val de Loire a suivi Véronique, Stéphane et Frédéric, dans leur quotidien. Elle a recueilli leurs confidences, souvent émouvantes. Une expérience pleine d’humanité et une véritable leçon de tolérance.

Je l’ai pas choisi, mais si on m’a mise en famille d’accueil, c’est que je suis capable de me débrouiller - Véronique.

A 49 ans, Véronique a déjà passé 5 ans chez Caroline qui habite avec son mari et ses deux enfants à Dun-sur-Auron dans le Cher.
Les patients, Caroline a grandi avec. Elle a reçu un agrément de l’hôpital psychiatrique de Dun à l’âge de 18 ans pour pouvoir seconder sa mère qui s’occupait déjà de malades à domicile. Alors, lorsqu’elle a voulu quitter son emploi salarié en entreprise pour élever ses enfants, la solution était toute trouvée.

Caroline est employée en CDI par l’hôpital Georges Sand de Dun-sur-Auron pour s’occuper de deux patientes, Véronique et Mélanie. Elle doit les loger dans un espace indépendant, leur donner les repas et s’assurer qu’elles prennent bien leur traitement médical. Elle les emmène en ville et à l’hôpital pour des activités.

C’est au tout début du vingtième siècle, après un voyage en Belgique, que le docteur Marie, médecin-psychiatre à Paris, a eu l’idée de placer des malades mentaux dans des familles d’accueil à la campagne pour désengorger les asiles parisiens. L’appel a été lancé aux départements français et seul le Cher a répondu de façon positive. Une épidémie de phylloxéra ravageait la région de Dun-sur-Auron et l’accueil rémunéré des patients a redonné un essor économique à ce coin sinistré du Berry. Aujourd’hui près de 240 patients sont placés dans 137 familles d’accueil.

Philippe Alibert, directeur de l’hôpital psychiatrique de Dun-sur-Auron nous renseigne sur la fonction de l’accueillant familial thérapeutique, agent public en CDI, considéré comme du personnel hospitalier. Cet accueillant touche un loyer, une indemnité pour frais d’entretien des patients et un salaire pour les journées réalisées en fonction de la présence des patients dans l’unité.

> à voir ici en vidéo

Famille d’accueil, un métier

"Lorsque j’amène les repas, je laisse ma blouse blanche virtuelle au vestiaire" - Yolande.

Yolande héberge des patients depuis 20 ans à Meillant, un village de 700 habitants. « Au début, je ne me cache pas, je l’ai fait pour l’argent, et puis après on se prend au jeu et on s’attache ».
Aujourd’hui, elle diffère son départ à la retraite pour continuer à veiller sur Stéphane et Bernard, ses deux pensionnaires du moment.

Stéphane, fan de rap, cohabite avec Bernard, fan de Johnny Halliday, depuis 6 ans : « C’est comme un frère, je ne voudrais pas être séparé, on a les mêmes goûts, sauf pour la musique… »

Tous les jours Stéphane et Bernard vont chercher le pain et fréquentent assidûment les commerces du village. Mais leur passe-temps favori, c’est de se rendre tous les jours au Château de Meillant pour boire un café avec Martine Moreau l’hôtesse d’accueil du Château. « Au début ils payaient et maintenant c’est moi qui leur offre, ils me donnent juste une petite participation, ils font partie de mon quotidien » - Martine.

Le Docteur Marcella Michel, médecin-chef à l’hôpital psychiatrique de Dun-Sur-Auron dans le Cher rend régulièrement visite aux patients placés. Sa visite à Stéphane la rassure sur son choix de placement. Stéphane trouve que Marcella a un très beau sourire !

Le dr Marcella Michel, médecin chef de l’hôpital psychiatrique de Dun-Sur-Auron dans le cher rend régulièrement visite au patients placés. - France 3 Centre-Val de Loire

Une alternative à l’hospitalisation

Chaque semaine, François, 39 ans, se rend à l’hôpital de Dun-sur-Auron pour prendre la navette qui emmène une dizaine de patients à Bourges pour un entraînement hebdomadaire d’escrime. Un sport technique, où chacun doit se concentrer pour se dépasser.

Pour François « c’est un combat de tous les jours, un joli combat ». Lors de son dernier entretien avec le Docteur Marcella Michel, médecin chef de l’hôpital de Dun, l’idée d’une sortie et d’un placement en Centre d’Aide par le travail a été évoquée. « Mon avenir ? C’est de me marier d’avoir un travail et des enfants, d’être comme tout le monde ».