L’accueil familial à la Conférence Internationale de l’accueil temporaire

5ème Conférence Internationale de l’accueil temporaire, 27-29 septembre 2006 : Intervention de Nathalie DESSERTEAU, accueillante familiale en Côte d’Or, membre de l’association Famidac

Bonjour,

Mon nom est Nathalie Desserteau. J’ai 28 ans. Je suis mariée à Christophe, 32 ans, éleveur de bovins Charolais. Nous avons 3 enfants : Ludivine 7ans, Lauriane 5 ans et Sarah 21 mois.

En complément d’un baccalauréat Sciences médico-sociales, je me suis spécialisée dans le maintien à domicile des personnes âgées. Quelques stages en entreprises m’ont permis de mettre en pratique l’acquis théorique.

Aujourd’hui, 3 pôles principaux occupent ma vie :

  • Mère de famille
  • Gérante de chambres d’ hôtes
  • Accueillante familiale pour adultes en accueils permanent et temporaire.

Comment suis-je devenue accueillante familiale ?

Mon mari est en société avec sa mère. Il est occupé à 100 % dans son rôle d’éleveur. L’exploitation agricole étant insuffisante il m’est impossible de travailler dans la société.
Vu ma formation et ma situation de famille, c’est naturellement que nous décidons de faire construire une maison qui me permette de travailler à domicile.

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Le Closeau

Le 1er mai 2003, nous mettons à disposition 3 chambres d’hôtes d’une capacité de 8 personnes (classées 3 épis par « les gîtes de France » ).
Une salle commune de 34 m² est partagée par les 3 chambres.
La disposition des pièces de la bâtisse permet d’apporter :

  • Pour les invités, un confort et une indépendance totale dans une première aile
  • Pour la famille, un logement privé dans la deuxième aile.

De par ma formation et la nécessité d’avoir un revenu mensuel fixe, je ressens le besoin de me diriger, en 2005, vers une nouvelle activité : l’accueil familial Accueil familial Mode d’accueil alternatif au maintien à domicile et au placement en établissement spécialisé : les personnes handicapées ou âgées sont prises en charge au domicile de particuliers agréés et contrôlés par les conseils départementaux (ou par des établissements de santé mentale). . Une chambre est immédiatement affectée pour l’accueil à titre onéreux aux personnes âgées ou handicapées de façon permanente ou temporaire.

La personne reçue est appelée « l’accueillie ». L’accueilli partage, pendant un séjour plus ou moins long, le gîte, le couvert et une vie au quotidien dans la « famille accueillante ».

L’emplacement, l’aspect extérieur de la maison et surtout le confort intérieur de chacune des chambres (salle d’eau comprenant lavabo, cabine de douche et WC privé) sont un plus pour nos hôtes.

L’organisation de la maison facilite cette activité avec le logement privé à gauche, les pièces communes au centre et la partie réservée à l’accueil à droite.

Le rôle de l’accueillant :

  • Assurer l’hébergement et l’entretien général (nourriture, ménage, linge, courses, déplacements médicaux…).
  • Favoriser les liens avec la famille de l’accueilli en acceptant et favorisant les visites et contacts.
  • Accompagner l’accueilli à tout instant afin d’agir sur les leviers du relationnel.
  • Provoquer le développement, la préservation ou la redécouverte de l’autonomie.
  • Encourager et développer les actions sociales en préservant un sentiment d’utilité.
  • Coordonner une vie de famille en faisant revivre les générations sous le même toit.
  • Respecter l’individu dans l’expression de ses désirs et ses choix en l’encourageant et en l’aidant à réaliser ses projets.

Mon but avoué est d’aider, de suivre et d’observer le moindre indice d’évolution positive des personnes accueillies. Elles doivent se sentir « comme chez elles » en respectant toutefois les règles de vie de la famille accueillante.

Comment devenir accueillante familiale ?

Dans notre département, les étapes suivantes sont le passage obligé :

1) Dépôt d’une demande d’agrément au Conseil Général du département avec lettre de motivation.

2) Enquête administrative (dossier à remplir, attestation médicale….)

3) Enquête médico-psycho-sociale

  • Evaluation par les services médico et sociaux au domicile (visite des locaux, interrogation sur les motivations et le mode de vie de la famille..)
  • Evaluation médicale par le médecin responsable du service.
  • Evaluation psychologique (individuelle et couple)

4) Désignation d’une personne susceptible d’assurer la continuité de l’accueil en cas d’absence (proche de la famille, voisin…)

5) Réunion de synthèse entre les différents intervenants.

6) Le Président du Conseil Général prononce l’arrêté d’agrément.

Cet agrément m’est accordé le 22 juillet 2005 pour accueillir une personne à temps complet.

Rencontrant des difficultés pour trouver rapidement cette personne, je me dirige vers l’accueil temporaire.

Le Conseil Général m’accorde, en janvier 2006, une extension d’agrément.
Le maximum d’accueillis par famille est de 3 personnes à la fois (soit 3 agréments).

Accueillir...

