Contre les maladies de l’esprit, l’esprit de famille

Source : "La Voix du Nord", mardi 25 novembre 2008 et jeudi 30 octobre 2008.

Depuis deux ans, Dominique, 51 ans, patiente de l’Unité de soins de l’anxiété et de la dépression, vit aux côtés de la famille Robinet, famille d’accueil thérapeutique. À l’occasion des dix ans de l’unité cambrésienne, histoire d’une rencontre entre des personnes que tout oppose, mais qui mène à la guérison.

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Dominique (au premier plan), avec Viviane Robinet et l’infirmière en charge du suivi thérapeutique, Marie-Caroline Doquin.
Dominique (au premier plan), avec Viviane Robinet
et l’infirmière en charge du suivi thérapeutique,
Marie-Caroline Doquin.

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Chacune est installée aux extrémités du salon. À première vue, il n’y a pas qu’un seul guéridon qui les sépare. L’une semble préférer les couleurs vives (genre le camaïeu de fuchsia porté aujourd’hui), l’autre les tons plus discrets (type pull-over gris et jean noir). L’une paraît plutôt communicative, quand la seconde fait figure d’introvertie.

Elles se vouvoient. Pourtant, au-delà des apparences, ces deux femmes, Viviane Robinet, 54 ans, et Dominique, 51 ans, estiment faire partie d’une même famille. Elles vivent depuis deux ans sous un seul et même toit (la maison des Robinet). Ce, depuis que Viviane Robinet dispose de l’agrément « accueil familial Accueil familial Mode d’accueil alternatif au maintien à domicile et au placement en établissement spécialisé : les personnes handicapées ou âgées sont prises en charge au domicile de particuliers agréés et contrôlés par les conseils départementaux (ou par des établissements de santé mentale). thérapeutique » mis en place par le pôle psychiatrie de l’hôpital de Cambrai.

« La psychiatrie fait peur »

Un agrément qui lui permet d’héberger des personnes adultes, atteintes de pathologies mentales. Comme Dominique, patiente de l’Unité de soins de l’anxiété et de la dépression (USAD, qui fête ses dix ans aujourd’hui, voir par ailleurs), De quoi tordre le cou aux a priori liés à la « psychiatrie » : « Ce mot fait peur, insiste Viviane. Il faut savoir que quand on se lance dans ce genre d’accueil, on perd des amis. » Alors que, dit-elle, les personnes accueillies ne sont pas dangereuses. « C’est une relation de confiance qui se met en place. »

Il y a encore quelques années, Viviane Robinet était décoratrice. Rien à voir avec la psychiatrie. Puis elle a cessé son activité, a recherché du travail. Lorsqu’elle a appris que l’hôpital recrutait des familles d’accueil, Viviane a répondu à l’appel.

« Le plus grand bien »

« Au départ, c’était juste la situation professionnelle qui me motivait. À présent, je réalise que cette rencontre m’a fait le plus grand bien : c’est appréciable d’aider quelqu’un. » Une satisfaction dépourvue dit-elle, de toute considération matérielle : une famille gagne à peine 1.300 € par mois pour l’accueil d’une personne au quotidien.

De l’autre côté du salon, Dominique opine. Elle aussi estime « avoir avancé », gagné en autonomie et sociabilité. « On fait des tas de choses en famille : le cinéma, les petites tâches du quotidien, détaille Dominique. On parle. Cela fait du bien d’être entourée. J’aime bien partager maintenant. »

Les débuts n’ont pourtant pas été faciles.

« Je me souviens qu’au début, Dominique ne parlait pas du tout... Puis, à force de dialoguer, ça a changé », commente Viviane. La visite régulière, deux ou trois fois par semaine, d’une infirmière, a également été d’une grande aide. « Aujourd’hui, tout le monde a sa place. Dominique a une pièce à elle, elle a les clefs de la maison. Il arrive aussi que l’on se confie des secrets... », poursuit Viviane.

Le séjour de Dominique chez les Robinet devait arriver à son terme. Cependant, son « projet de départ », comme le décrit l’infirmière, ne convenait pas. Elle restera donc dans la famille cambrésienne et y passera les fêtes de fin d’année. Loin du cadre parfois austère des structures spécialisées.

M. R.

> Renseignements famille d’accueil thérapeutique au centre hospitalier de Cambrai : Tél : 03 27 73 73 73.


