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61 - Orne : La vie comme à la maison

Auteurs :
Marie Lenglet, Ouest-France, 3 août 2017
Véronique Couvret, Le Réveil normand, 17 février 2015

À la Ferrière-aux-Étangs, Sylvie Lefoyer conçoit l’accueil sans écueil

Marie Lenglet, Ouest-France, 03 août 2017

Accueillante familiale depuis dix ans à la Ferrière-aux-Étangs, Sylvie Lefoyer (adhérente de Famidac) exerce avec passion un métier qu’elle considère davantage comme une vocation. Elle veille en permanence, chez elle, sur deux adultes en situation de handicap et en accueille temporairement plusieurs autres. Tous font désormais partie de sa famille…

Dans la cuisine de Sylvie Lefoyer, à la Ferrière-aux-Étangs, Maria, 29 ans, et Jean-Yves, de vingt ans son aîné, terminent posément leur petit-déjeuner.
Sylvie, au centre, est accueillante familiale. Maria et Jean-Yves vivent avec elle depuis respectivement neuf et dix ans. | ouest-france
Derrière eux, dans le cadre où sont épinglées les photos de la famille Lefoyer, figurent aussi les leurs et celles des pensionnaires occasionnels de Sylvie.
Cela fait dix ans maintenant que cette quinquagénaire pétillante a embrassé la profession d’accueillante familiale. Une idée qui lui trottait dans la tête depuis bien longtemps.
« J’ai préféré attendre que mes enfants soient grands, qu’ils quittent la maison, se justifie-t-elle. Ce n’est pas quelque chose qu’on impose. »
Mais si c’était à refaire, Sylvie n’attendrait plus d’avoir passé la quarantaine pour se lancer dans l’aventure.
« Je ne serais pas étonnée que ma propre fille devienne un jour accueillante à son tour ! » confie-t-elle.

Pas plus de trois et on se tutoie

Sylvie Lefoyer a reçu un agrément du conseil départemental et peut accueillir jusqu’à trois adultes dépendants en même temps :
« Je n’ai pas voulu demander l’agrément pour des enfants. Ils m’auraient été repris à l’âge de 20 ans, c’est trop dur quand on s’attache. »
Maria et Jean-Yves, eux, pourront rester. Ils partagent avec Sylvie et ses proches, des règles de vie, les fêtes de Noël et les sorties au restaurant.
Et chez Sylvie, le tutoiement est de rigueur, qu’on reste à demeure ou qu’on soit de passage.
« J’accueille d’autres adultes handicapés à temps partiel, appuie l’accueillante. Une dame vient même de Rouen et une autre de Paris. Tout le monde veut revenir : le plus compliqué est de jongler avec le calendrier pour faire plaisir à tout le monde sans héberger plus de trois adultes ! »

À l’école de la tolérance

Régulièrement, Sylvie échange avec d’autres accueillants familiaux accueilant familial
accueillants familiaux
Agréés pour prendre en charge à leur domicile des personnes âgées ou handicapées adultes n’appartenant pas à leur propre famille, les accueillants familiaux proposent une alternative aux placements en établissements spécialisés.
. L’Orne en compte une centaine.
« Je n’ai pas à me plaindre mais je me rends compte que ce n’est pas toujours rose, admet-elle. Au début, quand on accueille quelqu’un, il y a une période d’essai de deux mois. Si ça ne se passe pas bien, chacun peut décider d’arrêter là. »
Si le contrat est établi, l’hebergé devient l’employeur de l’accueillant. Ce dernier reçoit par ailleurs des visites de la part d’assistantes sociales et doit solliciter le renouvellement de son agrément tous les cinq ans.
« J’aime mon métier et je compte bien continuer tant que je le pourrai, insiste Sylvie. C’est enrichissant, on découvre des choses tous les jours. Et puis, je peux travailler chez moi et même garder mes petits-enfants. »
Par la même occasion, Sylvie veille à préserver la tolérance qu’elle lit dans le regard des plus jeunes.
« J’espère qu’ainsi, ils seront plus sensibles au respect des différences, en grandissant. »


Accueillant familial. La vie comme à la maison

Véronique Couvret, Le Réveil normand, 7 février 2015

Accueillir chez soi des personnes âgées ou des adultes handicapés demande beaucoup de disponibilité, du cœur, de la tolérance et quelques règles bien établies. A Saint-Hilaire-sur-Risle, Martine et Daniel partagent depuis quelques mois la vie de Paola, Marco et Chloé Missillier [1], à la grande satisfaction de tous.