La famille accueillante agréée est l’employée de la personne accueillie ou de son représentant. Un contrat est établi en début de séjour entre l’accueilli (ou son représentant) et l’accueillant. Ce contrat précise les conditions générales de l’accueil, les droits et les obligations des contractants.

Il stipule la rémunération allouée à l’accueillant. Elle est variable en fonction du département, du niveau de dépendance de l’accueilli, du confort du logement …

Elle se compose comme suit :

  • Une rémunération journalière (minimum 2,5 SMIC horaire)
  • Un complément de revenu appelé « sujétion » suivant le niveau de dépendance de l’accueilli (1 à 4 Minimum Garanti).
  • Une indemnisation pour frais d’entretien courant
  • Une indemnisation de mise à disposition des locaux

Depuis l’acceptation de cet agrément, plusieurs personnes sont venues partager notre quotidien.

Dominique, 52 ans : une expérience malheureuse

Elle ne répondait pas aux critères exigés dans une famille d’accueil avec des enfants. Une incompatibilité flagrante entre sa pathologie psychologique et les enfants m’a obligé à ne pas renouveler l’accueil. L’environnement devenait dangereux. Il y a eu, volontairement ou non, un manque de transparence sur son comportement et sa pathologie de la part des professionnels du centre dont elle dépendait. Pourtant la cellule de placement et moi même avions précisés la condition principale pour venir chez nous : qu’il n’y ait pas d’incompatibilités avec la présence d’enfants.

Yvonne, 63 ans, vient chez nous depuis le 24 décembre 2005

Elle est sous protection juridique. Elle vit dans une autre famille d’accueil et n’a plus de contact avec sa famille et ses enfants. Sa famille d’accueil s’occupe également d’une autre personne : Yvette.

Nous accueillons Yvonne 1 week-end par mois. Il représente beaucoup pour elle. L’expression qu’elle emploie en dit long : « je vais en vacances »

A son retour, les images positives captées, les propos échangés sont autant de souvenirs de « vacances » à raconter à son amie Yvette.

Joëlle, 53 ans nous connaît depuis le 23 avril 2006

Elle exerce dans un Centre d’Aide par le Travail (ESAT) et vit dans un foyer. Elle n’a pas de relation familiale. Elle a un manque affectif important.

A sa demande, ses éducateurs cherchaient pour elle une famille d’accueil. Libérée de la pression de l’institution, Joëlle est heureuse de vivre des moments bien à elle au Closeau..

Pour elle aussi, beaucoup de choses à rapporter aux pensionnaires du centre. Nous la recevrons 6 fois pendant cette année 2006. En fonction des possibilités, nous pensons l’accueillir de plus en plus souvent pendant ces 2 prochaines années.

Nous envisageons de la prendre en accueil permanent à sa retraite, dans 2 ans. Les relations fréquentes qui se sont instaurées par téléphone et par courrier depuis sa première visite nous confortent pour le moment dans notre décision.

Madeleine, 75 ans, nous a rejoint le 1 juin 2006.

Placée 1 an dans une maison de retraite, elle a eu beaucoup de mal à s’adapter au rythme et à l’ambiance de cette institution. Ses frères nous ont demandé de l’accueillir à titre permanent.

Elle est placée sous protection juridique. Elle était en grande dépression avec des pertes de mémoire. Son état s’est amélioré dès les premières semaines (prise de poids, plus du tout de crise de panique, reprise d’activités…) , mais il reste une anxiété, des troubles de la mémoire et un caractère à gérer : il faut du temps ...

Elle prend part aux activités domestiques. Les enfants l’ont immédiatement adopté et la considèrent comme une grand-mère à la maison. En mal d’occupation, je m’efforce de lui trouver des activités dans l’une ou l’autre des associations alentours. Elle partage sa passion pour le dessin et l’aquarelle avec toute la famille.

D’autres accueils temporaires et ponctuels sont venus conforter et renforcer notre envie de poursuivre dans cette voie.

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Les avantages de l’accueil familial

Pour la personne accueillie :

  • Retrouver ou découvrir un environnement familial stable et humain.
  • Garder un sentiment d’utilité.
  • Découvrir ou retrouver les relations intergénérationnelles.
  • Trouver un support psychologique et affectif.
  • Bénéficier d’une prestation originale et personnalisée pour un prix très abordable.

Possibilité d’obtenir une aide sociale (totale ou partielle).

Pour la société

  • Gérer les familles d’accueil sur le territoire au travers du Conseil Général en puisant dans les demandes d’agréments.
  • Bénéficier d’une souplesse de placement selon les besoins.
  • Economiser sur les investissements à la charge de la collectivité et sur les charges de fonctionnement (les locaux d’accueil appartenant aux familles…).
  • Créer des emplois de proximité.
  • Maintenir et développer l’activité pour les professionnels de santé du secteur intervenants à domicile.

Pour la famille d’accueil

  • Recevoir et apporter des rapports humains riches et variés.
  • Permettre d’approfondir ses connaissances dans le domaine du handicap et du vieillissement.
  • Exercer une activité à domicile.
  • Obtenir une rémunération ouvrant droit à la couverture sociale.

Quelques problèmes sont toutefois à soulever :

  • Difficultés pour recueillir des informations concernant la personne accueillie.

