Enjeux et paradoxes du placement familial à la Protection Judiciaire de la Jeunesse (PJJ)

Maryvonne BARRABAND psychologue, psychothérapeute - Paris

La conception et l’utilisation du placement familial à la protection judiciaire de la jeunesse sont particulières. Elles reposent sur un enchevêtrement de paradoxes totalement surréalistes et tout à fait intéressants. Et puisqu’elles facilitent la créativité, elles génèrent également des dysfonctionnements.

L’exploration de la dimension clinique, la prise en compte des effets thérapeutiques de cette pratique pensée sur le mode éducatif nécessitent tout à la fois l’interrogation de la mémoire de l’institution, l’esquisse des profils psychologiques des adolescents accueillis et la prise en compte de la singularité des bénévoles indemnisés qui les reçoivent.

La question du placement familial dans cette institution, tel qu’il est envisagé, est une invite à la multiplication de dispositifs souples et variés, susceptibles d’accueillir ces jeunes qui mettent à genoux les lieux éducatifs et évitent les dispositifs classiques de soins. Cette pratique bien pensée peut même faciliter la transformation des filières qui emprisonnent en réseaux souples et contenants où les adolescents, épuisés par leur vécu persécutif ou abandonnique, auront l’opportunité, dans des espaces conçus sur un mode transitionnel, de rencontrer des partenaires psychiques nécessaires à leur mutation adolescente.

Zoom sur l’enquête épidémiologique

A la protection judiciaire de la jeunesse, 50 000 jeunes âgés de treize à vingt-cinq ans sont actuellement sous mandat judiciaire. Ces adolescents ont fait l’objet d’une enquête épidémiologique effectuée par Marie Choquet.

(...) En effet, dans leurs errances si intimement reliées à une histoire imaginaire transgénérationnelle, ils évitent toute élaboration psychique mais tanguent dangereusement entre le pôle actif et le pôle passif : regarder et être regardé, sadiser et être sadisé, désirer et être désiré, tuer ou être tué, violer ou être violé, au risque d’être happés par les bras du fleuve qui les conduit, trop massivement vers la prison.

L’adolescent hors foyer

(...) C’est dans les années 70, au moment de la création des structures sensées être polyvalentes, adaptables et ouvertes sur le monde social, que le recours aux familles d’accueil est préconisé et formalisé. Son organisation administrative et financière est définie en 1986.

Ici, pas d’embauche, pas de salaire, pas de professionnalisme : de l’hébergement à visée éducative reposant sur une démarche volontaire et situé à proximité de l’environnement du jeune. La souplesse est privilégiée pour ce mode d’accueil qui n’est pas structuré en tant que service, et peut être utilisé comme une réponse spécialisée, comme une alternative à l’incarcération, au placement institutionnel, ou bien encore comme mesure complémentaire.

Le rôle de la famille d’accueil tel que le définit la protection judiciaire de la jeunesse "consiste essentiellement à vivre avec l’adolescent en lui assurant l’hébergement et les prestations complémentaires, et en le faisant bénéficier de son ouverture sur l’extérieur dans le cadre de l’école, du travail, des loisirs".

Le statut des familles d’accueil est celui de bénévoles indemnisés percevant une indemnité journalière, variable d’un département à l’autre, modulée selon le nombre de repas pris par le mineur, le temps de présence de l’adolescent, l’ancienneté de la famille d’accueil, l’âge des jeunes... Cette souplesse sensée privilégier la dimension éducative peut, à l’usage, générer des manipulations perverses.

En effet, cette pratique conçue sur le mode paradoxal "d’hébergement ponctuel à visée éducative" est peu structurée et laissée à l’appréciation des professionnels couvrant au sein des foyers éducatifs. L’indication d’un séjour en famille est le plus souvent pensée sur un mode punitif ou gratifiant. La demande d’accueil est, dans ce contexte, faite en urgence par l’éducateur submergé par des situations familiales angoissantes et déroutantes.

Formulée en termes bruts qui minimisent ou exagèrent les faits, idéalisent ou dramatisent les traits de la personnalité, elle suscite de curieuses images pour la famille d’accueil.

Dans cette pratique, l’adolescent est soit abandonné, soit très encadré lors de son séjour "chez des partenaires occasionnels de la PJJ, censés n’offrir que le gîte et le couvert".

De son côté, pendant la prise en charge ou entre deux accueils, la famille est laissée seule face à ses doutes et à ses interrogations. Ces modalités de fonctionnement qui s’apparentent parfois à une sorte de "commerce relationnel" traduisent, à l’évidence, les difficultés des professionnels à confier à une famille un adolescent parvenu à la sexualité génitale et témoignent des systèmes défensifs utilisés face à des représentations inconscientes à l’œuvre. (...)

Post Scriptum

Ceci est un extrait de L’accueil familial en revue N° 12 - décembre 2001, page 18 et suivantes.

Ce numéro est épuisé, mais vous pouvez le télécharger en cliquant ici (version intégrale imprimable, au format PDF).

Dernière mise à jour : mardi 17 février 2015

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