Fonction des équipes : du fonctionnel au symbolique

Serge ESCOTS,
psychothérapeute,
Toulouse

La dimension fonctionnelle des équipes d’accueil familial Accueil familial Mode d’accueil alternatif au maintien à domicile et au placement en établissement spécialisé : les personnes handicapées ou âgées sont prises en charge au domicile de particuliers agréés et contrôlés par les conseils départementaux (ou par des établissements de santé mentale).

La diversité des populations bénéficiaires de l’accueil familial et des projets qui les concernent justifie une grande variété de dispositifs. Cependant, les équipes chargées de l’accueil familial ont à assumer des tâches et des fonctions invariables. Une équipe en accueil familial doit effectuer ou faire effectuer le recrutement des familles d’accueil, fournir des informations indispensables à l’exercice de leur métier, délivrer ou faire délivrer une formation, enfin mettre en place un suivi et un accompagnement des accueillants. Toutes ces tâches recouvrent la dimension fonctionnelle de l’équipe.

Tout dispositif d’accueil familial doit être en mesure de constituer un ensemble viable de familles d’accueil, convenablement formées et accompagnées pour remplir sa mission. Recrutement, information, formation, suivi, contrôle, ou accompagnement ne sont que des moyens pour réaliser la fonction primordiale de l’équipe. La dimension fonctionnelle n’a au bout du compte qu’une seule finalité : faire exister un espace entre l’accueilli et la famille d’accueil qui permette à chacun de se repérer.

L’accueil familial et la problématique du déplacement

L’accueil familial implique toujours le "déplacement" de l’accueilli. L’élaboration du sens de ce déplacement est une condition essentielle à la réussite de l’accueil familial. C’est un “levier thérapeutique" puissant. "Pourquoi suis-je ici ?", autrement dit "pourquoi ce déplacement", origine la question de l’accueil familial.

Car l’accueil familial, de par son caractère artificiel, exige de chacun qu’il soit en capacité de produire du sens. C’est la place de l’équipe d’accueil familial que de permettre et soutenir l’élaboration de significations pour chacun. En effet, que ce soit pour un enfant partagé entre "ses deux familles", un malade mental, un toxicomane ou une personne âgée, il y a une nécessité à répondre à cette question : pourquoi dois-je vivre avec ces gens ?

Répondre à cette question renvoie le sujet à quelques causes plus ou moins difficiles à accepter ou à supporter. Ce qui a présidé à l’accueil familial est toujours en rapport avec une situation réelle ou imaginaire plus ou moins douloureuse. Cet état de fait, renforcé par les sentiments de défense des accueillants face à la souffrance de l’accueilli, conduit à un déplacement de la signification de l’accueil familial.

Famille d’accueil et accueilli peuvent ainsi construire ensemble un sens nouveau à l’accueil qui soit moins pénible pour lui et plus gratifiant pour elle. Car la pente naturelle de l’accueilli à ne rien vouloir savoir de ce déplacement peut parfois rencontrer des motivations à accueillir insuffisamment élaborées.

Le sens de l’accueil ne se trouve alors que dans les relations entre l’accueilli et les accueillants, sans référence à un projet extérieur. Dans ces cas-là, il ne s’agit plus d’accueil familial. Et l’accueilli n’a plus accès à la signification de l’accueil. La tentative permanente à déplacer les significations des relations en déniant le projet d’accueil est une tendance structurelle à l’accueil familial. La fonction de l’équipe est ici essentielle : maintenir l’accueil familial comme cadre d’interprétation des relations entre accueillants et accueilli.

L’équipe : un cadre de référence

L’équipe fait exister l’institutionnel. C’est la dimension d’un institué qui constitue une référence en dehors de la dimension relationnelle spécifique entre l’accueilli et la famille d’accueil.
L’équipe, par son existence, rappelle à l’accueilli et à la famille qui accueille le sens de leur rencontre.

L’équipe soutient une fonction référentielle au sens mathématique du terme. Car elle constitue un ensemble de repères pour interpréter le vécu de l’accueil familial. En accueil familial, pour échapper aux rets de l’imaginaire et de ses répétitions, les phénomènes relationnels doivent être analysés selon deux axes : réel et symbolique.