Les professionnels et les institutions ne doivent pas occulter les problèmes de comportement lors d’un placement. Il doit y avoir une transparence d’informations avec les familles d’accueils. De graves conséquences pourraient résulter de se manque de communication.

  • Difficultés également à se faire connaître et à trouver des accueillis.
  • Problèmes administratifs

La personne accueillie étant l’employeur de l’accueillant, il est aisé de comprendre les difficultés qu’elle peut rencontrer pour rédiger le bulletin de salaire, les déclarations d’employeurs... Elle doit faire appel à une aide familiale ou à une protection juridique pour pallier à ce problème.

Devant cette charge administrative, l’accueilli potentiel ou la famille renonce souvent à cette formule (surtout dans l’accueil temporaire). Il est indispensable de mettre en place une procédure plus souple. Le principe des chèques emploi-service serait approprié.

  • Aide à domicile ou famille d’accueil ?

La différence fondamentale entre l’aide à domicile et la famille d’accueil pour l’APA (Allocation Personnalisée d’Autonomie) se trouve dans la domiciliation de la personne.

L’aide à domicile est une prestation à temps complet ou partiel réalisée au domicile de la personne nécessiteuse, tandis que l’accueil familial apporte à l’accueilli une prestation identique et continue au domicile de l’accueillant.

Toutefois l’aide à domicile bénéficie de subventions et d’avantages supérieurs à ceux accordés à l’accueil familial. Pourquoi ne pas harmoniser ces avantages ?

Il serait nécessaire de considérer l’accueil familial comme un vrai métier, relevant du code du travail, ouvrant droit au chômage et aux avantages du salarié.

Au quotidien

Toutes les personnes que je côtoie, me posent les mêmes questions. Elles cherchent à analyser le fondement et le fonctionnement de notre démarche. Je peux affirmer, à ce stade de mon expérience, que nous pratiquons cet accueil avant tout par amour des gens et par l’envie de nous rendre utile.

Les 3 questions les plus fréquentes sont :

- Comment peut on gérer sa vie privée en vivant 24h/24 avec des personnes étrangères à la famille ?

Pour Christophe et moi, cela nous paraît normal et naturel. Nous intégrons immédiatement les personnes que nous recevons. Cette souplesse d’accueil et d’intégration vient peut-être de notre éducation. Elle nous permet de faire face aux quelques difficultés rencontrées.

- Comment mon mari vit-il ma profession à domicile ?

Seul homme dans la maison, il attire de par son caractère et son humeur constante l’attention de toutes. La pause des repas est un moment privilégié pour tous.

Un échange se crée sur son activité. Les pensionnaires s’efforcent d’être prêtes pour se mettre à table dès son arrivée. Son temps est compté. Il apprécie l’effort de chacune.
Il adopte les pensionnaires comme des amies de la famille.

- Comment nos filles le vivent-elles ?

C’est une grande richesse que nous leur apportons. Elles ont des compagnes de jeux et des « mémés » à demeure qui écoutent leurs problèmes d’enfants, qui leur chantent des chansons, qui sont parfois leurs complices face à l’autorité parentale …

Habituées à côtoyer des personnes âgées ou handicapées, elles comprennent plus facilement la « différence » qu’elles intègrent naturellement à leur quotidien. Elles se forgent un véritable esprit d’accueil, d’échange et de tolérance. C’est souvent elles qui réclament le retour de nos accueillies lors de leurs absences.

La présence de nos filles facilite le relationnel avec nos accueillis.

En contrepartie, ce genre de travail nécessite une grande organisation pour gérer le bien être et l’intendance de tous : Déplacements (écoles, courses, médecin, activités diverses, etc …), Travaux d’intérieur / d’extérieur, Temps consacré aux enfants, Temps consacré aux accueillis

Néanmoins, qu’importe la charge de travail et de présence importante 24 heures sur 24, je m’octroie les plages de temps nécessaires pour profiter de ma vie de femme et de mère.

Il est indispensable de rester à l’écoute, d’être disponible pour tous dans cette vie communautaire et de répondre aux besoins de chacun.

Nous avons trouvé un véritable équilibre de vie par cette activité et nous avons le projet d’accueillir, bientôt, une deuxième personne à temps complet.

Aujourd’hui nos 3 chambres sont destinées à l’accueil permanent ou temporaire.

Je vous remercie de votre attention.

Nathalie Desserteau

Tél. 03.80.64.28.47

Post Scriptum

2008 : Annick, Daniel, Patricia et les autres...

Ce magnifique film a été tourné chez Nathalie Desserteau (accueillante familiale en Côte-d’Or, membre de Famidac) et projeté le 18 mars 2008, au cours de la journée "l’accueil familial social, une solution d’avenir".

Alternative entre une autonomie totale à domicile et une prise en charge par une institution, l’accueil familial des personnes âgées ou handicapées est une offre d’hébergement ancrée dans la tradition. © CCMSA – mars 2008


Annick, Daniel, Patricia et les autres... par Accueilfamilial

Dernière mise à jour : mercredi 1er février 2012

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