« On a du mal à recruter des accueillants »

La Voix du Nord, mardi 25 novembre 2008

Mis en place il y a six ans, l’accueil familial thérapeutique AFT
Accueil Familial Thérapeutique
Des personnes souffrant de troubles mentaux peuvent être prises en charge au domicile de particuliers formés, agréés et employés par des établissements psychiatriques.
est géré par Monique Millet, cadre de santé à l’Unité de soins anxiété et dépression (USAD) de Cambrai. Marie-Caroline Doquin, infirmière, intervient à temps plein. Elle rappelle les enjeux du dispositif. Quel est l’intérêt pour un patient d’être accueilli dans une famille ?

« C’est une alternative à l’hospitalisation, une technique de travail totalement différente. Une famille d’accueil fournit un climat propice à l’épanouissement. Le fait d’être entouré, l’accueilli se considère comme une personne à part entière. Quelque part, ça aide à guérir. Souvent, ce sont des patients de l’USAD qui ont besoin d’être réintroduits dans une vie sociale, qui sont orientés vers des familles. Mais ils peuvent être issus d’autres services ».

Combien de famille d’accueil avez-vous actuellement ?

« Quatre. On a beaucoup de mal à recruter. Beaucoup de candidats déclinent les offres après s’être renseignés. Car le fait d’accueillir des personnes souffrant de problèmes psychologiques ou psychiatriques fait peur. Actuellement, trois personnes attendent d’être accueillies. On cherche à adapter l’accueilli et l’accueillant ».

Quelles sont les conditions pour être famille d’accueil ?

« D’abord, il y a un entretien avec le cadre de santé et l’infirmière. On vient au domicile avec une assistante sociale pour rencontrer le reste de la famille. La personne intéressée et le conjoint rencontrent un psychologue et le médecin psychiatre. Il faut évidemment que le conjoint soit d’accord pour accueillir une personne. On ne mettra pas une famille en difficulté. On agrée également les personnes quand on sait qu’il y a un autre salaire derrière ».

M. R.


Une alternative : l’accueil familial thérapeutique

La Voix du Nord, jeudi 30 octobre 2008

Depuis fin 2002 a été mis en place dans le Cambrésis par le centre hospitalier, l’accueil familial thérapeutique. Une alternative à l’hospitalisation dont les vertus semblent porter leurs fruits. Reste que les familles d’accueil dans l’arrondissement ne sont pas légion.

Lors de la grande journée qui réunira les professionnels de la psychiatrie à l’hôtel de ville de Cambrai le 25 novembre, les praticiens du centre hospitalier présenteront à leurs confrères les résultats obtenus par l’accueil thérapeutique familial mis en place il y a six ans.

Sur le même principe que l’accueil des personnes âgées ou celui des enfants placés par le conseil général, une famille accueille au quotidien un patient. Celui-ci (ou celle-ci), après une phase d’hospitalisation est déjà soigné, mais reste toujours fragilisé et souvent dans l’incapacité de réintégrer son domicile.

Il s’agit plus d’une phase de réadaptation et de retour à l’autonomie. Durant cette période, qui ne peut durer plus de vingt-quatre mois, la prise en charge sociale et affective prend une dimension très importante et les soins se poursuivent par l’intermédiaire de visites régulières à l’hôpital.

Cherche familles d’accueil

Pour assurer cet accueil thérapeutique, le centre hospitalier recrute les familles (au nombre de quatre aujourd’hui), les forme et les accompagne tout au long de leur mission. L’hôpital prend aussi en charge la rémunération (environ 1.300 € par mois pour la famille d’accueil).

« L’accueil thérapeutique est une bonne alternative à l’hospitalisation, explique le Dr Saile, coordonnateur du pôle psychiatrie du centre hospitalier de Cambrai. La durée varie de trois ou quatre mois à dix-huit mois le plus souvent. » L’aspect humain, les liens qui se créent entre la famille et le patient permettent bien souvent d’accélérer le processus de guérison.

Seule ombre au tableau : le manque de familles d’accueil. Ce travail demande en effet un réel investissement pour celles qui se lancent dans l’aventure. D’autre part, cette démarche souffre encore sans aucun doute de quantité de clichés et d’idées reçues.

V. L.

Post Scriptum

Un peu partout en France, des établissements de santé recrutent également des accueillants familiaux : voir

Dernière mise à jour : mercredi 26 novembre 2008

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