71 - Saône et Loire : Une nouvelle vie avant la maison de retraite

Auteur : Charlotte Rebet, Le Journal de Saône et Loire, 6 décembre 2012.

En Saône-et-Loire, 72 foyers disposent d’un agrément d’accueillant familial, comme chez ce couple de Saint Loup Géanges.

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Robert et Jocelyne Marchand ont accueilli, chez eux, Henriette, Gabrielle et Michèle. Ils ne sont pas de la même famille, mais c’est tout comme. Photo Ch. R.

Cela ressemble à une réunion de famille, et pourtant les apparences sont trompeuses. Autour de la table, dans cette maison de Saint Loup Géanges, à deux pas de la Côte-d’Or, les discussions vont bon train, les langues se délient pour faire passer le temps d’un long dimanche pluvieux. « Nos dames sont comme des amies », s’émeut Jocelyne Marchand, la maîtresse de maison.

Depuis 2008, elle exerce avec son conjoint Robert, le métier d’accueillant familial. Ils ont reçu ensemble un agrément pour s’occuper au quotidien de trois personnes âgées, logées à leur domicile.

« Je ne voulais pas rester seule et ma fille ne pouvait pas m’accueillir chez elle ». Henriette, 81 ans, a déjà connu le cadre de la maison de retraite. « Je ne pouvais plus y rester à cause du coût. Mais ici, je me sens bien, c’est beaucoup plus familial », lance-t-elle, tout sourire.

« Ça me plaît d’avoir quelqu’un », renchérit timidement Gabrielle, du haut de ses 89 ans. Elle vit chez ses accueillants depuis plus de trois ans. La troisième pensionnaire, Michèle, 76 ans, est alitée suite à une maladie dégénératrice. Son mari Roger peut lui rendre visite à chaque fois qu’il le souhaite : « J’habite au coin de la rue, pour moi c’est rassurant de la savoir entre de bonnes mains, et près de moi ».

Patience et volonté

Dans l’ambiance cosy et conviviale du domicile, les résidentes ont fait leur nid. Elles profitent chacune de leur chambre équipée : un petit cocon personnalisé loin de l’atmosphère parfois angoissante des maisons de retraite.

Jocelyne et son mari s’occupent du reste : « Je suis là pour elles du lever jusqu’au coucher, vers 20 h. Je leur fais à manger, les aide à s’habiller… je veux qu’elles se sentent bien. Si ce n’est pas le cas, on met fin au contrat ». En cas d’absence du couple, leur remplaçant prend le relais.

En plus de la visite du médecin, chaque mois, un suivi est assuré par l’Union départementale des associations familiales pour veiller à ce que personne ne soit victime de maltraitance, accueilli comme accueillant.

« C’est une vocation, ça demande à la fois de la patience et beaucoup de volonté », assure Jocelyne Marchand d’une voix pleine de tendresse.

Très souvent, elle se penche vers Michèle pour lui parler, lui caresser le visage, la rassurer. Jocelyne s’est prise d’affection pour ses protégées dont elle connaît le tempérament par cœur, même si, dans un coin de sa tête, elle sait bien qu’elle ne pourra pas éternellement les garder auprès d’elle. Le plus dur est de ne pas y penser.


Des maison d’accueil familial Accueil familial Mode d’accueil alternatif au maintien à domicile et au placement en établissement spécialisé : les personnes handicapées ou âgées sont prises en charge au domicile de particuliers agréés et contrôlés par les conseils départementaux (ou par des établissements de santé mentale).  ?

Un projet inédit à St-Germain-en-Brionnais

Saint-Germain-en-Brionnais compte à peine 200 habitants, mais assez de prétendants pour justifier l’existence d’une maison d’accueil familial. De quoi s’agit-il ? D’un complexe de logements regroupant trois studios pour des personnes âgées, et un appartement F4 pour une famille qui prend en charge ces aînés dans chaque moment de leur vie quotidienne.

« Il y a un abîme entre la vie à domicile et l’arrivée dans un EHPAD (Établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes). L’accueil familial maintient en contact avec l’environnement convivial de la famille et la personne n’est pas déracinée de son village », assure Jean-François Pardon, président de l’association Soutien accueil familial Les Bruyères. Les « accueillants » sont rémunérés directement par les « accueillis ».

« Pour les personnes âgées, le coût est généralement plus bas qu’en maison de retraite. Par mois, cela leur revient à 1 400 € en moyenne entre le loyer et la rémunération de l’accueillant », poursuit Jean-François Pardon qui milite par ailleurs pour que les accueillants n’aient pas un statut de salarié mais restent indépendants : « pour ne pas perdre l’esprit de famille ».

À Saint-Igny-de-Roche, près de Chauffailles, une maison d’accueil sur le même principe a vu le jour, à la différence qu’elle est gérée par le CCAS, là où celle de Saint-Germain se voudrait 100 % publique, à travers des logements construits sous l’égide de l’Opac 71. « Cela fait deux ans que nous avons ce projet de construction », lance le maire de Saint-Germain-en-Brionnais, Jean Escalier. Le terrain est prêt, le conseil municipal a donné son aval mais n’a pas les reins assez solides pour se porter caution dans ce système locatif.

« Trouver une garantie financière »

Questions à Mme Evelyne COUILLEROT, Vice-présidente du CG71 chargée du 5ème risque et de la convergence, des personnes âgées, de l’offre de soins et de l’administration générale

Quelles sont les ambitions du conseil général autour des maisons d’accueil familial ?

Historiquement, c’est un concept qui nous a toujours intéressés car il permet un accueil plus souple et plus léger entre le domicile d’une personne âgée et son arrivée en maison de retraite. Je suis persuadée que cette formule riche en relations humaines a de l’avenir. Ces dernières années nous avons lancé deux appels à projets différents pour des maisons d’accueil familial, mais ils sont malheureusement restés infructueux.

Comment pourrait fonctionner ce concept de maison d’accueil familial ?

Nous avons souhaité partir sur un développement public. Nous cherchons à sécuriser cette profession d’accueillant familial en appuyant sur le salariat (ils sont aujourd’hui considérés comme travailleurs indépendants, ndlr) ou par le portage de projets par des communes, des communautés de communes ou des établissements. Il y a aussi des possibilités avec l’Opac de Saône-et-Loire.

Qu’est-ce qui freine le projet de Saint-Germain-en-Brionnais, encore unique en son genre ?

Il faut trouver une garantie financière pour les loyers au cas où cette maison d’accueil familial n’aurait pas le nombre de locataires prévu. Nous réfléchissons à lever les freins, à trouver une solution.

L’accueil familial : un concept, une association

Créée en 1995 à Génelard, l’association Soutien accueil familial Les Bruyères (SAFB) est la seule de Saône-et-Loire à cordonner une action pour l’accueil familial. Ce concept prône l’hébergement des personnes âgées ou handicapées chez des particuliers agréés et formés, afin de préserver un environnement familial plutôt qu’un placement en institution.

« Notre rôle est d’accompagner le début, et aussi le quotidien des accueillants dans leur travail, précise Jean-François Pardon, président fondateur. Cela répond au vieillissement de la population, en créant de l’emploi de gré à gré ». 72 accueillants exercent en Saône-et-Loire, dont une dizaine est rattachée à cette association.

Contact de l’association SAFB : 03 85 70 43 11.

Post Scriptum

Accédez à la version originale de cet article, avec d’autres photos et témoignages.

Cliquez ici pour en savoir plus sur l’accueil familial dans ce département.

Dernière mise à jour : mercredi 27 mars 2013

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