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et de leurs partenaires

Toxicomanie : 10 mois en accueil familial

Source : Association d’Aide et de Prévention Alcoolisme et Toxicomanie
Revue Amitié La Poste Orange n° 175 - hiver 2017, pages 10 et 11
Auteur : Agnès Morel.

Dix mois en famille d’accueil

Passer quelques mois en famille d’accueil, c’est ce que propose l’association APRETO. Une transition idéale entre le sevrage et la vie normale, qu’a testée Valérie, ex-dépendante à l’héroïne. Elle a vécu dix mois chez Sébastien Astorga, dans un petit village savoyard.

Face à la montagne, Valérie, une belle femme derrière ses lunettes noires, fume au soleil, perdue dans ses pensées. Le chien du voisin passe quémander une caresse. Demain, elle quittera Chanaz, ce petit village savoyard où elle a passé dix mois, pour un nouveau départ explique­ t-elle.
Derrière elle, un parcours chaotique : enfance malheureuse, violences conjugales, mauvaises rencontres... Lorsque son conjoint est arrêté pour cambriolage, c’est la descente aux enfers. La jeune femme s’abîme dans l’héroïne, perd son job, ses enfants, son logement. Un tumulte qui s’arrête enfin quand elle contacte l’association APRETO, présente à la gare d’Annemasse : "J’étais dans un état dramatique, raconte-t-elle, reconnaissante. Quelques semaines plus tard, et j’étais six pieds sous terre à manger des pissenlits..."

Elle a frappé au bon endroit. L’association la sort de prison, où elle est détenue pour vol, l’aide à se sevrer de la drogue, et lui propose de partir vivre en famille d’accueil, à cent kilomètres de là.
Créée dans les années 1980, l’association dispose en effet d’un réseau de familles d’accueil situées en pleine campagne, "une situation idéale pour prendre l’air et s’éloigner des fréquentations toxiques", explique en souriant Steve Pascaud, éducateur d’APRETO.
Après quelques semaines à l’hôtel, le temps de s’habituer à son nouveau traitement de substitution, la méthadone, et d’entamer un suivi psychiatrique, Valérie part s’installer en janvier 2015 chez Sébastien Astorga, un quarantenaire qui habite un petit hameau perdu avec ses deux jeunes enfants. Objectif : retrouver une « vie normale » en vivant en immersion dans une famille classique et en partageant son quotidien pendant quelque temps.

Un sas pour réapprendre le quotidien

"Ici, il n’y a pas de règles, on reste le temps qu’il faut pour se retaper : trois mois, six mois, un an... Et même un an et demi quand on en a besoin," explique l’éducateur. qui va déjeuner dans les familles une fois par semaine pour voir si tout se passe bien.
Sébastien, Steve et Valérie
Au début, la priorité, c’est le repos : "Soirée raclette, DVD, jeux de société... On reste beaucoup à la maison. Après des années de drogues et d’alcool, le corps est affaibli, on a besoin de dormir et de se reconstruire physiquement. Et retrouver du bien-être, c’est important", confirme Sébastien Astorga, qui requinque ses pensionnaires grâce à ses bons petits plats : poulet rôti, gâteau au chocolat... "Ici, on est chouchouté !" acquiesce Valérie qui, à son arrivée, pesait à peine 45 kilos. "Quand on est dans les produits, on oublie de s’alimenter", ajoute-t-elle, avant de desservir la table et de lancer une vaisselle.

Lessive, ménage ... Valérie aime bien remettre de l’ordre dans la maison. "Ce n’est pas anodin", glisse Sébastien Astorga, pour la taquiner. "C’est également remettre de l’ordre dans sa vie, hein ?"
Car participer à la vie de famille, c’est aussi donner un coup de main de temps en temps : cuisiner, bricoler, aider au jardin... Des activités propices à la discussion. "Quand on travaille côte à côte, on parle assez facile­ment de ce qui va ou de ce qui ne va pas, observe Sébastien Astorga. Et les gens se racontent : enfance difficile, problèmes relationnels, angoisses..."

« Ni psy ni éducateur », le jeune homme leur prête alors une écoute bienveil­lante, et bienvenue. "On ne prend pas ces produits pour le plaisir, mais pour panser ses plaies. Ce sont des personnes cabossées par la vie", constate-t-il. Bien sûr, la cohabitation est un exercice délicat.
Vivre dans une famille d’accueil, c’est presque retourner chez ses parents, il faut accepter un fonctionnement, des horaires et une forme de convivialité. "Ce n’est pas évident, chacun doit être patient. Et si les relations se tendent, alors il faut être transparent et dire tout de suite les choses", conseille Sébastien Astorga.

Éducateur et famille d’accueil, main dans la main

Pour accompagner son pensionnaire, la famille d’accueil n’est pas seule : l’éducateur est joignable 24 heures sur 24. C’est ensemble qu’ils sentent si c’est le bon moment, par exemple, de laisser la personne prendre son autonomie, ou si elle risque de rechuter.
"Au début, la personne accueillie est un peu sous cloche. Pour éviter les contacts avec les personnes parasites, elle n’a pas le droit au téléphone. Et toutes les sorties, les courses, les balades, sont systématiquement accompagnées, ne serait-ce que pour acheter des cigarettes. Et ce, jusqu’à ce que toute tentation soit écartée", explique Steve Pascaud, l’éducateur. Ainsi, c’est seulement une fois que la confiance s’est installée que Valérie a pu faire quelques excursions en solo pour voir ses enfants.
Car une fois reposé, le pensionnaire travaille avec l’éducateur à son projet d’avenir. "Au bout d’un mois ou deux, nous cherchons ce que la personne souhaite mener à bien : soigner ses dents ? Déménager ? Travailler ?"

Pour Valérie, la priorité a consisté à reprendre ses enfants avec elle. Elle en a deux : une fille de 15 ans et un fils de 5 ans, qui ont été placés en foyer par !’Aide sociale à l’enfance. Une réussite : en quelques mois, elle est parvenue à renouer le contact et à les revoir, d’abord en présence de tiers, puis en les invitant un week-end par mois chez Sébastien Astorga.
Si les relations restent encore un peu conflictuelles, elle voit désormais l’avenir sous un meilleur jour.
Demain, elle quittera la maison de Sébastien Astorga pour un studio, et elle a déjà quelques pistes pour reprendre le travail. Elle le fera, même, dit-elle, "si elle doit prendre le TER matin et soir". Elle sait maintenant qu’elle en est capable : plus rien ne lui fait peur. Seule compte sa famille, sa propre famille.

Où trouver une place ?

CSAPA centres de cure ou de postcure, appartements thérapeutiques ..., tous connaissent le principe des familles d’accueil et sauront vous renseigner sur les possibilités d’accueil. Le séjour est anonyme et gratuit. Il existe environ 40 places en France. N’hésitez pas à en faire la demande !
Pour contacter APRETO, le réseau de familles d’accueil pour usagers de substances psychoactives situé en Haute-Savoie, Savoie, Ain, Jura et Isère, téléphoner au 04.50.38.23.81.
Pour contacter le réseau d’accueil en famille du centre « Les Wads » sur les ex-régions Midi-Pyrénées et Aquitaine, téléphoner au 03.87.74.41.58.