L’institution, par le cadre qu’elle propose, objecte à l’imaginaire des relations affectives toutes-puissantes. Elle offre l’ancrage de la réalité de l’institution faite de lois, de règles et de pratiques sociales qui permettent de symboliser les relations accueillants/accueilli. C’est à une fonction de "décollement" de l’imaginaire de l’accueil familial que travaille l’équipe, en favorisant l’élaboration du sens du déplacement.

“ Faire tiers ”

La notion de tiers connote les idées de neutralité et de garantie. En accueil familial, neutralité, impartialité et encore moins garantie ne peuvent être... garanties. Car si l’équipe ne peut se situer sur le même plan que l’accueilli et la famille, elle n’en est pas pour autant en dehors : elle est impliquée et partie prenante de l’accueil familial.

La capacité d’une équipe à faire tiers est indissociable de sa capacité à faire exister de la différence entre le "dedans" et le "dehors" de l’accueil familial, à en symboliser les limites. Elle doit être en permanence attentive à ce qui est en jeu pour l’accueilli, et qui se répète dans l’accueil. Elle doit être d’une vigilance constante sur la place que la famille investit pour l’accueilli : seulement une famille qui l’accueille avec ses richesses et ses limites.

Elle aide les accueillants à mesurer que l’insupportable de l’accueilli qui se répète là ne leur est pas destiné et qu’ils sont limités. C’est par un travail d’attention aux enjeux relationnels entre famille d’accueil et accueilli que s’exprime cette fonction qualifiée de tierce. Travail d’attention, de vigilance et d’interventions auprès de l’accueilli et de la famille d’accueil, qui vise à limiter les mécanismes de fusion et de rejet, propres à l’accueil familial.

Cette fonction passe aussi par le soutien et l’étayage du vécu de chacun. L’équipe réassure l’accueilli face à des mouvements affectifs conflictuels et angoissants qui lui sont difficiles à élaborer. Elle veille à reconnaître les accueillants dans le travail qu’ils mènent face à ces manifestations symptomatiques de répétition de relations passées. Par les visites à domicile, les entretiens au service, le maintien des différents liens (parentaux, institutionnels), l’équipe structure l’accueil familial afin de permettre d’en poursuivre les objectifs.

Il est indispensable de pouvoir prendre cette place de tiers avant de commencer l’accueil. Le recrutement est propice à positionner l’équipe et la famille d’accueil dans leurs fonctions respectives, en indiquant les attentes du travail de coopération et ses raisons.

La formation des accueillants, initiale ou continue, les réunions d’information, les groupes de parole ou de réflexion, toutes les instances collectives sont également des opportunités pour faire fonctionner en dehors de l’accueil cette référence tierce. L’équipe organise l’accueil familial. En collaboration avec les accueillants, elle évalue la situation et oriente le projet. L’équipe rythme le séjour, cadre les rôles de chacun et les demandes qu’on lui adresse. Par exemple, “faut-il interrompre un séjour ou faire une pause ?”, “Qui doit s’occuper des relations avec l’école ?”, “La personne âgée handicapée peut-elle se rendre seule au village ?”.

Ces questions, au-delà de leur dimension factuelle, interrogent la globalité des relations accueilli, accueillants, parents, équipe. À partir de l’évaluation de l’ensemble de ces enjeux relationnels, les réponses de l’équipe doivent permettre à chacun de se recaler sur la place qu’il occupe dans l’accueil familial.

L’équipe en accueil familial : une idée à développer

Les fonctions de l’équipe en accueil familial sont fondamentales. Si elles ne sont pas assurées correctement, les familles d’accueil s’abîment ou s’épuisent, les accueils ne peuvent se maintenir, les bénéfices que les accueillis seraient susceptibles d’en retirer sont anéantis au profit d’aliénantes répétitions.

La notion d’équipe en accueil familial reste aujourd’hui encore très hétérogène selon les dispositifs. Il est pourtant impérieux de la développer. Progressivement, en psychiatrie ou à l’aide sociale à l’enfance, émergent des formes d’organisation qui ont pour fondement la notion d’équipe. Gageons que ce soit pour en mieux assurer les indispensables fonctions.

Bibliographie

  • Jean-Claude Cébula (sous la direction de), "Guide de l’accueil familial", Dunod, 2000
  • Myriam David (sous la direction de), "Enfant, parents, famille d’accueil", Érès, 2000

Post Scriptum

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Dernière mise à jour : dimanche 3 août 2014

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