Famidac.fr

Famidac, l'association des accueillants familiaux
et de leurs partenaires

79 - Deux Sèvres : Chouchoutées à la maison jusqu’au dernier souffle

Chez Corinne Gibault, adhérente de Famidac.
Auteur : Mathilde Leclerc, La Nouvelle République, 10 juillet 2017

Dans la campagne d’Aiffres, Corinne accueille trois grands-mères âgées. Métier peu rémunéré, en perte de vitesse… qu’elle a choisi comme une évidence.

Margot finira sa vie chez moi. Une belle fin. Apaisée. « Comme je rêverai d’avoir », songe Corinne Gibault. Depuis l’obtention de son agrément pour exercer le métier d’accueillant familial, en 2006, la mère de trois enfants héberge dans son domicile d’Aiffres, citée de la périphérie niortaise, autant de personnes âgées.

En arrivant, Margot souffrait de démences, perdait la tête, la mémoire. « Pas à pas, avec la complicité de sa fille, nous l’avons accompagnée pour aller mieux, retrace-t-elle. Toute ma famille s’y est attachée et c’est important de l’avoir jusqu’à la fin ».

Corinne Gibault a aménagé un espace indépendant pour trois personnes âgées à son domicile.

Corinne et son conjoint, agriculteur, font partie des rares familles – huit – à accueillir sous leur toit des personnes âgées. Margot, 98 ans, Denise, 93, et Andréa, 88. Des mamies… qu’elle refuse d’appeler ainsi. Parce qu’il faudra un jour, accepter de les voir partir naturellement. « Et si je franchis certaines barrières, ce sera trop dur. »

Très peu de moments de répit

Sa timidité en pare-feu cache une femme d’un grand cœur. Profondément attachée aux seniors. L’accueil « était une évidence » après de longues années de travail en Ehpad.
Tombée sous le charme du concept, Corinne « a transformé le bureau, puis le garage avant de faire une extension pour le 3e agrément », explique-t-elle.

La maison, une seule et même pièce vue du ciel, se scinde en deux une fois franchi le seuil de la porte d’entrée. La séparation importe. « Au début, nous avions les grands-mères dans notre salon. Ce n’était pas simple de dissocier vie privée et vie professionnelle. Aujourd’hui, elles ont leur espace… même si nous mangeons ensemble le midi », explique l’accueillante.

La vieillesse a transformé les journées en activités plus sommaires. Épluchage de légumes, jardinage dans des bacs à hauteur d’homme, simulation de la mémoire, etc. « Je m’adapte à elles et à leurs souhaits », observe Corinne.

Andréa, la plus jeune arrivée, a connu l’Ehpad. Un passage éclair. Raté. « Elle a besoin d’être chouchoutée, de voir du monde. » Chance inouïe, le domicile où elle a vécu se trouve à une centaine de mètres de chez Corinne. Alors elle se sent « chez les voisins ».

Pour autant, l’accueillante ne peut jamais véritablement s’absenter. C’est un métier de tous les instants. Entrave à l’engagement de nouvelles recrues. « Le Département n’a rien pour nous soulager. » Besoin de vacances ? L’accueillant doit s’organiser, trouver un remplaçant, le rémunérer.

Beaucoup font une croix dessus. Encaissent. Corinne a choisi de former sa belle-sœur et cette dernière prodigue les soins, reprend le flambeau. Au quotidien aussi, des salariés l’entourent. Au prix fort. « Cet équilibre qui me permet de tenir… même si du coup, je ne gagne pas des mille et des cents », raconte-t-elle, sans broder son histoire à l’envi.

L’assistante sociale, sa référente, le sait bien : « Pour vivre correctement, il faut accueillir au moins deux personnes car les 1.500 € en moyenne payés par la famille se répartissent entre le salaire, l’indemnité d’occupation du logement et les frais courants. »


« Il faut pouvoir tenir dans la durée »

Des familles d’accueil, le département n’en manque pas à première vue. « On est sur une remontée avec 73 accueillants aujourd’hui contre 68 en 2013 », souligne Corinne Chassac, assistante sociale. Ce n’est qu’une progression en trompe-l’œil. 90 % des familles hébergent des personnes… avec un handicap, suivies par le même service. Elles ne sont finalement que huit à recevoir des personnes âgées.
« Dans ce cas, c’est une baisse continue. Cela est dû non seulement à la montée en âge des accueillants mais aussi à l’évolution de la politique du Département qui se concentre sur les Ehpad, les résidences, et mène une campagne sur le maintien à domicile. Et puis, entre le handicap et les personnes âgées, l’approche n’est pas la même. »

La problématique d’accueil diffère, les conditions matérielles se veulent plus exigeantes. Et le remplacement n’est pas orchestré comme c’est le cas avec l’Aide sociale à l’enfance. La famille d’accueil négocie librement, de gré à gré, avec la personne accueillie et sa famille. Le Département, qui délivre l’agrément, ne peut s’y opposer… même si en Deux-Sèvres, il filtre les admissions « pour mieux orienter », dit-il, « et éviter de mettre à mal l’accueil » en plaçant une personne inadaptée.
Ce fut le cas récemment. L’une des familles que nous avions suivie vient de mettre son projet entre parenthèses… visiblement suite à une mauvaise expérience. « Ce choix de vie doit être vraiment mûri. Il faut pouvoir tenir dans la durée et ce n’est pas simple tous les jours, » reconnaît Corinne Chassac.
Le Département soigne sa communication et prépare notamment un film pour parler de la réalité du métier. Et susciter des vocations.

Mathilde Leclerc