De gauche à droite : Martine qui précise « préférer être ici plutôt qu’en Ehpad », Marco, Chloé, Paola et Daniel.

On ne devient pas accueillant familial sur un coup de tête. Paola et Marco Missillier l’ont bien compris, eux qui ont laissé mûrir ce projet pendant cinq années. « On a cherché tous les points négatifs pour voir si on [les] supporterait », explique Paola. Ils en ont parlé aussi avec leurs filles, leur famille et leurs amis.

Une fois sûrs d’eux, ils se sont mis en quête d’une maison où ils pourraient vivre avec Chloé, leur plus jeune fille âgée de 13 ans aujourd’hui, et trois pensionnaires, loin du stress parisien. « On voulait vivre dans une région agréable ». Leur choix s’est porté sur Saint-Hilaire-sur-Risle. Ils ont réaménagé entièrement la maison qu’ils ont achetée afin de créer trois niveaux : un commun, un pour les accueillis et un pour leur famille.

« On respecte leur choix »

En février 2014, Marco a obtenu l’agrément du Conseil général et leur première accueillie, Martine, a rejoint leur famille en mars. Daniel, leur second pensionnaire, est arrivé en août. Tous deux leur ont été envoyés par le Conseil général de l’Orne et présentent un handicap. En décembre, une troisième personne s’est jointe à la famille mais le courant ne passait pas, ni avec le couple, ni avec les deux autres accueillis qui eux, « se sont tout de suite bien entendus ». Rapidement, la cohabitation s’est arrêtée à la demande de cette personne qui a décidé d’elle-même de partir. Soulagement de Paola et Marco. « Il y a des gens faciles à vivre et d’autres pas. Nous, on peut encore s’en accommoder mais il ne faut pas que ça déstabilise notre famille ou les accueillis ».

Car toute la difficulté est là : chacun doit s’adapter à l’autre ou plutôt, comme l’explique Paola : « ils intègrent la famille mais nous, on doit s’adapter à eux. » Martine aime bien être avec Paola, l’aider à la cuisine ou encore regarder la télé tandis que Daniel préfère s’enfermer dans sa chambre pour faire ses maquettes. Pas de problème, ici « on respecte leur choix. » Mais la réciprocité est vraie. Les accueillis savent, par exemple, qu’ils n’ont pas accès au dernier étage, réservé au couple et à leur fille, et ils n’y vont pas.

Très grande disponibilité

Pour tout le reste, ou presque, ils partagent la vie de leur famille d’accueil, 7 jours sur 7, excepté quelques week-ends ou soirées que le couple se réserve et les périodes de vacances. Dans ce cas, c’est un membre de la famille de Paola qui assure le remplacement. Une formule qui évite de les déstabiliser en les obligeant à quitter leur « foyer » quelques jours ou quelques semaines. Tout cela implique tout de même une très grande disponibilité.

« La première réflexion des gens, c’est que c’est très lourd. Mais pas tant que ça en fait. On fait notre vie tout à fait normalement », affirme encore Paola qui sait aussi qu’ils peuvent compter sur le Conseil général. « Une fois par mois, on se réunit entre familles d’accueil et avec les accueillis. L’assistante sociale y assiste souvent. On parle de nos difficultés et de nos joies et c’est bien de pouvoir partager cela. »

Travail précaire

Après presque une année d’expérience, le couple se dit « plutôt ravi car ça correspond bien à ce qu’on avait imaginé. » Seul bémol que souligne Marco : « C’est un travail très précaire, comme un CDD renouvelable ». En effet, ses employeurs sont les accueillis et si un jour ils partent, il n’a droit à rien, même pas aux Assedic, en attendant de retrouver d’autres pensionnaires.

Reste que la population vieillissant de plus en plus, l’accueil à domicile devrait se développer, d’autant que son coût est généralement bien inférieur à celui d’un Ehpad (établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes) où les places sont souvent comptées. Mais surtout, cela permet de poursuivre « une vraie vie de famille » et de ne pas se sentir seul.

Info +

Pour un temps complet, le salaire de base mensuel est de 727 € brut auquel s’ajoutent divers frais dont les repas, le loyer et l’entretien, soit un total net de 1.500 à 1.600 € environ, qui varie en fonction de la dépendance des personnes accueillies.

P.-S.

Consultez la version originale de ces articles sur Ouest-France et Le Réveil normand

Notes

[1Marco & Paola Missillier sont adhérents de Famidac